Du nom de Narbonne
et
Exemples d'interprétation de mots
gaulois par les racines saxonnes de l'Anglais
| Henri
BOUDET a publié de son vivant deux ouvrages :
- La vraie langue
Celtique et le Cromleck de Rennes les Bains (1886)
- Remarques sur
la phonétique du dialecte languedocien (S.A.S.C. 1894)
Parmi ses papiers, se trouvait en trois
exemplaires le document reproduit ici, connu des passionnés
mais longtemps introuvable. Il circulait sous forme
de photocopies, dont certaines présentaient des dessins
"apocryphes".
En le reproduisant ici, j'espère rendre
service aux amateurs du curé de Rennes les Bains.
AVERTISSEMENT
Je ne suis pas un latiniste et encore
moins un hélléniste. Il est possible que la reproduction
de certaines locutions en ait souffert. Je préfère le
signaler, sachant que certains sont très attachés aux
détails. En cas de doute, je vous conseille de vous
reporter à l'édition
en fac-similé de Pierre JARNAC.
Si vous constatez une erreur évidente,
vous pouvez (et je vous en remercie par avance) me
la signaler. |
L'histoire ne rapporte
pas l'origine de la célèbre ville de Narbonne et un voile
épais dérobe à nos yeux ses commencements. Lorsque Hécatée
de MILET, près de six siècles avant Jésus Christ, appelait
Narbonne "un marché et une ville celtique" (1),
il constatait sans doute l'importance commerciale que cette
ville possédait dans les temps anciens, mais il laissait ignorer
quel était le labeur premier et ordinaire de ses habitants.
D'après des médailles
dont l'inscription est gravée en caractères ibériens, Narbonne
portait aussi l'appellation de Nedhena, Nedherra.
Cette dénomination à t'elle précédé celle de Narbôn?
Étaient elles en usage simultanément?
L'inscription en caractères
ibériens ne démontre elle pas que l'appellation elle même
fût ibérienne; elle pouvait être gauloise car l'interprétation
par l'ibérien ne présente pas des données assez claires pour
déterminer avec évidence la profession probable des Narbonnais
dans ces temps éloignés.
Suivant l'auteur de l'Essai
sur la numismatique ibérienne (2),
Nedhena serait composé du terme ibérien ned ou
net "à qui il ne manque rien" et de l'augmentif
hedena "le plus".
Le vague de cette explication
devient frappant si on rapproche Nedhena du mot gothique
nut-an "pêcheur". Le dernier terme, très
explicite, présente l'idée distincte d'une profession déterminée
d'autant plus probable, que la ville était placée sur les
bords du lac appelé par MELA "lacus rubresus"
et par PLINE "lacus rubrensis" (3).
La ville de Narbonne ne
devait pas être toutefois un simple agglomération de familles
adonnées exclusivement à la pêche. Hécatée de MILET lui donnant
la qualification d'emporium ou de marché, on peut conjecturer
que le commerce et le négoce y étaient considérables, surtout
par la facilité de communication qu'elle avait alors avec
la mer.
la racine nut du
gothique nutan "pêcheur" n'indique point
cette particularité de vie commerciale de Nedhena,
mais une racine saxonne de l'Anglais. Le Verne net
renferme à la fois la signification de "pêcheur au filet"
et celle de "gagner, rembourser".
Cette deuxième signification,
du saxon net confirmant le témoignage d'Hécatée de
MILET, permet de remonter fort loin dans les siècles passés
sans qu'on puisse néanmoins fixer une époque ou Narbonne (Nedhena)
n'aurait pas été une cité importante et le point central des
opérations commerciales dans cette partie de la gaule.
Le second élément qui
entre dans le nom composé Ned-hena s'explique aussi
par un autre verbe compris dans les racines saxonnes de l'Anglais,
le verbe win "profiter de, bénéficier sur".
En considérant Ned-hena
comme une ville commerçante, un emporium, ce terme peut se
traduire par net-win, "rembourser un profit";
mais en examinant Ned-hena sous un autre aspect qui
serait celui de la profession première et générale des habitants
vivants sur les bords du lac Rubrensus, on obtient
le sens de "profit de la pêche au filet", net
win (4), en sorte que Nedhena
signifie à la fois ville commerçante et ville de pêcheurs.
Mais comment expliquer
le remplacement de "W" par l'aspirée "H"?
Par l'habitude qu'avaient les Gaulois d'employer, en écrivant
les lettres grecques dans leurs affaires publiques et dans
les rapports particuliers (5).
En transcrivant en caractères ibériens le nom de Net-win
(ned-hena) on a, sans doute, voulu figurer par l'aspirée
"H" le "W " de win. On peut voir
dans les termes suivants la corrélation de l'esprit rude qui
tenait lieu de l'aspirée "H" dans l'Athique, avec
le "V" initial latin et le "W" anglais;
espera
"soir", le latin vespera "soir",
- mgihz
"vigoureux", lat. vigeo "être vigoureux",
- ennumi
fût esvu
"vêtir", lat. vestio "vêtir", -
mdwr
"eau", angl. water "eau", - ulahte
"aboyer", angl. wawl "hurler",
- msoz
"tissus", angl. weave "tisser",
- oloz
"tout", angl. whole "le tout".
Cet esprit rude n'étant
pas en usage chez les Éoliens, ils y suppléaient par le digamma
F et ils écrivaient Fiopera
"soir", lat. vespera, - Foinoz
"vin", lat. vinum, angl. wine, - Foihoz
"maison", lat. vicus "village",
angl. wick "village", - oFiz
"brebis", lat. ovis, angl. ewe "brebis".
Le digamma représentait donc l'esprit rude de l'Attique et
aussi le "V" latin et le "W" anglais.
Au lieu du digamma, les
Crétois se servaient de B (won,
crétois wbeon
"oeuf"), mais la prononciation de ce B devait sans
doute être fort rapprochée de notre V, et chez les grecs modernes,
il sonne absolument comme un V.
La présence de l'aspirée
"H" dans Ned-hena n'offre donc rien d'anormal
et le B qui se trouve dans Nar-bon, synonyme de Ned-hena,
rend de son coté encore plus évidents les emprunts faits aux
alphabets des grecs.
la synonymie de Ned-hena
et de Nar-Bon parait, tout d'abord, difficile à démontrer.
Néanmoins, les racines saxonnes de l'Anglais suffisent à l'établir
par le sens des deux éléments qui composent l'appellation
de Nar-bon.
Ned-hena a été
traduit par Net-win "profiter de la pêche au filet"
et Nar-bon donne aussi la signification de "profiter
du filet".
La première partie "Ned"
de Ned-hena me parait remplacée dans Nar-bon
par le mot snare "filet. La sifflante "S"
de snare serait tombée par la suite du principe de
la moindre action. De cette propension générale qui porte
à adoucir les expressions dont la prononciation serait pénible.
C'est ainsi que les mots
languedociens - laouzo "ardoise", - brout
"rejetons, pousse", - truca "frapper",
- nifla "renifler", - bite "vite",
ne présentent pas la sifflante des termes correspondants anglais,
- slate "ardoise", - sprout "rejetons,
pousse", - strike "frapper", - sniff
"renifler", - swift "vite" : le
latin dans nix, nivis "neige", - limosus
"vaseux", - form-ica "fourmi",
a laissé tomber la sifflante conservée par l'Anglais dans
snow "neige", - slimmy "limoneux",
swarm "fourmiller" : l'espagnol mata
"hier" n'a plus la sifflante de l'anglais smite
"hier".
La seconde partie "bon"
de Nar-bon n'est pas un synonyme de "hena",
deuxième élément Ned-hena, mais absolument le même
terme "win" profiter de, gagner.
Le "W" de win
n'est plus représenté par l'aspirée "H" comme dans
Ned-hena, mais il est remplacé par un B, comme faisaient
les Crétois, de telle sorte que Ned-hena (net-win)
et Nar-bon (snare-win) expriment la même idée
de "gain, profit du filet", et dévoilent par suite
le labeur ordinaire des habitants de cette ville celtique.
La pêcherie de Narbonne
a dû subsister de longs siècles. toutefois la rivière d'Aude
l'a complètement anéantie en comblant peu à peu de son limon
le lac rubresus qui recevait ses eaux torrentueuses,
"on a calculé approximativement que la masse des sédiments
transportés par ce torrent était d'un million huit cent mille
mètres cubes par an. C'est à peu près le dixième du produit
du Rhône dont le bassin a une surface environ vingt fois plus
grande" (6).
Cet état limoneux des
eaux de l'Aude à ses embouchures avait été si bien observé
par les anciens que cette rivière en avait reçu le nom d'Atax
"eaux bourbeuses", wet "eau, goth. ahva,
- thick "bourbeux, épais" wet-thick
(7).
Ce même thick "trouble,
bourbeux" est probablement le même qui a fourni à la
ville de Limoux son ancien nom de taxo et de Taïx
(8). La dénomination de Limoux
(lat. Limousus "vaseux", angl. slimmy
"limoneux") ne darit ainsi qu'un sybonyme du mot
Thick " trouble, bourbeux" qui entre dans
la composition de A-tac-s.
Était-ce là une simple
allusion au sol boueux que foulaient les habitants de Limoux,
ou plutôt , n'était ce pas une déclaration positive du nom
de la rivière d'Atax à cet endroit du parcours? En remontant
vers la source de l'Atax, la même forme de Taxo ou
Taïx se présente encore à St Martin Lys, connu aussi
sous le nom de St Martin de Taissac. La présence de la préposition
"de" devant Taissac est destinée à rappeler, sans
doute, ses anciennes attaches avec la ville de Limoux.
La terminaison "ac"
de Taiss-ac, est commune dans les noms de lieux du
midi de la Gaule. En la traduisant par l'anglais wick
"village" (lat.vicus "bourg", -
gr. oihoz
"maison", anciennement oihoz),
on est conduit à interpréter Taiss-ac par "bourg
de Taïx ou d'Atax"
Le texte suivant de la
chronique d'Eusèbe, reproduit par H. FONDS-LAMOTHE dans son
étude sur l'antiquité de la ville de Limoux (9),
confirme cette traduction : "P.T. Varro vico atace
in provincia Narbonnensi nascitur". Il est particulièrement
intéressant de constater l'accord qui existe entre l'appellation
de Taiss-ac (bourg d'Atax), conservée dans la haute
vallée de l'Aude, et l'affirmation de la chronique d'Eusèbe
"Varro vico atace ... nascitur". (10)
D'après un acte de 1069 donnant la confrontation
du territoire dépendant du château de Dournes, l'Atax dans
cette partie de la vallée, portait le nom d'Alda, flumen
Aldae (11). Ce n'est plus
le fleuve limoneux; ses eaux présentant un caractère tout
différent. J'avais pensé d'abord que les aulnes (angl. alder
"aune") qui bordent ses rives constituaient un signe
indicateur du sens que devait renfermer le nom d'Alda. C'était
là, je crois, un indice trompant. Le mot Atax résumant
l'appréciation de nos ancêtres sur la nature des eaux de cette
rivière à son embouchure, il semble que celui d'Alda
doit de son coté, déterminer leur qualité dans la région montagneuse.
Il est aisé de remarquer qu'en aval de Quillan, le sol est
presque entièrement déboisé. par un effet de ce déboisement
général, les ruisseaux dans les temps pluvieux, fournissent
à la rivière des eaux fortement chargées d'éléments vaseux.
Il en est tout autrement en amont de Quillan. Les montagnes
y sont couvertes de magnifiques forêts de sapins et les petits
cours d'eau entraînent moins de substances terreuses.
Aussi la différence entre
les eaux de l'Atax et celles de l'Alda est elle fort sensible.
Les eaux de l'Alda sont vives, d'une grande limpidité et d'une
belle transparence. On a, d'ailleurs, une preuve incontestable
de leur qualités dans la présence de la truite qui constitue
le poisson prédominant dans les cours d'eau de cette région
montagneuse. La truite ne vivant que dans les eaux saines
et limpides, il faut en inférer que celles de l'Alda sont
claires et salubres, telles que peuvent être des eaux coulant
sur un sol gazonné et traversant de profondes forêts de sapins.
A cet ordre d'idées correspond l'anglais healthy "sain,
salubre" (Alda) (12)
qui forme l'antithèse d'Atax.. C'est donc une double dénomination
que cette rivière a simultanément portée. Toutefois, l'appellation
d'Alda (Aude) a fini par prévaloir sur celle d'Atax,
transmise par les géographes latins et les géographes grecs.
____________
On peut se demander par
quel étrange accident les racines saxonnes de l'anglais traduisent
les deux appellations synonymes de Ned-Hena et de Narbon
et présentent un sens qui non seulement ne parait pas déraisonnable,
mais qui est en rapport parfait avec la position de la ville
sur les bords du lac Rubresus et la profession probable
de ses habitants.
La raison secrète de ces
rencontres indiquée par ces paroles de TACITE : "Gothinos
gallica lingua coarguit non esse Germanos" (13).
Les Gothins parlaient le gaulois, et TACITE en infère qu'ils
n'étaient point germains. Le grand historien affirmait-il,
par ces mêmes termes, que le langage des Germains était radicalement
différent de celui des Gothins et des Gaulois? Il semble que
ce serait là une exagération qui ne pouvait exister dans sa
pensée. Il avait clairement remarqué entre les deux langages
une différence telle qu'elle suffisait à distinguer les Gothins
des Germains et c'est là, probablement, l'unique sentiment
qu'il a traduit par ces paroles : "Gothinos gallica
lingua coarguit non esse Germanos".
pour donner à notre interprétation
des paroles de TACITE plus de clarté, opérons un changement
dans les noms des peuples cités par l'illustre écrivain et
disons : "Le langage anglais que parlent les américains
des États-Unis prouve qu'ils ne sont pas Allemands".
S'il est évident qu'en parlant ainsi, nous établissons une
différence radicale entre les Américains et les allemands,
il n'est pas assurément démontré par là que l'anglais et l'allemand
ne sont pas deux langues appartenant à une même tige, dite
germanique.
De même, en écrivant :
"Le langage gaulois que parlent les Gothins prouve qu'ils
ne sont pas Germains". TACITE constate une différence
de nationalité entre les Gothins et les Germains, mais il
ne démontre pas que le langage gothique et le langage germanique
ne sont pas deux branches d'une même famille dont la souche
est inconnue.
On comprend dès lors,
par quel appui caché, les racines saxonnes de l'anglais peuvent
traduire des termes topographiques de notre Gaule, puisque
le parler gothique qui était, d'après TACITE, le même que
le parler gaulois appartient, aussi bien que les racines saxonnes
de l'anglais, à la famille connue et acceptée sous le nom
de germanique.
____________
Il est facile de mettre
à l'épreuve la valeur de cette conclusion en essayant de traduire
par les racines saxonnes de l'anglais des termes que les auteurs
grecs ou les auteurs latins nous disent être gaulois.
Roger de BELLOQUET les a réunis dans son glossaire et c'est
à ce glossaire que je les emprunte.
1.- Covinus ou
Covinnus, "char armé de faux des Bretons".
Ra. sax. de l'angl. cow "effrayer", - wain
"chariot, voiture", - cow-wain "effrayant
chariot, ou chariot d'effroi" (construction grammaticale
: règle syntaxique de l'adjectif ou du génitif saxon).
"Kymmrique, Kywain,
charroyer, particulièrement les récoltes dit GIBSON; gwain,
transport, voiture" (14)
En angl. on traduirait
Kywain par cow "vache", - wain
"chariot", c'est à dire une charrette à vaches.
Le Kym-gwain, voiture
est le même mot que l'angl. wain avec le changement
ordinaire de "V" et de "W" en gw
(15).
2.- Arepennis ou
arapennis, mesure agraire, demi arpent romain. Rac.
sax. de l'angl.; ear, "cultiver, labourer",
- open " diviser", - ear-open "division
de culture" (Règle syntax. du génitif saxon). Le verbe
open "diviser" se trouve aussi dans le nom
d'Apenninus, chaîne de montagne qui divise l'Italie
en deux versants dans toute sa longueur.
Kym-Aru, "labourer",
Penn, "tête" qui signifie aussi "fin,
extrémité" (16).
Le kymmrique donne
donc le sens de fin du labour aru-penn, et non celui
de division de la culture, division qui est l'essence des
mesures agraires.
3. - Ceva, "vache
des Alpes", petite mais excellente laitière. Rac. sax.
de l'angl., cow "vache".
Kym. Bu, vache,
armoricain, Bù, vache (17).
4. - Alauda, nom
de l'alouette huppée ou cochevis. Rac. sax. de l'angl.; Aloud
(alaoude), "haut, à haute voix"; - loud,
"bruyant, haut"; - C'est sans doute une allusion
au chant bruyant que cet oiseau fait entendre en s'élevant
perpendiculairement dans les airs. en Languedoc, l'alouette
porte le nom de laouzeto (D devient Z).
En Kym. Hedydd,
Uchedydd, "noms qui indiquent simplement l'idée de
vol, de vol élevé; en Cornique Ewidit" (18).
5. - Benna, "sorte
de voiture", d'ou Combennones, "ceux qui
s'y trouvaient ensemble".
Rac. sax. de l'angl. wain
(ouenne), "voiture, chariot". Le "W"
devenu "B" comme dans le languedocien.
Kym. Ben ou Men,
"chariot" (19).
6. - Essedum, al
esseda, "sorte de char gaulois destiné aux reines
des princes captifs".
Rac. sax. de l'angl.;
high, "haut, élevé", - height, "élévation",
- seat, "siège", - high-seat, "siège
élevé". = height-seat, "siège à élévation"
(regl. syntax. de l'adjectif ou du génitif saxon).
Kym. asseta, "s'asseoir...
Cornique, Esedhe" (20).
7. - Sygunnai,
"peuple riverain du Danube et dont le nom signifiait
marchands dans la langue des liguriens supérieurs qui habitaient
au dessus de Marseille... Je n'ai pas trouvé dans nos idiomes
celtiques de terme analogue à Sygunnai qui se rapproche
de l'idée de marchand. Rien non plus dans le Basque"
(21).
Rac. sax. de l'angl. seck
/ sike, "chercher", - win (ouinne),
"gagner", - seek-win "chercher le gain"
(règle syntax. : verbe et régime). Le terme win est le même
qui entre dans la composition de Ned-hena et de Nar-bon.
Il est, peut être, utile
d'observer que le nom patronymique de Segonne est assez
répandu dans le département de l'Aude.
8. - Ouertragoi,
"espèce de chiens celtes, ainsi nommés de leur vitesse
à la course", - lat. Vertragus.
Rac. sax. de l'angl. worth
(oueurthe), "excellemment, suivre à la piste" (règl.
syntax., adverbe et verbe, ou adjectif et substantif).
Ver, "grand?",
particule intensitive; irl. Traig (Zeuss), "pied,
trace"; K.p.l. Tract, Traget, Z
(22).
9. - Circius ou
Cercius, "dans Caton, vent très violent de la
Gaule, ainsi nommé peut-être d'après les tourbillons qu'il
forme; particulier à la Gaule Narbonnaise (Plin. II. 46.);
Circio, vent qui souffle entre le nord et l'occident
(Gloss. d'Isid.). Il a conservé dans le bas Languedoc le nom
de Cerce et de Cers. - Le mot gaulois peut comporter
deux idées différentes; d'abord du Kym. Kyrch, irruption
attaque. Kyrchu, assaillir... Arm. Kerchout,
chercher vivement. - Puis celle de tourbillon, K. Kylch,
cercle... Irlandais, Kerkenn, cycle, cercle" (23).
Rac. sax. de l'angl.;
shower (chaoueur) "faire pleuvoir",
- shove (chauve) "pousser avec force". Shower-shove,
"pousser avec force à faire pleuvoir".
(Règl. syntax. du génitif
saxon).
La vérité de cette action
du vent de cers est incontestable dans le Languedoc.
Il y a dans cette interprétation
une difficulté. Quelles sont, en effet, les consonnes latines
représentées par les chuintantes anglaises "ch"
et "sh"? Si, à défaut de lois bien établies et de
principes assurés, il est permis de s'en rapporter au simple
rapprochement de certains mots latins et anglais, on peut
voir les consonnes latines "g,c" et le groupe "sc"
correspondre aux chuintantes anglaises "ch" et "sh"
dans les expressions qui suivent:
| Latin |
ligo |
"attacher" |
Angl. |
leash |
"lien, attache" |
| ____ |
curtus |
"raccourci" |
____ |
short |
"court" |
| ____ |
doceo |
"enseigner" |
____ |
teach |
"enseigner" |
| ____ |
cerasum |
"cerise" |
____ |
cherry |
"cerise" |
| ____ |
gena |
"joue" |
____ |
chin "menton" |
cheek "joue" |
| ____ |
gelu |
"gelée" |
____ |
chill et cold |
"froid" |
| ____ |
fagus |
"hêtre" |
____ |
beech |
"hêtre" |
| ____ |
piscis |
"poisson" |
____ |
fish |
"poisson" |
| ____ |
discus |
"plat" |
____ |
dish |
"plat" |
Les consonnes latines
"g" et "c" représenteraient donc le "ch"
et le "sh" anglais et ils ne seraient pas surprenant,
d'après ces exemples, que les chuintantes de shower
et de shove traduisent exactement les deux "C"
du mot circius transmis par les latins.
10. - Acum, "eau",
dans mauzacum. - Ach, "eau" (ow. Pugke)
arm. Agen, "source", - Irl. aigen,
"la mer" (24).
Rac. sax. de l'angl.;
wet, "eau" (25),
- wash, "baigner, marais".
11. - Germani,
"Les Germains".
c'est un nom nouveau,
dit TACITE, donné aux premiers qui ont franchi le Rhin et
on dépossédé les gaulois. Né de l'effroi inspiré par les vainqueurs,
ce nom adopté successivement par les tribus s'est étendu à
la nation entière (26).
Le terme essentiel renfermé
dans Germani doit traduire probablement le mot latin
metus, "effroi, crainte" employé par TACITE,
a victore ob metum. Répondant à la pensée de TACITE,
les racines saxonnes de l'anglais présentent le verbe scare
(skère), "effrayer, terrifier, épouvanter".
La chute de la sifflante initiale de s-care serait,
peut être, due à la transmission latine. Le mot many
"le peuple" peut compléter le nom des Germains,
et l'expression entière scare-many signifierait "le
peuple effrayant, le peuple de terreur".
Zeus... après avoir attribué
ce terme (Germani) la signification d'habitants des
forêts montagneuse a, par la suite, adopté une autre étymologie
qu'il dit toute simple, celle de voisins. K. Gar, Ger;
Irl. gar, jadis Gair "près, tout contre".
J. GRIMM et LEO en ont
produit, chacun de leur coté, une nouvelle qui se rattache
du moins à un fait caractéristique signalé par TACITE, le
barritus ou cri de guerre terrifiant des Germains,
lancé du creux des boucliers et si propre à frapper l'imagination
des vaincus; cri tout particulier dont quelques troupes romaines
adoptèrent l'usage dans la suite.
K. Ger, Garm,
"cri, clameur"; Germain, "crier souvent";
Garmiaw, "pousser un cri" (27).
12. - Gothini -
Le nom des gothins n'étant pas déplacé au milieu des dénominations
gauloises puisqu'ils parlaient le langage gaulois, je crois
pouvoir et devoir tenter son interprétation.
Rac. sax. de l'angl. :
Get (guette) prét. got, "remporter
la victoire", - win "gagner"; Get-win
"gain de la victoire" (règl. syntax. du génitif
saxon). Le "W" de win, dans Gothini,
est reproduit sous la forme de l'aspirée "H" comme
dans Ned-hena (Narbonne).
Cette appelation parait bien en rapport avec
l'esprit guerrier de ce peuple. Elle rappelle la fière devise
renfermée dans le nom des Celtes (rac. sax. de l'angl.; Quell,
"vaincre") et qui était si propre à exciter dans
leurs coeurs l'indomptable courage qu'ils ont déployé
sur tous les champs de bataille.
Je pourrais citer un nombre
plus considérable de termes gaulois expliqués par les racines
saxonnes de l'anglais, mais les douze mots sur lesquels porte
l'épreuve de traduction me paraissent un nombre suffisant
pour déterminer la valeur de la conclusion que j'ai déduite
des paroles de TACITE "Gothinos gallica lingua coarguit
non esse Germanos" et pour mettre au jour la force
secrète qui permet ainsi de retrouver dans Nedhena
et narbon l'expression raisonnable de l'ancienne profession
des habitants de cette ville celtique.
(1) Hécatée de Milet;
Freq, p. 19 (...)
(2) Boudard. Essai sur la numismatique
Ibérienne
(3) Pomp. Mel. lib. II. Gallia
Narbonnensis. - Plin. l. III.C.V.
(4) La composition de ce terme s'appuie sur la règle du génitif
saxon.
(5) César. De Bell. Gall. lib. VI. 17
(6) Ch. Lauthéric. Les villes
mortes du golfe de Lyon
(7) Le Tech, cours d'eau des Pyrénées
Orientales est appelé Tichis par Mela. Il le qualifie
de très violent dans ses crues "parva flumina Tetis
et Tichis, ubi accrevere persava" (Pomp. Mel. lib.
II. Gallia Narbonnensis). C'est encore la racine Thick
"trouble, bourbeux"
Le second élément qui entre dans la composition
de Aouho-ieha
"Lutetia, Paris", parait être la même racine
thick "bourbeux". On pourrait donc traduire
Aouho-ieha
par "limon de marais" (angl. loch "marais,
lac", - thick "bourbeux").
(8) Mémoires de la soc. des arts
et des sciences de Carcassonne, T.I. p.117.
(9) Op. cit. p. 114
(10) L'auteur de la chronique
d'Eusèbe à t'il écrit par erreur Vico atace au lieu
de Vico atacino? S'il fallait lire Vico atacino,
ce serait un bourg indéterminé de la région de l'Atax qui
aurait donné le jour à Varron.
(11) Louis FEDIE. Le comté de
Razès : Château de Dournes.
(12) L'aspirée "H"
de healthy est tombée comme celle des mots latins olus
"légume", - anser "oie" qui existaient
d'abord sous la forme de holus, hanser.
(13) Tac. De mor. Germ. 43.
(14) Roger de BELLOQUET. Glossaire
gaulois n° 15.
(15) D'Arbois de JUBAINVILLE.
Études grammaticales sur les langues celtiques. Origine des
voyelles et des consonnes du breton moderne de France p. 18.
(16) Gloss. Gaulois n°10
(17) Op. cit. n°13.
(18) Glossaire gaulois n° 17
(19) Op. cit. n° 48
(20) Op. cit. n° 75
(21) Glossaire gaulois n°80.
(22) Op. cit. n°105
(23) Gloss. gaul. n°45
(24) Glossaire gaulois n°240
(25) Dans le mot wet,
"t" est remplacé par "c". Grammaire comparée
: Bopp. § 13, 14
(26) Germania vocabularum
recens et nuper additum; quoniam qui primi Rhenum transgressi
Gallos expulerunt Germani vocati sunt. Ha nationis nomen non
gentis, evaluisse paulatim ut omnes primum a victore ab metum,
mox a se ipsis invento nomine Germani vocati sunt (Tac. Germ.
2).
(27) Gloss. gaul. n° 429
|