Il n'est pas sans utilité, croyons nous,
de faire précéder cette étude d'un rapide résumé des connaissances
actuelles sur la célèbre nation Gauloise. La Gaule a été le
point central de l'établissement définitif de la famille Celtique
dans les contrées occidentales de l'Europe, et le nom même
de gaule qu'elle a conservé, témoigne de la domination persistante,
dans ce pays, de son peuple valeureux. Elle était comprise
entre l'Océan, les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes et
le Rhin. La partie méridionale, depuis le golfe de gascogne
jusqu'a la Méditerranée, a été occupée d'abord par les Ibères
et les Ligures venus de la péninsule espagnole.
Les gals, descendans de
gomer, fils de Japheth, partirent de l'Asie Mineure à une
époque que l'on ne peut préciser, se répandirent dans la Gaule
en refoulant les Ibères vers le sud, les ligures vers l'Est,
et envahissant l'Espagne, se mêlèrent aux Ibères.
Les Aquitains, tribu ibérienne,
résistèrent aux envahissements des Gals et conservèrent leur
position entre l'Océan, les Pyrénées et la Garonne. Vers le
seizième siècle avant Jésus Christ, les Gals étaient les maîtres
incontestés de la Gaule.
La conquête de l'Espagne
par les Gals força les Ligures à se déplacer, et, vers l'an
1400 avant Jésus-Christ, après avoir franchi les Alpes, ces
derniers fondèrent en Italie la domination des Ambras ou Ombres,
647 ans avant la fondation de Rome.
C'est à cette première
branche de la famille gauloise, que, d'après Am. Thierry,
les anciens historiens appliquent plus particulièrement le
nom de Celtes.
Les Kimris formaient la
seconde branche de la famille gauloise Les Grecs les nommaient
Kimmerioi et les Romains les appelaient Cimbri. En l'an 631
avant Jésus-Christ, les peuples scythiques, au rapport d'Hérodote,
fondirent sur les bords du Palus-Méotide et poussèrent devant
eux les Kimris qui se dirigèrent vers le soleil couchant sous
la conduite de Hu-ar-Bras, remontèrent le cours du Danube
et envahirent la Gaule par le Rhin. Suivant les traditions
Kimriques, Hu-ar-Bras ne s'établit point dans la gaule, mais
il traversa l'Océan brumeux et conquit sur les Gals l'île
d'Albion.
Pendant ces émigrations
et ces conquêtes des Kimris, ancus roi de Rome, victorieux
de ses voisins, Batit la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre.
Cependant de nouvelles
tribus de Kimris inondaient successivement les Gaules, et
" après une immense mêlée, la Gaule apparaît partagée
entre les Kimris et les Gaels. "
(1) Les Kimris, à l'ouest, occupent les cotes de la mer
ainsi que les plaines du nord et du Nord-Est, et les Gaels
retiennent l'Est et le centre de la Gaule.
C'est à la suite de ces
mouvements des populations que les historiens placent les
deux émigrations de Sigovèse et de Bellovèse neveux d'Ambigat,
roi ou chef des Bituriges, en l'an 587 avant Jésus-Christ.
Bellovèse prit le chemin de l'Italie ; Sigovèse se dirigea
vers le Nord-est, franchit le Rhin, et traversant la forêt
Hercynienne, vint s'établir sur les bords du Danube.
Environ 300 ans avant
Jésus Christ, une puissante confédération de Kimris, celle
des Belges, envahit le nord de la Gaule et s'en empara. Deux
tribus belges, les volkes Tectosages et, les Volkes Arécomiques
traversèrent la Gaule, les armes à la main, et s'arrêtèrent
dans le Midi, les Volkes Tectosages sur les bords de la Garonne,
à Toulouse, dont ils firent leur capitale, et les Volkes Arécomiques,
à l'Est des Cévennes, avec leur centre à Nimes.
Les Volkes Tectosages
ne restèrent pas longtemps en repos dans le pays qu'ils venaient
de conquérir. Vers 281 avant Jésus-Christ, une forte émigration
alla rejoindre, sur les bords du Danube, les tribus gauloises
qui descendaient des compagnons de Sigovèses. Emportés par
leur humeur guerrière, tous ces Gaulois se divisèrent en trois
corps et s'abattirent comme un ouragan dans la Macédoine,
l'Epire et la Thrace. Une partie de ces Tectosages, insatiables
d'aventures, traversèrent l'Asie Mineure, et, près de leur
patrie primitive, fondèrent une nouvelle Gaule, la Galatie.
" Les Gaulois
remplissaient ainsi du fracas de leurs armes " le
monde ancien tout entier. L'étendue de leurs possessions
directes, le territoire occupé en corps " de nation
par les Gallo-Kimris, était immense. Si l'on jette " un
regard sur la carte du monde ancien vers la première " moitié
du troisième siècle avant notre ère, on voit la race " gauloise
déployée depuis Erin, (Irlande) jusqu'à l'Estonie " (à
quelques marches de Saint Pétersbourg), depuis la " pointe
septentrionale de la presqu'île Cimbrique " (Danemark)
jusqu'aux Apennins, depuis les trois Finisterre " de
Bretagne, de Gaule et d'Espagne jusqu'aux frontières " du
pont et de la Cappadoce, en passant par le Danube " qu'ils
tiennent jusqu'au delà de son confluent avec la Save, " par
les Carpathes, les Alpes Illyriennes, l'Hémus et la " Thrace.
Les Gaulois planent sur l'Europe, des extrémités " de
l'Espagne au Pont-Euxin. "(2)
II
LANGUE CELTIQUE.
D'après ce rapide exposé,
on voit que les historiens font intervenir dans la possession
des Gaules, d'abord les Gals, puis les Kimris et enfin les
Belges, dont ils font descendre, sans aucune certitude, les
Volkes Tectosages et Arécomiques.
On pourrait se demander
pourquoi les historiens modernes nomment Gals ou Gaels les
premiers habitants de la Gaule, lorsque Jules César
(3) nous avertit que les Gaulois, dans leur propre langue,
s'appelaient Celtae et dans la langue latine Galli. Ces deux
appellations sembleraient donc être synonymes et posséder
une signification unique, et c'est bien là ce que prouve d'une
manière péremptoire M. l'abbé Bouisset, dans son mémoire sur
les trois collèges druidiques de Lacaune. Le terme Celtae
Kell – avait pour ces peuples un sens très
positif désignant l'homme fait, et l'expression Galli, d'après
les explications lumineuses de M. l'abbé Bouisset, renfermerait
la même idée.
Dans la mythologie grecque,
les Gaulois étaient les sujets de Galatès, fils d'Hercule.
La réputation guerrière de Galatès fut immense, ainsi que
celle de sa force et de ses vertus. Nous ne dédaignerons pas
de recueillir, au milieu des allégories de la mythologie,
ces détails en apparence fort secondaires, mais en réalité
d'une utilité considérable.
A l'époque où César porta
la guerre dans les Gaules, il nous la montre occupée par trois
peuples : les Belges, les Aquitains et les Celtes. "
Ils diffèrent tous, dit-il, par le langage. Cependant cette
différence ne devaient pas être bien profonde. Dans un mémoire
sur l'origine des langues celtique et française, Duclos, né
à Dinan en 1704, secrétaire perpétuel de l'académie Française,
s'exprime ainsi : " A défaut de monuments,
c'est-à-dire d'ouvrages écrits, nous n'avons d'autre lumières
sur la langue celtique que le témoignage de quelques historiens,
desquels il ressort que la langue celtique était commune à
toutes les Gaules. Les Gaules étaient divisées en plusieurs
états (civitates), les états en pays (pagi)
qui tous se gouvernaient par des lois particulières, et ces
états formaient ensemble un corps de république, qui n'avait
qu'un même intérêt dans les affaires générales. Ils formaient
les assemblées civiles ou militaires ; celles-ci appelées
comitia armata, ressemblaient à l'arrière-ban. Donc, nécessité
d'une langue commune pour que les députés pussent conférer,
délibérer et former sur le champ des résolutions qui devaient
être connues des assistants ; et nous ne voyons dans
aucun auteur qu'ils eussent besoin d'interprètes. Nous voyons,
d'ailleurs, que les Druides, faisant à la fois fonction de
prêtres et de juges, avaient coutume de s'assembler, une fois
l'année, auprès de Chartres, pour rendre la justice aux particuliers,
qui venaient de toutes parts les consulter. Il fallait donc
qu'il y eut une langue générale et que celle des Druides fut
familière à tous les Gaulois...
Il y avait aussi plusieurs
nations, dont la langue devait avoir beaucoup de rapports
avec la Gaulois. Il y a apparence que les Gaulois et les Germains
ne devaient point différer beaucoup ces peuples ayant la même
origine celtique ; des Germains étaient venus s'établir
dans les Gaules et des Gaulois étaient réciproquement passé
dans le Germanie, où ils avaient occupé de vastes contrées... "
Ces pensées judicieuses
conduisent l'auteur du mémoire à affirmer que les différences
de langage observées par Cesar étaient seulement des différences
dialectiques. Nous ne le suivrons pas dans ces considérations
fort justes sur l'altération considérable produite dans la
langue celtique par l'établissement en Gaule de la famille
latine. Nous faisons remarquer néanmoins, que s'il avait tiré
de ses prémices une conséquence rigoureuse, il aurait été
amené à conclure, que la langue celtique a dû conserver une
intégrité parfaite dans une contrée, dont les Romains n'auront
jamais foulé le sol.
Il est bien avéré que
les Gaulois n'ont point laissé de monuments écrits, parce
qu'ils avaient peut-être plus de confiance dans les traditions,
et il n'y a pas lieu d'être étonnés de cette manière d'agir,
si l'on fait attention à la tenacité des traditions chez un
certain peuple de l'Europe, que nous désignerons plus loin
avec clarté. Cependant, il n'est pas admissible, que la nation
celte n'ait point laissé aux siècles futurs le souvenir de
ses moeurs, de sa religion et de son industrie. Cette histoire
des Gaulois n'est point écrite dans les livres ; elle
est gravée sur le sol même qu'ils occupaient. Ils ont donné
aux tribus, aux terrains, aux montagnes, aux fleuves de la
Gaule des noms que le temps lui-même n'a pu effacer. Là est
renfermée leur véritable histoire.
Ces appellations possèdent
certainement un sens précis, plein de révélations intéressantes,
quoique toutes les langues semblent impuissantes à expliquer
ces énigmes.
La décomposition de ces
noms propres de lieux, d'hommes, de tribus, a préoccupé sérieusement
bon nombre d'esprits : on s'est efforcé de rechercher
cette langue, qui a rempli notre sol de dénominations indélébiles,
dont la signification inconnue jette à notre légitime curiosité
un défi incessant.
Sir William Jones, fondateur
de la société asiatique de Calcutta, avait remarqué tout d'abord
une certaine affinité entre le sanscrit, le grec et le latin.
Ils devaient donc avoir une origine commune et, sans oser
l'affirmer, il a soupçonné que le celtique et le gothique
provenaient de la même source que le sanscrit.
La grammaire comparée
des langues européennes de François Bopp a expliqué ensuite,
comment les lois grammaticales permettent de découvrir dans
le sanscrit, le persan, le grec, le latin et le gothique,
non plus une simple affinité, mais une réelle communauté d'origine.
Tout récemment encore,
" M.Tregear a lu devant la société philosophique
de Wellington, une étude sur les Maori en Asie. Il a cité
la langue Hindostani moderne et la persane en regard de la
langue Maori, faisant voir nombre d'accords remarquables entre
elles. Les mots cités étaient en eux-mêmes pleins d'histoire
et ont fourni la preuve du grand espace de temps écoulé, depuis
que les Maori ont habité l'inde.
Partant des langues de
l'Europe, l'orateur a fait voir que des centaines de mots
semblables à ceux de la langue Maori se trouvent dans les
langues grecque, latine, lithuanienne, celte, etc, etc. Mais
la partie la plus intéressante de son étude était celle qui
constatait l'identité du Maori et de l'anglais, en ne tenant
pas compte des mots Anglo-Maori, mots fabriqués des deux langues,
depuis la conquête du pays par l'Angleterre. "(4).
Toutes ces observations
successives ont conduit à penser que la langue sanscrite donnera
peut-être la clef de langue celtique, et on l'a cru avec d'autant
plus de raison, que les Celtes sont venus de l'Asie, berceau
du genre humain.
Nous pouvons observer
que les dialectes parlés dans la France, l'Irlande et l'Ecosse
devraient nous donner cette clef plus facilement encore que
le sanscrit ; car l'altération du langage n'empêche pas,
même aujourd'hui de retrouver les mêmes termes celtiques dans
les dialectes irlandais, écossais, gallois breton et languedocien.
On pourrait faire des citations nombreuses ; mais nous
nous bornerons à quelques-unes.
La pellicule du blé moulu
et passé au blutoir se nomme, en dialecte languedocien, brén ;
en breton bren ; en gallois bran ; en irlandais
et écossais bran. La bruyère, si commune dans les landes de
la Gaule, s'appelle, en languedocien brugo ; en breton
bruk et brug ; en gallois grug et
brwg. Le verbe français nettoyer se traduit en languedocien
par scura ; en écossais par sguradh ; en
irlandais par sguradh. Le nom français de l'aune, essence
d'arbres, se dit en languedocien bergné ; en breton
et en gallois gwern ; en écossais et irlandais
fearn. (5)
III
DIALECTE LANGUEDOCIEN ET LES TECTOSAGES
Il est donc certain, par
quelques exemples, que des mots celtiques se retrouvent dans
le langage des descendans des Celtes en Bretagne et en languedoc ;
aussi nous n'hésiterons pas à faire l'épreuve du dialecte
languedocien, pour tacher de découvrir la vraie langue celtique
parlée par nos ancêtres. Néanmoins, il doit paraître bizarre
que nous choisissions le dialecte languedocien plutôt que
le breton pour nous mettre sur la voie ; nous invoquerons
pour cela une sérieuse raison historique, et en examinant
de près les émigrations des Volkes Tectosages, on se convaincra
pleinement de la justesse de ce choix. A une époque fort indécise
et que les historiens croient pouvoir déterminer, cependant,
comme étant le quatrième siècle avant Jésus Christ, deux tribus
que l'on dit appartenir aux Belges, les Volkes Tectosages
et les Volkes Arécomiques traversèrent la Gaule et vinrent
s'établir dans le midi Gaulois entre la Garonne, les Pyrénées
et le Rhône. Les Tectosages firent de Toulouse leur capitale
et les Arécomiques se placèrent à l'est des Cévennes avec
Nimes comme point central de leur domination. Vers l'année
281 avant Jésus-Christ, une forte émigration de Tectosages
se dirigea vers le Danube pour rejoindre leurs frères, aussi
Tectosages, qui possédaient les rives du fleuve.
Mettons maintenant en
regard de ces faits les indications fournies par Jules César.
" Bien avant,
il fut un temps où les Gaulois surpassaient les Germains en
valeur guerrière et ils leur ont fait la guerre jusque chez
eux : les champs ne suffisaient plus à nourrir une population
trop nombreuse. Ils envoyèrent des colonies au-delà du Rhin.
C'est donc dans les terres de la Germanie les plus fertiles,
autour de la forêt Hercynie, que les Volkes Tectosages se
sont établis après les avoir conquises. Ce peuple jusqu'à
présent occupe ce même territoire. "
(6)
Au temps où Cesar écrivait
ces lignes, les Volkes Tectosages étaient donc établis en
maîtres incontestés sur la rive droite du Rhin et autour de
la forêt Hercynie, c'est-à-dire, au nord de cette immense
forêt, depuis le Rhin jusqu'à l'Oder et peut-être même au
delà ; et de plus, ils possédaient la rive gauche du
Danube qui coule au sud de la même forêt. César ne fixe point
l'époque des conquêtes des Tectosages ; mais la chose
la plus importante à observer, c'est que les pays situés sur
le rive droite du Rhin et conquis sur les Germains, leur ont
toujours appartenu.
Après Jules César, les
auteurs ne font plus mention des Tectosages. Il semblent disparaître
du monde, tant le silence s'est fait profond autour de leur
nom. Nous les retrouverons cependant bientôt, en prenant pour
guide l'étymologie de Volkes Tectosages et nous pourrons suivre
encore la longue trace de leurs expéditions guerrières.
Volkes (Volcae)
dérive des verbes to vault (vâult), voltiger,
faire des sauts et to cow (kaou), intimider ;
Tectosages est produit par les deux autres verbes to
take to (téke to), se plaire à..., et
to sack, piller, saccager. En réunissant les quatre
verbes constituant les deux appellations, nous constatons
dans leurs significations diverses, que les Volkes Tectosages
effrayaient les ennemis par la rapidité de leurs évolutions
dans le combat et se plaisaient à dévaster et à piller.
Ne laissons point passer
inaperçue cette allure bondissante, traditionnelle parmi les
voltigeurs des anciennes armée Françaises, et conservée encore
dans nos régiments de Zouaves et chasseurs à pied, car les
Volkes sont ancêtres des Franks, comme on pourra s'en assurer
lorsque nous parlerons des tribus Frankes.
Les mouvements guerriers
des Volkes se distinguaient donc par une célérité portant
avec elle l'effroi, ordinairement couronnée par la victoire
et suivie de la dévastation et du pillage. En résumant le
nom des Volkes Tectosages, nous voyons en eux de rapides et
effrayants pillards.
Cette appellation n'avait
rien que de glorieux pour ce peuple ; car le pillage,
c'était la guerre, et on sait que les cimmériens l'aimaient
avec passion. Aussi cette signification honorable du terme
pillard s'est-elle conservée intacte dans le pays occupé par
eux au Midi de la France. Lorsqu'un enfant montre une intelligence
vive, une âme pleine d'énergie, et lorsque cet esprit énergique
est servi par un corps dont les membres sont agiles et nerveux,
les parents en parlent avec orgueil et l'appellent " un
Pillard ". Ils vont même plus loin dans la signification
de ce mot ; si on les interroge sur le nombre de leurs
enfants, ils répondent, sans hésitation, qu'ils ont " un,
deux ou trois Pillards ".
L'histoire, avons-nous
dit, après César, ne parle plus des Volkes Tectosages, et
ce silence est d'autant plus extraordinaire que le peuple
qui avait envoyé des colonies au delà du Rhin, autour de la
forêt Hercynie, sur les bords du Danube et jusqu'en Asie ne
pouvait perdre si rapidement les traditions de son génie aventureux.
Toujours avides d'expéditions guerrières, ils reparaissaient
avec éclat sous le nom de Saxons. Ils déclaraient ainsi ouvertement
et à la face des nations, qu'ils étaient bien les fils, les
descendans directs des Tectosages, to sack,
piller, son, fils descendant. Ils est remarquable
que les historiens les appellent toujours les Saxons pillards.
Ce qualificatif était en réalité leur véritable nom, et, d'une
manière inconsciente, ces historiens expliquent, par le terme
de pillards, le sens exact de Saxons.
Vers l'année 446 après
Jésus-christ, le chef des Bretons de l'île de Bretagne, Wor-Tigern,
demanda du secours aux Saxons pour le délivrer des Pictes
et des Scots qui cherchaient à l'opprimer. Les Saxons se hâtèrent
de voler dans l'île de Bretagne sous la conduite des deux
frères Hengis et Horsa, et, après avoir battu les Pictes et
s'être rendus les maîtres de l'île, ils exterminèrent les
Bretons leurs alliés. Les Angles, to angle,
pêcher à la ligne, qui vivaient sur les bords de la
mer Baltique, vinrent prendre avec leurs frères Saxons leur
part du pillage et, après avoir forcé la plus grande partie
des Bretons échappés au massacre de se réfugier en Armorique,
ils fondèrent le royaume AngloSaxon connu sous le nom d'Angleterre.
Les Tectosages, suivant
les historiens, étaient de race Kimrique, et les Cimbres
Kimbo, fourchu, to harry, dévaster
les dévastateurs fourchus, allusion aux cornes d'urus dont
les guerriers ornaient leur tête, les Cimbres disons
nous, appartenaient à la famille celtique : ils devaient
donc, Cimbres et Tectosages, parler le langage de leur famille.
La possession de l'île
de Bretagne par les Tectosages a exercé sur eux une influence
favorable à la conservation de leur langage et de leurs moeurs.
L'isolement les a préservés des altérations profondes subies
par les langues des autres peuples de l'Europe, tout en leur
laissant la liberté la plus entière pour les colonisations
lointaines, qui sont un trait spécial de leur caractère.
IV
DIALECTE LANGUEDOCIEN
ET LA VRAIE LANGUE CELTIQUE.
La généalogie des Anglo-Saxons
telle que nous présentons, pourrait encore, malgré tout, paraître
à quelques uns purement hypothétique, mais il est facile de
l'appuyer d'une preuve convaincante, puisque la langue des
Tectosages a laissé des traces profondes dans l'idiome languedocien.
Une simple comparaison entre quelques termes languedociens
et leurs correspondants Anglo-Saxons suffira à démontrer la
complète analogie des deux langues. Désirant cependant éviter
l'ennui de comparaisons trop multipliées, nous donnerons seulement
les expressions les plus connues et les plus usitées.
| Dialecte
languedocien. |
Langue
Anglo-saxonne (7) |
Alader, arbre vert à feuilles
persistantes. |
Alder, aune. |
Ander, chenet |
Andiron (andaïeurn),chenet |
| d'Arréou,
à la file. |
Array(arré),ordre de ba-
taille. |
Baïssel, vaisseau, tonneau. |
Vessel, vaisseau, tonneau. |
Barata, troquer, échanger |
to Barter, troquer, échan-
ger. |
Bouich, buis. |
Bush (bouch), buisson. |
Bécka, sommeiller. |
to Beck, faire un signe de la
tête. |
Bolo, une boule. |
Ball (bâul), une boule. |
Bosk, un bois. |
Bosky, boisé. |
Hai,
terme employé pour
presser le pas des chevaux. |
to
hie (haï), se presser, se
hâter. |
| Dialecte
Languedocien. |
Langue
Anglo-Saxonne. |
Braou,
jeune taureau |
Braw
(braou), front, air. |
Braza,
souder avec du
cuivre. |
to
Braze (brèze), souder
avec du cuivre. |
Brèn,
son. |
Bran,
son. |
Bugado,
lessive. |
Buck
(beuk), lessive. |
Caicho,
caisse. |
Cash,
caisse. |
Cambo,
jambe. |
Ham,
jambe. |
Catcha,
serrer, presser. |
Catch,
capture, crampon. |
Clapa,
frapper. |
to
Clap, frapper. |
Clouko,
poule qui glousse. |
to
Cluck, glousser. |
Carreto,
charreite. |
Car,
chariot. |
Cost,
prix. |
Cost,
prix. |
Costo,
côte, rampe. |
Coast
(kost), côte, rivage. |
Counta,
calculer, compter |
to
Count (kaount), calculer. |
Crinko,
sommet. |
Crinkle,
pli, sinuosité. |
Dérouca,
ébrancher, écorcer. |
to
Roughcast (reuffcast), tail-
ler grossièrement. |
Despatcha,
hâter. |
to
Despatch, expédier. |
Escapa,
échapper. |
to
Escape (iskepe) échapper. |
Estreït,
étroit. |
Strait
(strète), étroit. |
Flac,
sans force. |
to
Flag, tomber de faiblesse. |
Flasketo,
poire à poudre. |
Flasck,
une poire à poudre. |
Franchiman,
un Français. |
Frenchman,
un Français. |
Fresco,
fraîcheur. |
Fresco,
fraîcheur. |
Fréta,
frotter. |
to
Fret, frotter. |
Gat,
un chat. |
Cat,
un chat. |
Godo,
nonchalance. |
Goad
(gôd), aiguillon. |
| Dialecte
Languedocien. |
Langue
Anglo-Saxonn . |
Jouk, perchoir
des poules. |
To Juke
(djiouke), percher. |
Keck, bègue. |
To Keck,
(peu usité) faire des
efforts pour vomir. |
Leït, couchette,
lit. |
To Lie
(Laï), être couché. |
Maït, davantage,
plus. |
Might (maït),
pouvoir, force. |
Maïré, lie. |
Mire (maïre),
lie. |
Neït, nuit. |
Night (naït),
nuit. |
Nouzé, un noeud. |
Noose (nouze),
noeud cou-
lant. |
Panno, poêle
à frire. |
Pan, poêle à
frire. |
Pasta, pétrir. |
To Paste
(peste), pétrir. |
Penteno, filet
pour prendre
les lapins de garenne. |
Pent, enfermé,
serré. |
Pickasso, hache,
cognée. |
Te Pick,
percer et Axe, hache. |
Préfaïthié,
mercenaire |
Prizefighter
(praïzefaïteur),
qui se bat pour de l’argent. |
Raït, adv. à
la bonne heure. |
Right (raït),
adv. à la bonne
heure. |
Raja, couler. |
Rash, éruption. |
Raouba, voler. |
To Rob,
voler. |
Raspa, limer,
râper. |
To Rasp,
limer, râper. |
Régna, rendre
un son |
to Ring
(rigne), rendre un
son. |
Rocko, un rocher. |
Rock, un rocher. |
Rodo, une roue. |
Roâd (rôde),
baie, rade. |
Round, rond,
cercle. |
Shrank, prétérit
de to shrink,
se raccourcir. |
Scalféto, chauffe-pieds. |
To Scald,
chauffer, feet, pieds. |
| |
|
| Dialecte
Languedocien. |
Langue
Anglo-Saxonne. |
Scaouda,
échauder. |
To
Scald (skauld), échauder. |
Scoutos,
espion. |
Scout
(skaout), espion. |
Scruma,
écumer. |
To
Scum, écumer. |
Scura,
nettoyer. |
Sot
cour (skaour), nettoyer. |
Seït,
assis. |
To
Sit, s’assoir. |
Sembla,
ressembler à. |
to
Semble, ressembler à. |
Senshorno,
sans intelligence. |
Sense,
intelligence et horn,
privé de. |
Shakad,
mis en pièces. |
to
Shake, tomber en pièces. |
Shankad,
déhanché. |
Shanked,
qui à des jambes. |
Shépad,
mal ajusté. |
to
Shape (chepe), ajuster. |
Sigur,
sûr. |
Secure
(sikioure), sûr. |
Sillo,
sourcils. |
to
Seel (sil), fermer les yeux. |
Skaïsha,
écacher, déchirer. |
to
Squash (skouoch), éca-
cher, écraser. |
Spatarrad,
jeté à terre tout
de son long. |
To
Spatter, éclabousser, cou-
vrir de boue. |
Spillo,
une épingle. |
Spill,
un petit morceau de
bois. |
Tasta,
goûter d’une liqueur. |
To
Taste, goûter d’une li-
queur. |
Trapa,
surprendre. |
To
Trap, surprendre. |
Trounko,
tronc d’arbre. |
Trunk
(treugnk), tronc d’ar-
bre. |
Trullo,
amaigrie. |
Trull,
perdue de moeurs. |
Up,
en haut. |
Up,
(eup), en haut. |
Yé,
vraiment. |
Yea
(yé), oui, certainement. |
Cette parenté indiscutable
entre les termes languedociens et leurs correspondants Anglo-Saxons,
démontre mieux que tous les raisonnements que les Tectosages
du midi Gaulois, émigrés au delà du Rhin, et les Anglo-Saxons
sont bien le même peuple, et elle conduit à cette conséquence
absolue que la langue Anglo-Saxonne est bien la langue parlée
par la famille Cimmérienne.
L'explication d'une tradition
soi-disant druidique rapportée par César fait ressortir encore
cette conséquence. " Les Gaulois, dit il, se
glorifient de descendre tous de pluton et ils assurent tenir
cette croyance de l'enseignement des Druides : c'est
pourquoi ils comptent le temps, non par les jours, mais par
les nuits et ils sont attentifs à indiquer les jours de naissances,
les commencements de mois et d'années, de telle sorte que
le jour suive la nuit. "(8)
César se trompe évidemment en disant que les Gaulois se glorifiaient
de descendre de pluton, dont les druides se souciaient aussi
peu que de Proserpine : les Cimmériens, enfants de Gomer,
avaient apporté de l'Orient cette coutume de compter les jours
par le soir et le matin, et les juifs l'ont conservée jusqu'à
leur dispersion comme corps de nation : l'origine de
cette coutume nous est dévoilée dans ces paroles de la Genèse :
" et du soir et du matin se fit le premier jour. "
(9) Cependant, César ne se trompe pas en avançant que
les Gaulois comptaient le temps, non par les jours, mais par
les nuits ; les descendans des Tectosages disent encore
fortnight (fortnaït) quatorze nuits, pour exprimer
le temps écoulé en deux semaines, et se'nnight (sennit)
sept nuits, pour compter les jours d'une seule semaine.
V
LE NEIMHEID.
L'identité de la langue
celtique avec celle des Tectosages devient tout à fait évidente
par la décomposition des appellations données aux diverses
parties du sol Gaulois et surtout par la décomposition des
noms de tribus transmis par l'histoire ; ces noms renferment,
en effet, en les interprétant par la langue Anglo-Saxonne,
des indications justes, précises et confirmées par l'histoire.
Ces dénominations, qui
affectent tout le pays celtique, ne sont pas certainement
l'oeuvre du peuple ; on ne pouvait point livrer, abandonner
la composition sérieuse, exacte et fidèle de ces noms essentiels,
à des caprices sans nombre et sans fondement. Il y avait assurément
un corps savant chargé de ce soin ; et ce qui le rend
manifeste, ce sont les appellations semblables imposées à
des pays placés aux deux extrémités de la Gaule. Pour en donner
quelques exemples assez frappants, pourquoi un Aleth existait-il
anciennement dans la tribu des Curiosolites, et un autre Aleth
existe-t-il encore dans le Languedoc ? Ou ces deux localités
exerçaient la même industrie, ou encore elles possédaient
un sol bien ressemblant. Pourquoi la ville de Rennes en Bretagne
et la station Thermale de Rennes-les-Bains du département
de l'aude portent-elles le même nom ? C'est évidemment
à cause de la similitude qu'offraient les deux pays par leurs
ménirs et leurs pierres branlantes. Pourquoi encore la ville
de Rennes, portant, d'après Strabon, le nom de Condate, trouvait-on
un autre Condate dans la tribu des Allobroges, et un troisième
chez les Santones, si ce n'est qu'on devait enseigner dans
ces villes les mêmes traditions ?
Cela ne démontre-t-il
pas qu'un corps savant et fortement constitué était chargé
de donner à chaque cité et à toutes les parties du terrains
celtique des dominations, justifiées par la vérité et l'exactitude
des objets signifiés ?
" Selon les
traditions irlandaises, dit H.Martin, Gadhel ou Gaël, personnification
de la race, est fils de Neimheidh. Qu'est-ce que ce Neimheidh,
cette mystérieuse figure qui plane sur nos origines ?
L'histoire ne peut répondre. "
(10)
Neimheidh n'est point
le nom d'un chef Gaulois ; il signifie celui qui est
à la tête, commande, conduit et donne les dénominations,
to name (néme), nommer, to
head (hèd), être à la tête, conduire,
et il était matériellement impossible à un seul homme de donner
à tout le pays celtique les noms que portent les cités, les
tribus, les rivières et les moindres parcelles de terrain :
c'était là l'oeuvre d'un corps savant et le terme de neimheidh,
appliqué à ce corps d'élite composé des druides, présente
une expression de vérité indéniable, puisque les druide étaient
à la fois prêtres, juges, chefs incontestés des Gaulois et
chargés de la transmission de toutes les sciences.
Les druides du Neimheidh
savaient former excellemment les noms propres d'hommes ou
de lieux : ils employaient surtout les termes monosyllabiques
de leur langue et les plaçaient dans un agencement tel, que
les son de ces monosyllabes, accolés les uns aux autres, ne
pouvaient blesser l'oreille la plus délicate. La décomposition
des mots celtique désignant les villes et les tributs gauloises
fera le jour le plus complet sur la manière de faire de ces
savants, ainsi que nous le verrons plus loin, lorsque nous
parlerons des Armoricains et des autres peuples de la Gaule.
(1) Histoire de
france par H. Martin.
(2) Histoire de france par H. Martin.
(3) De bello gallico. lib. 1.
(4) The advocate, 5 sept. 1885, journal de Melbourne, Australie.
(5) Les noms bretons, irlandais,
écossais et gallois sont pris de l'ouvrage de M. A. de Chevallet :
origine et formation de la langue française. Ier
Vol
(6) Lib. VI. 24. de bello gallico.
(7) Les mots saxons sont empruntés
au dictionnaire anglais-français de Percy Sadler. Nous tenons
ce dictionnaire de l'obligeance de M. William O'Farrel. M.
William O'Farrel est auteur d'une grammaire anglaise, admirable
d'ordre et de clarté.
(8) lib. VI. 18, de bello gallico.
(9) Genèse. chap. I. v. 5.
(10) Histoire de france,
note 1 de la page 1.
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