CHAPITRE II.
LANGUE HEBRAIQUE
I
LES NOMS DIVINS.
Désirant indiquer les rapports de ressemblance entre les langues
celtique et hébraïque, nous nous voyons exposé à des longueurs
considérables et néanmoins nécessaires. On nous les pardonnera ;
les récits bibliques sont en eux-mêmes d'un intérêt saisissant,
et de nature à captiver l'attention la plus rebelle. Les commencements
de l'humanité y sont racontés avec une exactitude admirable.
L'historien sacré accomplit son oeuvre avec fidélité et sincérité :
il n'exagère point les faits généreux, il ne jette point de
voile sur les actions criminelles. Dans son langage concis
et grave, les paroles divines apparaissent plaines de grandeur
et de majesté ; les faits humains s'y déroulent avec
la plus grande netteté, sans discours, sans digression, présentant
des traits sublimes qui ne sont point étudiés et recherchés.
Nous aurions vivement souhaité de les faire remarquer ;
mais nous avons dû nous borner simplement à signaler, dans
notre essai d'interprétation, la concordance parfaite des
récits bibliques avec la signification renfermée dans les
noms propres des hommes dont ils retracent le caractère et
la vie.
Une pensée qui se présente
tout naturellement à l'esprit est celle-ci : en supposant
le langage des Tectosages comme étant la vraie langue celtique,
il semble indispensable que les expressions les plus pures
de ce langage se retrouvent abondantes dans les noms des chefs
de cette famille dont l'expansion a presque rempli l'univers.
On fait remonter à Gomer, fils aîné de Japheth, la paternité
de la nation celtique et cimbrique ; il faudrait donc
dans la langue anglo-saxonne, que nous appellerons désormais
la langue celtique, une grande ressemblance avec l'hébreu,
et dans les termes monosyllabiques des deux langues, une certaine
conformité, au moins pour une grande partie des mots qui composent
les noms propres, sinon pour la totalité de la langue. Cette
pensée a un fondement trop assuré pour que nous n'examinions
pas si la langue celtique pourra expliquer les noms des premiers
hommes cités dans les livres de Moïse, et aussi dans quelques-uns
des autres livres des Hébreux.
Il est ici nécessaire
d'observer que le séjour prolongé des hébreux à babylone par
suite de la captivité avait exercé une influence désastreuse
sur leur langage. Un nombre considérable d'expressions chaldéennes
s'étaient glissées dans la langue hébraïque et elle en devint
grandement défigurée. Après la captivité, Esdras, le docteur
habile dans la loi de Moïse, s'appliquant à instruire le peuple
dans la loi du seigneur, changea les anciens caractères de
l'écriture hébraïque et leur substitua les caractères chaldéens,
afin de rendre la lecture de l'Ecriture Sainte plus facile
aux juifs déjà accoutumés à ces caractères. Il fut donc obligé
non seulement de transcrire l'Ecriture Sainte en caractères
connus du peuple, mais encore de traduire l'ancien langage
purement hébraïque que la plupart des juifs ne comprenaient
plus, en la langue parlée en ce moment et composée d'un mélange
d'hébreu et de chaldéen. Ce qui démontre la nécessité absolue
de cette tradition faite par Esdras, c'est la difficulté insurmontable
éprouvée par l'historien Josèphe, lorsqu'il a cherché à interpréter
les noms propres hébraïques par le langage hébreu-chaldéen :
aussi ont-ils résisté ordinairement à tous les efforts de
sa perspicacité.
Avant de faire l'essai
de la langue celtique sur ces noms d'hommes qui doivent, ce
semble, renfermer l'histoire abrégée du premier âge du monde,
il est juste de s'arrêter en premier lieu sur les noms différents
données à Dieu, le créateur de l'univers.
Elohim est le nom, par
lequel les hommes ont tout d'abord désigné le Seigneur qui
à créé la terre, et a daigné la bénir en la consacrant à sa
gloire. L'expression hébraïque Elohim, disent les rabbins,
est mise au pluriel par respect pour Dieu ; car au singulier
on dirait Eloha. Les hébreux le font dériver de el,
fort et puissant et de ala, obliger, astreindre, parce
que Dieu s'oblige et s'astreint pour ainsi dire à faire servir
sa puissance à la conservation des choses créées.
(1)
S'il nous est permis de
parler avec franchise, nous dirons que la langue celtique
explique bien mieux le sens d'Elohim.
Lorsque Dieu eut créé
l'homme et la femme à son image et capables, en conséquence,
de béatitude, de connaissance et d'amour surnaturel, il les
bénit, leur disant : " Croissez et multipliez
vous et remplissez la terre. "
(2)
C'est donc la multiplication
de la race humaine que Dieu voulu bénir et le terme Elohim
en langue celtique ne dit pas autre chose, - Hallow
- heam, - heam (him) représentant l'enfant
qui n'a pas encore vu le jour, tandis que le verbe to
hallow (hallo) signifie bénir, sanctifier :
c'est l'Etre par excellence qui possède le droit de bénir
et de sanctifier toutes choses. Cette similitude de sens et
d'expression ne nous paraît pas devoir être négligée.
Dieu était encore connu
sous le nom de Saddaï, qui exprimait l'idée du créateur donnant
la nourriture et l'abondance des choses nécessaires à la vie
corporelle par sa libéralité, car Saddaï signifie large et
libéral. (3)
En interprétant Saddaï
par la langue celtique, nous trouvons que les hommes sont
rassasiés par un Dieu soucieux de ses créatures, - to
sate (séte), rassasier, - to eye
(aï) avoir l'oeil sur ...
Adonaï était encore une
autre dénomination donnée par les hommes au Tout-Puissant :
c'est le Seigneur, le Dominus de l'Ecriture Sainte. Les hébreux
n'écrivant pas, par respect, le nom de Jehova, le remplaçaient
ordinairement par Adonaï. Il n'a pas suffi à la bonté divine
de veiller par sa Providence à la nourriture de ses créatures,
elle leur à donné aussi le pouvoir de posséder, suivant ces
paroles de la Genèse : " Croissez et multipliez-vous,
et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du
ciel, et sur tous les animaux qui se meuvent sur la terre. "(4)
Le pouvoir de posséder
accordé par Dieu aux hommes est renfermé dans le terme Adonaï,
inexplicable par la langue hébraïque, - to add, ajouter,
to own (ôn), posséder, - to eye (aï),
avoir l'oeil sur.
Jehova est le nom sacré,
le vrai nom du seigneur, révélé par Dieu lui-même à Moïse.
Les hébreux ne l'écrivaient point ; il était cependant
gravé sur la lame d'or qui était attachée et retenue par un
ruban d'hyacinthe à la mitre du Grand Prêtre. Josèphe rapporte
que lorsque Alexandre se présenta devant le Grand Prêtre Jaddus
revêtu en ce moment de tous ses ornement pontificaux, ce conquérant
de l'Asie se prosterna pour adorer celui dont le nom redouté
était gravé sur cette lame d'or brillant au-dessus du front
du successeur d'Aaron.
D'après les traditions
des Hébreux, Jehova exprimait la trinité des personnes dans
l'unité divine. Mais où était la possibilité d'exprimer par
le nom de Jehova la trinité dans l'Unité ? Il fallait,
pour atteindre ce but, que ce nom divin renfermât dans sa
composition les pronoms personnels de la langue parlée par
Moïse.
Le moi de la première
personne, en hébreu, se traduit par ani et anci
et le nous par anu, nênu ; le toi
et le vous de la seconde personne par ate et
atm ; le lui de la troisieme personne par
eua.
Les pronoms personnels
de la langue hébraïque ne se rapportent donc pas aux quatre
lettres i, he, u, i, qui forment
le nom saint de Jehova. Cependant l'i (iod)
se trouve parmi les pronoms affixes de la première personne,
qui correspondent aux pronoms réfléchis et pronoms adjectifs
possessifs de la langue française.
Plaçons en regard des
quatre lettres hébraïques i, he, u, i,
qui composent le nom divin révélé à Moïse, les pronoms personnels
de la langue celtique I, he, we, ye,
et nous pourrons être légitimement étonnés du résultat. Observons
en passant que l'alphabet hébreu ne possède pas d'y, tandis
que cet y est dûment renfermé dans l'alphabet celtique. Nous
avons donc en réalité dans les pronoms personnels celtiques
les quatre lettres formant le nom divin, c'est-à-dire deux
i, un he et un we qui remplace le ouau
de la langue hébraïque.
Le premier i s'écrivant
toujours par un I majuscule représente le nominatif
singulier de la première personne je ou Moi
et se prononce aï.
Le second i, ye
qui se prononce yi, correspond au nominatif pluriel
de la seconde personne Vous ; le thou ou
Toi du singulier, n'exprimant qu'une familiarité peu
respectueuse, n'est point usité en Anglo-saxon, comme d'ailleurs,
en Français, dans le langage poli.
Le he, se prononçant
hi, correspond au nominatif singulier de la troisième
personne, Lui. Quant au we dont la prononciation
est oui et qui remplace le ouau hébraïque, c'est
le nominatif pluriel de la première personne, Nous.
Dans ces quatre lettres
se trouve donc la désignation des trois personnes divines
par Moi, Vous et Lui, tandis que le Nous
les rassemble, les unit pour en faire un être unique possédant
une substance, une nature, une essence communes aux trois
personnes distinctes.
Ce Nous se retrouve
plusieurs fois dans le récit de l'histoire des hommes fait
par Moïse, le serviteur fidèle, qui rapportait avec intégrité
les instructions divines adressées au peuple hébreu. Le premier
Nous apparaît à la création de l'homme : " Faisons,
dit le Seigneur, l'homme à notre image et à notre ressemblance. "(5)
Après la désobéissance
et la chute d'Adam et d'Eve, le Nous est encore retracé
dans ces paroles empreintes d'une ironie salutaire et vengeresse
que Dieu leur adresse : " Voilà Adam devenu
comme l'un de Nous, sachant le bien et le mal. "
(6) Une troisième fois le Nous
divin est accentué dans l'arrêt porté contre l'orgueil des
hommes et suivi de la dispersion complète de la famille humaine
par la confusion du langage primitif : " Venez
donc, dit le Tout-Puissant, descendons en ce lieu, et confondons-y
tellement leur langage, qu'ils ne s'entendent plus les uns
les autres. " (7)
Nous avons écrit le nom
de Jehova au moyen des lettres i, he, u, i, quoique
le texte hébraïque porte i, he, u, he. Cornelius
a Lapide relate à ce sujet la formule employée par les juifs
quand on les force à prêter serment ; afin de ne pas
prononcer le nom divin et sacré, ils s'expriment ainsi :
" Je jure par i, he, u, i, et ces lettres
ajoute le même Cornelius, forment le vrai nom de Jéhova. La
différence accusée par la quatrième lettre paraît au premier
abord fort importante, mais en l'examinant avec soin, elle
n'offre rien d'embarrassant ; car dans le pronom celtique
ye, vous, il y a en même temps un y et un e,
et c'est là, croyons-nous, le noeud d'une difficulté que la
langue hébraïque moderne, réduite à ses seules forces, ne
saurait résoudre.
En dehors d'une transmission
traditionnelle, depuis longtemps interrompue, il devient à
peu près impossible de reconstituer la prononciation du nom
de quatre lettres contenant le mystère de la Sainte Trinité.
Du reste, les juifs eux-mêmes ignorent de qu'elle manière
Moïse et les prêtres juifs le prononçaient devant le peuple
assemblé pour les cérémonies religieuses.
La facilité avec laquelle
les pronoms personnels de la langue Anglo-Saxonne expliquent
le nom divin de Jehova, nous amène à croire que les Celtes
étaient loin d'ignorer et ce nom et sa véritable signification,
puisque les relations de la Gaule avec l’Asie étaient incessantes
par les émigrations vers l'Occident de nouvelles peuplades
celtiques.
L'année 1491 avant Jésus-Christ
avait vu la révélation du nom de Jehova faite à Moïse. Quarante
années plus tard, à la suite de la conquête de la Palestine
faite par Josué dans l'espace de six ans, de 1451 à 1445 avant
Jésus-Christ, les brillants faits d'armes des Hébreux avaient
porté au loin leur réputation guerrière et frappé d'étonnement
les peuples asiatiques, qui comprenaient bien la protection
divine, dont la force invincible éclatait dans les secours
surnaturels prodigués aux descendans de Jacob. Les diverses
peuplades celtiques, dans leur marche lente et continue vers
l'Europe, pouvaient donc connaître, non seulement les exploits
hébreux, mais encore leur organisation en tribus et le nom
de leur puissant protecteur, Jehova. On ne doit pas être surpris
que, possédant le sens de ce nom sacré, les Celtes aient professé
une vénération extrême pour le nombre trois, qui représentait
à leur esprit la Trinité sainte dans l'unité divine.
Le nom sous lequel les
Celtes désignaient le peuple hébreu affirme clairement leur
connaissance certaine du nom de Jehova. Pour les enfants de
Gomer, un hébreu s'appelait jew (djiou) c'est-à-dire,
un homme devant lequel était prononcé le nom de quatre lettres,
et qui se servait de ce nom divin dans ses adorations et les
hommages de sa prière. En réalité, les enfants de Gomer avaient
appliqué au peuple protégé le nom du protecteur, et il nous
paraît très vraisemblable que l'expression jew est
bien le nom saint de jehova contenant les quatre lettres révélées
à Moïse.
II
LES PREMIERS HOMMES - ADAM JUSQU'A
NOÉ.
Après avoir tenté d'interpréter
les noms divins par la langue celtique, nous essaierons aussi
cette même langue dans la décomposition des noms propres d'hommes
et de lieux.
La souche du genre humain,
le premier être possédant une âme raisonnable, unie à une
substance corporelle, porte le nom d'Adam. Sous ce nom, il
faut entendre l'homme et la femme, " car Dieu les
créa mâle et femelle ; il les bénit et il leur donna
le nom d'Adam au jour qu'ils furent créés. "
(8) Ce nom était donc commun à Adam et à Eve, et Dieu
lui-même l'avait imposé. Les hébraïsants veulent qu'Adam dérive
de adama, terrestre, parce que Dieu l'avait formé du
limon de la terre.
Interprété par la langue
celtique le terme Adam, composé de deux mots, présente pour
ainsi dire, un résumé de la création de nos premiers parents.
Parmi les êtres créés, Adam n'en avait point trouvé qui lui
fût semblable. " Et " le seigneur dit :
il n'est pas bon que l'homme soit seul ; faisons-lui
une aide semblable à lui "(9)
Dieu fit donc la femme et l'amena à Adam. D'après l'écriture
sainte, la femme était une créature ajoutée à l'homme, semblable
à lui et son aide pour la multiplication du genre humain,
c'est à dire, la mère ajoutée au père, et c'est là l'idée
offerte par la décomposition du nom d’Adam, - to add,
ajouter, dam, la mère.
L'Ecriture Sainte donne
au premier des enfants d'Adam, le nom de Caïn. A sa naissance,
Eve, sa mère, s'écria : " je possède un homme
par la grâce de Dieu. "
Caïn, en hébreu, implique
l'idée de possession, et il vient de la racine Kana,
posséder. Adam et Eve regardaient donc leur fils comme leur
bien et leur acquisition particulière ; au reste, la
puissance du père sur son enfant n'est-elle pas de droit naturel ?
Eve a eu grandement raison d'appeler son premier fils, Caïn,
sa possession.
La langue celtique retient,
non pas le verbe Kana, posséder, mais le verbe Can,
pouvoir. La signification du nom de Caïn serait alors le pouvoir,
la faculté de posséder un homme par la grâce de Dieu, et cette
différence n'est point sensible dans la pensée qu'Eve a dû
attacher aux paroles prononcées par elle à la naissance de
son fils.
Dans le texte hébraïque,
Caïn est écrit Qin : en langue Celtique to
coin (coïn) se traduit par battre monnaie, inventer.
Ne serait-ce pas là le sens véritable de Caïn qui aurait imaginé,
inventé la valeur conventionnelle des monnaies ? L'amour
trop vif de l'or et de l'argent étouffe sûrement les sentiments
généreux, et arme ordinairement du fer meurtrier la main des
assassins. Caïn avait cent seize ans lorsqu'il commit le crime
affreux qui le fit maudire. On peut croire avec juste raison
que les hommes étaient déjà nombreux, puisque Caïn répondant
à la menace divine, disait : " Quiconque donc
me trouvera, me tuera. " La multiplication rapide
du genre humain a dû faire naître, dans l'esprit de Caïn,
la pensée de remplacer les échanges par une valeur conventionnelle
attachée aux métaux précieux, or et argent.
Abel est le second fils
d'Adam et d'Eve, mais sa mère ne lui a point donné ce nom.
Josèphe le fait dériver du mot hébreu ebel deuil ;
car, par la mort d'Abel, le deuil a fait sa première apparition
sur la terre. Pour bien saisir le sens du mot Abel, tel que
l'indique Josèphe, il ne faut point perdre de vue une expression
très fréquente dans les livres saints désignant la mort et
le tombeau ; c'est l'expression inferi, les enfers, tandis
que le lieu du supplice des réprouvés et des maudit est l'infernus ;
et c'est dans le premier sens que David, étant près de mourir,
recommanda à Salomon, son fils de punir Joab de se crimes :
" Vous ferez, dit-il, à son égard, selon votre sagesse ;
et vous ne permettrez pas qu'après avoir vieilli dans l'impunité
de son crime, il descende en paix dans le tombeau ; et
non deduces canitiem eju ad inferos. "
(10)
Abel présente la première
image de la mort par le crime affreux de son frère aîné, -
to ape (épe), imiter, présenter, l'image
de..., hell, enfers.-Le terme ebel ou épel
serait ainsi appliqué au second fils d'Adam seulement après
le fratricide de Caïn, et la désignation de leur fils par
une telle expression a dû, pendant de longues années, raviver
dans l'âme de ses malheureux parents la douleur de sa perte.
Nous nous sommes attaché
dans cette interprétation à suivre le sens donné par Josèphe :
toutefois, comme les premiers hommes étaient souvent connus
sous plusieurs noms présentant des significations différentes,
nous croyons pouvoir voir expliquer d'une autre manière le
nom d'Abel, en conservant avec rigueur la prononciation donnée
par l'Ecriture Sainte.
Il est indubitable pour
tout esprit sérieux qu'Adam avait reçu de Dieu les communications
les plus précieuses, non seulement sur les vérités religieuses,
mais encore sur les industries humaines nécessaires à l'état
social, et Adam transmettait à ses enfants et la science religieuse
et en même temps les principes des arts industriels. " Le
monde disait Origène à Celse, ayant été créé par la Providence,
il faut nécessairement que le genre humain ait été mis, dans
les commencements, sous la tutelle de certains esprits supérieurs,
et qu'alors Dieu se soit manifesté aux hommes. C'est aussi
ce que l'Ecriture Sainte atteste... et il convenait, en effet,
que dans l'enfance du monde, l'espèce humaine reçut des secours
extraordinaires, jusqu'à ce que l'invention des arts l'eût
mise en état de se défendre elle-même et de n'avoir plus besoin
de l'intervention divine. "
(11)
Abel était pasteur ;
il offrait à Dieu des sacrifices, choisissant à cet effet
les agneaux les plus beaux et les plus gras de son troupeau,
et le Seigneur regardait favorablement ses présents.
(12)
L'Ecriture Sainte, en
marquant avec soin la profession pastorale d'Abel, semble
indiquer la provenance de son nom. Abel recueillait les belles
toisons de son magnifique troupeau ; sa main filait la
laine soyeuse, et ces fils entrelacés, formant et la chaîne
et la trame, lui donnaient un excellent tissu dont il se pouvait
vêtir, - abb, trame de laine, - to ell,
mesurer.
Un châtiment juste et
sévère suivit de près le crime horrible de Caïn. Le Seigneur
avait dit au fratricide : " Vous serez fugitif
et vagabond sur la terre ", et le coupable avait
répondu : " Vous me chassez aujourd'hui de
dessus la terre et j'irai me cacher de devant votre face,
et je serai fugitif et vagabond sur la terre. Donc quiconque
me rencontrera, me tuera. " Le Seigneur lui répondit :
" Non, cela ne sera pas ainsi ; mais quiconque
tuera Caïn sera puni sept fois plus. " Et le Seigneur
" mit un signe sur Caïn, afin que ceux qui le trouveraient
ne le Tuassent point. " Caïn, s'étant retiré de
devant la face du Seigneur, habita en fugitif sur la terre
vers la région orientale d'Eden.
(13)
Le texte hébraïque, au
lieu de ces paroles : Caïn habita en fugitif sur la terre,
porte : Caïn habita dans la terre Nod. Josèphe fait de
nod un nom propre de lieu, parce qu'il n'a pu arriver à découvrir
le sens exact de cette expression de la langue primitive.
Le terme nod existe dans l'anglo-saxon et il donne la connaissance
du signe de la malédiction divine attaché à Caïn ; to
nod signifie, faire un signe de tête, saluer en baissant
la tête.
La note d'infamie, marquée
sur la personne du fratricide, devait donc consister en un
mouvement nerveux et convulsif de la tête, obligeant Caïn
à la baisser honteusement devant tous ceux qu'il rencontrerait.
D'après la tradition, le signe de malédiction porté par Caïn
était un tremblement continuel du corps, tremblement révélateur
de son forfait.
Abel, l'enfant pieux et
pur fut remplacé par Seth, et Eve disait : " Le
Seigneur m'a donné un autre fils au lieu d'Abel que Caïn a
tué. " (14) En hébreu
suth signifie mettre et placer : dans la langue
des Tectosages, le verbe to set retient le même
sens de mettre et placer. Seth était le remplaçant d'Abel
et destiné à devenir le père des hommes fidèles à leur Créateur.
Les tissus de laine fabriqués
par Abel ne reparaissent plus dans le nom des premiers hommes
et cèdent la place à la mention des ouvrages de fer et de
bronze. Il ne faut pas descendre fort longuement dans la généalogie
des enfants d'Adam pour y rencontrer la science des métaux,
car Malaleel, - to mall frapper avec un maillet,
- to allay (allé) mélanger les métaux,
- to ell, mesurer, - était l'arrière petit-fils
de Seth. Suivant la chronologie ordinaire, lorsqu'à l'âge
de soixante-dix ans Malaleel est devenu père de Jared, les
hommes habitaient le monde depuis seulement trois cent quatre-vingt-quinze
ans. Adam était encore au milieu de ses descendans pour les
aider de ses conseils et les initier aux travaux industriels.
Parce que la science des métaux est inscrite dans Malaleel,
est-ce à dire que ceux qui l'avaient précédé ignoraient l'usage
du fer et les alliages de cuivre et d'étain constituant le
bronze ? Nous sommes bien loin de le croire ; Adam
assistait aux travaux de ses enfants, et sa présence indique
suffisamment d'où venaient les connaissances acquises et d'où
partait l'impulsion donnée aux diverses industries.
Il n'était pas possible
d'écrire dans le nom d'un seul homme la somme des sciences
possédées à l'origine du monde et on les a gravées peu à peu
dans le nom des chefs de famille. Malaleel nous dénote les
ouvrages de fer et de bronze, et afin que les générations
futures ne se méprennent pas et ne voient pas en lui un artisan
unique, il appelle son fils Jared, - to jar (djar),
tinter, cliqueter, - to head (hèd) être à la tête de,
commander, - prouvant ainsi qu'il était à la tête de nombreux
ouvriers en métaux.
Ces noms propres d'hommes,
renfermant la mention des connaissances matérielles des premiers
temps du monde créé, indiquent ainsi que la marche de la civilisation
humaine n'a point été ascendante et que l'âge de pierre et
de bronze n'ont aucunement précédé l'âge de fer au berceau
de l'humanité.
Le petit-fils de Jared,
Mathusalem dont la longévité a surpassé celle des autres hommes,
nous initie à une autre branche d'industrie : les lits
moelleux n'étaient guère alors en usage, te ces produits d'une
civilisation trop avancée étaient remplacés par des nattes
sur lesquelles on prenait un repos nécessaire dans sa demeure,
- to mat, couvrir de nattes, - to use
(iouse) se servir de, - hall, salle, maison.
Les enfants de Seth ne
sont point seuls à dévoiler les secrets des arts parmi les
premiers hommes, et en parcourant la brève lignée des descendans
de Caïn, nous remarquons Tubalcaïn " qui fut habile
en toutes sortes d'ouvrages d'airain et de fer. "
(15) Néanmoins cette habileté
à travailler le fer et le bronze n'est point écrite dans son
nom ; elle y est remplacée par la mention d'une autre
connaissance, celle de l'art nautique.
Les hommes étaient en
état de construire de bons vaisseaux et on comprend ainsi
comment ils ont prêté une médiocre attention à l'arche destinée
à Noé et faite suivant la forme et les dimensions données
par Dieu lui-même. Peut-être même ont-ils compté sur eux pour
tenter de se soustraire aux effets des menaces divines. Il
y avait cependant une différence bien sensible entre la construction
de leurs vaisseaux et celle de l'arche dont disposerait Noé.
Celle-ci était un vrai navire ponté, protégé contre la pluie
du ciel et les grandes lames de la mer, tandis que les vaisseaux
ordinaires, complètement découverts, n'étaient point défendus
contre les grandes pluies ni contre les hautes lames. Le premier
mot qui entre dans la composition du nom de Tubalcaïn retrace
la forme de ces premiers bâtiments, - tub, vaisseaux
découvert, cuve, baquet, - hall, maison, - to
coin (coïn), inventer.
III
NOÉ ET SES ENFANTS.
Les sciences possédées
parles hommes les entraînèrent à la révolte la plus audacieuse
contre Dieu. Les crimes contre nature s'accumulèrent, et,
fatigué de cette obstination dans le mal, le Seigneur dit
à Noé : " J'ai résolu de faire périr tous les
hommes : ils ont rempli toute la terre d'iniquités, et
je les exterminerai avec tout ce qui vit sur la terre. "
(16)
Noé était juste, et ayant
trouvé grâce devant Dieu, il était devenu comme le confident
de ses desseins vengeurs. Il construisit l'arche sur l'ordre
donné par le seigneur, et s'enfermant avec sa famille et les
animaux qui devaient être conservés sur la terre dans ce vaisseau
placé sous la protection divine, il fut sauvé du déluge dans
lequel périrent tous les hommes criminels. Noé proclame qu'il
avait la connaissance du châtiment futur des hommes, de la
manière dont il serait infligé et aussi la connaissance de
sa propre conservation et de celle de sa famille, - to
know (nô), connaître, savoir, - how (haou),
comment, de quelle manière.
Après la destruction violente
du genre humain par le déluge, Dieu bénit Noé et ses enfants
et leur dit : " Croissez et multipliez-vous
et remplissez la terre. Noé avait donc trois fils qui sortirent
de l'arche, Sem, Cham et Japheth. Or cham est le père de Chanaan.
Ce sont là les trois fils de Noé ; et c'est d'eux qu'est
sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre. " (17)
Le déluge et le salut
miraculeux de Noé et de ses enfants étaient des événements
trop considérables dans l'histoire de l'humanité pour que
le nom d'un des fils de Noé n'en reproduisit point quelque
trait essentiel. L'arche ayant flotté sur l'eau pendant sept
mois avant de toucher le sommet des montagnes d'Arménie, Noé
a voulu écrire ce souvenir intéressant dans le nom de son
fils aîné, Sem, - to swim (Souim) flotter
sur l'eau.
Le second de ses enfants,
grossier et impudent, attira sur sa postérité la malédiction
paternelle par une faute lamentable demeurée à jamais sa honte
et son opprobre ; aussi son nom Cham - to shame,
couvrir de honte, - redit son acte infâme et la malédiction
qui l'a suivi.
L'Ecriture Sainte dit
fort clairement que de Sem, Cham et japheth est sortie toute
la race des hommes qui sont sur la terre.
On a cru pouvoir abandonner
ce point de départ tout à fait historique pour s'attacher
à un autre ordre d'idées, permettant de distinguer les variétés
humaines d'après la couleur de la peau et les degré de l'angle
facial. Il serait bien long d'énumérer toutes les classifications
mises en avant, et il nous paraît préférable de s'arrêter
à la division de Cuvier distinguant le variétés suivantes :
1° La blanche ou Caucasique ; 2° la Jaune ou Mongolique ;
3° la Nègre ou Ethiopique.
" La variété
blanche, Caucasienne, Arabe Européenne se reconnaît principalement
à la forme ovale de la tête, à la couleur de la peau plus
ou moins blanche, aux lèvres petites, aux traits réguliers.
Son centre principal serait en Europe et dans l'Asie Mineure,
l'Arabie, la Perse et l'Inde jusqu'au Gange, et l'Afrique
jusques et y compris le Sahara. "
" La variété
Jaune ou Mongolique se reconnaît à la face carrée, aplatie,
au nez plus enfoncé, aux yeux placés obliquement, à la peau
olivâtre et basanée. Elle aurait en quelque sorte son foyer
sur le plateau de la grande Tartarie et du Thibet. "
" La variété
Nègre ou Ethiopique a le teint noir ou noirâtre, le crâne
déprimé, le nez épaté et les lèvres grosses. Elle couvre la
plus grande partie de l'Afrique et quelques îles de l'Océanie. "(18)
Nous ne rechercherons
pas les inconvénients d'une classification renfermant dans
une même variété les Arabes, les Abyssins, les Egyptiens et
les nombreux rameaux celtiques ; il nous suffit de retrouver
en Japheth, troisième fils de Noé, la souche réelle et incontestable
de la variété humaine la plus blanche. Les enfants de Sem
dont le type le mieux conservé est retracé dans les Arabes,
ont le teint plus ou moins basané, mais le trait particulier
de la famille se montre dans les yeux et les cheveux noirs.
Ce ne peut être toutefois qu'un caractère général ; et,
parmi les Hébreux, descendans directs de Sem, l'Ecriture Sainte
constate une exception en la personne de David dont les cheveux
étaient roux.
Dans la famille de Japheth,
à la peau blanche et aux cheveux ordinairement peu foncés
se joignent les yeux bleus ou quelque peu décolorés. Cette
couleur plus claire des yeux était tellement sensible dans
le troisième fils de Noé qu'il en a gardé le nom d'oeil décoloré
ou Japheth, Iphth, dans le texte hébraïque, - eye (aï)
oeil, to fade (féde) se décolorer.
Gomer, fils aîné de Japheth,
devait présenter cette marque distinctive de l'oeil décoloré,
puisqu'il en a été proclamé le véritable héritier, - to
come (keume) devenir, - heir (ér)
héritier. Il ne s'agissait point ici des faveurs essentielles
conférées par le droit d'aînesse et permettant à l'héritier
ordinaire, au fils aîné, d'offrir à Dieu les sacrifices, de
commander à ses frères et de conserver les biens paternels ;
car ces droits appartenaient aux aînés de toutes les familles.
Ce terme d'héritier s'appliquait plutôt aux qualités corporelles
remarquées dans gomer et transmises à sa postérité formant
l'immense famille celtique.
Les hommes s'étaient fort
multipliés après le déluge : " Il n'y avait
alors qu'une langue et une même manière de parler pour tous
les hommes. " Obligés qu'ils étaient de s'étendre
par suite de leur rapide accroissement, ils dirent :
" Venez, faisons-nous une ville et une tour dont
le sommet arrive jusqu'au ciel : et rendons notre nom
célèbre, avant de nous disperser sur la terre. "
(19)
Ils tenaient cet orgueilleux
langage dans les plaines de Sennaar, et ils se mirent à l'oeuvre,
se servant de briques à la place de pierres et de bitume en
guise de ciment.
Or le Seigneur fut irrité
de ce travail insensé ; et il dit : " Ils
ne sont tous maintenant qu'un seul peuple et ils ont un même
langage : ils ont commencé cet ouvrage et n'abandonneront
point leur dessein qu'ils ne l'aient entièrement terminé.
Venez donc, descendons en ce lieu, et confondons-y leur langage,
de telle sorte qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres.
" C'est de cette
manière que le Seigneur les dispersa de ce lieu dans tous
les pays du monde, et qu'ils cessèrent de bâtir la ville.
" C'est aussi pour cette raison
que cette ville fut appelée Babel, parce que là fut confondu
le langage de toute la terre : et le seigneur les a dispersés
ensuite dans toutes les parties du monde. "
(20)
Babel, d'après les termes
de l'Ecriture Sainte, porte en soi l'idée de la confusion,
et les Hébreux, en recherchant soigneusement Babel dans leur
langue, n'ont pu retrouver que balal, confusion, pour expliquer
ce Babel qu'ils ne possèdent plus. Mais balal est bien
loin d'avoir la valeur du verbe celtique to babble,
babiller, jaser : babil incohérent, confus, remplissant
de honte les hommes qui n'entendent plus le langage qu'ils
comprenaient très bien la veille.
La langue primitive est-elle
disparue au milieu de cette confusion ? Nous pouvons
dire avec assurance, qu'elle est demeurée en usage dans la
bouche d'une partie des enfants de Sem et aussi d'une partie
des enfants de japheth ; et cette langue primitive est
comme le point de départ des autres langues parlées dans le
monde, comme une source donnant naissance à des ruisseaux
sans nombre qui vont décrire au loin des méandres capricieux.
Ce langage s'est perpétué dans un état parfait parmi les hébreux
jusqu'à ce que le séjour du peuple de Dieu dans la Chaldée
l'ait fait modifier d'une manière très sensible.
Les enfants de Gomer l'ont-ils
transmis intact, au moins dans ses parties essentielles ?
Nous essaierons de démontrer que l'intégrité de la langue
primitive s'est conservée dans la famille de Japheth plus
sûrement que dans la famille de Sem, peut-être à cause de
la domination universelle promise par Dieu à la postérité
de Japheteh. Cette démonstration peut se faire en interprétant
par la langue celtique les noms propres des hommes les plus
célèbres, conservés dans l'histoire du peuple hébreu ;
toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le nom propre
d'un homme, après la confusion des langues comme au premier
âge du monde, retient ordinairement la mémoire d'une action
remarquable de sa vie, ou bien le pouvoir d'une qualité, d'un
défaut corporels, et quelquefois aussi représente l'état des
moeurs de l'époque.
Nous avons vu par le récit
de la Genèse les hommes abandonnant la construction de ville
et de la tour de Babel. Dans cette ville inachevée, le farouche
Nemrod, petit-fils de Cham, établit sa demeure et fonda le
royaume de babylone. Ce violent chasseur devant le Seigneur
n'attaquait point les bêtes fauves ; il était chasseur
d'hommes, opprimant ses semblables, semant partout l'épouvante
et méritant bien le nom sous lequel il était connu, car Nemrod
signifie un épouvantail renommé, - name (néme)
réputation, - rawhead (râuhèd) épouvantail.
La dispersion des hommes
est déterminée et fixée par Phaleg dont la traduction, en
hébreu, est division, " parce que la terre fut divisée
de son temps " entre les peuple parlant des langues
différentes. (21) La langue
des Tectosages nous représente dans Phaleg, les hommes poussés
à diminuer leur trop grande concentration dans une seule contrée
du monde, - to fall, diminuer, - to egg,
pousser, exciter.
Phaleg était le fils aîné
d'Héber et celui-ci leur a laissé son nom, pour témoigner
que ses enfants possédaient par lui l'héritage des bénédictions
divines promises à Sem et à sa postérité directe, - Heber
se décompose ainsi : to ebb, descendre,
- heir (ér) héritier.
IV
ABRAHAM ET LES PATRIARCHES.
Le grand Abraham appartenait
à la lignée d’Heber et l'Ecriture Sainte a soin de l'appeler
Abram hébreu, accusant par là l'importance attachée à ce titre.
Abram, premier nom de ce patriarche, est le précis exact et
fidèle des ordres reçus de Dieu. Le Seigneur lui avait dit :
" Sortez de votre pays, de votre parenté et de la
maison de votre père et venez en la terre que je vous montrerai.
" Je ferai sortir
de vous un grand peuple, je vous bénirai, je rendrai votre
nom célèbre et vous serez béni.
" Je bénirai
ceux qui vous béniront, et je maudirai ceux qui vous maudiront ;
et tous les peuples de la terre seront bénis en vous. Abram
sortit donc comme le Seigneur le lui avait ordonné, et Loth
le suivit. " (22)
Les hébraïsants traduisent
Abram par le père illustre ab-ram, et Abraham par le
père illustre d'une multitude ab-ram-a-mon. Cette explication
paraît un peu obscure quoique déterminée par un fait de tous
points conforme à la vérité.
Abram, d'après les ordres
divins, devait porter ses pas dans une terre étrangère qui
lui serait montrée par Dieu. Abandonnant le sol natal, sa
parenté et la maison de son père, il devenait en réalité un
étranger pour les habitants des pays qu'il traversait, il
imitait le voyageur errant, allant çà et là, en attendant
que le lieu de son séjour fut fixé avec certitude, - to
ape (épe) imiter, to err, errer, aller
çà et là, ham, jambe - aperrham. L'expression
arabe berrani, étranger et le terme Kabyle aberrani,
signifiant aussi étranger, viennent confirmer cette interprétation
du premier nom d'Abram.
Obéissant à la parole
du Seigneur, Abram parcourut le pays de Chanaan ; il
dut le quitter bientôt à cause de la famine qui sévissait
dans la contrée : il se retira en Egypte, toujours protégé
d'une manière visible, et, après y être demeuré quelque temps,
il revint dans le pays de Chanaan, avec sa femme et tout ce
qu'il possédait. Il était fort riche ; l'or et l'argent
abondaient dans sa tente. Lot accompagnait Abram, et lui aussi
avait des troupeaux de brebis et des troupeaux de boeufs.
Une querelle s'étant élevée
entre les pasteurs de Lot et d'Abram, celui-ci dit à son neveu :
" Qu'il n'y ait point, je vous prie, de dispute
entre vous et moi, entre vos pasteurs et les miens, parce
que nous sommes frères. Vous avez devant vous toute la terre :
retirez-vous, je vous prie, d'auprès de moi ; si vous
allez à la gauche, je prendrai la droite ; et si vous
choisissez la droite, j'irai à la gauche. "
(23)
Cette circonstance de
la vie d'Abram valut à son neveu le nom de Lot - to
lot, diviser en lots, en portions.-Lot choisit le pays
qui lui parut le plus fertile et vint s'établir dans Sodome.
Les habitants de cette
ville et des cités voisines, livrés aux excès de la débauche
la plus éhontée, avaient irrité contre eux la justice divine.
Par un jugement d'une équité redoutable, le seigneur avait
condamné à la destruction par le feu et les habitants de Sodome
et le sol lui-même qu'ils avaient souillé - Sod, le
sol, - to doom (doum) juger, condamner.
Cependant Lot était juste
et Dieu ne voulait pas l'envelopper dans la punition des coupables.
Deux anges lui furent envoyés pour l'entraîner hors de ce
lieu maudit. Le récit des Livres Saints nous donnera la raison
pour laquelle la petite cité où Lot trouva refuge, a porté
dans la suite le nom de Segor.
" A la pointe
du jour, les anges pressaient Lot de quitter la ville en lui
disant : levez-vous, emmenez votre femme et vos deux
filles, de crainte que vous ne périssiez vous-même dans la
ruine de la cité.
" Voyant qu'il
différait toujours, ils le prirent par la main et emmenèrent
aussi sa femme et ses deux filles, car le Seigneur voulait
le sauver. Ils le conduisirent ainsi hors de la ville et lui
dirent : sauvez votre vie, ne regardez point derrière
vous et ne vous arrêtez point dans le pays alentour, mais
sauvez-vous sur la montagne, de peur que vous ne soyez enveloppé
dans la destruction.
" Lot leur répondit :
Seigneur, puisque votre serviteur a trouvé grâce devant vous,
et que vous avez montré envers lui votre grande miséricorde
en sauvant ma vie, voyez, je vous prie, que je ne puis me
sauver sur la montagne, car le danger peut me surprendre auparavant
et me faire périr.
" Mais il y
a là, tout près, une ville dans laquelle je puis me réfugier ;
elle est petite et je m'y sauverai ; vous savez qu'elle
n'est pas grande ; et elle me sauvera la vie.
" L'ange lui
répondit : j'accorde encore cette grâce à la prière que
vous me faites de ne pas détruire la ville pour laquelle vous
me parlez. Hâtez-vous et sauvez-vous parce que je ne pourrai
rien faire jusqu'à ce que vous y soyez entré. C'est pour cela
qu'on a donné à cette ville le nom de Segor. Le soleil s'élevait
sur la terre, lorsque Lot entra dans Segor. "
(24)
La pensée essentielle
se dégageant de ce récit peut se traduire ainsi : les
anges pressaient Lot de quitter Sodome, car approchait l'heure
fixée pour le châtiment, et Lot, de son côté, alléguant sa
faiblesse, cherchait à retarder cette heure de l'expiation
suprême. Il a fallu qu'un ange le prit par la main, le forçant
ainsi à le suivre, et alors Lot, voulant à tout prix sauver
une partie des habitants de la région, demanda à se réfugier
dans la petite ville nommée Segor : sa prière fut écoutée ;
mais, dit encore l'ange, hâtez vous !
Cette insistance de l'ange
à répéter que l'heure était pressante est parfaitement reproduite
dans Ségor - to say (sé) répéter, to
egg, pousser, exciter, - hour (haour)
heure, moment.
Lot était en sûreté dans
Segor, " et le Seigneur fit descendre du ciel une
pluie de souffre et de feu sur Sodome et Gomorrhe.
(25) " Gomorrhe nous dévoile la transformation
de la belle vallée en un marais aux eaux stagnantes to
come (keume) devenir, - moor (mour)
un marais. Les eaux de ce lac semblent empoisonnées :
elles ont une telle densité que le corps humain ne peut s'y
enfoncer complètement ; leur amertume est extrême et
le sel dont elles sont saturées les rend pesantes à ce point
que le vent le plus impétueux semble impuissant à leur communiquer
quelque mouvement. Les rives présentent une affreuse aridité ;
le regard n'y rencontre point le vert feuillage des arbres
pour s'y reposer. l'image de la désolation y est peinte partout ;
la malédiction divine est passée dans la vallée.
" Plusieurs
voyageurs, entre autres Troïlo et d'Arvieux, disent avoir
remarqué des débris de murailles et de palais dans les eaux
de la mer Morte. Ce rapport semble confirmé par Maundrell
et le père Nau. Les anciens sont plu positifs à ce sujet ;
Josèphe, qui se sert d'une expression poétique, dit qu'on
aperçoit au bord du lac les ombres des cités détruites.
Strabon donne soixante stades de tour aux " ruines
de Sodome. Tacite parle de ces débris : comme le lac
s'élève ou se retire selon les saisons, il peut cacher ou
découvrir tour à tour les squelettes des villes réprouvées. "(26)
Quelques années avant
ces événements redoutables, Abram qui était sans postérité,
fut prié par Saraï d'épouser Agar sa servante, afin d'accomplir
les promesses divines. Mais Agar, peu reconnaissante, commença
à mépriser sa maîtresse : celle-ci indignée de son insolence,
se plaignit d'abord à Abram et châtia Agar avec tant de sévérité,
qu'elle la contraignit de prendre la fuite. Cet accident de
la vie de Saraï a produit ce premier nom - to say
(sé), raconter, - row (raou) bruit, querelle,
high (haï), violent.
Agar, - to hag,
tourmenter, harasser - to hare (hère),
courir çà et là, - se rendait en Egypte par la voie du désert
lorsqu'un ange lui apparut et lui ordonna de retourner à sa
maîtresse et de s'humilier sous sa main. Il ajouta :
" Je multiplierai votre postérité de telle sorte
qu'elle sera innombrable... Vous enfanterez un fils ;
et vous l'appellerez Ismaël parce que le seigneur a entendu
votre affliction. " (27)
Ismaël marque la fin des
froissements produits enter Saraï et Agar ; la servante
a été délivrée des mauvais traitements par sa docilité à s'humilier
sous la main de sa maîtresse - to ease (ise)
délivrer, to maule (mâule) froisser.
En annonçant la naissance
d'Ismaël, l'ange du Seigneur avait dit à Agar : " Ce
sera un homme fier et sauvage : il lèvera la main contre
tous et tous lèveront la main contre lui ; et il dressera
ses tentes vis-à-vis de tous ses frères. "
(28) C'est la peinture fidèle du caractère des Arabes,
descendans d'Ismaël. D'une nature fougueuse et ardente, aimant
avec passion la liberté et l'indépendance, ils ont toujours
recherché le pillage et les aventures. Leurs tentes de peaux
de chèvres les abritent à peine quelques instants et bientôt,
dégageant des entraves leurs chevaux toujours sellés, ils
dévorent dans une course rapide les sables brûlants du désert.
Leur couverture de laine blanche jetée sur leur tête comme
un voile vient les désigner au loin aux regards inquiets des
voyageurs qui se hasardent à traverser leur pays aride et
sans arbres - to hare (hère), courir
çà et là - abb, trame de laine. Durs à la fatigue,
supportant facilement la faim et la soif, dédaignant le repos
sur un lit moelleux, ils ont mériter le nom de bédouins sous
lequel ils sont aussi connus - bed, lit, - to
wean (ouin) priver de.
Treize ans s'étaient écoulés
depuis la naissance d'Ismaël ; Dieu apparut à Abram et
lui dit : " Je suis le Dieu tout puissant,
marchez en ma présence et soyez parfait.
" Je ferez alliance
avec vous et je multiplierai votre race jusqu'à l'infini...
" Vous ne vous
appellerez plus Abram, mais Abraham, parce que je vous ai
établi pour être le père d'une multitude de nations. "
(29)
Le changement opéré par
Dieu même dans le nom du grand patriarche porte en entier
sur la dernière syllabe d'Abram : c'est dans la composition
celtique de ce nom, ham, jambe, qui est transformée
en heam (him) l'enfant qui n'a pas encore vue
le jour, et cet heam renferme en lui-même l'assurance
de la multiplication de sa famille. Ainsi, Abram, l'étranger
est devenu Abraham - to ape, imiter, - to
err, aller çà et là, - heam (him), l'enfant
qui n'a pas encore vu le jour, - c'est à dire l'étranger à
la nombreuse descendance.
Cette interprétation par
la langue celtique fait aisément comprendre pourquoi les Arabes
appellent Ibrahim ce patriarche père d'Ismaël et souche de
leur famille.
Après avoir prescrit à
Abraham la circoncision comme signe de son alliance, Dieu,
renouvelant la promesse déjà faite d'une magnifique postérité,
lui dit : " Vous n'appellerez plus votre femme
Saraï, mais Sara. Je la bénirai et je vous donnerai d'elle
un fils que je bénirai aussi. Il sera le père de plusieurs
nations, et des roi de peuples sortiront de lui. "(30)
Après cet ordre donné
par Dieu à Abraham d'appeler sa femme Sara, l'écriture Sainte
la nomme désormais Sara, qu'elle écrit Saré - to say
(sé), dire, - to ray (ré) rayonner.
Ce rayonnement autour de Sara devait provenir de la belle
postérité annoncée par le seigneur. Abraham était alors âgé
de cent ans et Sara de quatre-vingt-dix. Le Saint patriarche
était fort tourmenté à la pensée que son âge et celui de sa
femme seraient sans doute un bien grand obstacle à l'accomplissement
de la parole divine : il croyait cependant à cette parole
dans la persuasion intime que Dieu opérerait pour lui un prodige.
Pendant qu'il était livré
à ces anxiétés, Dieu lui dit encore : " Sara
votre femme vous donnera un fils que vous nommerez Isaac.
Je ferai un pacte avec lui et ses descendans afin que mon
alliance avec eux soit éternelle. "
(31)
" Sara conçut
et enfanta un fils en sa vieillesse, dans le temps que Dieu
lui avait prédit. Abraham donna le nom d'Isaac à son fils
qui était né de Sara.
Et il le circoncit le
huitième jour selon le commandement qu'il en avait reçu de
Dieu... Et Sara dit : Dieu m'a donné de sourire de joie :
quiconque le saura, prendra part à mon sourire de bonheur. "
(32)
En hébreu-chaldéen, Isaac
dérive du verbe tsachak, sourire de satisfaction, être félicité,
et le sens est en rapport parfait avec le texte sacré. En
examinant le terme Isaac dans sa composition celtique, on
y découvre l'assurance infaillible de l'accomplissement des
promesses divines, assurance qui doit délivrer Abraham de
tous les tourments d'esprit causés par la vue d'une impossibilité
naturelle - to ease (ise) délivrer, to
hag, tourmenter.
Isaac hérita, non seulement
des grandes richesses de son père, mais aussi de sa foi et
de son obéissance au seigneur. Avant leur naissance, ses deux
fils Esaü et Jacob, - to jog, pousser, remuer,
- up (eup) en haut, par-dessus, - s'entrechoquaient
dans le sein de leur mère Rebecca, et celle-ci effrayée, consulta
le seigneur qui lui dit : " Deux nations sont
dans votre sein, deux peuples divisés l'un contre l'autre
en sortiront ; l'un de ces peuples surmontera l'autre
peuple et l'aîné sera assujetti au plus jeune (33). "
L'aîné des deux enfants était velu et il fut nommé Esaü ;
son frère fut appelé Jacob.
Esaü portait aussi le
nom de Seir - to say (sé) raconter -
hair (hér) poil - confirmant la remarque contenue
dans les livres saints sur le poil étrange dont son corps
était couvert. L'appellation d'Esaü - to Haze
(hèze) effrayer, - how (haou) comment
de quelle manière se rapporte à la fureur dont il fut saisi
lorsque son frère Jacob après lui avoir d'abord acheté son
droit d'aînesse, lui ravit la bénédiction paternelle. La haine
d'Esaü devint si violente que Jacob, plein d'effroi, se vit
contraint de fuir la maison paternelle et de se réfugier quelque
temps chez Laban.
C'est poussé, excité par
l'insistance et les conseils de sa mère Rebecca - rape
(rèpe) l'action de ravir, de transporter, - to
egg, pousser, exciter - que Jacob avait consenti à
se servir de la ruse maternelle pour enlever la bénédiction
destinée à son frère Esaü.
Jacob passa quatorze années
auprès de son oncle Laban - to lap, envelopper,
entortiller, - to hand, se saisir de - avant
d'épouser Rachel. Ce temps avait été pour lui un véritable
temps de vexations douloureuses qu'il a voulu marquer dans
le nom de Rachel - to rack, harasser, tourmenter
- to ail (él) causer de la douleur.
Les tourments multipliés
subis dans la maison de Laban permettaient à Jacob de dire
avec vérité à lia et à Rachel : " Vous savez
que j'ai servi votre père de toutes mes forces. Il a même
usé de tromperie envers moi, et a changé dix fois ce que je
devais avoir pour récompense : et cependant Dieu ne lui
a pas permis de me nuire. "
(34)
On sait par qu'elle suite
particulière d’événements Dieu conduisit en Egypte le patriarche
Jacob et ses nombreux enfants. Joseph, la joie de sa mère
Rachel et l'espoir de sa fécondité,
(35) to joy (djoï) se réjouir, se
féliciter, safe (séfe) sauf, hors péril - avait
fait donner à ses frère la partie orientale de l'Egypte, et
les Hébreux s'étaient multipliés à tel point que le Pharaon
qui gouverna plus tard le pays, ignorant les immenses services
rendus par Joseph à son royaume, résolut d'arrêter par tous
les moyens cette propagation, inquiétante pour sa politique
ombrageuse. Les mesures les plus iniques furent décrétées
contre les enfants mâles des hébreux qui venaient au monde,
et ordre fut donné de les jeter dans les eaux du Nil. Pendant
que les jeunes enfants étaient ainsi exterminés, les officiers
publics accablaient les hébreux sous le poids de travaux écrasants
et rendaient leur vie tout à fait amère.
V
MOISE ET LES HEBREUX DANS LE DESERT.
Moïse naquit au milieu
de ces circonstances déplorables, et sa mère, après l'avoir
tenu caché durant trois mois, l'exposa sur le bord du fleuve
où Dieu, par une disposition miséricordieuse de sa providence,
attira la fille de Pharaon. Touchée de la beauté de l'enfant,
" elle l'adopta pour son fils et le nomma Moïse,
parce que, disait-elle, je l'ai retiré de l'eau. "
(36)
Le nom de Moïse se refuse
à une interprétation rigoureuse par l'hébreu-chaldéen ;
du reste, ce nom est une allusion à la position particulière
de l'enfant élevé à la cour de Pharaon et à l'action de la
fille du roi retirant cet enfant des bords du fleuve où il
était exposé. L'adoption de Moïse par la fille de Pharaon
l'avait délivré des travaux des champs et aussi de l'oppression
effroyable sous laquelle gémissaient ses frères. Il n'était
plus, par conséquent, obligé de moissonner, de transporter
les fruits récoltés dans les granges disposées à cet effet,
et c'est là l'explication fort simple et très claire du nom
de Moïse par la langue celtique - to mow (mô),
moissonner, faucher, to ease (ise), délivrer.
- Josèphe fait remarquer que le nom de Moïse, le délivré des
eaux, était de composition égyptienne, car dit-il, mo
indique l'eau et ise se traduit par délivrer. Il est
bien probable que l'appellation égyptienne donnée à Moïse
par la fille de Pharaon signifiait qu'elle l'avait sauvé des
eaux du Nil, tandis que celle par laquelle les Hébreux ses
frères le connaissaient, se rapportait surtout à son éducation
à la cour du roi.
Nous n'insisterons pas
sur les événement miraculeux par lesquels Dieu conduisit le
peuple Hébreu à travers le désert pour le mettre en possession
de la terre de Chanaan à l'heure voulus par la providence ;
nous nous contenterons d'ajouter quelques termes qui sont
une démonstration bien sensible du langage parlé à cette époque
par les descendans de Jacob. Engagé dans le désert, le peuple
après trois jours de marche dans cette aride contrée, parvint
auprès d'une fontaine dont les eaux étaient impropres à la
boisson à cause de leur mauvais goût, et il se prit à murmurer.
Moïse se mit en prières et le Seigneur lui montra un arbuste
dont il jeta le bois dans les eaux et elle devinrent fort
douces. Les eaux de cette fontaine nommée Mara n'étaient pas
seulement amères ; elles étaient encore corrompues, et
cette altération repoussante est bien indiquée par le verbe
celtique to mar, gâter.
En arrivant dans le désert
de Sin peu éloigné du Sinaï, les hébreux ayant consommé les
provisions apportées d'Egypte, se livrèrent à de violents
murmures contre leur chef, et alors Moïse leur dit :
" Ce soir, vous saurez que c'est le seigneur qui
vous a tirés de l'Egypte, et demain matin vous verrez éclater
la gloire du Seigneur... Moïse ajouta : le Seigneur vous
donnera ce soir de la chair à manger et, au matin, il vous
rassasiera de pains. "
(37)
Le soir étant venu, un
grand nombre de cailles couvrit le camp, et le matin on vit
paraître dans le désert quelque chose de grenu et comme pilé
au mortier, qui ressemblait à la gelée blanche dont se couvre
le sol pendant l'hiver. Ainsi le seigneur faisait éclater
sa puissance aux regards des hébreux et cet éclat de
pouvoir divin a valu à cette partie du désert le nom de Sin
- shine (shaïne), éclat. - Le peuple, à la vue
de cette nourriture extraordinaire destinée à remplacer le
pain, l'aliment essentiel, s'écria : " Man
hu ? C'est-à-dire, qu'est-ce que cela ? Car
ils ignoraient ce que c'était. Moïse leur dit : " C'est
là le pain que Dieu vous donne à manger. "
(38)
Les deux mots man
hu sont tout à fait dignes d'être remarqué ; man,
en celtique, signifie essentiel, important, main (mén),
et hu correspond à l'adverbe celtique how (haou),
comment de qu'elle manière. Les hébreux ont dû s'exprimer
ainsi : " Est-ce donc là l'aliment principal,
main how ? " Et ils appelèrent
man cette nourriture que Dieu leur distribua pendant
tout le temps de leur séjour au désert. Ils la nommèrent ainsi
parce que c'était en vérité le fondement essentiel de leur
alimentation quotidienne, tenant lieu du blé qu'ils ne pouvaient
point récolter dans leur voyage. Nous insistons sur cette
expression d'une manière spéciale, parce que l'adjectif celtique
main (mén) principal, essentiel, est entré dans
la composition des mots ménir, dolmen, désignant
des monuments celtiques, des pierres levées, et elle devient
d'un secours précieux pour l'explication de ces expressions
couvertes jusqu'à ce moment d'un voile impénétrable.
Moïse se trouvait encore
dans le désert de Sin quand Jethro son beau-père vint lui
ramener sa femme et ses enfants. Le nom de Jethro, prince
et prêtre de Madian, est intéressant ; il résume le conseil
donné à Moïse pour l'établissement de juges inférieurs destinés
à rendre la justice au peuple dans les affaires les plus aisées
et les plus communes. Jethro ayant vu Moïse assidu à rendre
justice au peuple qui se présentait à lui depuis le matin
jusqu'au soir, lui dit : " Pourquoi agissez-vous
ainsi à l'égard du peuple ? Pourquoi êtes-vous seul assis
pour le juger, de telle sorte que tout ce peuple attend depuis
le matin jusqu'au soir ? Vous ne faites pas là une bonne
chose.
" Vous vous
fatiguez ainsi imprudemment, vous et votre peuple, par un
travail inutile : cette occupation surpasse vos forces
et vous ne pourrez la soutenir seul.
" Mais écoutez
le conseil que j'ai à vous donner, et Dieu sera avec vous.
Soyez assidu au peuple pour les choses qui regardent Dieu...
et pour lui apprendre ce qu'il doit faire pour plaire au Seigneur.
" Choisissez
parmi le peuple des hommes fermes et craignant Dieu, pleins
de vérité et ennemis de l'avarice, et donnez la conduite aux
uns de mille hommes, aux autres de cent, aux autres de cinquante,
et aux autres de dix.
" Qu'ils réservent
pour vous les grandes affaires et qu'ils jugent seulement
les plus petites : ainsi le fardeau de la justice étant
partagé avec d'autres, vous deviendra plus léger. "(39)
Moïse suivit ces avis
dont la sagesse était évidente et distribuant la lourde charge
de rendre la justice, il se trouva ainsi protégé contre une
occupation tout à fait écrasante, qu'il avait pensé pouvoir
mener à bonne fin sans succomber.
Le nom de Jethro reproduit
avec exactitude le fond du judicieux conseil donné à l'inexpérience
de Moïse - to Shade (chède), protéger,
mettre à l'abri, - raw (râu) nouveau, sans expérience.
Il ne faudrait pas s'étonner
de voir Moïse tout nouveau dans le gouvernement du peuple
hébreu, puisque Dieu lui avait imposé ce pénible fardeau depuis
six semaines seulement.
Quarante-huit jours après
la sortie d'Egypte, les hébreux atteignirent le Sinaï. Dans
ce lieu, le peuple reçut du Seigneur les préceptes religieux,
politiques et judiciaires qui le devaient régir. La loi y
fut proclamée au milieu des clartés fulgurantes, au bruit
des éclats d'un tonnerre incessant, et dans la splendeur immense
d'une montagne en feu. Ce brillant appareil dans la proclamation
de la loi a fait donner à cette montagne le nom de Sinaï -
to Shine (Shaïne) briller, étinceler,
éclater - to eye (aï) regarder, avoir
l'oeil sur.-Au sommet du Sinaï où Dieu l'avait appelé, Moïse
reçu l'ordre de construire le tabernacle et l'arche d'alliance,
et le seigneur désigna nommément à son serviteur les deux
hommes qu'il avait remplis d'intelligence, de sagesse et de
science pour inventer tout ce que l'art peut faire avec l'or,
l'argent et l'airain. L'interprétation de Bézeléel - bezel
(bèzel), chaton d'une bague, - to lay
(lé), mettre, projeter, - to ell, mesurer,
- et celle de Ooliab, - wool (ououl) laine,
- to eye (aï) avoir l'oeil sur, - abb,
trame de laine, - nous apprennent que Bèzeléel dut faire en
or battu les deux chérubins - share (shére)
partage - up (eup) en haut - placés de chaque
côté du propitiatoire, tandis que Ooliab fut chargé d'exécuter
les riches broderies des rideaux du tabernacle et les vêtements
destinés au ministère du Grand Prêtre.
(40)
Après plus d'une année
de séjour au pied du Sinaï, le peuple Hébreu, conduit par
la main divine, fut amené dans la grande solitude de Pharan
- to fare (fère) passer, voyager, - to
hand, conduire par la main - où ses tentes demeurèrent
dressées jusqu'à ce qu'il reçut l'ordre de se diriger vers
la terre promise pour en prendre possession. Moïse y avait
envoyé des explorateurs, et les hébreux connaissaient le pays
de Chanaan par leurs rapports Josué était au nombre de ces
explorateurs, et probablement aussi leur chef, puisqu'à cette
occasion Moïse changea le nom qu'il portait précédemment en
celui de Josué. La conduite de la nation fut, plus tard, confié
à Josué, lorsque Moïse, peu de temps avant de mourir, lui
adressa ces paroles devant tout le peuple assemblé :
" Soyez ferme et courageux, car c'est vous qui ferez
entrer ce peuple dans la terre que Dieu a juré à leurs pères
de leur donner, et vous aussi qui la partagerez au sort. " (41)
VI
JOSUÉ - JÉSUS SAUVEUR. - GOLIATH ET
DAVID.
La mission de Josué était
bien déterminée par ces paroles. Il était établi chef de guerre
des Hébreux, devait conquérir la terre de Chanaan et la partager
au sort entre les tribus, mais l'autorité qu'il recevait ne
devenait point héréditaire dans sa famille : il avait
simplement à remplir la fonction de lieutenant du Seigneur,
et Dieu s'était réservé d'une manière absolue le commandement
de son peuple. Le gouvernement direct de Dieu sur les Hébreux
a duré depuis la sortie d'Egypte jusqu'au jour où le peuple
a demandé un roi possédant les mêmes droits que les rois des
nations voisines. Samuel, à qui le peuple s'était adressé
pour obtenir le gouvernement monarchique, reçut cette proposition
avec déplaisir et offrit sa prière à Dieu pour connaître sa
volonté, et le Seigneur lui dit : " Ecoutez
la voix de ce peuple dans tout ce qu'ils vous disent ;
car ce n'est pas vous, mais c'est moi qu'ils rejettent, afin
que je ne règne point sur eux... mais auparavant, faites-leur
bien comprendre et déclarez-leur le droit du roi qui leur
commandera. " Samuel exposa aux Hébreux ce que serait
pour eux l'autorité royale qu'ils sollicitaient avec tant
d'insistance ; mais " le peuple se refusa à
écouter ces explications : Non, lui dirent-ils, nous
voulons un roi qui nous gouverne. "
(42)
La résistance de Samuel
à l'insulte que le peuple adressait à Dieu par sa demande,
la réponse du Seigneur et l'obstination du peuple démontrent
avec évidence l'exercice direct de l'autorité divine sur les
Hébreux. Ce gouvernement théocratique est gravé dans le nom
de Josué, ou Iehosuah, comme porte le texte hébraïque. La
première partie de ce nom se compose des lettres, i, he,
u, i, renfermés dans Jehova, et la deuxième partie comprend
le verbe to sway (soué), gouverner, commander ;
ces deux parties, dans leur réunion, produisent Iosoué,
c'est-à-dire, gouvernement de Jehova.
La langue hébraïque-chaléenne
est impuissante à traduire littéralement Josué. La seule expression
qu'elle ait pu avancer pour son interprétation est iehoscua,
sauveur, et elle est encore fort loin de la composition exacte
de Josué. Aussi la traduction hébraïque de Josué par iehoscua,
sauveur, a-t-elle fait supposer que le nom de jésus, sauveur
et rédempteur du genre humain, devait dériver de la même racine ;
car l'ange apparaissant à saint Joseph lui adressa ces paroles :
" Joseph fils de David, ne craignez point de prendre
avec vous Marie votre épouse, car ce qui est né en elle, est
l'ouvrage du Saint-Esprit : et elle enfantera un fils
à qui vous donnerez le nom de Jésus : en effet, il sauvera
lui-même son peuple en le délivrant de ses péchés. "
(43)
Le sens de sauveur et
libérateur doit donc être renfermé dans le nom du Seigneur
Jésus, d'après l'explication de l'ange, et l'expression de
ce sens est parfaitement rendue par les deux verbes celtiques
to ease (ise), délivrer, to sway
(soué) commander, gouverner, qui correspondent parfaitement
aux caractères hébraïques reproduits dans issâ, Jésus,
et constituent une notable différence entre le nom de Josué
et celui de Jésus. La langue arabe confirme cette différence
entre les deux noms ; on sait que les Arabes traduisent,
Jésus fils de Marie, par Aïssa ben Mariam.
Ces interprétations si
faciles des noms hébreux par la langue des Tectosages nous
prouvent que ce dernier langage était bien celui des premiers
temps. Pour terminer la preuve et la rendre, pour ainsi dire,
tangible, nous pouvons tenter encore de décomposer les deux
noms de Goliath et David.
Personne n'ignore les
incidents du combat singulier entre Goliath et David. Il est
cependant nécessaire de rappeler certains détails qui expliquent
parfaitement le nom donné par les Hébreux au géant philistin.
L'armée des philistins et les soldats de Saül étaient en présence
lorsque Goliath se plaçant devant les bataillons d'Israël
leur criait : " Pourquoi venez-vous livrer
bataille ? Ne suis-je pas Philistin, et vous serviteurs
de Saül ? choisissez un homme parmi vous, et qu'il vienne
se battre seul à seul.
S'il peut me combattre
et me frapper, nous serons vos esclaves ; mais si je
suis moi-même vainqueur et que je le tue, vous serez nos esclaves
et vous servirez. "
Et le Philistin disait :
" J'ai défié aujourd'hui tous les bataillons d'Israël
et je leur ai dit : Donnez moi un homme, et qu'il vienne
se battre contre moi.
Cependant ce Philistin
se présentait au combat le matin et le soir, et il agit ainsi
durant quarante jours. " (44).
Le but la fin du combat
proposé par le philistin était l'assujettissement du vaincu
au vainqueur ; en regardant la stature du géant, les
Hébreux furent saisis d'effroi, et l'audacieux Philistin put
jeter quarante fois son défi aux plus valeureux des soldats
de Saül, sans que personne osât le relever, - goal
(gol), but, fin, to eye (aï) voir,
regarder, - to add, additionner. -
Cependant un beau jeune
homme, indigné de ces outrages, s'armant seulement d'une fronde
et d'un bâton, s'offrit à vaincre Goliath au nom du Seigneur
des armées. Le géant s'avança d'un air méprisant ; mais
" David se hâta et courut au combat. Il mit la main
dans sa panetière, il en prit une pierre, la lança avec sa
fronde - davit (dévit) moulinet - et en frappa
le Philistin au front. La pierre s'enfonça dans le front du
Philistin, et il tomba le visage contre terre,
(45) - to dive (daïve), - s'enfoncer,
- to hit, frapper. "
Ces exemples nous paraissent
devoir suffire pour offrir un appui solide à cette assertion
que la langue celtique et en réalité la langue primitive,
et nous ne poursuivrons pas plus loin ce commencement d'études
étymologiques sur la postérité de Sem.
(1) Cornelius
a Lapide.
(2) Genèse, chap. I. 28.
(3) Cornelius a lapide.
(4) Genèse, chap. I. 28.
(5) Gen. chap. I. 26.
(6) Gen. chap. III. 22.
(7) Gen. c. XI. 7.
(8) Bible de Carrières, Gen. c. v. 2.
Nous donnons ordinairement la traduction de l'Ecriture Sainte d'après
cette bible, parce qu'elle est fort exacte et très appréciée. Nous faisons
ici cette remarque afin de n'avoir pas à y revenir dans toutes nos citations.
(9) Gen. C. II. 18.
(10) Troisième liv. des Rois, c. II.
6.
(11) Soirées de Saint-Petersbourg, 2e
entretient, note VI
(12) Gen. c. IV. 2-4.
(13) Gen. c. IV. 14-16.
(14) Gen. c. IV. 25.
(15) Gen. c. IV. 22.
(16) Gen. c. VI. 13.
(17) Gen. c. IX. I. 18. 19.
(18) Géographie par Maltebrun.
(19) Gen. c. XI. 4.
(20) Gen. c. XI. 6-9.
(21) Gen. c. X. 25.
(22) Gen. c. XII. 1-4.
(23) Gen. c. XIII. 1-9.
(24) Gen. c. XIX
(25) Gen. c. XIX.
(26) Itinéraire de paris à jérusalem
par le vicomte de château briand.
(27) Gen. c. XVI. 9-11.
(28) Gen. c. XVI. 12.
(29) Gen. c. XVII. 1-5.
(30) Gen. c. XVII. 15, 16.
(31) Gen. c. XVII. 19.
(32) Gen. c. XXI. 2-6.
(33) Gen. c. XXV. 23.
(34) Gen. c. XXXI. 6-7.
(35) Gen. c. XXX. 23. 24.
(36) Exode, c. II. 10.
(37) Exod. c. XVI. 6-8.
(38) Exod. c. XVI. 15.
(39) Exod. c. XVIII. 13-22.
(40) Exod. c. XXXI.
(41) Deut. c. XXXI. 7.
(42) Premier liv. Rois. c. VIII.
(43) Saint Math. c. I. 21.
(44) Premier liv. des Rois. c. XVII.
8-16.
(45) 1er Liv. des Rois. c. XVII. 48,
49.
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