Suivant plusieurs historiens, le quatrième
siècle avant notre ère avait vu les Volkes Tectosages et Arécomiques
se fixer dans le midi de la Gaule. Guillaume de Catel, dans
son histoire du Languedoc, dit que les Tectosages étaient
déjà établis dans le sud de la Gaule avant le quatrième siècle ;
car il suppose l'armée de Sigovèse, vers l'année 587 avant
Jésus-Christ, formée en grande partie de Tectosages, tandis
que l'armée de Bellovèze en marche vers l'Italie, renfermait
des Bituriges, des Edues, des Arvernes et des guerriers appartenant
aux autres tribus de la Gaules centrale. Cette assertion ne
manque pas de fondement et il est fort probable que César
fait allusion à cette première expédition, en écrivant dans
ses commentaires : " Bien avant il fut un temps
où les Gaulois surpassaient les Germains en valeur guerrière
et leur firent la guerre jusque chez eux : les champs
ne suffisant plus à nourrir une population trop nombreuse,
ils envoyèrent des colonies au-delà du Rhin. C'est donc dans
les terres de la Germanie les plus fertiles, autour de la
forêt Hercynie, que les Volkes Tectosages s'établirent après
les avoir conquises. Ce peuple jusqu'à ce temps occupe ce
même territoire. " (1)
Jule César nous montre
ainsi les Tectosages fixés au-delà du Rhin d'abord, puis autour
de la forêt Hercynie, c'est-à-dire, possédant aussi les rives
du Danube. Vers l'année 281 avant Jésus-Christ, les Tectosages
du midi de la Gaule, emmenant avec eux d'autres tribus, se
présentèrent à leur frères des bords du Danube, et les entraînèrent
vers la Macédoine, l'Epire, la Thrace et la Grèce. Cette dernière
expédition, conduite par les Tectosages de toulouse, alliés
avec les Tectosages du Danube et les Gaulois Sordiques ou
à longue épée sword (sôrd), épée, to
eke (ike), allonger , placés aussi dans la région
danubienne, porte à deux les principales migrations des Tectosages
effectuées depuis leur établissement dans le midi Gaulois.
Dans la première migration vers le nord, César les a représentés
possédant, sans esprit de retour, les pays conquis sur les
Germains : dans la seconde expédition vers la Macédoine,
une partie de ces Tectosages, insatiables d'aventures, passèrent
en Asie et y fondèrent avec leurs alliés une Gaule nouvelle,
la Galatie ; une autre partie des Tectosages retournèrent
vers leur pays natal, et rapportèrent, disent les historiens,
jusque dans Toulouse l'or de Delphes et les dépouilles de
la Grèce.
Les volkes paraissent,
d'après cela, avoir conquis le midi de la Gaule, longtemps
avant que les Belges aient envahi le nord Gaulois ; ce
qui arriva pour ces derniers, dans le courrant du quatrième
siècle avant notre ère. Ils ne seraient donc pas une tribu
belge, quoique appartenant, comme les Belges, à la famille
Cimmérienne.
Le nom des Belges ne donne
aucune indication précise sur leur origine, mais il définit
leur tactique guerrière. Ils savaient allier une grande prudence
à un courage remarquable, et dit César, " seuls
parmi les Gaulois, ils avaient repoussé victorieusement les
attaques des Teutons et des Cimbres (sans doute de Volkes
fixés au-delà du Rhin), de sorte qu'ils avaient d'eux-mêmes
et de leur capacité dans l'art militaire une très haute opinion. "
(2)
L'art de la science guerrière,
parmi les Belges, consistait surtout en un choix judicieux
de leurs camps retranchés, qu'ils savaient fortifier de manière
à les rendre inexpugnables. On a retrouvé des restes de ces
enceintes fortifiées, que M. Louis Figuier croit être contemporaines
de l'âge de la pierre. (3)
" Pour trouver,
dit-il, les témoignages encore debout des guerres des hommes
de l'âge de la pierre, il faut nous transporter dans la partie
de l'Europe qui forme aujourd'hui la Belgique. Oui, à l'âge
de la pierre, par delà toute tradition écrite, les peuples
de cette contrée guerroyaient déjà, soit entre eux, soit contre
d'autres peuples venus du dehors. On en a la preuve par les
enceintes fortifiées ou camps retranchés, qui ont été découverts
par MM. Hamour et Himelette. Ces camps sont ceux de Furfooz,
de Pont-de-Bonn, de Simon, de Jemelle, de l'Hastedon et de
Poilvache.
" Ces divers
camps présentent des caractères communs. Ils sont généralement
établis en surplomb de vallées escarpées, sur un massif de
rochers, formant une sorte de promontoire, qui est relié au
reste du pays par un étroit passage. Un large fossé était
creusé dans cette langue de terre, et le camp tout entier
était entouré d'une épaisse muraille de pierres, simplement
assemblées les unes contre les autres, sans aucun mortier
ni ciment. Au camp de l'Hastedon, près de Namur, cette muraille,
qui était encore bien conservée au moment de sa découverte,
mesurait trois mètres de largeur, sur une hauteur à peu près
égale. Lorsqu'ils étaient attaqués, les hommes, réunis dans
l'enceinte, faisaient pleuvoir sur les assaillants des pierres
empruntées à leur mur, lequel devenait ainsi tout à la fois
un ouvrage de défense et d'attaque.
" Ces positions
retranchées étaient si bien choisies que la plupart continuèrent
à être occupées pendant le siècle suivant. Nous citerons en
exemple celle de Poilvache. Après avoir été citadelle romaine,
elle se transforma, au moyen âge, en un château fort, qui
fut détruit seulement au quinzième siècle.
" Les camps
de l'Hastedon et de Furfooz ont également été utilisés par
les Romains.
" Dans toute
l'enceinte de ces anciens camps, on a trouvé des silex taillés
et des débris de poterie, toutes choses qui suffiraient pour
attester la présence de l'homme primitif. Les énormes murailles
de ces mêmes camps indiquent en même temps qu'il a vécu, sur
les points désignés, en agglomérations déjà nombreuses. "
La construction de ces
camps, indiquait, chez les Belges, le choix raisonné de leur
tactique, et il était impossible que leur nom n'en portât
point une trace sérieuse : aussi en désassemblant les
syllabes qui composent Belgae, on y trouve des hommes sachant,
à la guerre, entourer leurs positions d'un mur ou d'une palissade,
qui put les mettre à l'abri d'une surprise de l'ennemi, et
l'effrayer par la difficulté ou l'impossibilité d'enlever
de vive force leurs retranchements, to pale
(péle), entourer, palissader, to cow
(kaou), intimider, effrayer, Pelkaou -.
Les Volkes Tectosages
ne conduisaient pas une guerre de cette sorte. Leur ordre
de bataille, to come (keume), devenir,
to eke (ike), perfectionner . Dédaignant
l'abri d'un retranchement, lis fondaient sur l'ennemi, rapides
comme la foudre, reformaient leurs rangs avec aisance, évoluaient
sans souci du danger et comme assurés de la victoire. On est
heureux de retrouver dans ce peuple, souche des Francks, la
furia qui a rendu les armées françaises si redoutables.
Cette dissemblance dans
le génie guerrier nous engage fortement à ne point considérer
les Volkes Tectosages et Arécomiques comme deux tribus Belges,
quoique le verbe to cow, effrayer, entre également
dans la composition de Belgae et de Volcae.
Les Tectosages et les
Arécomikes se partagèrent le midi de la Gaule, les premiers
s'étendant depuis Bésiers jusqu'au Rhône avec Nemausus
(Nîmes) pour ville principale. Nemausus, en celtique,
signifie : maison de renom, name (nème),
renom, célébrité, house (haouce), maison . Quelle
était donc cette maison renommée ? La maison carrée de
Nîmes est citée encore de nos jours comme un monument remarquable.
Mais comment cette maison a-t-elle pu devenir célèbre par
cette unique et simple qualité d'être carrée ? C'est
sans doute parce que, les Habitations gauloises affectant
la forme ronde, une maison carrée construite dans la ville
a excité un étonnement général et déterminé l'appellation
de Nemausus. Peut être aussi toutes les maisons de la cité
avaient-elles la forme carrée.
Les Tectosages avaient
placé le siège de leur domination à Tolosa (Toulouse), qui
existait déjà et était, probablement, la ville la plus grande
et la plus considérable de la Gaule méridionale. La Garonne,
navigable sur un grand parcours, prêtait son service aux embarcations
gauloises, qu'on était cependant obligé de remorquer, pour
les faire arriver jusqu'à Tolosa, devenu un centre commercial
pour le Midi. On employait comme remorqueurs de magnifiques
taureaux du pays, les chevaux étant aux yeux des Gaulois des
bêtes trop précieuses pour servir à pareil usage. Aussi bien,
le taureau, plus fort que le cheval, était-il plus propre
à entraîner des embarcations souvent engagées dans le limon
du fleuve, to tow (tô), remorquer, to
low (lô), beugler, mugir, ooze (ouze),
vase, limon, towlowooze.
La petite ville de Tolosa,
dans le Guipuscoa, entouré de l'Oria, la plus forte rivière
de cette province après la Deva, voyait aussi de légères embarcations
Cantabres, remorquées par des taureaux, arriver jusqu'au pied
de ses habitations.
La Garonne, Garumna, prend
sa source dans les Pyrénées espagnoles. Cette contrée était
occupée par la tribu des Garumnites, dont le fleuve Garumna
a tiré son nom. Les montagnes des Garumnites nourrissaient
de véritables troupeaux de chamois : l'espèce pyrénéenne
est connue dans la région sous le nom d'isard. Cette appellation,
tout à fait celtique, a trait à un détail important de la
vie de ces animaux. Lorsque le troupeau pâture, deux ou trois
vieux mâles se postent en sentinelles sur les éminences dominant
le pâturage, et à la première apparence de danger, ils avertissent
par un sifflement aigu : aussitôt le troupeau entier
s'élance vers les hauteurs avec la rapidité de l'éclair, to
hiss, siffler, hart, un cerf. Les isard sont
couverts d'un poil laineux d'un brun foncé en hiver et d'un
brun fauve en été. Chassés avec ardeur, les isards ont gagné
les lieux les plus inaccessibles des Pyrénées, pour échapper
à la poursuite des Garumnites et de leurs descendans, gare
(guère), laine grossière, rum (reum)
singulier, drôle, bizarre, neat (nit), bêtes
à cornes.
La description de l'espèce
animale, renfermée dans Garumnites, se rapporte moins à l'isard
qu'au bouquetin. Les poils de celui ci sont un peu plus longs :
les cornes recourbées en arrière sont surtout remarquables :
elles sont composées de nombreux anneaux, et la longueur totale
en est si considérable chez les vieux mâles, que les extrémités
atteignent l'origine de la queue, lorsque leur tête est relevée.
Les bouquetins ont disparu
des Pyrénées, ils sont en petit nombre dans les Alpes.
Sur la fin de son parcours
et après avoir reçu la Dordogne, la Garonne prend le nom de
Gironde. Quoique les anciens auteurs désignent ce fleuve par
le nom unique de Garumna, nous voyons cependant les géographes
modernes, se fiant aux traditions locales, l'appeler aussi
Gironde avant qu'il se jette à la mer. La première partie
de ce nom, to sheer (chir), lancer, rouler,
indique clairement, par ce terme de marine, que les vaisseaux
Bordelais ont joué un rôle important dans la composition de
Gironde, et la seconde partie dérivant de to undam
(eundam), lâcher une écluse, cette appellation nous
montrerait sur le bord du fleuve un véritable chantier de
construction de navires gaulois, et leur lancement dans les
eaux d'un bassin fermé par une écluse.
II
LE LANGUEDOC. LES WISIGOTHS ET LES PEUPLES
DITS BARBARES.
La contrée habitée par
les Volkes Tectosages porte le nom de languedoc. Le dialecte
parlé dans la région méridionale, longtemps après son accession
à la France, a t-il réellement provoqué la dénomination de
Languedoc par opposition à la Langue d'oïl, se rapportant
au langage des Français établis au-dessus de la Loire ?
Nous sommes loin de le
croire, et ce partage nous paraît tout à fait arbitraire et
dénué de fondements sérieux. Guillaume de Catel, en ses Mémoire
de l'histoire du Languedoc, imprimés à Tolose en 1633, s'exprime
ainsi : " Nous tenons aujourd'hui fort peu
de la Belgique, ce qui peut avoir donné sujet aux modernes
de diviser ce que nous retenons des Gaules en deux langues
ou deux parties, l'une qui se nomme la langue d'Ouy, de laquelle
Paris est la capitale ; l'autre, le languedoc qui a Tolose
pour métropole... Charle VIIeme dans l'ordonnance portant
érection du Parlement de Tolose, la nomme Patria Occitania ;
ce qui a donné sujet au Pape Innocent IV dans son registre,
d'appeler ce pays Occitania. Mais communément et le plus souvent,
il est nommé dans les anciens actes, patria linguae occitaniae.
" Plusieurs
ont estimé que le pays de Languedoc aurait pris son nom des
Goths qui ont longues années tenu le dit pays, d'autant que
land en Allemagne signifie pays. Et partant, Languedoc semble
être dit pays des Goths, même anciennement le languedoc fut
appelé Gothie. Mais je crois qu'ils n'ont pas bien rencontré :
car ce mot de Languedoc vient plutôt de la langue que les
naturels parlaient. Car comme ceux du pays de la langue française
sont appelés de la langue d'Ouy, de même ceux de ce pays sont
appelés du Languedoc, c'est-à-dire, comme nous avons remarqué
ci- dessus, langue de Oc. "
Cette citation montre
que le point de départ pris pour expliquer le terme Languedoc,
est l'interprétation tout à fait erronée de Occitania. Nous
avons déjà vu que l'expression Occitani, hog-sea (hog-si),
marsouin, to-hit, frapper, hand, main,
la main qui frappe le marsouin , est attachée aux habitants
des bords du golfe de Gascogne, Cantabres et Aquitains.
Toulouse a pu être considéré
comme la ville la plus considérable du pays voisin des Occitani,
cependant ce n'est point une raison suffisante pour que ce
nom particulier, désignant une habitude professionnelle, se
doive appliquer au langage du Languedoc, différant fort peu
de celui des Aquitains de l'intérieur des terres, mais différent
beaucoup de celui des Cantabres. Du reste, la langue parlée
dans le Nord à l'époque dont parle Catel employait presque
autant de mots celtiques et latins que la langue Toulousaine.
Il y a encre une erreur
fort sensible dans l'affirmation de Guillaume de Catel, opposant
la langue d'Ouy au Languedoc, car le Languedoc est ordinairement
mis en parallèle, par les divers auteurs, non pas avec la
langue d'Ouy, mais bien avec la langue d'Oïl, ce qui constitue
une différence considérable. Quand Guillaume de Catel rapporte
que, selon l'estimation de plusieurs, le Languedoc a été ainsi
dénommé par les Goths, il était loin de soupçonner la vérité,
entrevue par ces plusieurs ; en effet, les wisigoths
parlant la langue celtique, le Languedoc était pour eux le
Landok ou pays des chênes land, pays, oak (ôk)
chêne , opposé au landoïl ou pays de l'huile, land,
pays, oil (oïl) huile celui-ci comprenant la
région habitée par les Arécomiques, et aussi certaines parties
de la Provence.
Ces deux appellations
attachées par les Wisigoths à la région méridionale de la
France, possédée par eux, n'ont rien d'anormal ni de contraire
aux habitudes des conquérants. Comme toutes les dénominations
essentielles existaient depuis longtemps déjà dans la contrée,
les wisigoths ont simplement divisé leurs possessions gauloises
en deux parties, désignées par les traits généraux des productions
du sol.
Ces explications ne doivent
point paraître tout a fait hasardées, si l'on considère que
les Wisigoths d'Espagne, maîtres du royaume de Toulouse, parlaient
la langue celtique, comme leur nom particulier l'établit clairement.
Les historiens ont cru
devoir appeler les Wisigoths et les Ostrogoths, les Goths
de l'Ouest et de l'Est ; mais en réalité, leur nom provient
plutôt des qualités ou des habitudes guerrières qu'ils s'attribuaient,
et de la direction de leur marche vers un climat plus clément
que le leur. Ainsi les Wisigoths s'avançaient avec prudence
et habileté vers de chaudes terres wize (ouaïze),
prudent, habile, to go, marcher, hot,
chaud , tandis que, eu se dirigeant aussi vers ces contrées
privilégiées, les Ostrogoths, dédaignant les feintes habiles,
attaquaient brutalement l'ennemi, to host, attaquer,
raw (râu) grossier, brut, to go,
marcher, hot, chaud . Ce n'est point d'une manière
fortuite que le nom des Wisigoths et des Ostrogoths, s'interprète
par la langue celtique, puisque les noms des autres peuples
qui ont démembré l'empire romain s'expliquent aussi avec la
même facilité.
Les jutes du Juland, to
jut, avancer, saillir, land, terre , les Angles
, to angle, pêcher à la ligne , les Saxons,
faisaient partie des Tectosages fixés au-delà du Rhin, et
sous des noms inconnus jusque là, couraient ravager les contrées
dans lesquelles s'étaient multipliés leurs aïeux. Les hérules
aux manteaux de poil, venus de l'Euxin, hair (hér),
poil, hull, couverture extérieure ; les Gépides,
qui veillaient avec soin à leur haute taille et à la beauté
de leur corps, shape (shépe), taille, proportion
du corps, to head (hid), faire attention ;
prendre garde ; les Lombards ou Longobards, qui désiraient
ardemment la lutte violente et rude, to long,
désirer ardemment, to cope, lutter, hard,
pénible, dur ; les Vandales eux-mêmes, qui n'avaient
point de maisons, et détruisaient de fond en comble les monuments
et les maisons des autres peuples, to want (ouâunt),
n'avoir point, hall, maison ; tous, malgré leurs
noms différents, ne laissaient pas que d'appartenir à la même
famille de Gomer.
III
LES FRANKS. LEUR ORIGINE.
Les Franks formaient sur
la rive droite du Rhin une confédération de tribus, se confondant
dans une dénomination générale, qui était pour eux comme un
signe de ralliement. Ils se faisaient gloire d'un caractère
généreux et sincère, frank, sincère, et avaient renoncé
à l'ancien titre de pillards conservé seulement dans une de
leurs tribus. Leurs sentiments de pudeur et de réserve étaient
gravés dans le nom des Chamaves, shame (shème),
pudeur, to have, posséder, compris dans cette
confédération. Voici un portrait des Franks fait par un poète
latin, à peu près dans le temps où ils commençaient à s'établir
dans les Gaules : " ils ont, dit il, la taille
haute, la peau fort blanche, les yeux bleus ; leur visage
est entièrement rasé, à l'exception de la lèvre supérieure,
où ils laissent croître deux petites moustaches. Leurs cheveux,
coupés par derrière, long par devant, sont d'un blond admirable.
Leur habit est si serré, qu'il laisse voir toute la forme
de leur corps. Ils portent une large ceinture où pend une
épée lourde, mais extrêmement tranchante. C'est, de tous les
peuples connus, celui qui entend le mieux les mouvement et
les évolutions militaires. Ils sont d'une adresse si singulière,
qu'ils frappent toujours où ils visent ; d'une légèreté
si prodigieuse, qu'ils tombent sur l'ennemi aussi tôt que
le trait qu'ils ont lancé ; enfin d'une intrépidité si
grande, que rien ne les étonne, ni le nombre des ennemis,
ni le désavantage des lieux, ni la mort même avec toute ses
horreurs ; ils peuvent perdre la vie, jamais ils ne perdent
courage. " (4)
C'est le portrait fidèle
des Volkes, renfermés d'ailleurs dans leur nom to vault,
voltiger, to cow, effrayer .
La contrée occupée par
les Franks était une partie du pays dont les Volkes Tectosages
s'étaient emparé sur les Germains. Leur présence dans cette
région est une indication sûre de leur origine ; car
aucun peuple n'a jamais réussi à déposséder les Tectosages
de leurs conquêtes. Les Jutes, les Angles, les Saxons ;
les Frisons free (fri) indépendant, son,
fils, descendant , appartenaient à la famille des Tectosages,
et les Franks, séparés par leur générosité de leurs frères
les pillards Saxons, accusent aussi par leur position sur
la rive droite du Rhin, par leurs moeurs, leur constitution
et leurs croyances, la même origine.
L'extérieur des Franks
ne différait point de l'extérieur des Gaulois, leur religion
présentait une analogie frappante avec le druidisme :
elle avait pour fondement l'immortalité de l'âme, et, disent
les historiens, leurs autels ne furent jamais souillés de
sang humain. Ce dernier trait de leurs moeurs nous fait connaître
qu'au temps de la migration des Tectosages de Toulouse, les
sacrifices humains n'existaient point dans la Gaule. La tactique
guerrière des Franks les décèle surtout comme étant la vraie
lignée des Volkes Tectosages et Arécomiques.
Ils avaient eu singulièrement
raison ces Cimmériens du vieux temps de prendre le nom de
Volkes, puisque, d'après le poète latin cité plus haut, aucun
peuple n'entendait mieux les mouvements et les évolutions
militaires que leurs descendans, les guerriers Franks.
La confédération Franke
était composée de tribus réputées germaines et connues comme
telles par les historiens latins. Tacite parle des Cherusci,
des Chatti, des Bructeri, dans l'histoire de l'expédition
de Germanicus au-delà du Rhin. Les Chatti, les Chauci, les
Bructeri, les Cherusci et d'autres encore étaient compris
parmi les Franks. Ces appellations diverses sont presque synonymes
et présente la même pensée. Ainsi les guerriers Chatti brisaient
tout sur leur passage, to shatter, fracasser
; les Chauci aimaient les attaques, les heurts violents,
to shock, attaquer ; les Bructeri, dans
leurs mouvements et leurs évolution légères, taillaient en
pièce les ennemis to brush (breuch),
passer brusquement, to tear (tér), mettre
en pièces, et les Cherusci accueillaient par des clameurs
d'enthousiasme le partage du butin to share
(shère), partager, to huzza (houzzé),
accueillir par des cris d'acclamation . Tous ces titres portés
avec orgueil par les diverses tribus se réduisent en résumé
au titre de Volkes Tectosages ou dévastateurs à l'allure rapide.
C'est toujours le même peuple recherchant la guerre avec ses
aventures, ses dangers glorieux et attendant le partage égal
du butin entre les guerriers de l'expédition.
L'histoire du vase de
Soissons, témoigne de ce droit incontesté au partage des dépouilles,
entre les soldats. " Clovis," dit Em.
Lefranc, (5), " désirant
entretenir les bonnes dispositions du clergé gaulois, évita
de passer avec son armée dans les grandes villes dont il avait
reçu la soumission. C'était le seul moyen de sauver du pillage
les couvents et les basiliques qui renfermaient beaucoup de
richesses. Cependant une des églises de Reims ne put échapper
à la rapacité d'une bande de maraudeurs franks. Dans leur
butin se trouvait un vase sacré d'une grandeur et d'une beauté
singulières.
" L'évêque,
instruit de ce fait, députa vers Clovis pour réclamer ce vase.
Charmé d'être agréable au prélat, le roi dit aux envoyés :
Venez avec moi à Soissons et si parmi le butin je trouve l'objet
ravi, je vous le rendrai. Tout le butin était mis en commun
après la campagne, et le sort réglait le partage entre tous.
On ne tarda pas à découvrir le vase précieux parmi les dépouilles
rassemblées, sous une tente, au milieu de la place publique
de Soissons. Mes braves compagnons, dit alors Clovis aux Franks,
il ne vous sera pas désagréable que je prenne le vase, et
que je le rende aux gens qui le réclament ? Les officiers
et les soldats y consentirent. Non, certes, dit un guerrier
brutal et jaloux, " vous ne prendrez ce vase que
si le sort vous le donne ; et d'un coup de sa francisque
il le brisa. Clovis garda le silence, prit le vase et le rendit.
Un an après, comme il passait en revue les Franks dans un
champ de Mars, il reconnut le soldat dont l'audace grossière
avait invoqué la loi du partage : Il n'est pas, dans
toute l'armée, d'armes plus mal tenues que les tiennes, lui
dit-il ; ta framée, ton épée, ta francisque accusent
ta négligence et ta lâcheté : et lui arrachant sa hache,
il la jette à terre. Le soldat se baisse pour la ramasser ;
mais Clovis lève soudain la sienne et lui fend la tête :
Voilà, s'écrie-t-il, ce que tu as fait au vase de Soissons. "
Cet avide soldat appartenait
sans doute à la tribu des Cherusci et méconnaissait en ce
moment son titre de Frank.
La répartition exacte
du butin conquis sur l'ennemi était aussi en usage chez les
Germani. Le Germain n'est point, comme le dit l'interprétation
commune, l'homme de guerre, le warman war (ouâur),
guerre, man, homme , mais plutôt l'homme possédant
un droit rigoureux à partager les dépouilles des ennemis :
c'est le Sherméan to share (chère), partager,
may (mé), pouvoir, to hand, donner
avec la main . Cette expression était applicable aux premiers
Germains, et aussi aux Volkes Tectosages qui s'étaient emparés
des terres les plus fécondes de la Germanie, et avaient adopté
les moeurs, la manière de vivre des Germains vaincus et refoulés
dans les terres moins fertiles (6) ;
et quand Tacite et les historiens latins parlent des expéditions
conduites au-delà du Rhin contre les Germains, il faut entendre
contre les Volkes Tectosages enveloppés par les Romains dans
l'appellation générale de Germains.
La confédération des Franks
n'existait point encore sous ce titre lorsque les Cherusci,
les Chatti et les autres tribus exterminèrent les légions
romaines commandées par Varus, dix années après Jésus Christ.
Le nom des Franks retentit pour la première fois dans une
bataille où périt l'empereur Dèce, 251 ans après Jésus-Christ.
Leurs attaques sans cesse renouvelées contre les frontières
de l'empire romain dans les Gaules furent peu à peu couronnées
de succès, et, chose étonnante, ces descendans des anciens
Tolosates, après mille années de séjour au-delà du Rhin, s'emparèrent
de la Gaule, et Toulouse, leur berceau, les reçut (507 après
Jésus-Christ) comme vainqueurs et étrangers.
IV
LES PREMIERS ROIS FRANKS.
La filiation des franks
avec les volkes tectosages devient encore plus frappante par
l'unité de langage, et, à l'aide de la langue des Volkes,
et reçoit un jour complet de l'interprétation du nom des premiers
chefs de la confédération, à l'aide de la langue des Volkes.
Marcomir, père de Pharamond,
avait été reconnu par les tribus comme le seul et unique chef
des confédérés, to mark, considérer, to owe
(ô), devoir, mere (mire), seul, unique
. Vaincu par l'empereur Valentinien II, il n'avait pu réussir
à s'établir en deça du Rhin.
Pharamond, son fils, fut
plus heureux. Une partie de la Belgique tomba entre ses mains
et, malgré quelques revers bientôt réparés, les Franks n'abandonnèrent
plus la terre conquise. Des historiens avancent que Pharamond
n'a jamais franchi le Rhin, et même que son existence est
tout à fait problématique. Si l'interprétation de Pharamond
par la langue des Tectosages peut être une raison décisive,
non seulement son existence ne saurait être mise en doute,
mais encore il aurait sûrement passé le Rhin avec toute son
armée, to fare (fère) passer, amount
(amaount) totalité .
Clodion le chevelu pénétra
fort avant dans la Belgique ; sa tête était ornée de
la longue chevelure, signe distinctif de l'autorité royale
chez les Franks, load (lôd), charge, high
(haï), illustre, élevé, to own (ôn),
posséder .
L'héritier royal était
seul admis à porter les cheveux longs, et ce fait, bien reconnu
et certain d'ailleurs, devient encore plus manifeste par la
composition du nom de Mérovée, Merowig, le vainqueur d'Attila,
mere (mire) seul, to owe (ô),
être obligé de, wig, chevelure . Lorsque Mérovée mourut,
jeune encore, les possessions des Franks s'étendaient jusqu'à
la Seine.
Childéric n'était qu'un
enfant, lorsqu'il fut appelé, par la mort de son père, au
commandement de la nation Franke, child (tchaïld),
enfant, heir (ér) héritier, wig (ouigue),
chevelure . Il perdit l'affection et l'estime de son peuple
par des fautes si graves, qu'il fut contraint de s'exiler.
Les Franks se confièrent pendant quelque temps à la direction
du comte romain OEgidius ; mais le roi fut bientôt rappelé
par ses sujets dont le ressentiment s'était apaisé pendant
son absence. Instruit par l'adversité, Childéric racheta les
fautes de sa bouillante jeunesse par des actions pleines de
gloire.
Son fils Clovis, Hlodowig,
est regardé comme le véritable fondateur de la monarchie française.
Reconnu chef des Franks à l'âge de quinze ans, toujours accompagné
de la victoire, il conquit presque toute la Gaule, fit de
Paris la capitale du royaume et devint un des plus puissants
princes de son temps, load (lôd), charge, to
owe (ô) être obligé de, wig (ouigue),
chevelure.
Citons encore le nom de
Clotaire Ier, dépeignant en deux mots saisissants l'horrible
assassinat commis sur la personne de ses deux neveux, qu'il
a poignardés froidement pour s'emparer des états de ces jeunes
princes, claw (clâu), griffe, serre, to
tear (tér), déchirer, mettre en pièces . Il
était bien juste que les Franks stigmatisassent cette action
criminelle en comparant le meurtrier à un oiseau de proie,
déchirant de ses serres aiguës une victime sans défense.
Ces interprétations persistantes
des noms propres d'hommes et de tribus sont bien propres à
faire connaître la langue parlée par tous ces enfants de Gomer,
qui se taillaient ainsi à l'envi des royaumes dans l'empire
romain. Les Wisigoths appartenaient aussi bien que les Franks
à cette immense famille, et les appellations qu'ils composaient
étaient prises dans le langage communs à ces peuples. Cette
uniformité dans le langage nous autorise donc à penser, que
les noms de Landock et de Landoïl ont pu être donnés par les
Wisigoths à leurs possessions du midi de la Gaule, et que
ces noms, fort bien choisi d'ailleurs, ont été respectés par
les Franks, lorsque cette région est passée sous leur domination.
Des années nombreuses
ont vu les contrées méridionales de la Gaule conserver le
langage celtique avec une persistance remarquable. Les romains
y ont vainement plié les populations à leur autorité. Pendant
que le latin était en honneur dans les villes, le celtique
vivait dans les campagnes, opposant à l'altération une longue
et passive résistance. La dégénérescence ne pouvait tarder
cependant, et les invasions des prétendus barbares ont retardé
à peine la fusion complète des deux langues, puisque cette
fusion était déjà sensible dans le sixième siècle de notre
ère. La langue romane issue de cette alliance, a dominé dans
le royaume des Franks, se perfectionnant peu à peu dans les
provinces du Nord, se compliquant aussi des règles grammaticales
appartenant au celtique et surtout au latin, associant quelquefois,
pour former des expressions françaises, des mots latins et
d'autres mots celtiques, comme dans soldat ou âme donnée soul
(sôl), âme, data, donnée, capable ou tête habile,
caput, tête, able, habile , tandis que dans
les provinces du Midi, elle s'est maintenue dans une certaine
intégrité, présentant tour-à-tour dans ses phrases des mots
celtiques et des mots latins parfaitement conservés dans leur
pureté : aussi est-il très aisé de les distinguer, et
d'y retrouver les expressions usitées dans la bouche de nos
ancêtres gaulois.
Le latin lui-même, pris
à part, laisse percer un certain caractère celtique qui surprend
d'abord, mais dont on se rend compte aisément, puisque les
Gaulois étaient les maîtres d'une grande partie de l'Italie,
lorsque 753 ans avant Jésus-Christ, Rome fut bâtie par Romulus,
l'homme au manteau bizarre, rum (reum), bizarre,
hull, couverture extérieur. Il serait facile de citer,
en nombre considérable, les expressions gauloises renfermées
dans la langue latine ; mais nous nous contenterons de
reproduire les suivantes : to add, ajouter,
en latin addere ; to know, connaître, en
latin cognoscere, connaître ; to endue,
revêtir, en latin induere, revêtir ; able, capable,
en latin, habilis, qui a de la capacité pour quelque chose ;
to joke, plaisanter, en latin, jocari, plaisanter.
La fondation de Rome elle-même s'est faite d'après les usages
gaulois, Romulus y ayant ouvert un asile aux vagabonds, aux
mécontents et à tous ceux qui fuyaient les importunités de
leurs créanciers.
Nous n'avons pas cru de
voir négliger de faire ces rapides observations sur les dialectes
parlés dans les provinces méridionales de la France et dans
le Languedoc en particulier, sauf à les développer plus tard ;
seuls, en effet, ils ont pu ouvrir une voie sûre conduisant
à la connaissance certaine du langage de nos pères. On croit
rêver, lorsque, entendant autour de soi ces expressions celtiques,
traitées aujourd'hui avec dédain comme misérables et grossières,
on voit clairement que c'était bien là le langage primitif
communiqué par Adam à ses enfants. Aussi, sommes-nous persuadé
que ces dialectes précieux résisteront, sauvés par l'esprit
de tradition inhérent à l'homme, et ne seront jamais détruits.
V
LE ROI BÉBRIX ET PYRENE. HERCULE.
LES SARDANES. CAUCOLIBERIS. ILLIBERIS.
LES SORDES.
Avant l'arrivée des premiers
Celtes, les Pyrénées-Orientales étaient occupées par les Ibères.
Les ours, sujet ordinaire
des poursuites de ces intrépides chasseurs, vivaient nombreux
dans ces parages. " Le prolongement apparent des
Pyrénées, à l'est de leur jonction avec la Montagne Noire
et les Cévennes, n'a lieu que par une chaîne latérale qui
se détache au fond de la " vallée de la Têt, dans
la Cerdagne française, et qui porte le nom spécial d'Albères. "
(7) Dans les Albères, hall,
(hâull), habitation, bear (bér), un ours,
les bêtes fauves trouvaient des retraites profondes, et leur
poursuite présentaient assurément des danger considérables,
que les Ibères affrontaient avec le courage qui les distinguait.
Ces chasseurs d'ours étaient-ils le même peuple que les Bébriciens,
dont la cité principale aurait été Pyrène ? Cela parait
certain, si l'on dégage les traditions historiques de tous
les ornements fabuleux qui les rendent méconnaissables.
Suivant la mythologie,
les Pyrénées appartenaient au roi Bébrix, quand Hercule, avec
ses guerriers, se présenta au pied de ces montagnes. Il est
hors de doute qu'Hercule a existé seulement dans les mythes
grecs et latins : cependant, il est utile de le remarquer,
ce héros fameux prend une réelle consistance et revêt le caractère
de la vérité, dès qu'il personnifie la nation celtique et
la migration de ce peuple vers les contrées occidentales de
l'Europe. Salluste parle de la mort d'Hercule dans la péninsule
ibérienne, et après sa mort, les Arméniens, les Mèdes et les
Perse de son armées, traversent la mer pour se répandre en
afrique. Diodore, de son côté, raconte l'action violente d'Hercule
contre Pyrène, fille du roi Bébrix, avant que le Héros entrât
dans l'Ibérie à la tête de ses soldats. Nous pouvons, à l'aide
de ces renseignements, discerner clairement la vérité à travers
les voiles dont elle est entourée.
La nation Celtique, arrivant
dans les contrées Pyrénéennes, s'est heurtée au peuple Ibérien.
Les Ibères, d'une taille moyenne, rompus aux fatigues des
Chasses les plus dangereuses, ont regardé sans effroi ces
Gaulois à haute stature, et leur résistance hardie et obstinée
n'a pu empêcher l'Hercule gaulois de traverser les Pyrénées
pour aller s'éteindre et mourir dans le coeur de la péninsule
espagnole. Le peuple ibère, grand par son intrépidité, petit
de taille à côté des géants celtes, prend une forme précise,
déterminée, dans le roi Bébrix, le courageux enfant, l'audacieux
bambin, qui osait affronter, braver les hasards et les périls
d'une lutte avec l'Hercule gaulois, babe (bébe),
un petit enfant, un bambin, risk, péril, hasard .
Les Celtes et les Ibères,
rapporte Diodore de Sicile, après avoir combattu pour la possession
du pays, l'habitèrent en commun et s'allièrent par mariages.
Les alliances des Celtes avec les Ibères auront ainsi donné
lieu à l'histoire fabuleuse d'Hercule et de Pyrène. Le nom
de la cité de Pyrène, témoigne de la fusion des deux peuples ;
car il renferme le souvenir des efforts tentés par les Celtes
pour empêcher les Ibères de brûler leurs morts, pyre
(païre), bûcher funéraire, to rain (ren),
réprimer, et ce nom, par extension, a désigné plus tard la
chaîne entière de montagnes occupée par les chasseurs d'ours.
Les efforts des Celtes ont dû être couronnés de succès, si
l'on en croit le nom de la cité Sardane de Caucoliberis to
cock, relever, redresser, hall (hâull),
maison, salle, to eye (aï), voir, to
bury, (beri), enterrer , puisque les habitants
de cette contrée ont élevé, dans la suite, des tombelles pour
ensevelir les morts.
Illiberis, autre ville
des Sardanes, ne contredit point cette assertion ; il
constate uniquement la pompe que les Ibères déployaient dans
les funérailles, highly (haïli), ambitieusement,
to bury (beri), enterrer ; en tenant
cependant un compte rigoureux des deux l qui se trouvent dans
Illiberis, ce nom se rattacherait alors à celui de Caucoliberis ;
car il signifierait simplement une éminence construite pour
une sépulture, hill, éminence, to eye
(aï) voir, to bury (beri) enterrer
. Une seconde cité d'Illiberis existant chez les Aquitains,
semblerait démontrer que les moeurs gauloises avaient partout
fait disparaître les bûchers funéraires des chasseurs d'ours.
Les Celtibériens des Pyrénées-Orientales
se sont livrés plus tard à une profession tout autre que celle
de chasser le grand ours des cavernes. Ils se sont adonnés
à diverses industries et ont mérité, les uns le nom de Sordes,
les autres celui de Sardans. Ceux-ci tenaient les côtes, fixant
leurs demeures près de la mer, sur les flots de laquelle les
attirait l'exercice de la pêche. A cause de cette condition
générale, on les a appelés Sardans, Sardan, petit poisson,
sardine ; on sait, du reste, combien l'anchois et la sardine
sont abondants dans les eaux du golfe de Lyon. Ruscino, leur
cité principale, est loin de donner un démenti à leur profession
de pêcheurs ; il affirme, en effet, que l'on accourait
en foule et à l'envi s'établir à Ruscino, pour se rendre ensuite
à la mer et tendre de grands filets de pêche, to rush
(reuch), venir en foule, sean (sin),
grand filet pour la pêche, seine .
Les Sordes, au contraire,
étaient fixés dans les vallées et les montagnes des Pyrénées-Orientales.
Leur industrie était bien différente de celle des Sardans ;
ils fabriquaient des armes de guerre, des épées sword
(sôrd), épée .
Ce n'est pas seulement
aux temps reculés des Sordes que l'on a fabriqué d'excellent
fer dans le versant oriental du massif montagneux regardant
la Méditerranées. Il y a peu d'années encore, dix-huit fourneaux
pour fondre le fer y étaient en pleine activité ; ces
fourneaux produisaient le fer d'après le système dit catalan,
et portaient le nom de forges catalanes. Le traité de commerce
conclu avec l'Angleterre, sous Napoléon III, a fait éteindre
ces fourneaux ; les prix de revient étaient trop onéreux
pour que l'on pût engager, avec les fers anglais, une lutte,
qui serait devenue désastreuse. Le dernier village sorde où
l'on produisait le fer, se nomme Gincla. On y voit encore
les restes de deux forges, d'un laminoir et de plusieurs martinets
forges, dont la fondation se perd dans la nuit des siècles.
Gincla dérive de to jingle (djingl'),
tinter, cliqueter. C'est une chose vraiment surprenante que
ce terme de Gincla appliqué à une localité, où, toujours et
de tout temps on a entendu le cliquetis du fer, le bruit des
lourds marteaux frappant sur les enclumes, et rendant des
tintements sonores.
VI
LES ATACINI. L'AUDE.
LES RADEAUX SUR L'AUDE. CARCASSONNE.
Le bassin de l'Aude n'appartenait
point aux Sordes, mais à d'autres producteurs de fer, habitant
le pays d'Atax, aux Atacini ; ceux-ci, à la fabrication
des épées, joignaient celle des haches, to add,
ajouter, axe, hache . Le village le plus rapproché
des Sordes, et faisant partie de la contrée occupée par les
Aticini, se nomme Axat, et cette appellation, qui est une
simple inversion d'Atax, marque le point exact de division
entre les deux tribus des Sordes et des Atacini. Axat est
traversé par la rivière d'Aude, et possédait une fabrique
d'acier fort estimé, dont les feux sont malheureusement éteints
aujourd'hui. Les Atacini habitaient la pente du nord et aussi
la pente occidentale et de ces montagnes dans lesquelles l'Aude
et l'Ariège prennent leur source. Les forges catalanes étaient
encore plus nombreuses dans cette région que dans les Pyrénées-Orientales ;
il est juste de dire que le pays de production était plus
étendu ; car il comprenait une partie du bassin de l'Aude
et une partie du bassin de l'Ariège.
Les Atacini ne doivent
donc point leur nom la rivière d'Aude, et si les géographes
latins l'appellent Atax, c'est uniquement parce que ses eaux
traversent le pays des Atacini. Dans les manuscrits du moyen-âge,
l'Aude porte le nom de flumen Aldoe. C'est bien là sa véritable
dénomination ; Alda est le même terme que Alder, et dans
le celtique, Alder désigne l'aune. Cette essence d'arbres
croit naturellement sur les deux rives de l'Aude, sur un parcours
de plus de quatre-vingts kilomètres et quoique les propriétaires
riverains aient abattu la majeure partie des aunes, il en
reste encore assez pour prouver avec quelle vérité nos ancêtres
avaient nommé cette rivière Alder.
Le volume des eaux de
l'Alder était considérable, et les Atacini en ont usé pour
l'industrie de la radellerie, industrie qui tend tous les
jours à disparaître, non seulement par la construction d'un
chemin de fer sur les bords de l'Aude, mais surtout par la
diminution des eaux et les atterrissements formés dans le
lit de la rivière.
L'industrie du flottage
des bois de construction par les eaux de l'Alder, est la cause
des noms que portent Roquefort-de-Sault et Espéraza.
Le village de Roquefort,
ou Roucafort, comme prononcent ses habitants, est situé sur
un plateau d'une altitude de mille mètres, et entouré de magnifiques
forêts de sapins. Il est divisé en deux parties, dont l'une
s'appelle Roquefort, et l'autre plus considérable, porte le
nom de Buillac. Riche en troupeaux de moutons, pâturant sans
cesse dans les prairies du col de Garabell, gare, laine
grossière, bell, clochette , Buillac élève encore en
grand nombre des taureaux et des chevaux, bull (boul),
taureau, hack, cheval .
Les habitants de Roquefort,
moins favorisés du côté du sol, travaillent dans les forêts,
et coupent les arbres destinés à être transportés vers Carcassonne
par le flottage sur les eaux de l'Alder. Roquefort, ou Roucafort,
indique clairement la profession traditionnelle de ces montagnards :
en effet, Roucafort équivaut au celtique roughcast
forth, tailler grossièrement à l'extérieur.
Les arbres, dépouillés
de leur écorce et de leurs branches, étaient traînés jusqu'à
l'Aude, dont les eaux les amenait à quillan et à Espéraza.
A Quillan, en latin Kilianus Killow-hone, terre
noire et pierre noire, on pouvait commencer à faire flotter
sur l'Alder les trains de bois réunis en radeaux portent le
nom de carras car, chariot, raft, un train de
bois sur l'eau, un chariot flottant . La construction de ces
radeaux avait lieu surtout à Espéraza, et il y a à peine trente
ans, la plus grande partie de la population de ce gros village
appartenait à la corporation des radeliers. Il est vraiment
prodigieux que les industries et les professions des Celtes
se soient ainsi conservées intactes jusqu'à nos jours.
Espéraza, que les habitants
nomment avec raison Sparassa, est appelé Sperazanus, dans
une bulle du pape Callixte II, en date de l'année 1119, citée
par Dom Vaisette. La contexture de Sparassa renferme les mots
suivants : spar, poutre, axe, hache, hand,
main ; la main des radeliers terminait, à l'aide de la
hache, la construction des trains de bois, qui sous forme
de radeaux, flottaient sur les eaux de l'Alder. Avec quelle
sûreté les indigènes de ce village n'ont-ils pas conservé
l'ancienne expression celtique, à peine adoucie lorsqu'ils
prononcent Sparassa !
Debout sur son carras,
retenant de la main une longue rame placée sur l'avant, le
radelier de Sparassa se laissait emporter par les eaux de
l'Alder, en dirigeant avec habileté sa voiture flottante.
Son adresse était bientôt mise à l'épreuve, en arrivant, à
Couiza, dans le coude formé par la rivière, coude qui a fait
donner son nom au village bâti sur ces bords. Couiza, Kousanus,
dérive de kove, petite baie, crique, et de sand, sable ;
kovesand dont on a fait Kousanus et plus tard Couiza.
Ce coude offre, en effet,
une véritable ressemblance avec une petite baie ; il
se trouve en amont du pont de Couiza conduisant à la gare
du chemin de fer. Les sables amoncelés par la Sals, à son
confluent avec l'Aude, ont dû être la cause de cette disposition
particulière du cours de la rivière.
La longue rame du radelier,
engagé avec son carras dans ce coude incommode, avait bientôt
raison de la difficulté, et le train flottant poursuivait
lentement son voyage jusqu'au point où il devait prendre terre.
Carcasonne était le lieu
où le carras abandonnait ordinairement les eaux de l'Alder,
parce que le lit devenant plus étendu, les radeaux éprouvaient
une difficulté plus grande à flotter. Cette ville pouvait
donc être un entrepôt de bois de construction ; néanmoins,
comme elle était aussi le marché destiné à la vente des épées,
des haches, fabriquées par les Atacini, ce dernier motif a
surtout pesé dans la balance du Neimheid gaulois, et lui a
valu le nom de Carcassonne, cark, soin, souci, axe,
hache, to own (ôn), posséder .
(1) César, de bell.
gall. lib. VI. 24.
(2) César, de Bell. Gall. lit
II. 4.
(3) L'homme primitif, par M. Louis
Figuier.
(4)Histoire de France par Em.
Lefranc.
(5) Histoire de France par Em.
Lefranc.
(6) César de Bell. gall. lib.
VI. 24.
(7) Dictionnaire de Géographie,
par Hyacinthe Langlois. |