Dans la station balnéaire de Rennes, la
source thermale, dont les celtes ont le plus fait usage, est
celle de la Reine ou de Rennes. En suivant la chaîne des traditions
sur l'efficacité des eaux des Redones, les Romains ont estimé
qu'ils devaient bâtir leurs thermes à cette source, et alors,
des constructions somptueuses, dont il reste encore des vestiges,
s'élevèrent dans la vallée de la Sals.
Bien avant la possession
du pays par les Romains, les habitations gauloises n'étaient
point, comme aujourd'hui, groupées tout près des sources thermales ;
elles étaient bâties sur la pente du terrain nommé les Artigues,
hearth (harth), foyer, to eke
(ike), perfectionner .
Le terme de tribé, tribe
(traïbe), tribu, peuplade ; désignant un terrain
situé au sud de Montferrand, témoigne bien que le gros de
la population habitait le vallon dans lequel coule le ruisseau
de la Coume. Le ruisseau d'Alby, hall, habitation,
by (baï) à côté , qui se déverse dans celui
de la Coume, traversait le village gaulois. Les Celtes profitaient
de la déclivité des pentes pour construire en partie dans
le sol leurs maisons, auxquelles ils donnaient la forme ronde.
Elles étaient, disent les auteurs, fort spacieuses, bâties
en bois et en terre, couvertes de chaume ou de paille hachée
et pétrie dans l'argile.
Il est bien possible que
les maisons les plus pauvres fussent ainsi couvertes, mais
il nous est difficile de croire que les Gaulois ne connussent
point l'usage des tuiles, dont ils nous ont laissé le nom
dans rajole, rash, éruption, et en dialecte
languedocien, écoulement, hole, petit logement , qui
désigne aujourd'hui la brique.
Tout près des Artigues
et au dessus du Bugat, une partie du terrain porte le nom
de scarrajols, square (skouère), carré,
rash, écoulement, hall (haûll), maison
. C'est bien là, la tuile carrée à crochets, qui se trouve
en quantité considérable, sur plusieurs points, dans le cromleck
de Rennes-les-Bains. La tuile à canal se voit aussi au milieu
des débris de tuiles à crochets. Sans doute, le Scarajols
ne nous indique point l'époque plus ou moins éloignée où l'on
fabriquait ces tuiles, mais pourquoi voudrait-on refuser obstinément
aux Celtes le degré le plus infime de civilisation et leur
attribuer, sans raison et sans motif, une ignorance que leur
langage contredit constamment ? Les Numides, au rapport
de Salluste, ne couvraient-ils pas leurs mapalia de
tuiles à canal ? Il importe peu, d'ailleurs, que le scarrajols
fut une tuilerie, ou bien une maison couverte de tuiles, il
suffit de constater que les Gaulois pouvaient se servir indifféremment
de chaume ou de tuiles pour l'écoulement des eaux pluviales
sur le toit de leurs demeures.
On arrivait au village
gaulois par la route tracée au pied de la montage de Cardou
et qui s'élève en pente douce jusqu'en face de la station
thermale d'où elle va aboutir au centre des Artigues. Ce chemin
possédait une largeur déterminée, comme nous l'apprend le
nom du Col de Bazel, et les chariots pouvaient ainsi arriver
jusque dans l'intérieur du village.
Des constructions faites
de bois et d'argile n'étaient point, à coup sûr, fort coûteuses ;
aussi elles existaient nombreuses dans la contée. Au milieu
de la pente Est de la montagne qui regarde Rennes-les-Bains,
et sur un point assez rapproché du hameau du cercle, on distingue
une grande roche, taillée profondément de manière à former
trois des côtés d'une maison carrée. Le terrain dans lequel
cette roche est comprise, porte le nom de Gléizole,
clay (clé), argile, to ease (ize),
délivrer, hall (hâull), maison . Cette maison,
affranchie de l'argile ordinairement employée dans la construction
des habitations gauloises, accuse par sa forme carrée l'époque
gallo-romaine.
Au nord-ouest de la Borde-Neuve,
entre Foucilhe, la colline embarrassée, fus
(feuss), embarras, hill, colline , et le Roucats,
la partie du terrain appelé Siala, to see
(si), voir, hall, maison , possédait sans doute,
comme l'indique son nom, quelques demeures celtiques. Le mot
artigue, affecté aux maisons des Celtes, existe encore dans
le dialecte languedocien, et lorsqu'un cultivateur défriche
une partie d'un bois, on dit qu'il fait un artigot,
quoiqu'il ait aujourd'hui l'intention d'y établir un champ,
plutôt que d'y construire une maison.
Au pied du village celtique
des Artigues, et près du ruisseau de la Coume, on aperçoit
un emplacement circulaire appelé la Salasse, sale,
marché, axe, hache . C'était le marché, la place publique
ou se faisaient les échanges ordinaires, les ventes et les
achats du commerce intérieur.
Le Roucats, (to
ronghcast), ébaucher , que nous avons cité en parlant
du Siala, s'étend jusqu'à la rive droite de la Sals, est rempli
de ménirs ébauchés, de tables de pierre superposées
les unes aux autres, et fait partie du cercle intérieur renfermé
dans le cromleck des Redones. Sur les bords de la Sals et
dans le Roucats, on distingue une partie du chemin celtique
qui conduisait à Bugarach. On peut aisément mesurer la largeur
de ce chemin par les ménirs qui le bordent encore. Au point
précis où le chemin, longeant la rivière, pénètre dans le
bois du Roucats, on remarque sur deux roches, placées à droite
et à gauche de la route gauloise, plusieurs petites croix
grecques, couvertes de mousse, et qui font connaître, à n'en
point douter, l'importance des nombreux ménirs disséminés
sur les flancs de la colline.
II NOURRITURE
DES CELTES. BOISSONS GAULOISES
Les Gaulois, au rapport de certains historiens, se nourrissaient
des fruits de la chasse et de la pêche, auxquels ils ajoutaient
les glands du chêne et probablement aussi les faînes du hêtre :
ils ne cultivèrent le blé, que lorsque les Phéniciens l'eurent
importé dans l'Occident.
Il serait, croyons-nous,
impossible de prouver de pareilles allégations. Les Celtes
venaient de l'Asie-Mineure, où le blé, n'était, certes, point
inconnu : leurs communications avec l'Orient étaient
continuelles par le flot des nouvelles peuplades se dirigeant
sans cesse vers le soleil couchant : le Neimheid, ce
corps savant qui gouvernait la marche de la migration Celtique,
était, en entier, composé de Druides, ce que César n'infirme
pas lorsqu'il écrit : " On pense que l'institution
druidique trouvée en l'île de Bretagne a été de là transportée
dans la Gaule. " (1)
Est-il admissible que l'intègre Neimheid, le distributeur
du blé, l'aliment essentiel, ait eu la hardiesse de donner
aux ménirs, dolmens et cromlecks leurs noms particuliers et
distinctifs, pendant que les Gaulois avaient seulement des
glands et des faînes pour remplacer le blé et le pain ?
Les glands du chêne et les faînes du hêtre ont bien pu servir,
autrefois comme de nos jours, de nourriture aux porcs, et
il n'y a pas lieu de s'étonner de ce fait ; mais assurer,
gratuitement et sans preuves, que ces fruits des forêts sont
entrés dans l'alimentation ordinaire des Celtes, c'est méconnaître
entièrement les véritables conditions de la vie matérielle
de nos aïeux.
On peut affirmer avec
certitude qu'ils cultivaient le blé, puisque cet aliment était
l'objet d'une distribution impartiale et la kaïrolo key
(ki) clef, ear (ir), épi de blé. hole,
creux, petite maison , le grenier et peut-être le silo ou
souterrain renfermant la précieuse céréale, existait toujours
auprès des centres d'habitations celtiques. Il n'y a guère,
en effet, de village qui ne possède un terrain de ce nom :
la kaïrolo des Redones était située au sud de Montferrand
tout près du chemin conduisant au ruisseau de la Coume et
aux Artigues. La production du blé étant même fort abondante
dans certaines régions privilégiées, on avait recours à des
mains étrangères à ces contrées, afin de moissonner avec plus
de célérité. Les Redones n'hésitaient point à louer ainsi
leurs bras pour les travaux importants de la moisson, et le
nom de Montferrand atteste leurs périodiques voyages
à cet effet to mow (mô), moissonner,
to own (ôn), prétendre à, to fare
(fère), voyager, hand, main .
Les troupeaux de bêtes
à laine étaient fort nombreux dans le village des Redones.
La Campbelle = to camp, séjourner, bell,
clochette =, la Berke = to bay (bé),
bêler, aboyer, to heark (herk), prêter
l'oreille =, le Grauzilhou = to graze
(grèze) brouter l'herbe, mener paître, hill,
colline =, dénotent assez la présence des troupeaux dans
la campagne. A défaut de ces preuves écrites sur le sol lui-même,
il reste encore dans l'idiome du Languedoc, une expression
affirmant la possession de bêtes à laine chez les Gaulois.
La chair de la brebis était même leur nourriture la plus ordinaire,
car la chasse et la pêche ne pouvaient suffire à alimenter
une population nombreuse. La brebis, en dialecte languedocien,
est désignée par l'expression fedo, to feed
(fid) nourrir : cette nourriture était convenable,
et ils la qualifiaient sans doute de gros morceau, puisque
le terme chick, marquant la petite dimension d'un morceau
dans le même dialecte, correspond en langue celtique à chick
(tckick) poulet, maigre portion, en effet, pour l'appétit
de ces hommes à taille gigantesque.
La mythologie grecque
avait remarqué dans Hercule, personnification du peuple Celte,
une certaine voracité et l'avait surnommé mangeur de boeufs.
Elle raconte que les Argonautes faisant voile vers la Colchide
pour conquérir la toison d'or, avaient pris tout d'abord Hercule
avec eux ; mais lorsqu'ils furent témoins de son robuste
appétit, ils le forcèrent à quitter le navire, redoutant de
le voir dévorer, à lui seul, toutes leurs provisions. Elle
rapporte encore que le héros mangea, dans un seul repas, un
boeuf enlevé à un laboureur. Quelle piteuse mine eût donc
fait Hercule en face de misérables glands de chêne pour apaiser
sa faim !
La nourriture des Gaulois
n'était pas plus à dédaigner que leur boisson, et les Allobroges
nous disent leur délicatesse sur ce dernier point. Au reste,
dans tout le pays celtique, la fabrication des boissons particulières
à la contrée, est gravée dans le nom de diverses cités. Le
cidre de Normandie ne date point d'hier, et Rotomage
(Rouen) en fait foi to rot, se gâter, to
owe (ô), devoir, to mash (mache),
écraser, mêler, Rotowemash – ; la cité de Vindomage,
chez les Volkes Arécomiques, n'ignorait point la manière de
faire le vin, wine (ouaïne), vin, to
do (dou), faire to mash, écraser
, et les mouvements bizarres des fouleurs de raisins sont
fort exactement reproduits dans Sostomage (2),
petite ville peu éloignée de Toulouse, to soss,
se dandiner, to do (dou), agir, faire
une action, to mash (mache), fouler,
écraser .
Les Gaulois du Languedoc
avaient même poussé l'art de faire le vin à un degré remarquable,
puisqu'on trouvait des fouleurs de raisins réunis en corporation,
tout près de Carcassonne, dans une localité dont les habitants
exercent encore de nos jours la même profession. Ce village
est appelé par ses propres habitants Bilomacho, to
will, désirer, vouloir, to mash (mache),
écraser, mêler , et il est connu en français sous le nom de
Villemoustaussou, simple traduction en langue romane du celtique
Willmash.
III LA GHASSE AU
SANGLIER La
chasse était pour les celtes une distraction en rapport avec
leur activité corporelle, plutôt qu'une occupation nécessaire
pour subvenir d'une manière absolue à leur subsistance. Les
Gaulois se servaient dans leurs chasses d'excellents chiens
courants, indispensables pour suivre et harceler les fauves
de leurs forêts. La Coume das houns – hound
(haound) chien de chasse, chien courant, et la fontaine
das houns, garants de cette assertion, sont situées
au nord de l'Haum moor, fort près des deux roulers du cromleck
de Rennes-les-Bains. Les habitants du pays, quelque peu celtibériens,
n'avaient point perdu l'habitude de la chasse à l'ours, comme
l'indique le clot das hourcés, fort rapproché de la
Borde-Neuve, et appelé aujourd'hui la Loubatière. Cependant,
cette bête sauvage devenue assez rare, ne faisait point l'objet
de la chasse favorite des celtes. Les préférences gauloises
étaient réservées au sanglier, très répandu dans tout le pays
celtique et dont la chasse présentait de sérieux dangers.
Le sanglier, inoffensif
lorsqu'on ne l'attaque point, devient redoutable dès qu'il
reconnaît l'agresseur, et se retourne contre lui avec furie.
Le sentiment de sa force le rend confiant, et il fait face
hardiment au péril. Il prend la fuite cependant lorsqu'il
sent l'impossibilité d'une résistance victorieuse, réservant
sa vengeance pour le moment où, serré de près par une meute
vigoureuse, il lui tient tête, perce ses rangs pour se précipiter
vers le chasseur et le frapper de son terrible boutoir. Malgré
le nombre des chasseurs, et les meutes aguerries employées
à la chasse de cet animal, les accidents ont toujours été
fréquents. L'arme celtique de la chasse au sanglier était
l'épieu, et cette arme, assez courte, mettant le chasseur
face à face avec la bête fauve, devait l'exposer à toute sa
rage.
" Jacques du
Fouilloux, qui écrivait au seizième siècle et qui était un
brave chasseur, ne paraît pas trop rassuré quand il traite
des sangliers. Il assure en avoir chassé un qui à lui seul
massacra, en quelques instants, quarante chiens sur cinquante.
En somme, il ne conseille pas de faire courir à une bonne
meute de " telles sortes de bestes ;
car, dit-il, si les autres espèces esgratignent ou mordent,
il y a toujours moyen de remédier à leur morsure ; mais
au sanglier, s'il blesse un chien de la dent au coffre du
corps, il n'en cuidera jamais eschapper. " Et néanmoins
il ajoute plus loin : " Si une meute de chiens
est une fois dressée pour le sanglier, ils ne veulent plus
courir les bestes légères, parce qu'ils ont accoustumé de
chasser de près, et avoir grand sentiment de leur beste. "
(3).
La prédilection des Gaulois
pour la chasse au sanglier était connue des anciens Grecs,
et, suivant leur habitude de personnifier les qualités de
la nation gauloise dans Hercule, ils ont inscrit, parmi les
douze travaux de ce héros, son combat contre le sanglier d'Erymante.
Ce que rapporte la mythologie grecque au sujet d'Hercule est
trop instructif pour n'en pas citer quelques traits. On y
peut remarquer la terreur indicible que la nation celtique
inspirait à la Grèce.
" Eurysthée,
roi de Mycènes, jaloux de la réputation d'Hercule, le persécuta
sans relâche, et eut soin de lui donner assez d'occupation
hors de ses états pour lui ôter le moyen de troubler son gouvernement.
Il exerça son grand courage dans des entreprises également
délicates et dangereuses : c'est ce qu'on appelle les
travaux d'Hercule. On dit qu'Hercule devint si redoutable
à Eurysthée, que, malgré l'empire qu'il avait sue ce héros,
il n'osait paraître devant lui, et qu'il avait préparé un
tonneau d'airain pour s'y aller cacher en cas de besoin. Il
ne faisait point entrer Hercule dans la ville : les monstres
qu'il apportait étaient laissés hors des murs, et Eurysthée
lui envoyait ses ordres par un héraut. " (4).
Erymanthe, montagne d'Arcadie,
était l'asile d'un sanglier dont la fureur remplissait d'effroi
la contrée entière. Eurysthée demande à Hercule de délivrer
le pays de cet hôte redouté. Hercule poursuit le sanglier,
le prend vivant, et le charge sur ses épaules pour le porter
à Eurysthée. Celui-ci est saisi d'une telle frayeur, qu'il
va se cacher sous sa fameuse cuve d'airain.
L'histoire du sanglier
d'Erymanthe est la peinture fabuleuse des chasses au sanglier
si chères aux Gaulois.
Le Neimheid n'a pas laissé
dans l'ombre le souvenir de ces chasses dangereuses, et dans
toutes les montagnes couvertes de bois profonds, pouvant servir
de retraite sûre aux sangliers, on trouvera des terrains appelés
pijole ou pijoulet, pig, porc, to
jole, heurter avec la tête . Le Pijole de Rennes-les-Bains
a sa place au Serbaïrou, au sud des deux roulers ou roches
tremblantes.
Malgré la vigueur des
Gaulois, la lassitude et l'abattement envahissaient leurs
membres robustes, surtout lorsque les accidents multipliés
du sol, dans un pays montagneux, ajoutaient leurs difficultés
aux fatigues d'une chasse pénible par elle-même.
De retour au foyer domestique,
ils prenaient un repos tout à fait indispensable sur un tas
de feuilles desséchées qui leur servait de lit. D'après les
assertions ordinaires des historiens, ce tas de feuilles sèches
aurait été la seule couchette des Celtes. Nous n'osons pas
croire toutefois que les Gaulois aient poussé jusque là leur
indifférence pour la santé et la vigueur du corps. Nous connaissons
dans le canton de Limoux, une montagne cultivée en partie,
et traversée par un chemin conduisant du village de Saint-André
à Chalabre, montagne décorée du nom de Mataline, to
mat, couvrir de nattes, hall, salle, to
inn, loger dans une auberge . Le sol de l'appartement
où les voyageurs s'installaient pour prendre du repos dans
l'hôtellerie de la Mataline, était donc couvert de nattes.
Peut-on imaginer que ce fut là un fait isolé et particulier
à une maison bâtie sur une montagne, dans un pays d'ailleurs
fort pauvre et peu fréquenté des voyageurs ? C'est plutôt
l'indication exacte de l'usage des nattes et des paillassons
pour le repos de la nuit dans les demeures de nos ancêtres,
les bancs et les sièges adossés aux murailles servant seulement
pour les repas.
Les Celtes, doués d'une
nature généreuse, n'étaient point enclins au vol et au brigandage,
et ils étaient peu nombreux ceux qui se rendaient coupables
de pareils méfaits. Du reste, la justice était prompte et
sévère, et le Fangallots des Redones to faint
(fént) disparaître, Gallows (Galleuce),
potence, gibet, rappelait aux habitants de la région, que
la pendaison était la juste punition des criminels.
Les noms des divers terrains,
dans le cromleck de Rennes-les-Bains, n'évoquent point le
souvenir des funérailles celtiques, parce qu'elles sont déjà
écrites dans le pays des Sordes, à Caucoliberis et Illiberis.
Jules César en loue la magnificence extrême. La croyance inaltérée
à la vérité de l'immortalité de l'âme, conduisait les Celtes
à déployer une grande pompe religieuse dans les derniers devoirs
rendus à leurs parents et à leurs amis. Ils ensevelissaient
les morts dans des tombeaux formés de terre et de pierres,
élevés en cône et connus sous le nom de barrow, barrow
(barrô), tombe, tertre
IV LES ROMAINS ET
LA SOURCE THERMALE DE LA REINE. LA
CROIX DANS LE CROMLECK DES REDONES.
On a vu par l'explication
des monuments celtiques des Redones du sud de la Gaule, quelles
étaient les croyances religieuses des Celtes. Lorsque les
étrangers, sous le voile du commerce et de l'alliance, ont
foulé le sol gaulois, ces croyances ont commencé de s'affaiblir
dans l'esprit de la population. Les chefs des diverses tribus,
en s'affranchissant de l'autorité suprême du Neimheid, ont
avancé la décadence, et quand la nation, vaincue par César,
a fait désormais partie de l'empire romain, les anciennes
et pures croyances religieuses enseignées par les Druides,
ont fait place au culte idolâtrique propagé par les vainqueurs.
Les temples des faux dieux ont souillé ta terre celtique,
et le peuple perverti s'est abaissé à adorer Teutatès, Belenus
et Ogmius ou Oghan.
Nous ne pouvons nous résoudre
à étudier les noms de ces fausses divinités et les croyances
idolâtriques des Gaulois dégénérés. L'abîme dans lesquels
on les a entraînés est trop horrible pour qu'on puisse s'attarder
à le sonder.
A cette époque misérable
qui précédait la venue nécessaire et immédiate du Sauveur
attendu par les nations, la signification vraie et religieuse
du cromleck disparaît de tous les souvenirs. Le pays des Redones
méridionaux faisait depuis longtemps déjà partie de la Provincia,
et les Romains avaient bâti un temple dans la vallée de la
Sals, et des thermes à la source de la Reine. Un nouveau village
fut construit sur le plateau de Villanova qui domine les thermes
du côté nord-est.
Les Romains ont laissé
des traces nombreuses de leur séjour prolongé dans le cromleck,
médailles et monnaies d'or, d'argent et de bronze, depuis
le triumvirat d'Antoine, Octave et Lépide, jusqu'au règne
de l'empereur Gratien, amphores entières, débris de statues
taillées dans le marbre blanc, chapiteaux et socles de colonnes
sculptés, inscriptions consulaires gravées dans la pierre.
Les Redones du sud ont
passé un temps relativement court dans les superstitions insensées
du paganisme. Le proconsul Sergius Paulus, disciple de l'apôtre
St-Paul était venu porter l'Evangile dans le midi de la Gaule
et avait fixé son siège à Narbonne. Les missionnaires chrétiens
envoyés par l'illustre et saint Evêque pour conquérir à la
vérité les esprits et les coeurs des Gaulois de la Narbonnaise,
comprirent, en pénétrant dans le cromleck des Redones, que
les respect dont on entourait ces pierres taillées ou levées,
était un respect devenu idolâtrique, et ils firent graver
des croix grecques sur tous les points de ce cercle
de pierres, à l'entrée du Cromleck, aux Crossés, au Roukats,
au Serbaïrou, sur la crête du Pla de la Coste et de las Brugos
et au Cugulhou du couchant.
Alors, à l'arête du cap
dé l'Hommé sur le haut d'un ménir, en face du temple païen,
converti en église chrétienne détruite plus tard par l'incendie,
fut sculptée une belle tête du Sauveur regardant la vallée,
et dominant tous ces monuments celtiques qui avaient perdu
leurs enseignements. La croix, victorieuse du paganisme, n'a
pas discontinué de régner dans le cromleck de Rennes-les-Bains,
et maintient toujours, gravés dans le coeur religieux de ses
habitants, les préceptes de vie donnés au monde par l'Eternelle
Vérité.
(1)
De bell. Gall. lib. VI. 13.
(2) Castelnaudary, (Aude).
(3) Magasin Pittoresque
Année 1834
(4) Dictionnaire de la Fable
par Fr. Noël Paris, 1803.
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