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Dernière mise à jour
le 30 juin 2005


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NOTICE HISTORIQUE SUR LES CHÂTEAUX DE L'ARRONDISSEMENT DE LIMOUX:

 RENNES-LE-CHÂTEAU

 

Le château de Rennes. - XIe siècle.

Parmi les châteaux d'un grand âge qui ont été bâtis dans l'arrondissement de Limoux, il en est qui se font remarquer par la forme de leur plan, par les détails de leur architecture; d'autres, au contraire, ont une structure simple, sans ornements, et ce n'est qu'au point de vue historique qu'ils offrent de l'intérêt. Sous ce dernier rapport, le château de Rennes domine tous les autres.

 Capitale du pays de Razès, auquel il a donné son nom, demeure d'une famille de comtes pendant plusieurs siècles, il a la première place dans l'histoire féodale des environs de Limoux. Ce manoir, construit sans art, s'élève sur un roc stérile, au sommet d'une montagne qui ne se fait remarquer que par son élévation au-dessus des pics du voisinage. De ce point, la vue plane sur un immense paysage et on aperçoit dans le lointain des sites fort remarquables; mais lorsque les vents se déchaînent sur ces pays montagneux, lorsque les frimas d'hiver viennent les refroidir, le château de Rennes devient alors un séjour peu agréable, et on ne s'explique pas comment il a été choisi pour servir d'habitation à des familles comtales du midi de la France.

Le village de Rennes, appelé autrefois Redde et puis Regne (1), semble remonter jusqu'à une époque très-reculée. Aux environs de cette commune on trouve la pierre droite de Pontils, la roche branlante de Val-Dieu, qui paraissent avoir une origine druidique. Le nom de Redde rappelle aussi une divinité celtique (Aereda) (2), dont le culte s'était répandu sur plusieurs points de la grande chaine pyrénéenne. Le hameau de Granes, placé dans le voisinage, porte un nom qui pourrait encore avoir été emprunté à une divinité celtique des Pyrénées (Grann). Comme on le voit, plusieurs faits se réunissent pour faire admettre que le village de Redde a une origine qui se rattache aux temps les plus reculée de notre histoire méridionale.

Rennes n'était pas édifié autrefois sur le point qu'il occupe en ce moment. Dans une vallée peu éloignée, on découvre des restes de constructions, des briques à crochets, des amphores et des médailles latines qui témoignent qu'il existait là un petit groupe d'habitations pendant que le peuple roi exerçait dans nos contrées une domination souveraine. C'est dans cette vallée, comme le dit la tradition, qu'on avait fondé le village de Rennes avant de le grouper sur le roc qui le supporte en ce moment. Près de ces lieux passait le chemin qui conduisait des vallées d'Anet et d'Espéraza vers le Roussillon. Ce chemin, qu'on croit avoir été une voie romaine, a dû être très fréquenté pendant l'invasion des peuples italiques dans le Midi des Gaules, puisque c'est sur le trajet de cette voie qu'on a trouvé le char en bronze dont les roues ornent les galeries du musée des antiques de Toulouse.

Il faut ajouter que dans les environs du village de Rennes, on rencontre un établissement de bains thermaux dont les piscines étaient fréquentées par les Romains; les antiquités qu'on y recueillies ne laissaient aucun doute sur ce point.

On a cru quelquefois que Redde, la capitale du Razès, était tantôt Limoux et tantôt les Bains, voisins du hameau de Montferrand, sur les bords de la Salz. Mais, on a eu tort de le penser ainsi , puisque le nom de Limoux est aussi ancien que celui de Redde, et que dans un acte de 1307, se rapportant à la seigneurie de Bugarach, les communs de Limoux, de Redde et des bains voisins de Montferrand, y sont toutes les trois mentionnées. Si ces trois communes étaient sur pied à la même époque, il n'y avait pas identité entre elles, et chacune a dû avoir une position différente. D'après les termes de l'acte de 1307, on ne saurait chercher ailleurs que sur la montagne de Rennes-le-Château, le village de Reddes, capitale du comté de Razès.

Lorsque les populations wisigothiques étendirent leur empire dans le midi des Gaules, le bourg de Rennes avait acquis une certaine importance. Besse incline à penser que les évêques de Carcassonne, après avoir été chassés de leur siège par les Ariens, choisirent ce village pour y établir provisoirement leur demeure; ce qui l'indique à l'historien des ducs de Narbonne, c'est que le pays de Razès a toujours été adjoint, sous le rapport temporel, au diocèse de Carcassonne.

Les Wisigoths ne tardèrent pas longtemps à céder aux Sarrazins la place qu'ils avaient occupée dans les Gaules. Sous la domination mauresque, Rennes conserva son ancienne importance. Marca n'hésite pas à affirmer que les archevêques de Narbonne y transportèrent leur siège épiscopal dès qu'ils furent chassés de l'église métropolitaine qu'ils avaient longtemps possédée. La preuve de ce fait, l'auteur de l'histoire du Béarn et de la Marche d'Espagne la trouve dans l'adjonction du pays de Razès, sous le rapport spirituel, à la ville narbonnaise, et dans l'habitude où étaient autrefois les prélats de cette vieille cité de se qualifier d'archevêques de Narbonne et de Razès.

Les Maures furent à leur tour expulsés par les Francs et refoulés au-delà de la grande chaîne pyrénéenne. Après avoir conquis les provinces qui s'étendaient en deçà de ces montagnes, Charlemagne voulut y assurer sa puissance et rendre plus difficile de nouvelles invasions hispaniques. Dans ce but, il divisa les anciens diocèses voisins des Pyrénées et y multiplia le nombre des dépositaires de sa force militaire. C'est alors, vers la fin du VIIIe siècle, que le pays de Razès et celui de Fenouillèdes furent détachés de l'archevêché de Narbonne et érigés en comtés.

 

Rennes, capitale des premiers comtes du Razès

Pourquoi Rennes, petite bourgade placé au sommet d'un roc stérile, a-t-elle été choisie pour être le chef-lieu d'un comté? On l'ignore; mais tout porte à penser qu'étant devenue, dans les temps antérieurs, l'habitation provisoire d'évêques de Carcassonne et d'archevêques de Narbonne, on devait lui accorder la préférence pour y établir la demeure des comtes de Razès. D'ailleurs, ce village, étant édifié sur un site élevé, au centre du pays des Atacins et dans le voisinage d'une voie romaine, devait offrir quelque avantage à des hommes qui avaient pour mission de repousser, au besoin, une invasion ibérique.

Il est probable que les premiers comtes de Rennes bâtirent un château fortifié pour s'y défendre, et que c'est alors que le bourg primitif, placé dans une vallée voisine, fut abandonné. Peu à peu, les vassaux de Rennes allèrent se grouper autour de l'habitation des comtes et ils abandonnèrent une position où ils ne pouvaient opposer aucune résistance à des agressions hostiles Ce qui a eu lieu à Rennes s'est réalisé aussi dans d'autres communes et notamment à Limoux et à Puivert.

Le premier comte de Razès portait le nom de Guillaume. Il est dit, en effet, dans une charte, que Vaissète fait remonter à l'année 813, que le bourg d'Alet avec son monastère avaient été transmis à Bera par le comte Guillaume son père. Si ce dernier fit passer sur la tête de son fils le bourg d'Alet, il en était nécessairement propriétaire, et s'il en avait la gestion, ce serait le premier comte de Razès qui serait indiqué par les actes qu'on a eu le soin de conserver.

Quelle était l'origine de ce Guillaume? Descendait-il de Théodoric, duc de Toulouse, comme le présumait dom Vaissète, ou bien n'avait-il de commun avec saint Guillaume-au-Court-Nez que son nom? Ce sont là des question que les documents dont on peut disposer ne permettent pas de résoudre; mais il suffit ici d'avoir démontré par un acte authentique que le Razès appartenait à un Guillaume, avant de passer entre les mains de son fils Bera.

On sait que Charlemagne renouvela les comtes du royaume d'Aquitaine vers l'année 778; c'est donc après cette époque que Guillaume dut être placé à la tête du Razès. Cette nomination eut lieu avant l'année 796, puisque je rapporterai bientôt un acte qui fit que Bera 1er était alors investi du gouvernement que son père lui avait transmis.

C'est pendant la domination de Guillaume dans le Razès que parut, selon toute apparence, un denier que Charlemagne fit frapper dans ce comté. D'après M. Longperier, "un denier de Charlemagne, portant une croix cantonnée des lettres R E D S.... doit avoir été frappé dans la capitale du Razès, qui, sous la seconde race, avait une certaine importance." (3).

M. Poeydavant s'est rangé à cette opinion en ces termes: "Nous avons, dit-il, une pièce que Charlemagne a émise dans la capitale du Razès; c'est un denier portant les quatre lettres R E D S divisées dans les branches de la croix... M. Longperrier a proposé de le rendre à Redae, capitale du Razès, parce que, dit-il, la disposition des lettres a une forme tout à fait méridionale. Cette observation est très exacte et doit être définitivement adoptée." (4)

Le comte qui succéda à Guillaume dans le Razès était appelé Bera 1er; on en trouve la preuve dans une charte de 813 (5). Ce même acte fait connaître le nom de son épouse; on l'appelle Romelle. Ce Bera avait-il ajouté à ses domaines le comté de Barcelone, ou bien le pays catalan était-il gouverné au commencement du IXe siècle par un comte appelé Bera qui n'était que l'homonyme de celui du Razès? Je pencherais volontiers vers cette dernière manière de voir.

D'après l'astronome, le comte de Barcelone qui portait le nom de Bera était goth de naissance, tandis que celui du Razès descendait d'une race franque. On sait aussi que le comte de Reddes transmit ses pouvoirs à ses fils, tandis que celui de Barcelone fut révoqué de ses fonctions en 820. Or, il faut croire que les deux comtés de Reddes et de Barcelone n'étaient pas réunis sur la même tête, car s'il en avait été autrement, le personnage qui aurait démérité, comme gouverneur de la Catalogne, aurait été jugé indigne d'avoir sous sa direction le pays de Razès. Enfin, le Bera de Barcelone fut élevé à la dignité de comte en 811, après la défaite des Sarrazins, tandis que le Bera du Razès était déjà comte en 796. Il n'en faut pas davantage pour être autorisé à affirmer qu'il n'a existé aucune identité entre les deux homonymes que je viens de nommer.

Dans la charte de 813, Bera, comte du Razès, fait savoir qu'il cède au chef de la chrétienté le monastère qu'il avait fondé à Alet. De là, Vaissète se croit autorisé à conclure que cette communauté monacale fut créée après l'an 800 et avant l'an 814. Cette déduction n'est pas rigoureuse: le comte de Rennes pouvait se dessaisir en 813 d'une abbaye qu'il avait fondée longtemps avant l'époque où ce don fut accompli, et on en a conservé un document qui atteste qu'il en a été ainsi. Il est dit, en effet, dans un acte portant la date de 796, que les moines d'Alet s'étaient décidés à faire reconstruire les murs d'enceinte de leur village, afin de se défendre contre les invasions des Maures. Cet acte, dont j'ai eu sous les yeux une copie manuscrite du XVIle siècle, et que Besse a reproduit dans son Histoire des ducs de Narbonne (1660), page 435, sert à établir:

1°) que l'abbaye d'Alet était sur pied en 796, et par suite longtemps avant l'année 813;

2°) que Bera, qui s'en disait fondateur, était comte du Razès avant l'époque indiquée par les auteurs de l'Histoire de Languedoc.

Bera laissa en mourant deux enfants dont les noms sont inscrits dans deux actes, l'un de 845 (6) et l'autre de 902 (7). Dans le premier acte il est dit que l'un de ces enfants était un fils, appelé Argila, qui lui succéda dans le comté de Razès: le deuxième acte fait mention d'une fille, appelée Hotrude, mariée avec Alaric, comte de Gérone et d'Empurias.

Urgile prit possession du Razès après Bera 1er son père. Cet Argila vivait en 845 et il avait pour fils Bera II auquel il vendit, avant de mourir, une partie du Pays de Sault dépendante du comté dont il avait la gestion. La terre qui fut l'objet de cette vente portait le nom de Donacanum; c'était peut-être le village d'Aunat, qui semble avoir donné son nom au Daunezan, dans la partie méridionale du Pays de Sault (8).

Après Argila, on voit figurer Bera II à la tête du Razès. J'ai déjà dit que dans un acte de 845, ce Bera avait acheté à son père une bourgade du Pays de Sault. Dans cet acte, il n'est pas qualifié de comte, mais dans un acte postérieur, portant la date de 846, Béra prend alors ce titre. L'acte de 846 avait pour objet de faire un don à des moines de la vallée d'Exalade (9).

On ne sait rien sur la vie du fils d'Argila; s'éteignit-il sans postérité, ou bien fut-il révoqué de ses fonctions pour cause d'infidélité? Un acte de 877, rapporté par Vaissète, semblerait faire pencher vers cette dernière croyance (10); cependant, on ne peut rien affirmer sur ce point, par la raison que dans l'acte de 877, le Bera qui y est mentionné est accompagné d'un prénom qui ne figure dans aucun autre titre relatif aux comtes de Reddes de la première race.

Comme on le voit, le comté de Razès passa de père en fils, depuis sa création vers la fin du IXe siècle. C'est là un fait qui prouve que l'hérédité pour les administrations comtales était passée en habitude dans le midi des Gaules, et que le capitulaire de Kierzy (de 877) ne fit que consacrer un principe déjà adopté par la coutume.

Vers la fin du IXe siècle, le Razès avait cessé d'appartenir à des gouverneurs particuliers. Des actes de 870, 873, 877 font voir ,qu'à cette époque l'ancien pays de Reddes était passé entre les mains des comtes de Carcassonne. Pourquoi en fut-il ainsi? Tout porte à penser que Bera II fut dépossédé, comme je l'ai déjà dit, pour cause de félonie, et que ses terres, après avoir été démembrées, passèrent, en grande partie, entre les mains des gouverneurs de Carcassonne. En parlant de ces derniers, Charles le Chauve les qualifie de bien aimés, de fidèles; ce qui semblerait annoncer qu'il faisait ressortir ces qualités parce qu'il avait eu à se plaindre récemment de la rébellion des comtes de Razès (11). Quoiqu'il en soit, il est facile de voir par l'acte de 870 qu'une partie du pays de Reddes avait été cédée à Oliba, de Carcassonne. Un acte de 873 semblerait annoncer qu'une autre partie du même pays appartenait à Oliba et à Acfred ler, de Carcassonne; à Wifred et à Miron, de Barcelone (12). Un peu plus tard, en 881, Carloman donna aux archevêques de Narbonne la ville de Limoux et Villelongue (13). En 884, le même prince donna encore aux archevêques de Narbonne des terres qui appartenaient au Razès, et cette fois, un pareil acte de libéralité eut lieu avec l'assistance d'Acfred (14). Le premier acte, dans lequel on voit paraître un démembrement du comté de Reddes, porte la date de 854, ce qui semblerait attester que c'est vers le milieu du IXe siècle qu'ont dû disparaître les comtes particuliers du Razès (15).

En présence de tous ces actes, on éprouve quelque embarras pour suivre les destinées du pays de Reddes après la mort de Bera II. Dans la charte de 870, Oliba paraît seul en avoir la propriété; dans celui de 873, Oliba et Acfted son frère, d'une part; Wifred et Miron, son frère, de l'autre, se montrent simultanément propriétaires du même comté; quatre années plus tard, en 877, c'est Oliba seul qui semble gouverner ce pays; dans la suite, en 884, c'est Acfred seul qui se montre à la tête du Razès. Comment expliquer cet enchaînement successif de propriétaires? Pourquoi cette terre passa-t-elle d'Oliba seul à Oliba et à son frère Acfred, et de ces derniers aux comtes de Barcelone? Pourquoi revint-elle à Oliba seul pour passer définitivement à Acfred son frère. Il y a là un problème hérissé de difficultés dont les historiens du Languedoc n'ont pas songé à chercher la solution.

Pendant que le Razès changeait si souvent de maîtres, des monnaies paraissent avoir été frappés à Carcassonne avec le nom de la ville qui lui avait été annexée. Ces monnaies ne portent aucune indication qui puisse servir à remonter jusqu'au comte qui les fit émettre, mais on y trouve le nom du roi Eudes, qui aide à faire connaître l'époque de cette émission. Eudes monta sur le trône de France en 888 et il en descendit en 898; c'est donc pendant le temps qui s'écoula entre ces deux termes qu'ont dû paraître les monnaies qui vont être décrites.

On lit sur l'une de ces monnaies: CIVI S CANA - ODO - CIVI TATIN OM, et sur l'autre CIOIA CAON - ODO - CIVI TATN (16). La première de ces légendes peut être facilement expliquée; quant à la seconde, on pourrait y lire les mots CIVITAS TATINSIS ou bien TATENSIS. Par le mot TATENSIS on a voulu sans doute désigner le Razès (pays de Reddes), qui était alors adjoint au comté de Carcassonne et qui, comme on peut le voir dans un acte de 870, portait quelquefois le nom de RATENSIS (17). La différence qu'on trouve entre RATENSIS et TATENSIS est si légère qu'il est permis de croire que ces deux mots désignent le même pays, et que les comtes qui ont fait frapper les monnaies sur lesquelles on les lit ont voulu rappeler que les deux pays de Carcassonne et de Razès étaient réunis sur une même tête, imitant sur ce point les chefs de l'Eglise Narbonnaise qui, vers la même époque, tenaient à se dire archevêques de Narbonne et du Razès (18).

L'interprétation que je donne du mot TATENSIS m'a été suggérée par la lecture que M. Gayraud a faite de la légende TATES, inscrite sur quelques monnaies féodales du Languedoc. Ce numismate croit que par TATES on a voulu désigner RATES ou Reddes, capitales du Razès (19). Or, si on admet une pareille interprétation qui paraît acceptable, et qui se concilie d'ailleurs avec les enseignements de l'histoire sur le pays de Reddes, on n'éprouvera aucune difficulté à appliquer la même lecture à tous les mots analogues qu'on rencontre sur les monnaies frappées à Carcassonne pendant que le pays de Razès n'appartenait plus à des comtes particuliers (20).

Après la mort d'Oliba et d'Acfred 1er son frère, on ne sait ce que devint le pays de Reddes; passa-t-il entre les mains des enfants d'Acfred 1er, et ces derniers, en cessant de vivre dans un âge peu avancé, transmirent-ils leur héritage aux descendants d'Oliba leur oncle? Rien ne peut servir à élucider cette question. Tout ce que les chartes qu'on a eut le soin de conserver nous apprennent, c'est que le comté de Carcassonne passa successivement entre les mains de Bencion et d'Acfred II fils d'Oliba II. Ce dernier eut, pour lui succéder, une seule fille qui s'allia avec Arnaud, comte de Comminges.

Les enfants d'Arnaud étaient au nombre de trois: Roger, le premier né, prit pour sa part le comté de Carcassonne et une partie du Razès; Eudes, son frère cadet, hérita de la plus grande partie de ce dernier comté; Raymond, le dernier né, prit possession du pays de Comminges. Dans le partage entre Roger et Eudes, les divisions ne furent pas marquées par une ligne propre à isoler les lots d'une manière distincte; un acte de 1002, rédigé par l'aîné des deux frères, ne laisse aucun doute sur ce point (21). D'après ce titre, qui n'était qu'un testament destiné à régler les droits des descendants de Roger sur sa succession, et à poser en principe que cette dernière devait passer de mâle en mâle aux parents les plus rapprochés, il est dit: "Je donne au même Raymond, mon fils, le château du Razès (Redas castellum), avec la portion de ce comté qui me revient."

Des termes de cet acte on peut induire que la cité de Rennes avait deux châteaux au commencement du IXe siècle; l'un devait appartenir à Eudes, propriétaire de la part la plus importante du Razès; l'autre était au pouvoir de Roger, son frère. Ce qui n'est jusqu'ici qu'une présomption est clairement confirmé par deux actes, l'un de 1067, l'autre de 1084. Dans le premier de ces actes on fait mention des deux châteaux de Rennes (22); c'est Raymond-Bemard, vicomte de Béziers, qui en transmet la propriété à Raymond-Béranger, comte de Barcelone. Dans le deuxième acte, c'est Bemard ATON qui prête serment de fidélité à sa mère pour les châteaux de Rennes dont il avait pris possession (23).

L'un de ces manoirs a été complètement démoli et on croit en trouver les fondements sur un terrain appelé Château de Vallent; l'autre a été reconstruit après la croisade contre les Albigeois, et j'en donnerai plus loin la description. Ces deux habitations féodales étaient défendues par une double enceinte de murailles dont on voit encore des restes sur divers points.

Avant de mourir, Roger fit un partage de ses domaines entre ses enfants. Cet acte, renfermant les dernières volontés du comte de Carcassonne, porte la date de 1002. Roger donnait à son fils Raymond la ville de Carcassonne avec son comté; il lui donnait aussi le château qu'il possédait à Rennes, la portion du comté de ce nom qui lui revenait (24), le Kercobès, le château de Queille, etc. A Bernard, il léguait le château de Foix avec plusieurs bourgades sur les rives de l'Ariège et de l'Hers; il ne réservait pour Pierre, évêque de Gérone, que les abbayes disséminées dans les terres dont il avait fait le partage entre Raymond et Bernard.

Le fils aîné de Roger ne tarda pas longtemps à mourir en laissant, de sa femme Garsinde, de Béziers, deux enfants portant les noms de Pierre et de Guillaume. Cette fin prématurée, devançant celle de Roger, dut amener, selon toute apparence, quelques changements dans le partage que ce dernier avait fait en 1002. Ce qui semble l'attester, c'est que le comté de Carcassonne, qui devait appartenir à Raymond, son fils aîné, passa entre les mains de son fils Pierre, évêque de Gérone. Celui ci le céda, vers la fin de sa vie, à Roger 1er de Foix (25).

Que devint le Razès après la mort de Raymond? Aucun acte ne le dit, mais tout porte à penser qu'il fut cédé aux descendants de ce comte. Ce qui confirme cette idée, c'est que dans les actes intervenues entre Pierre, évêque de Gérone, et Roger 1er de Foix, il n'est question que du comté de Carcassonne; le pays de Reddes n'y est jamais mentionné (26). Il semble qu'on peut conclure de là que Pierre, évêque de Gérone, n'en eut pas la propriété. Enfin, ce qui achève de faire croire que le pays de Reddes fut transmis aux descendants de Raymond, c'est qu'on voit ses héritiers, en 1050 et 1068, faire des actes de propriétaires dans certaines parties du comté de Rennes (27).

Quelle était la portion du pays de Razès qui passa des mains de Roger à ses héritiers? Il n'est pas facile de le dire d'une manière exacte; mais, en s'aidant de quelques actes édités par Vaissète, on est amené à présumer que cette portion était placée à Limoux ou dans le voisinage de cette ville. En 1011, Roger donna aux abbés de Saint-Hilaire un alleu dont il jouissait dans les dépendances de la ville et du bourg de Limoux (la ville basse d'aujourd'hui et la ville haute sur le côteau de Lacanal, détruite en 1226). Il donna en même temps un alleu qui avait sa place dans la ville de Flacian, appelée aujourd'hui Petite-Ville de Limoux (28).

En 1050, c'était Raymond-Guillaume, le petit-fils de Raymond-Roger, qui céda à son oncle Pierre-Raymond, le village de Magrie placé aux environs de Limoux (29).

La portion du Razès, qui fut transmise aux descendants de Raymond après la mort de Roger leur grand-père, passa, selon toute apparence, à Guillaume-Raymond, l'un de ces descendants. Pierre-Raymond, frère de ce dernier, dut garder pour sa part les biens qui avaient appartenu à sa mère Garsinde, de Béziers (30). Guillaume-Raymond hérita de la portion du Razès qui n'était pas jouie par les descendants d'Eudes, de celle qui comprenait la ville de Limoux et quelques villages des environs, parmi lesquels était comprise Sainte-Colombe du Kercorbès qui fut cédée aux abbés de Saint-Hilaire pendant l'année 1117; on en trouve la preuve dans un acte qui fait partie de la grande collection de documents historiques recueillis par Doat et déposés dans la bibliothèque Richelieu, de Paris (vol. 71). Guillaume-Raymond posséda aussi quelques terres dans les comtés de Carcassonne, de Béziers et de Narbonne (31).

Pendant que Roger 1er, de Carcassonne, jouissait d'une partie du comté de Razès, il émit probablement des monnaies sur lesquelles on trouve les noms des capitales de ces deux contrées. On lit sur l'une de ces monnaies: CR TATES - CARCASONA; au milieu de la première face, on trouve le monogramme du roi Eudes; sur la seconde monnaie, on lit CR TATCIX avec le monogramme du roi Eudes, et sur l'autre face, CARCASONA CI (32). Lorsque la portion du Razès dont jouissait Roger 1er fut transmise à sa descendance, elle passa d'abord à Guillaume-Raymond, l'un de ses petits-fils, celui-ci la transmit à ses trois enfants, Raymond, Pierre et Bernard. Le premier de ces enfants paraît avoir cessé de vivre après qu'il eut donné, en 1050, à son oncle Pierre-Raymond; le village de Magrie (33). Dix-huit ans après l'accomplissement de ce don, il est probable qu'il n'existait plus, puisque ses deux frères Pierre et Bernard vendirent seuls, en 1068, aux comtes de Barcelone, ce qui leur appartenait dans le comté de Razès et dans celui de Carcassonne (34). Dans ces actes, Raymond et Pierre fils de Guillaume ne sont pas désignés comme comtes; cependant, on est porté à penser qu'ils ont fait frapper des monnaies sur lesquelles leurs noms étaient inscrits. La première monnaie offre la légende RUMANDO, d'un côté, et CARCASONA de l'autre; la seconde offre la légende CI P VI TATES, sur une face, et CARCASONA sur l'autre (35). Les descendants de Guillaume-Raymond avaient des droits sur les comtés de Carcassonne et de Razès, comme l'indique une charte de 1068 (36). Il est facile de s'expliquer, par les termes de cette charte, pourquoi les descendants de Guillaume-Raymond faisaient figurer sur leurs monnaies les capitales des deux comtés sur lesquels ils avaient des droits (37).

Pendant que les descendants de Roger 1er jouissaient d'une partie du Razès, dans le voisinage de Limoux, les descendants d'Eudes avaient entre leurs mains la partie la plus importante de ce comté. En 959, Eudes devait être encore jeune, puisque Arsinde, sa mère, se joignait à lui pour faire un emprunt et donner en gage quelques terres du comté de Razès (38). En 1002, en 1011, Roger ler, son frère, en fait mention comme étant en vie (39). En 1017, on le voit faire un don à l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne (40). En 1035, Roger 1er, son frère, le nomme dans un acte qu'il dictait pendant le cours d'une grave maladie (41). Après cette époque, le nom d'Eudes disparaît dans les chartes, et il est probable que ce comte ne tarda pas longtemps à cesser de vivre.

Arnaud était fils d'Eudes; on le trouve mentionné dans deux actes: l'un de 1002, l'autre de 1017 (42). Sa vie ne fut présenter rien de remarquable, puisque son nom ne figure que dans ces deux documents historiques

Rennes, apanage des comtes de Carcassonne

Raymond 1er descendait à son tour d'Arnaud; il vint prendre sa place dans les terres dont il avait l'administration. Un acte de 1034 le désigne comme étant alors propriétaire du Razès (43). Sa femme portait le nom de Beliarde.

 Ce Raymond eut à soutenir un combat, dans son château de Reddes ( in castrum Redda ), contre Arnaud Gibert, personnage inconnu, mais qu'on suppose avoir possédé quelque seigneurie aux environs de Rennes. Raymond avait tué son fils, on ne sait pour quel motif; et Gibert, cruellement offensé par ce crime, voulut se venger en livrant bataille au comte de Razès dans son château. Le sort des armes ne fut pas favorable à Gibert, et Raymond, croyant être redevable de sa victoire à la protection de Saint-Hilaire, vénérable évêque, inhumé dans un monastère édifié sur les bords du Lauquet, fit un don aux abbés de ce couvent. Ce qui est rapporté par l'acte de 1034 semble dire que les comtes de Razès résidaient dans la capitale de leurs domaines, puisque c'est là qu'un seigneur du voisinage vint attaquer Raymond dans le but de lui arracher la vie.

A Raymond 1er succéda Raymond II; celui-ci eut une existence qui ne fut traversée par aucun événement remarquable; il s'éteignit sans laisser de postérité. On fait mention de ce comte dans un acte de 1059 (44).

Après la mort de Raymond II que devinrent les biens dont il avait joui pendant sa vie? Vaissète incline à penser que, par suite d'un traité conclu entre Raymond Il et Rangarde, femme de Pierre-Raymond, le comté de Razès devait passer entre les mains de cette dernière. Rien dans cet acte, qui remonte à Vannée 1059, ne semble autoriser une pareille croyance; il est plus probable que la succession de Raymond II devint la propriété des comtes de Carcassonne, en vertu d'un traité conclu entre Roger 1er et Eudes, lorsqu'ils eurent chacun à prendre une part dans le Razès (45).

A quelle époque cessa de vivre Raymond II? On peut affirmer que sa mort dut arriver entre les années 1059 et 1067. Ce décès fut postérieur à 1059, puisque à cette époque Raymond II et Rangarde vicomtesse de Béziers firent ensemble un traité dont les historiens du Languedoc ont conservé le souvenir. Ce décès fut donc antérieur à 1067, puisque dans la vente des terres de Carcassonne et du Razès, qui eut lieu à cette époque, aux comtes de Barcelone, on ne dit rien de Raymond II.

Lorsque Raymond II s'éteignit, la famille comtale qui jouissait des terres de Carcassonne hérita des biens dont il avait eu la propriété; cette famille était alors divisée en deux branches: l'une, celle qui descendait de Pierre-Raymond, n'avait qu'un seul héritier mâle appelé Roger II qui ne tarda pas à succomber; l'autre, celle créée par Guillaume-Raymond, était représentée par trois enfants dont l'aîné, portant le nom de Raymond-Guillaume, n'eut pas une longue existence; Raymond-Guillaume avait en son pouvoir un fief important qu'il céda avant de mourir, en 1050, à son onde Pierre Raymond. Ce fief était le village de Magrie, aux environs de Limoux (46). Raymond-Guillaume paraît avoir fait frapper des monnaies sur lesquelles on lit, comme je l'ai déjà dit: le mot Rumando (Raymond).

Les deux derniers enfants de Guillaume-Raymond portaient les noms de Pierre et de Bernard. Ceux-ci reçurent la plus grande part de la succession de leur père et de Raymond II, comte de Razès. De ces deux frères, le premier paraît avoir eu une autorité prépondérante sur les terres de Rennes, puisque des numismates lui attribuent une monnaie qu'il aurait fait frapper avec les initiales de son nom P. VI et avec le mot RATES ( Redes ) (47).

Vers le milieu du XIe siècle, Guifred occupait le siège archi-épiscopal de Narbonne. Ce prélat eut à lutter contre les querelles que le vicomte de la ville métropolitaine se plaisait à susciter. En 1059, ces querelles prirent un caractère irritant; pour s'y soustraire, Guifred fut contraint de s'éloigner de Narbonne et d'aller fixer provisoirement sa résidence dans un village dont l'église n'était pas consacré (48). Quel était le nom de ce village? Aucun document ne le dit; on peut néanmoins conjecturer que c'était à Rennes qu'alla s'établir Guifred, puisque les archevêques qui l'avaient précédé sur le siège qu'il occupait avaient choisi ce village pour y transférer leur cathédrale; lorsque les discordes civiles les forçaient de s'éloigner de la ville métropolitaine. Il faut dire que Rennes avait deux églises, et que celle qui sert aujourd'hui au service paroissial semble appartenir, par le style roman de son architecture, à une époque rapprochée du XI siècle; c'est probablement celle qui fut consacrée en 1059.

Les enfants de Guillaume-Raymond descendirent dans la tombe sans laisser de postérité; après avoir cessé de vivre, les biens dont ils avaient joui passèrent entre les mains de leurs parents mâles les plus rapprochés. Ainsi le voulait le testament de Roger 1er, comte de Carcassonne vers le milieu du Xe siècle: les parents mâles les plus rapprochés par les liens du sang de la famille comtale du pays carcassonnais habitaient alors le château de Foix (49). Ceux-ci, en suivant les coutumes du droit féodal auraient dû hériter des terres de Carcassonne et du Razès; mais, parmi les descendants de la famille comtale de Carcassonne se trouvait alors une femme appelée Ermengarde, fille de Pierre-Raymond et mariée avec Raymond-Bernard, vicomte d'Albi. Cette femme, d'un caractère ambitieux et entreprenant, s'aida de toutes les manoeuvres de l'intrigue pour déshériter la maison de Foix et garder pour sa descendance les biens de son père, de son oncle et des héritiers d'Eudes dans le comté de Razès. Le moyen qu'elle employa d'abord fut de chercher un protecteur puissant en cédant, en apparence, les terres de Carcassonne et du Razès aux comtes de Barcelone, descendants par leur mère de Roger 1er et d'Adélaïde (50).

Tous les parents d'Ermengarde les plus rapprochés donnèrent leur adhésion à l'acte qu'elle avait fait rédiger (51); mais cette vente était à la fois illégale et simulée: elle devait nécessairement donner lieu à des contestations sérieuses.

 S'apercevant, sans doute, que ce moyen était impuissant pour faire taire les comtes de Foix, la vicomtesse d'Albi se décida à conclure une vente réelle en faveur des comtes de Barcelone (52). Ce nouvel acte fut encore approuvé par tous les membres de la famille d'Ermengarde qui auraient pu avoir des prétentions sur les terres de Carcassonne et du Razès.

La combinaison de tous ces moyens, pour faire passer aux comtes de Barcelone les biens dont avaient joui les descendants de Raymond-Roger et d'Eudes, prouve assez qu'en agissant de cette manière la femme du vicomte d'Albi savait qu'elle violait l'une des volontés de son bisaïeul Roger 1er, comte de Carcassonne, et qu'elle devait s'attendre à entrer en guerre avec la maison de Foix.

Les comtes de Barcelone, trop redoutables pour être attaqués par une famille qui manquait de force pour lutter contre eux avec succès, jouirent paisiblement des biens qui leur avaient été vendus. Deux générations de comtes barcelonais se succédèrent sans trouble sur les bords de l'Aude; mais il n'en fut pas ainsi lorsque Raymond-Beranger II périt assassiné en laissant, pour lui succéder, un fils encore dans l'enfance.

Pendant la minorité de ce fils le pays carcassonnais fut en proie à une grande agitation. Des seigneurs, poussés par une cupidité intolérable, opprimaient leurs vassaux: ceux-ci, ayant perdu l'espoir d'être protégés par le comte de Barcelone encore en tutelle, cherchèrent ailleurs un appui. Dans le voisinage vivait une femme toujours dévorée par le désir d'agrandir ses domaines et de faire passer à son fils les terres qui avaient appartenu à ses ancêtres. Le moment se montrait favorable pour essayer de réaliser un pareil projet.

Ermengarde s'empressa d'offrir son appui aux bourgeois carcassonnais, en attendant que Bernard ATON, son fils, fut assez âgé pour les défendre pendant que durerait la minorité des comtes de Barcelone.

Cette proposition fut acceptée, et Ermengarde prit l'administration de Carcassonne et du Razès avec le titre de vicomtesse. La mère de Bernard ATON se contenta de cette qualification afin de cacher ses projets et pour faire croire aux carcassonnais qu'elle n'ambitionnait aucune domination secondaire. Il semblait ainsi que la suzeraineté de leur pays continuait de rester aux comtes de Barcelone.

Pendant le cours de son administration, la vicomtesse d'Albi n'habita pas à Carcassonne; elle créa là un viguier qui agissait en son nom dans toute l'étendue des terres qui avaient appartenu aux comtes de Carcassonne et du Razès (53).

Guillaume de Pons fut investi de ces fonctions, et le pouvoir qu'il s'arrogea dut être très étendu puisqu'il paraît avoir été jusqu'à faire battre une monnaie en son propre nom. M. Gay Gayraud (54) a donné la description d'un denier qui pourrait faire croire à cette fabrication. Sur un côté, on lit CARCASONA, et sur l'autre TAT POCI CIVA. Il semble qu'on ait voulu dire, dans la seconde légende, TATES PONCI CIVITAS. Dans le monogramme figurent les lettres V.I.C., qui signifient "vicomté". Le viguier de Carcassonne, en profitant des ateliers monétaires de la ville qu'il était chargé d'administrer, voulut sans doute, comme on l'avait vu ailleurs, signaler le pouvoir qu'il exerçait dans l'étendue des deux comtés de Rennes et du pays carcassonnais. Ce n'est là, il est vrai, qu'une simple présomption: mais elle se présente avec un ensemble de probabilités qui permettent d'indiquer le sens d'une légende dont les numismates n'avaient pu jusqu'ici trouver une explication satisfaisante. Lorsque le fils d'Ermengarde eut atteint l'âge suffisant pour se placer à la tête des domaine que sa mère devait lui céder, il conclut un traité de paix avec les comtes de Foix. Ceux-ci se décidèrent à se dessaisir de leurs droits sur les comtés qui auraient dû passer entre leurs mains, et ils déclarèrent ne rien prétendre sur la ville de Carcassonne, sur le pays de Razès et sur le château de Chercorb (55).

Bemard ATON usa des pouvoirs dont il était investi sur ses vassaux avec trop peu de ménagement, et il se vit au moment d'être expulsé des bords de l'Aude par les milices bourgeoises. Grâce à une manière d'agir plus convenable, les esprits irrités se calmèrent et le fils d'Ermengarde put terminer ses jours dans le comté que cette dernière lui avait transmis.

Pendant le cours de son administration, le fils d'Ermengarde fit frapper des monnaies sur lesquelles on lit, d'un côté: BERNARDUS CO, et de l'autre, CARCASONA CIVI. Au centre de cette dernière face, on a placé les lettres TAT ou TATE, ou bien encore ATE (56). Je le répète, ce monogramme pourrait être le commencement du mot TATES ou RATES, qui, sur diverses monnaies, semble désigner le pays de Redde appelé successivement, dans la suite des temps, Regnes, Rennes et Razès. Cette interprétation, je le sais, n'est pas encore généralement adoptée par les numismates; mais il est probable qu'elle le sera dès qu'on aura mûrement réfléchi sur une lecture qui rend compte de légendes dont le sens avait échappé jusqu'ici à de laborieuses investigations.

Les descendants de Bernard ATON, parmi lesquels on comptait les TRENCAVEL, se maintinrent à Carcassonne jusqu'au commencement du XIIIe siècle. Il est permis de le trouver un peu étrange, car la postérité de Bernard ATON pouvait être dépossédée par deux familles dont les droits sur Carcassonne et le Razès avaient été méconnus; c'étaient la maison de Foix et celle de Barcelone. Cette dernière aurait pu invoquer en sa faveur une vente qui remontait à Ermengarde, vicomtesse d'Albi, et la première avait pour titre le testament de Roger 1er, frère d'Eudes, qui réglait le mode de transmission de ses domaines.

Pour mettre fin à un conflit de prétentions diverses sur la même terre, les descendants de Bernard ATON essayèrent plusieurs moyens dont l'efficacité ne fut pas durable. Par suite, les vicomtes de Carcassonne se trouvèrent en hostilité, tantôt avec les comtes de Foix et tantôt avec ceux de Barcelone. Lorsqu'ils étaient en paix avec les uns et avec les autres, les comtes de Toulouse soulevaient des difficultés, et ils revendiquaient pour eux un droit de suzeraineté sur Carcassonne et le Razès dont ils avaient quelquefois joui, mais que la maison de Barcelone entendait bien souvent garder pour elle.

Si on voulait suivre cette série de luttes alternatives, on aurait la preuve qu'en 1121 Bernard ATON se ligua avec le comte de Toulouse contre Roger III, du pays de Foix; en 1124, le même Bernard fit un. traité avec Alphonse de Toulouse afin de résister avec succès aux comtes de Barcelone; en 1150, ce dernier comte signa un acte d'union avec les descendants de Bernard ATON, et, par son entremise, Raymond-Trencavel maria sa fille Cécile avec Roger-Bemard de Foix. Plus tard, en 1179, le fils de Raymond Trencavel avoua que c'était à tort qu'il s'était ligué avec le comte de Toulouse; cette fois, il s'engagea à rester fidèles aux héritiers de la Marche d'Espagne et à faire respecter les anciens traités qui les liaient par les habitants de Carcassonne et de Limoux (57).

Les hostilités de la maison de Foix, contre lesquelles Bernard ATON entendait se défendre, le décidèrent sans doute à déléguer une partie de ses pouvoirs à un Guillaume qui se qualifiait de vicomte de Sault. Ce Guillaume n'habitait pas le château d'Alagnan ou d'Alaigne, comme le dit par erreur dom Vaissète, mais il avait sa résidence à Mont-Aliou ( aujourd'hui Montaillou ), sur les limites des terres du Razès, vers le pays de Foix. Ce vicomte avait été appelé là, selon toutes les vraisemblances, pour s'opposer aux invasions des comtes du voisinage.

Ce qui semble annoncer qu'une pareille investiture avait été commandée par la crainte d'une invasion dans le Razès, c'est qu'elle paraît avoir pris naissance au moment où les vicomtes de Carcassonne allaient entrer en guerre avec les comtes de Foix, et qu'elle fut supprimée dès que ces deux familles eurent conclu une paix durable. Lorsque Guillaume de Montaliou eut cessé de vivre, ses héritiers se dépouillèrent successivement des droits féodaux qui leur avaient été légués sur diverses terres de la vicomté de Sault. Udalger, neveu maternel de Guillaume, fit un abandon, en 1145, des droits qui lui revenaient sur ces terres; un peu plus tard, Pierre Roger de Mirepoix fit la cession de ce qui lui était advenu par héritage sur les domaines de Guillaume de Montaliou, et, à partir de ce moment, on voit les vicomtes de Sault disparaître sans retour.

Sous la domination des vicomtes d'Albi, la ville basse de Limoux semble s'être relevée et avoir pris une certaine importance. Dans les actes de cette époque, qui se rapportent au pays de Razès, on commence à faire mention de cette ville, et les vicomtes de Carcassonne allèrent quelquefois y tenir leur cour; il en fut ainsi en 1172 (58). La capitale du Razès (Rennes) tendait à descendre au second rang dans ce pays; sa prépondérance avait pris fin depuis que les familles comtales qui la possédaient à titre d'apanage n'existaient plus, et que son administration s'était confondue avec celle de Carcassonne.

Au temps de la Croisade...

Bientôt surgirent dans le midi de la France les grandes luttes de la papauté contre les doctrines albigeoises. Raymond-Roger, l'arrière petit-fils de Bernard ATON, périt dans les guerres qui ensanglantèrent les villes de Béziers et de Carcassonne. En 1209, Simon de Montfort s'empara de ses domaines, et en se qualifiant vicomte de Carcassonne il se disait seigneur de Razès (59).

Dans ce dernier comté, Simon de Montfort fit raser la forteresse de Limoux, bâtie au sommet d'un point culminant sur la rive gauche de l'Aude; il força Puivert à capituler après trois jours de siège; Coustaussa n'opposa aucune résistance, les croisés le trouvèrent abandonné par les populations qui y avaient établi leur résidence. Ce sont là, d'après les chroniqueurs de la guerre contre les Albigeois, les seuls châteaux du pays de Redde qui fixèrent l'attention des croisés. Dans quel état se trouvaient alors les deux manoirs de Rennes? On l'ignore, mais, puisque les milices commandées par le comte de Leicester (l'un des titres de Simon de Montfort) ne songèrent pas à s'en occuper, c'est, sans doute parce que ces constructions féodales avaient perdu leur importance d'autrefois, et que les héritiers des anciens comtes du Razès préféraient fixer ailleurs leur demeure habituelle.

Simon de Montfort, après avoir dépossédé la famille des Trencavel, se hâta de prendre sa place sur les bords de l'Aude; Amaury, l'un de ses descendants, hérita de cette conquête. Mais ce fils n'avait pas l'âme aussi fortement trempée que son père, et il ne put conserver la propriété des terres conquises. Raymond Trencavel II, aidé des comtes de Toulouse et de Foix, reprit ses domaines dont il avait été dépossédé. En 1223, il se disait, dans des actes qu'il signa, vicomtes de Béziers, seigneur de Carcassonne et de Razès (60). En 1227, on le voit faire acte de propriétaire pour donner à Roger-Bernard, comte de Foix, le pays de Chercorb ( aujourd'hui le canton de Chalabre ), et pour lui confier la garde de la ville de Limoux avec tout le pays de Razès (61). Trencavel comprit bientôt que le pouvoir qu'il avait repris ne tarderait pas longtemps à lui échapper, et il tenta de vains efforts pour résister à une domination qui lui était supérieure. En 1231, Limoux et le pays de Razès étaient passés entre les mains de Pierre de Voisins, l'un des compagnons d'armes de Simon de Montfort (62), et, en 1247, Trencavel se décidait à faire un abandon de ses droits sur le pays de Razès pour en céder la propriété au roi de France (63).

Après le désistement de Trencavel, les familles comtales disparurent pour toujours sur les terres que l'Aude arrose dans son cours, et le pays de Razès fut partagé entre plusieurs seigneurs dont les pouvoirs étaient très limités. Limoux commença par passer sous la dépendance de Lambert de Creichi. Ce Lambert était marié avec Biaude de Monteil-Adhemar qui devint l'épouse en secondes noces de Guy de Montfort. Biaude paraît avoir eu de son premier mariage une fille appelée Manhaut dont Pierre de Voisins avait fait sa compagne. Ce qui porte à le penser, c'est que dans des généalogies manuscrites cette Manhaut est qualifié d'héritier de Coufoulens et de Limoux. Or, la terre de Limoux, avant de passer entre les mains des Voisins, appartenait à un Lambert, et c'est de ce dernier que devait nécessairement être née l'héritière du nouveau chef-lieu du Razès.

Pierre de Voisins laissa en mourant plusieurs enfants qui se partagèrent sa succession. Guillaume hérita des seigneuries de Limoux et de Coufoulens; Giles eut pour sa part la baronnie d'Arques; le patrimoine de Pierre II, marié avec Jeanne, comprit les terres de Rennes et de Couiza.

En prenant possession de la capitale du Razès, les descendants du compagnon d'armes de Montfort relevèrent l'ancien château des comtes. Ce manoir, flanqué de tours, les unes carrées, les autres arrondies, est d'une structure simple, quoique régulière, et elle semble remonter à une époque antérieure à l'introduction de l'ogive dans le Midi de la France. Comptant sans doute sur l'élévation du site, sur l'escarpement du roc qui supporte les tours, et sur la double enceinte de murs qui les protégeait, on ne chercha pas à les défendre par divers moyens architecturaux dont on faisait ailleurs usage pour rendre inexpugnable les habitations féodales.

Rennes... et ses derniers seigneurs

Une fille appelée Jeanne, issue de la famille des Voisins, s'allia, vers la fin du XlVe siècle, avec Sicard de Marquefave et elle lui apporta en dot la terre de Rennes.

Une fille appelée Blanche, issue de la famille des Marquefave, s'allia, à son tour, avec Pierre-Raymond d'Hautpoul en 1422, et elle apporta en dot à son mari l'ancienne capitale du Razès. Plusieurs descendants de la famille des d'Hautpoul se succédèrent dans le château de Rennes. En 1673 un de ces descendants, appelé Blaise, après s'être uni avec Lucrèce du Vivier de Lansac, fit un dénombrement des terres qu'il possédait dans l'ancien comté de Razès. Ces terres comprenaient alors plusieurs communes presque contigües les unes aux autres; c'étaient Rennes, le Bézu, Saint-Just, les Bains, Montferran et Granes. La seigneurie de Rennes était limitée: d'un côté, par les villages d'Arques et de Couiza, appartenant au marquis de Rébé; de l'autre, par les communes de Bugarach, de Coustaussa et de Caderonne, restées entre les mains de Montesquieu.

Le père de Blaise d'Hautpoul avait cédé aux seigneurs de Saint-Julia une certaines étendue de terre, et, pour établir la suzeraineté de sa famille sur ce sol, les seigneurs de Saint-Julia prirent l'engagement de fournir à ceux de Rennes une paire de gants chaque fois que cette dernière baronnie changerait de maître. Ce n'était là qu'un acte de vasselage destiné à maintenir à chaque famille seigneuriale le rang qui lui appartenait dans la hiérarchie féodale.

 Les d'Hautpoul de Rennes ne relevaient que du roi. En reconnaissant tenir de la couronne les fiefs dont ils jouissaient, les héritiers de cette famille avouaient qu'ils étaient tenus, à leur tour, de rendre hommage à chaque monarque qui montait sur le trône, et de le servir à la guerre lorsqu'ils en étaient requis.

Voici quels étaient les droits exercés par les d'Hautpoul dans toute l'étendue de leur seigneurie; ils avaient en leur pouvoir la haute, la moyenne et la basse justice; ils nommaient, dans chaque commune qui leur était soumise, le viguier, le juge, le bail et les consuls. Ces derniers, après leur nomination prêtaient serment de fidélité entre les mains du seigneur ou bien entre les mains de ses officiers.

Chaque colon devait acquitter un droit de fouage, représenté par quatre journées de travail, au profit du seigneur. Les colons qui avaient des boeufs ou des bêtes de somme étaient tenus de faire leurs journées de travail en s'aidant de ces animaux. Les vassaux des campagnes, qu'on appelait des vilains (villageois), ne recevaient aucun salaire pour ces travaux; ils n'avaient droit qu'à la nourriture lorsqu'ils étaient appelés à faire des corvées.

Le seigneur pouvait se livrer à la chasse et à la pêche sur toutes les terres dont jouissaient ses vassaux; il établissait un tarif pour les frais de péage dans toute l'étendue de la baronnie, et le produit de cet impôt, perçu sur les voyageurs étrangers, lui revenait; il percevait aussi le sixième du prix des ventes lorsque ses vassaux cédaient les uns aux autres les immeubles dont ils avaient la jouissance. Enfin, le seigneur percevait diverses taxes en grain, en volaille et en argent, tantôt à titre de censive, tantôt à titre de champart.

Je viens de faire connaître les droits que les seigneurs de Rennes s'étaient réservés sur leurs vassaux. Il me reste à énumérer ceux dont ces derniers pouvaient jouir. La commune était administrée par des consuls; l'élection de ces fonctionnaires municipaux, au lieu d'appartenir aux colons, était réservée au chef de la seigneurie.

Les habitants de Rennes avaient le droit de faire paitre leurs bestiaux, grands et petits, sur les terres du seigneur; ils avaient aussi le droit de couper le bois qui leur était nécessaire pour des constructions ou pour le chauffage dans les forêts seigneuriales, mais ils ne pouvaient en couper que pour leurs besoins, et toute vente de ce produit était rigoureusement interdite aux vilains.

On trouve là un exemple du régime communal tel qu'il était organisé dans plusieurs bourgades du Razès vers les derniers temps de la féodalité. A la même époque, on rencontrait, il est vrai, dans ce pays des exemples d'une liberté tantôt plus large, tantôt plus restreinte, mais ces exemples étaient fort rares: les premiers ne se montraient que dans les grands centres de population, là où les émeutes populaires arrachaient quelquefois par la violence des concessions importantes: on rencontrait les seconds au milieu des pays pauvres ou montagneux et là où les familles de colons, vivant isolées, ne songeaient pas à se réunir pour élargir par la force l'étendue de leurs privilèges.

En 1752, une fille des d'Hautpoul-Rennes s'allia avec un descendant des d'Hautpoul-Félines; cette union eut pour effet de réunir deux branches de la même famille qui avaient vécu détachées pendant plus de trois siècles. A partir de ce moment, le château de Rennes devint inhabité, et les seigneurs qui le possédèrent établirent ailleurs leur résidence.

Lorsque les grands orages révolutionnaires éclatèrent en France, les d'Hautpoul perdirent leur seigneurie de Rennes, et le château de ce village fut alors acquis par une famille bourgeoise. Celle-ci n'a rien changé dans la demeure des comtes de Razès, et on la trouve encore avec les formes qu'on lui donna après la croisade contre les doctrines albigeoises.

Principaux auteurs cités dans le texte

Astronome (L'). Nom sous lequel on désigne un écrivain inconnu , du IXe siècle, auteur d'une "Vie de Louis le Débonnaire", en latin et qui a été traduite par le président Louis Cousin, in Histoire de l'Empire d'Occident, Paris, 1683. Son nom lui vient des connaissances qu'il possédait en astronomie.

Besse (Guillaume ) Histoire des comtes de Carcassonne, Béziers, 1645.

Marca (Pierre de) Marca hispanica sive Limes hispanicus, hoc est geographica et historica descriptio Cataloniae, Ruscinonis et circumjacentium populorume, t. 1, Paris, 1688.

Vaissète (dom Joseph) et Vic (dom Claude ) Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives, composée sur les auteurs et les titres originaux, 10 vol. Toulouse, 1840-1846.

 


(1)                  civitaten quae dicitur Redas et omnem regionem redensem (HdL IV, 463) Charte de 1150.
... Pierre de Hautpoul, seigneur et baron de Regnes... (contrat de mariage du 10 juillet 1640).
… Blaise d'Hautpoul, seigneur et baron de Rennes pour la baronnie, terre et seigneurerie dut dit Rennes… (dénombrement des terres de rennes du 25 mai 1673).
(2)                   Aereda vient de « Aer Red » serpent coureur; un autel dédié à oe dieu a été découvert au pied de la montagne de Gert, près du village de Siradan, dans les Pyrénées (Du Mège, Archéologie pyrénéenne, t. il, p. 1452
(3)             Notice des monnaies françaises composant la collection Rousseau, l848, p. 117
(4)             Monnaies féodales de France, t. 11, 1860, p. 279.
(5)             Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846), t. 11, p. 602.
(6)             Marca Hispanica, 1688, p. 721.
(7)             Marca Hispanica, id, p- 837.
(8)             Marca Hispanica, id, p- 781.
(9)             Marca Hispanica, id, p. 782.
(10)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846), t. 11, p. 666.
(11)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. N, pp. 659 et 666.
(12)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. Il, p. 661.
(13)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 11, p. 683.
(14)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. Il, p. 685.
(15)           Baluze, Capitulaires, p. 1462.
(16)           Poeydavant, Monnaies féodales de France, t. 11, p. 271.
(17)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., 22, p. 659.
(18)           Besse, Histoire des ducs de Narbonne, p. 267.
(19)           Recherches historiques sur les monnaies des comtes de Carcassonne et deRazès , p. 26.
(20)          Voici une série de monnaies sur lesquelles on peut lire le mot TATES plus ou moins dégénéré: D'Acfred ler, - CIVIS CANA (ODO) - CPA TATIN OM
Id'             CIOIA CAON (ODO) - CIVI TATN
De Roger 1er - CR TATES (ODO) - CARCASNA
Id'                  - CR TATCIX (ODO) - CARCASNA
De Pierre-Guillaume            - CI P VI YATES (DAS) - CARCASONA
De Guillaume de Pous    - CAICASONA TAT POCI CIVA (VI C)

(21)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846). t. 111, 474.
(22)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).: 111, 544.
(23)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 589.
(24)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. NI, p. 474.
(25)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 405.
(26)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 405.
(27)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, pp. 514 et 549.
(28)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846), t. 111, p. 479.
(29)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 514.
(30)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 502.
(31)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 549.
(32)           Poeydavant, Monnaies féodales de France, t. II, pp. 271-272-
(33)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t.111, p. 514.
(34)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. NI, p. 549.
(35)           Gayraud, Recherches historiques sur les monnaies de Carcassonne, p. 26.
(36)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 549.
(37)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 431.
(38)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 434.
(39)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, pp. 474 et 479.
(40)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t.111, p. 482.
(41)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 500.
(42)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, pp. 474 et 482.
(43)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 494.
(44)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 525.
(45)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 474.
(46)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 514
(47)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111.
(48)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 549
(49)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846) t. 111, p. 553
(50)           Cros-Mayrevieille, Les monuments de Carcassonne, p. 123.
(51)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 549.
(52)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. 111, p. 601.
(53)           Marca, Marca Hispanica, p. 1371
(54)           Poeydavant, Monnaies féodales de France, t. Il, p. 27.
(55)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. V, p. 602.
(56)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. V, p. 602.
(57)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. V, p. 624.
(58)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)., t. V, p. 646.
(59)           Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)