Le château de Rennes. - XIe siècle.
Parmi les châteaux d'un grand âge
qui ont été bâtis dans l'arrondissement de Limoux, il en est
qui se font remarquer par la forme de leur plan, par les détails
de leur architecture; d'autres, au contraire, ont une structure
simple, sans ornements, et ce n'est qu'au point de vue historique
qu'ils offrent de l'intérêt. Sous ce dernier rapport, le château
de Rennes domine tous les autres.
Capitale du pays de Razès,
auquel il a donné son nom, demeure d'une famille de comtes
pendant plusieurs siècles, il a la première place dans l'histoire
féodale des environs de Limoux. Ce manoir, construit sans
art, s'élève sur un roc stérile, au sommet d'une montagne
qui ne se fait remarquer que par son élévation au-dessus des
pics du voisinage. De ce point, la vue plane sur un immense
paysage et on aperçoit dans le lointain des sites fort remarquables;
mais lorsque les vents se déchaînent sur ces pays montagneux,
lorsque les frimas d'hiver viennent les refroidir, le château
de Rennes devient alors un séjour peu agréable, et on ne s'explique
pas comment il a été choisi pour servir d'habitation à des
familles comtales du midi de la France.
Le village de Rennes, appelé autrefois
Redde et puis Regne
(1), semble remonter jusqu'à
une époque très-reculée. Aux environs de cette commune on
trouve la pierre droite de Pontils, la roche branlante de
Val-Dieu, qui paraissent avoir une origine druidique. Le nom
de Redde rappelle
aussi une divinité celtique (Aereda) (2),
dont le culte s'était répandu sur plusieurs points de la grande
chaine pyrénéenne. Le hameau de Granes, placé dans le voisinage,
porte un nom qui pourrait encore avoir été emprunté à une
divinité celtique des Pyrénées (Grann). Comme on le voit,
plusieurs faits se réunissent pour faire admettre que le village
de Redde a une origine qui se rattache aux temps les plus
reculée de notre histoire méridionale.
Rennes n'était pas édifié autrefois
sur le point qu'il occupe en ce moment. Dans une vallée peu
éloignée, on découvre des restes de constructions, des briques
à crochets, des amphores et des médailles latines qui témoignent
qu'il existait là un petit groupe d'habitations pendant que
le peuple roi exerçait dans nos contrées une domination souveraine.
C'est dans cette vallée, comme le dit la tradition, qu'on
avait fondé le village de Rennes avant de le grouper sur le
roc qui le supporte en ce moment. Près de ces lieux passait
le chemin qui conduisait des vallées d'Anet et d'Espéraza
vers le Roussillon. Ce chemin, qu'on croit avoir été une voie
romaine, a dû être très fréquenté pendant l'invasion des peuples
italiques dans le Midi des Gaules, puisque c'est sur le trajet
de cette voie qu'on a trouvé le char en bronze dont les roues
ornent les galeries du musée des antiques de Toulouse.
Il faut ajouter que dans les environs
du village de Rennes, on rencontre un établissement de bains
thermaux dont les piscines étaient fréquentées par les Romains;
les antiquités qu'on y recueillies ne laissaient aucun doute
sur ce point.
On
a cru quelquefois que Redde,
la capitale du Razès, était tantôt Limoux et tantôt les Bains,
voisins du hameau de Montferrand, sur les bords de la Salz.
Mais, on a eu tort de le penser ainsi , puisque le nom de
Limoux est aussi ancien que celui de Redde, et que dans un
acte de 1307, se rapportant à la seigneurie de Bugarach, les
communs de Limoux, de Redde et des bains voisins de Montferrand,
y sont toutes les trois mentionnées. Si ces trois communes
étaient sur pied à la même époque, il n'y avait pas identité
entre elles, et chacune a dû avoir une position différente.
D'après les termes de l'acte de 1307, on ne saurait chercher
ailleurs que sur la montagne de Rennes-le-Château, le village
de Reddes, capitale du comté de Razès.
Lorsque les populations wisigothiques
étendirent leur empire dans le midi des Gaules, le bourg de
Rennes avait acquis une certaine importance. Besse incline
à penser que les évêques de Carcassonne, après avoir été chassés
de leur siège par les Ariens, choisirent ce village pour y
établir provisoirement leur demeure; ce qui l'indique à l'historien
des ducs de Narbonne, c'est que le pays de Razès a toujours
été adjoint, sous le rapport temporel, au diocèse de Carcassonne.
Les Wisigoths ne tardèrent pas longtemps
à céder aux Sarrazins la place qu'ils avaient occupée dans
les Gaules. Sous la domination mauresque, Rennes conserva
son ancienne importance. Marca n'hésite pas à affirmer que
les archevêques de Narbonne y transportèrent leur siège épiscopal
dès qu'ils furent chassés de l'église métropolitaine qu'ils
avaient longtemps possédée. La preuve de ce fait, l'auteur
de l'histoire du Béarn et de la Marche d'Espagne la trouve
dans l'adjonction du pays de Razès, sous le rapport spirituel,
à la ville narbonnaise, et dans l'habitude où étaient autrefois
les prélats de cette vieille cité de se qualifier d'archevêques
de Narbonne et de Razès.
Les Maures furent à leur tour expulsés
par les Francs et refoulés au-delà de la grande chaîne pyrénéenne.
Après avoir conquis les provinces qui s'étendaient en deçà
de ces montagnes, Charlemagne voulut y assurer sa puissance
et rendre plus difficile de nouvelles invasions hispaniques.
Dans ce but, il divisa les anciens diocèses voisins des Pyrénées
et y multiplia le nombre des dépositaires de sa force militaire.
C'est alors, vers la fin du VIIIe siècle, que le pays de Razès
et celui de Fenouillèdes furent détachés de l'archevêché de
Narbonne et érigés en comtés.
Rennes, capitale des premiers comtes du Razès
Pourquoi Rennes, petite bourgade
placé au sommet d'un roc stérile, a-t-elle été choisie pour
être le chef-lieu d'un comté? On l'ignore; mais tout porte
à penser qu'étant devenue, dans les temps antérieurs, l'habitation
provisoire d'évêques de Carcassonne et d'archevêques de Narbonne,
on devait lui accorder la préférence pour y établir la demeure
des comtes de Razès. D'ailleurs, ce village, étant édifié
sur un site élevé, au centre du pays des Atacins et dans le
voisinage d'une voie romaine, devait offrir quelque avantage
à des hommes qui avaient pour mission de repousser, au besoin,
une invasion ibérique.
Il est probable que les premiers
comtes de Rennes bâtirent un château fortifié pour s'y défendre,
et que c'est alors que le bourg primitif, placé dans une vallée
voisine, fut abandonné. Peu à peu, les vassaux de Rennes allèrent
se grouper autour de l'habitation des comtes et ils abandonnèrent
une position où ils ne pouvaient opposer aucune résistance
à des agressions hostiles Ce qui a eu lieu à Rennes s'est
réalisé aussi dans d'autres communes et notamment à Limoux
et à Puivert.
Le
premier comte de Razès portait le nom de Guillaume. Il est
dit, en effet, dans une charte, que Vaissète fait remonter
à l'année 813, que le bourg d'Alet avec son monastère avaient
été transmis à Bera par le comte Guillaume son père. Si ce
dernier fit passer sur la tête de son fils le bourg d'Alet,
il en était nécessairement propriétaire, et s'il en avait
la gestion, ce serait le premier comte de Razès qui serait
indiqué par les actes qu'on a eu le soin de conserver.
Quelle était l'origine de ce Guillaume?
Descendait-il de Théodoric, duc de Toulouse, comme le présumait
dom Vaissète, ou bien n'avait-il de commun avec saint Guillaume-au-Court-Nez
que son nom? Ce sont là des question que les documents dont
on peut disposer ne permettent pas de résoudre; mais il suffit
ici d'avoir démontré par un acte authentique que le Razès
appartenait à un Guillaume, avant de passer entre les mains
de son fils Bera.
On sait que Charlemagne renouvela
les comtes du royaume d'Aquitaine vers l'année 778; c'est
donc après cette époque que Guillaume dut être placé à la
tête du Razès. Cette nomination eut lieu avant l'année 796,
puisque je rapporterai bientôt un acte qui fit que Bera 1er
était alors investi du gouvernement que son père lui avait
transmis.
C'est pendant la domination de Guillaume
dans le Razès que parut, selon toute apparence, un denier
que Charlemagne fit frapper dans ce comté. D'après M. Longperier,
"un denier de Charlemagne, portant une croix cantonnée
des lettres R E D S.... doit avoir été frappé dans la capitale
du Razès, qui, sous la seconde race, avait une certaine importance."
(3).
M.
Poeydavant s'est rangé à cette opinion en ces termes: "Nous
avons, dit-il, une pièce que Charlemagne a émise dans la capitale
du Razès; c'est un denier portant les quatre lettres R E D
S divisées dans les branches de la croix... M. Longperrier
a proposé de le rendre à Redae, capitale du Razès, parce que,
dit-il, la disposition des lettres a une forme tout à fait
méridionale. Cette observation est très exacte et doit être
définitivement adoptée." (4)
Le comte qui succéda à Guillaume
dans le Razès était appelé Bera 1er; on en trouve la preuve
dans une charte de 813 (5). Ce
même acte fait connaître le nom de son épouse; on l'appelle
Romelle. Ce Bera avait-il ajouté à ses domaines le comté de
Barcelone, ou bien le pays catalan était-il gouverné au commencement
du IXe siècle par un comte appelé Bera qui n'était que l'homonyme
de celui du Razès? Je pencherais volontiers vers cette dernière
manière de voir.
D'après l'astronome, le comte de
Barcelone qui portait le nom de Bera était goth de naissance,
tandis que celui du Razès descendait d'une race franque. On
sait aussi que le comte de Reddes transmit ses pouvoirs à
ses fils, tandis que celui de Barcelone fut révoqué de ses
fonctions en 820. Or, il faut croire que les deux comtés de
Reddes et de Barcelone n'étaient pas réunis sur la même tête,
car s'il en avait été autrement, le personnage qui aurait
démérité, comme gouverneur de la Catalogne, aurait été jugé
indigne d'avoir sous sa direction le pays de Razès. Enfin,
le Bera de Barcelone fut élevé à la dignité de comte en 811,
après la défaite des Sarrazins, tandis que le Bera du Razès
était déjà comte en 796. Il n'en faut pas davantage pour être
autorisé à affirmer qu'il n'a existé aucune identité entre
les deux homonymes que je viens de nommer.
Dans la charte de 813, Bera, comte
du Razès, fait savoir qu'il cède au chef de la chrétienté
le monastère qu'il avait fondé à Alet. De là, Vaissète se
croit autorisé à conclure que cette communauté monacale fut
créée après l'an 800 et avant l'an 814. Cette déduction n'est
pas rigoureuse: le comte de Rennes pouvait se dessaisir en
813 d'une abbaye qu'il avait fondée longtemps avant l'époque
où ce don fut accompli, et on en a conservé un document qui
atteste qu'il en a été ainsi. Il est dit, en effet, dans un
acte portant la date de 796, que les moines d'Alet s'étaient
décidés à faire reconstruire les murs d'enceinte de leur village,
afin de se défendre contre les invasions des Maures. Cet acte,
dont j'ai eu sous les yeux une copie manuscrite du XVIle siècle,
et que Besse a reproduit dans son Histoire
des ducs de Narbonne
(1660), page 435, sert à établir:
1°) que l'abbaye d'Alet était sur
pied en 796, et par suite longtemps avant l'année 813;
2°) que Bera, qui s'en disait fondateur,
était comte du Razès avant l'époque indiquée par les auteurs
de l'Histoire de Languedoc.
Bera laissa en mourant deux enfants
dont les noms sont inscrits dans deux actes, l'un de 845 (6)
et l'autre de 902 (7). Dans le
premier acte il est dit que l'un de ces enfants était un fils,
appelé Argila, qui lui succéda dans le comté de Razès: le
deuxième acte fait mention d'une fille, appelée Hotrude, mariée
avec Alaric, comte de Gérone et d'Empurias.
Urgile
prit possession du Razès après Bera 1er son père. Cet Argila
vivait en 845 et il avait pour fils Bera II auquel il vendit,
avant de mourir, une partie du Pays de Sault dépendante du
comté dont il avait la gestion. La terre qui fut l'objet de
cette vente portait le nom de Donacanum;
c'était peut-être le village d'Aunat, qui semble avoir donné
son nom au Daunezan, dans la partie méridionale du Pays de
Sault (8).
Après Argila, on voit figurer Bera
II à la tête du Razès. J'ai déjà dit que dans un acte de 845,
ce Bera avait acheté à son père une bourgade du Pays de Sault.
Dans cet acte, il n'est pas qualifié de comte, mais dans un
acte postérieur, portant la date de 846, Béra prend alors
ce titre. L'acte de 846 avait pour objet de faire un don à
des moines de la vallée d'Exalade (9).
On ne sait rien sur la vie du fils
d'Argila; s'éteignit-il sans postérité, ou bien fut-il révoqué
de ses fonctions pour cause d'infidélité? Un acte de 877,
rapporté par Vaissète, semblerait faire pencher vers cette
dernière croyance (10); cependant,
on ne peut rien affirmer sur ce point, par la raison que dans
l'acte de 877, le Bera qui y est mentionné est accompagné
d'un prénom qui ne figure dans aucun autre titre relatif aux
comtes de Reddes de la première race.
Comme on le voit, le comté de Razès
passa de père en fils, depuis sa création vers la fin du IXe
siècle. C'est là un fait qui prouve que l'hérédité pour les
administrations comtales était passée en habitude dans le
midi des Gaules, et que le capitulaire de Kierzy (de 877)
ne fit que consacrer un principe déjà adopté par la coutume.
Vers
la fin du IXe siècle, le Razès avait cessé d'appartenir à
des gouverneurs particuliers. Des actes de 870, 873, 877 font
voir ,qu'à cette époque l'ancien pays de Reddes était passé
entre les mains des comtes de Carcassonne. Pourquoi en fut-il
ainsi? Tout porte à penser que Bera II fut dépossédé, comme
je l'ai déjà dit, pour cause de félonie, et que ses terres,
après avoir été démembrées, passèrent, en grande partie, entre
les mains des gouverneurs de Carcassonne. En parlant de ces
derniers, Charles le Chauve les qualifie de bien aimés, de
fidèles; ce qui semblerait annoncer qu'il faisait ressortir
ces qualités parce qu'il avait eu à se plaindre récemment
de la rébellion des comtes de Razès (11).
Quoiqu'il en soit, il est facile de voir par l'acte de 870
qu'une partie du pays de Reddes avait été cédée à Oliba, de
Carcassonne. Un acte de 873 semblerait annoncer qu'une autre
partie du même pays appartenait à Oliba et à Acfred ler, de
Carcassonne; à Wifred et à Miron, de Barcelone (12).
Un peu plus tard, en 881, Carloman donna aux archevêques de
Narbonne la ville de Limoux et Villelongue (13).
En 884, le même prince donna encore aux archevêques de Narbonne
des terres qui appartenaient au Razès, et cette fois, un pareil
acte de libéralité eut lieu avec l'assistance d'Acfred (14).
Le premier acte, dans lequel on voit paraître un démembrement
du comté de Reddes, porte la date de 854, ce qui semblerait
attester que c'est vers le milieu du IXe siècle qu'ont dû
disparaître les comtes particuliers du Razès (15).
En présence de tous ces actes, on
éprouve quelque embarras pour suivre les destinées du pays
de Reddes après la mort de Bera II. Dans la charte de 870,
Oliba paraît seul en avoir la propriété; dans celui de 873,
Oliba et Acfted son frère, d'une part; Wifred et Miron, son
frère, de l'autre, se montrent simultanément propriétaires
du même comté; quatre années plus tard, en 877, c'est Oliba
seul qui semble gouverner ce pays; dans la suite, en 884,
c'est Acfred seul qui se montre à la tête du Razès. Comment
expliquer cet enchaînement successif de propriétaires? Pourquoi
cette terre passa-t-elle d'Oliba seul à Oliba et à son frère
Acfred, et de ces derniers aux comtes de Barcelone? Pourquoi
revint-elle à Oliba seul pour passer définitivement à Acfred
son frère. Il y a là un problème hérissé de difficultés dont
les historiens du Languedoc n'ont pas songé à chercher la
solution.
Pendant que le Razès changeait si
souvent de maîtres, des monnaies paraissent avoir été frappés
à Carcassonne avec le nom de la ville qui lui avait été annexée.
Ces monnaies ne portent aucune indication qui puisse servir
à remonter jusqu'au comte qui les fit émettre, mais on y trouve
le nom du roi Eudes, qui aide à faire connaître l'époque de
cette émission. Eudes monta sur le trône de France en 888
et il en descendit en 898; c'est donc pendant le temps qui
s'écoula entre ces deux termes qu'ont dû paraître les monnaies
qui vont être décrites.
On
lit sur l'une de ces monnaies: CIVI S CANA - ODO - CIVI TATIN
OM, et sur l'autre CIOIA CAON - ODO - CIVI TATN (16).
La première de ces légendes peut être facilement expliquée;
quant à la seconde, on pourrait y lire les mots CIVITAS TATINSIS
ou bien TATENSIS. Par le mot TATENSIS on a voulu sans doute
désigner le Razès (pays de Reddes), qui était alors adjoint
au comté de Carcassonne et qui, comme on peut le voir dans
un acte de 870, portait quelquefois le nom de RATENSIS (17).
La différence qu'on trouve entre RATENSIS et TATENSIS est
si légère qu'il est permis de croire que ces deux mots désignent
le même pays, et que les comtes qui ont fait frapper les monnaies
sur lesquelles on les lit ont voulu rappeler que les deux
pays de Carcassonne et de Razès étaient réunis sur une même
tête, imitant sur ce point les chefs de l'Eglise Narbonnaise
qui, vers la même époque, tenaient à se dire archevêques de
Narbonne et du Razès
(18).
L'interprétation que je donne du
mot TATENSIS m'a été suggérée par la lecture que M. Gayraud
a faite de la légende TATES, inscrite sur quelques monnaies
féodales du Languedoc. Ce numismate croit que par TATES on
a voulu désigner RATES ou Reddes, capitales du Razès (19).
Or, si on admet une pareille interprétation qui paraît acceptable,
et qui se concilie d'ailleurs avec les enseignements de l'histoire
sur le pays de Reddes, on n'éprouvera aucune difficulté à
appliquer la même lecture à tous les mots analogues qu'on
rencontre sur les monnaies frappées à Carcassonne pendant
que le pays de Razès n'appartenait plus à des comtes particuliers
(20).
Après la mort d'Oliba et d'Acfred
1er son frère, on ne sait ce que devint le pays de Reddes;
passa-t-il entre les mains des enfants d'Acfred 1er, et ces
derniers, en cessant de vivre dans un âge peu avancé, transmirent-ils
leur héritage aux descendants d'Oliba leur oncle? Rien ne
peut servir à élucider cette question. Tout ce que les chartes
qu'on a eut le soin de conserver nous apprennent, c'est que
le comté de Carcassonne passa successivement entre les mains
de Bencion et d'Acfred II fils d'Oliba II. Ce dernier eut,
pour lui succéder, une seule fille qui s'allia avec Arnaud,
comte de Comminges.
Les
enfants d'Arnaud étaient au nombre de trois: Roger, le premier
né, prit pour sa part le comté de Carcassonne et une partie
du Razès; Eudes, son frère cadet, hérita de la plus grande
partie de ce dernier comté; Raymond, le dernier né, prit possession
du pays de Comminges. Dans le partage entre Roger et Eudes,
les divisions ne furent pas marquées par une ligne propre
à isoler les lots d'une manière distincte; un acte de 1002,
rédigé par l'aîné des deux frères, ne laisse aucun doute sur
ce point (21). D'après ce titre,
qui n'était qu'un testament destiné à régler les droits des
descendants de Roger sur sa succession, et à poser en principe
que cette dernière devait passer de mâle en mâle aux parents
les plus rapprochés, il est dit: "Je donne au même Raymond,
mon fils, le château du Razès (Redas castellum), avec la portion
de ce comté qui me revient."
Des termes de cet acte on peut induire
que la cité de Rennes avait deux châteaux au commencement
du IXe siècle; l'un devait appartenir à Eudes, propriétaire
de la part la plus importante du Razès; l'autre était au pouvoir
de Roger, son frère. Ce qui n'est jusqu'ici qu'une présomption
est clairement confirmé par deux actes, l'un de 1067, l'autre
de 1084. Dans le premier de ces actes on fait mention des
deux châteaux de Rennes (22);
c'est Raymond-Bemard, vicomte de Béziers, qui en transmet
la propriété à Raymond-Béranger, comte de Barcelone. Dans
le deuxième acte, c'est Bemard
ATON qui prête serment de fidélité à sa mère pour les
châteaux de Rennes dont il avait pris possession (23).
L'un
de ces manoirs a été complètement démoli et on croit en trouver
les fondements sur un terrain appelé Château
de Vallent; l'autre a été reconstruit après la croisade
contre les Albigeois, et j'en donnerai plus loin la description.
Ces deux habitations féodales étaient défendues par une double
enceinte de murailles dont on voit encore des restes sur divers
points.
Avant de mourir, Roger fit un partage
de ses domaines entre ses enfants. Cet acte, renfermant les
dernières volontés du comte de Carcassonne, porte la date
de 1002. Roger donnait à son fils Raymond la ville de Carcassonne
avec son comté; il lui donnait aussi le château qu'il possédait
à Rennes, la portion du comté de ce nom qui lui revenait (24),
le Kercobès, le château de Queille, etc. A Bernard, il léguait
le château de Foix avec plusieurs bourgades sur les rives
de l'Ariège et de l'Hers; il ne réservait pour Pierre, évêque
de Gérone, que les abbayes disséminées dans les terres dont
il avait fait le partage entre Raymond et Bernard.
Le fils aîné de Roger ne tarda pas
longtemps à mourir en laissant, de sa femme Garsinde, de Béziers,
deux enfants portant les noms de Pierre et de Guillaume. Cette
fin prématurée, devançant celle de Roger, dut amener, selon
toute apparence, quelques changements dans le partage que
ce dernier avait fait en 1002. Ce qui semble l'attester, c'est
que le comté de Carcassonne, qui devait appartenir à Raymond,
son fils aîné, passa entre les mains de son fils Pierre, évêque
de Gérone. Celui ci le céda, vers la fin de sa vie, à Roger
1er de Foix (25).
Que devint le Razès après la mort
de Raymond? Aucun acte ne le dit, mais tout porte à penser
qu'il fut cédé aux descendants de ce comte. Ce qui confirme
cette idée, c'est que dans les actes intervenues entre Pierre,
évêque de Gérone, et Roger 1er de Foix, il n'est question
que du comté de Carcassonne; le pays de Reddes n'y est jamais
mentionné (26). Il semble qu'on
peut conclure de là que Pierre, évêque de Gérone, n'en eut
pas la propriété. Enfin, ce qui achève de faire croire que
le pays de Reddes fut transmis aux descendants de Raymond,
c'est qu'on voit ses héritiers, en 1050 et 1068, faire des
actes de propriétaires dans certaines parties du comté de
Rennes (27).
Quelle était la portion du pays de Razès qui passa des mains de
Roger à ses héritiers? Il n'est pas facile de le dire d'une
manière exacte; mais, en s'aidant de quelques actes édités
par Vaissète, on est amené à présumer que cette portion était
placée à Limoux ou dans le voisinage de cette ville. En 1011,
Roger donna aux abbés de Saint-Hilaire un alleu dont il jouissait
dans les dépendances de la ville et du bourg de Limoux (la
ville basse d'aujourd'hui et la ville haute sur le côteau
de Lacanal, détruite en 1226). Il donna en même temps un alleu
qui avait sa place dans la ville de Flacian, appelée aujourd'hui
Petite-Ville de Limoux (28).
En 1050, c'était Raymond-Guillaume, le petit-fils de Raymond-Roger,
qui céda à son oncle Pierre-Raymond, le village de Magrie
placé aux environs de Limoux (29).
La portion du Razès, qui fut transmise aux descendants
de Raymond après la mort de Roger leur grand-père, passa,
selon toute apparence, à Guillaume-Raymond, l'un de ces descendants.
Pierre-Raymond, frère de ce dernier, dut garder pour sa part
les biens qui avaient appartenu à sa mère Garsinde, de Béziers
(30). Guillaume-Raymond hérita
de la portion du Razès qui n'était pas jouie par les descendants
d'Eudes, de celle qui comprenait la ville de Limoux et quelques
villages des environs, parmi lesquels était comprise Sainte-Colombe
du Kercorbès qui fut cédée aux abbés de Saint-Hilaire pendant
l'année 1117; on en trouve la preuve dans un acte qui fait
partie de la grande collection de documents historiques recueillis
par Doat et déposés dans la bibliothèque Richelieu, de Paris
(vol. 71). Guillaume-Raymond posséda aussi quelques terres
dans les comtés de Carcassonne, de Béziers et de Narbonne
(31).
Pendant
que Roger 1er, de Carcassonne, jouissait d'une partie du comté
de Razès, il émit probablement des monnaies sur lesquelles
on trouve les noms des capitales de ces deux contrées. On
lit sur l'une de ces monnaies: CR TATES - CARCASONA; au milieu
de la première face, on trouve le monogramme du roi Eudes;
sur la seconde monnaie, on lit CR TATCIX avec le monogramme
du roi Eudes, et sur l'autre face, CARCASONA CI (32).
Lorsque la portion du Razès dont jouissait Roger 1er fut transmise
à sa descendance, elle passa d'abord à Guillaume-Raymond,
l'un de ses petits-fils, celui-ci la transmit à ses trois
enfants, Raymond, Pierre et Bernard. Le premier de ces enfants
paraît avoir cessé de vivre après qu'il eut donné, en 1050,
à son oncle Pierre-Raymond; le village de Magrie (33).
Dix-huit ans après l'accomplissement de ce don, il est probable
qu'il n'existait plus, puisque ses deux frères Pierre et Bernard
vendirent seuls, en 1068, aux comtes de Barcelone, ce qui
leur appartenait dans le comté de Razès et dans celui de Carcassonne
(34). Dans ces actes, Raymond
et Pierre fils de Guillaume ne sont pas désignés comme comtes;
cependant, on est porté à penser qu'ils ont fait frapper des
monnaies sur lesquelles leurs noms étaient inscrits. La première
monnaie offre la légende RUMANDO, d'un côté, et CARCASONA
de l'autre; la seconde offre la légende CI P VI TATES, sur
une face, et CARCASONA sur l'autre (35).
Les descendants de Guillaume-Raymond avaient des droits sur
les comtés de Carcassonne et de Razès, comme l'indique une
charte de 1068 (36). Il est
facile de s'expliquer, par les termes de cette charte, pourquoi
les descendants de Guillaume-Raymond faisaient figurer sur
leurs monnaies les capitales des deux comtés sur lesquels
ils avaient des droits (37).
Pendant que les descendants de Roger
1er jouissaient d'une partie du Razès, dans le voisinage de
Limoux, les descendants d'Eudes avaient entre leurs mains
la partie la plus importante de ce comté. En 959, Eudes devait
être encore jeune, puisque Arsinde, sa mère, se joignait à
lui pour faire un emprunt et donner en gage quelques terres
du comté de Razès (38). En 1002,
en 1011, Roger ler, son frère, en fait mention comme étant
en vie (39). En 1017, on le
voit faire un don à l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne (40).
En 1035, Roger 1er, son frère, le nomme dans un acte qu'il
dictait pendant le cours d'une grave maladie (41).
Après cette époque, le nom d'Eudes disparaît dans les chartes,
et il est probable que ce comte ne tarda pas longtemps à cesser
de vivre.
Arnaud était fils d'Eudes; on le
trouve mentionné dans deux actes: l'un de 1002, l'autre de
1017 (42). Sa vie ne fut présenter
rien de remarquable, puisque son nom ne figure que dans ces
deux documents historiques
Rennes,
apanage des comtes de Carcassonne
Raymond 1er descendait
à son tour d'Arnaud; il vint prendre sa place dans les terres
dont il avait l'administration. Un acte de 1034 le désigne
comme étant alors propriétaire du Razès (43).
Sa femme portait le nom de Beliarde.
Ce Raymond eut à soutenir
un combat, dans son château de Reddes ( in castrum Redda ), contre Arnaud Gibert, personnage inconnu, mais
qu'on suppose avoir possédé quelque seigneurie aux environs
de Rennes. Raymond avait tué son fils, on ne sait pour quel
motif; et Gibert, cruellement offensé par ce crime, voulut
se venger en livrant bataille au comte de Razès dans son château.
Le sort des armes ne fut pas favorable à Gibert, et Raymond,
croyant être redevable de sa victoire à la protection de Saint-Hilaire,
vénérable évêque, inhumé dans un monastère édifié sur les
bords du Lauquet, fit un don aux abbés de ce couvent. Ce qui
est rapporté par l'acte de 1034 semble dire que les comtes
de Razès résidaient dans la capitale de leurs domaines, puisque
c'est là qu'un seigneur du voisinage vint attaquer Raymond
dans le but de lui arracher la vie.
A Raymond 1er succéda Raymond II;
celui-ci eut une existence qui ne fut traversée par aucun
événement remarquable; il s'éteignit sans laisser de postérité.
On fait mention de ce comte dans un acte de 1059 (44).
Après la mort de Raymond II que devinrent les biens
dont il avait joui pendant sa vie? Vaissète incline à penser
que, par suite d'un traité conclu entre Raymond Il et Rangarde,
femme de Pierre-Raymond, le comté de Razès devait passer entre
les mains de cette dernière. Rien dans cet acte, qui remonte
à Vannée 1059, ne semble autoriser une pareille croyance;
il est plus probable que la succession de Raymond II devint
la propriété des comtes de Carcassonne, en vertu d'un traité
conclu entre Roger 1er et Eudes, lorsqu'ils eurent chacun
à prendre une part dans le Razès (45).
A quelle époque cessa de vivre Raymond
II? On peut affirmer que sa mort dut arriver entre les années
1059 et 1067. Ce décès fut postérieur à 1059, puisque à cette
époque Raymond II et Rangarde vicomtesse de Béziers firent
ensemble un traité dont les historiens du Languedoc ont conservé
le souvenir. Ce décès fut donc antérieur à 1067, puisque dans
la vente des terres de Carcassonne et du Razès, qui eut lieu
à cette époque, aux comtes de Barcelone, on ne dit rien de
Raymond II.
Lorsque
Raymond II s'éteignit, la famille comtale qui jouissait des
terres de Carcassonne hérita des biens dont il avait eu la
propriété; cette famille était alors divisée en deux branches:
l'une, celle qui descendait de Pierre-Raymond, n'avait qu'un
seul héritier mâle appelé Roger II qui ne tarda pas à succomber;
l'autre, celle créée par Guillaume-Raymond, était représentée
par trois enfants dont l'aîné, portant le nom de Raymond-Guillaume,
n'eut pas une longue existence; Raymond-Guillaume avait en
son pouvoir un fief important qu'il céda avant de mourir,
en 1050, à son onde Pierre Raymond. Ce fief était le village
de Magrie, aux environs de Limoux (46).
Raymond-Guillaume paraît avoir fait frapper des monnaies sur
lesquelles on lit, comme je l'ai déjà dit: le mot Rumando
(Raymond).
Les deux derniers enfants de Guillaume-Raymond
portaient les noms de Pierre et de Bernard. Ceux-ci reçurent
la plus grande part de la succession de leur père et de Raymond
II, comte de Razès. De ces deux frères, le premier paraît
avoir eu une autorité prépondérante sur les terres de Rennes,
puisque des numismates lui attribuent une monnaie qu'il aurait
fait frapper avec les initiales de son nom P. VI et avec le
mot RATES ( Redes ) (47).
Vers le milieu du XIe siècle, Guifred
occupait le siège archi-épiscopal de Narbonne. Ce prélat eut
à lutter contre les querelles que le vicomte de la ville métropolitaine
se plaisait à susciter. En 1059, ces querelles prirent un
caractère irritant; pour s'y soustraire, Guifred fut contraint
de s'éloigner de Narbonne et d'aller fixer provisoirement
sa résidence dans un village dont l'église n'était pas consacré
(48). Quel était le nom de ce
village? Aucun document ne le dit; on peut néanmoins conjecturer
que c'était à Rennes qu'alla s'établir Guifred, puisque les
archevêques qui l'avaient précédé sur le siège qu'il occupait
avaient choisi ce village pour y transférer leur cathédrale;
lorsque les discordes civiles les forçaient de s'éloigner
de la ville métropolitaine. Il faut dire que Rennes avait
deux églises, et que celle qui sert aujourd'hui au service
paroissial semble appartenir, par le style roman de son architecture,
à une époque rapprochée du XI siècle; c'est probablement celle
qui fut consacrée en 1059.
Les enfants de Guillaume-Raymond
descendirent dans la tombe sans laisser de postérité; après
avoir cessé de vivre, les biens dont ils avaient joui passèrent
entre les mains de leurs parents mâles les plus rapprochés.
Ainsi le voulait le testament de Roger 1er, comte de Carcassonne
vers le milieu du Xe siècle: les parents mâles les plus rapprochés
par les liens du sang de la famille comtale du pays carcassonnais
habitaient alors le château de Foix (49).
Ceux-ci, en suivant les coutumes du droit féodal auraient
dû hériter des terres de Carcassonne et du Razès; mais, parmi
les descendants de la famille comtale de Carcassonne se trouvait
alors une femme appelée Ermengarde, fille de Pierre-Raymond
et mariée avec Raymond-Bernard, vicomte d'Albi. Cette femme,
d'un caractère ambitieux et entreprenant, s'aida de toutes
les manoeuvres de l'intrigue pour déshériter la maison de
Foix et garder pour sa descendance les biens de son père,
de son oncle et des héritiers d'Eudes dans le comté de Razès.
Le moyen qu'elle employa d'abord fut de chercher un protecteur
puissant en cédant, en apparence, les terres de Carcassonne
et du Razès aux comtes de Barcelone, descendants par leur
mère de Roger 1er et d'Adélaïde (50).
Tous les parents d'Ermengarde
les plus rapprochés donnèrent leur adhésion à l'acte qu'elle
avait fait rédiger (51); mais
cette vente était à la fois illégale et simulée: elle devait
nécessairement donner lieu à des contestations sérieuses.
S'apercevant,
sans doute, que ce moyen était impuissant pour faire taire
les comtes de Foix, la vicomtesse d'Albi se décida à conclure
une vente réelle en faveur des comtes de Barcelone (52).
Ce nouvel acte fut encore approuvé par tous les membres de
la famille d'Ermengarde qui auraient pu avoir des prétentions
sur les terres de Carcassonne et du Razès.
La
combinaison de tous ces moyens, pour faire passer aux comtes
de Barcelone les biens dont avaient joui les descendants de
Raymond-Roger et d'Eudes, prouve assez qu'en agissant de cette
manière la femme du vicomte d'Albi savait qu'elle violait
l'une des volontés de son bisaïeul Roger 1er, comte de Carcassonne,
et qu'elle devait s'attendre à entrer en guerre avec la maison
de Foix.
Les comtes de Barcelone, trop redoutables
pour être attaqués par une famille qui manquait de force pour
lutter contre eux avec succès, jouirent paisiblement des biens
qui leur avaient été vendus. Deux générations de comtes barcelonais
se succédèrent sans trouble sur les bords de l'Aude; mais
il n'en fut pas ainsi lorsque Raymond-Beranger II périt assassiné
en laissant, pour lui succéder, un fils encore dans l'enfance.
Pendant la minorité de ce fils le
pays carcassonnais fut en proie à une grande agitation. Des
seigneurs, poussés par une cupidité intolérable, opprimaient
leurs vassaux: ceux-ci, ayant perdu l'espoir d'être protégés
par le comte de Barcelone encore en tutelle, cherchèrent ailleurs
un appui. Dans le voisinage vivait une femme toujours dévorée
par le désir d'agrandir ses domaines et de faire passer à
son fils les terres qui avaient appartenu à ses ancêtres.
Le moment se montrait favorable pour essayer de réaliser un
pareil projet.
Ermengarde s'empressa d'offrir son
appui aux bourgeois carcassonnais, en attendant que Bernard
ATON, son fils, fut assez âgé pour les défendre pendant
que durerait la minorité des comtes de Barcelone.
Cette proposition fut acceptée,
et Ermengarde prit l'administration de Carcassonne et du Razès
avec le titre de vicomtesse. La mère de Bernard
ATON se contenta de cette qualification afin de cacher
ses projets et pour faire croire aux carcassonnais qu'elle
n'ambitionnait aucune domination secondaire. Il semblait ainsi
que la suzeraineté de leur pays continuait de rester aux comtes
de Barcelone.
Pendant
le cours de son administration, la vicomtesse d'Albi n'habita
pas à Carcassonne; elle créa là un viguier qui agissait en
son nom dans toute l'étendue des terres qui avaient appartenu
aux comtes de Carcassonne et du Razès (53).
Guillaume de Pons fut investi de
ces fonctions, et le pouvoir qu'il s'arrogea dut être très
étendu puisqu'il paraît avoir été jusqu'à faire battre une
monnaie en son propre nom. M. Gay Gayraud (54)
a donné la description d'un denier qui pourrait faire croire
à cette fabrication. Sur un côté, on lit CARCASONA, et sur
l'autre TAT POCI CIVA. Il semble qu'on ait voulu dire, dans
la seconde légende, TATES PONCI CIVITAS. Dans le monogramme
figurent les lettres V.I.C., qui signifient "vicomté".
Le viguier de Carcassonne, en profitant des ateliers monétaires
de la ville qu'il était chargé d'administrer, voulut sans
doute, comme on l'avait vu ailleurs, signaler le pouvoir qu'il
exerçait dans l'étendue des deux comtés de Rennes et du pays
carcassonnais. Ce n'est là, il est vrai, qu'une simple présomption:
mais elle se présente avec un ensemble de probabilités qui
permettent d'indiquer le sens d'une légende dont les numismates
n'avaient pu jusqu'ici trouver une explication satisfaisante.
Lorsque le fils d'Ermengarde eut atteint l'âge suffisant pour
se placer à la tête des domaine que sa mère devait lui céder,
il conclut un traité de paix avec les comtes de Foix. Ceux-ci
se décidèrent à se dessaisir de leurs droits sur les comtés
qui auraient dû passer entre leurs mains, et ils déclarèrent
ne rien prétendre sur la ville de Carcassonne, sur le pays
de Razès et sur le château de Chercorb (55).
Bemard
ATON usa des pouvoirs dont il était investi sur ses vassaux
avec trop peu de ménagement, et il se vit au moment d'être
expulsé des bords de l'Aude par les milices bourgeoises. Grâce
à une manière d'agir plus convenable, les esprits irrités
se calmèrent et le fils d'Ermengarde put terminer ses jours
dans le comté que cette dernière lui avait transmis.
Pendant le cours de son administration,
le fils d'Ermengarde fit frapper des monnaies sur lesquelles
on lit, d'un côté: BERNARDUS CO, et de l'autre, CARCASONA
CIVI. Au centre de cette dernière face, on a placé les lettres
TAT ou TATE, ou bien encore ATE (56).
Je le répète, ce monogramme pourrait être le commencement
du mot TATES ou RATES, qui, sur diverses monnaies, semble
désigner le pays de Redde appelé successivement, dans la suite
des temps, Regnes, Rennes et Razès. Cette interprétation,
je le sais, n'est pas encore généralement adoptée par les
numismates; mais il est probable qu'elle le sera dès qu'on
aura mûrement réfléchi sur une lecture qui rend compte de
légendes dont le sens avait échappé jusqu'ici à de laborieuses
investigations.
Les descendants de Bernard
ATON, parmi lesquels on comptait les TRENCAVEL, se maintinrent
à Carcassonne jusqu'au commencement du XIIIe siècle. Il est
permis de le trouver un peu étrange, car la postérité de Bernard
ATON pouvait être dépossédée par deux familles dont les
droits sur Carcassonne et le Razès avaient été méconnus; c'étaient
la maison de Foix et celle de Barcelone. Cette dernière aurait
pu invoquer en sa faveur une vente qui remontait à Ermengarde,
vicomtesse d'Albi, et la première avait pour titre le testament
de Roger 1er, frère d'Eudes, qui réglait le mode de transmission
de ses domaines.
Pour
mettre fin à un conflit de prétentions diverses sur la même
terre, les descendants de Bernard
ATON essayèrent plusieurs moyens dont l'efficacité ne
fut pas durable. Par suite, les vicomtes de Carcassonne se
trouvèrent en hostilité, tantôt avec les comtes de Foix et
tantôt avec ceux de Barcelone. Lorsqu'ils étaient en paix
avec les uns et avec les autres, les comtes de Toulouse soulevaient
des difficultés, et ils revendiquaient pour eux un droit de
suzeraineté sur Carcassonne et le Razès dont ils avaient quelquefois
joui, mais que la maison de Barcelone entendait bien souvent
garder pour elle.
Si on voulait suivre cette série
de luttes alternatives, on aurait la preuve qu'en 1121 Bernard
ATON se ligua avec le comte de Toulouse contre Roger III,
du pays de Foix; en 1124, le même Bernard fit un. traité avec
Alphonse de Toulouse afin de résister avec succès aux comtes
de Barcelone; en 1150, ce dernier comte signa un acte d'union
avec les descendants de Bernard
ATON, et, par son entremise, Raymond-Trencavel maria sa
fille Cécile avec Roger-Bemard de Foix. Plus tard, en 1179,
le fils de Raymond Trencavel avoua que c'était à tort qu'il
s'était ligué avec le comte de Toulouse; cette fois, il s'engagea
à rester fidèles aux héritiers de la Marche d'Espagne et à
faire respecter les anciens traités qui les liaient par les
habitants de Carcassonne et de Limoux (57).
Les hostilités de la maison de Foix,
contre lesquelles Bernard
ATON entendait se défendre, le décidèrent sans doute à
déléguer une partie de ses pouvoirs à un Guillaume qui se
qualifiait de vicomte de Sault. Ce Guillaume n'habitait pas
le château d'Alagnan ou d'Alaigne, comme le dit par erreur
dom Vaissète, mais il avait sa résidence à Mont-Aliou ( aujourd'hui
Montaillou ), sur les limites des terres du Razès, vers le
pays de Foix. Ce vicomte avait été appelé là, selon toutes
les vraisemblances, pour s'opposer aux invasions des comtes
du voisinage.
Ce
qui semble annoncer qu'une pareille investiture avait été
commandée par la crainte d'une invasion dans le Razès, c'est
qu'elle paraît avoir pris naissance au moment où les vicomtes
de Carcassonne allaient entrer en guerre avec les comtes de
Foix, et qu'elle fut supprimée dès que ces deux familles eurent
conclu une paix durable. Lorsque Guillaume de Montaliou eut
cessé de vivre, ses héritiers se dépouillèrent successivement
des droits féodaux qui leur avaient été légués sur diverses
terres de la vicomté de Sault. Udalger, neveu maternel de
Guillaume, fit un abandon, en 1145, des droits qui lui revenaient
sur ces terres; un peu plus tard, Pierre Roger de Mirepoix
fit la cession de ce qui lui était advenu par héritage sur
les domaines de Guillaume de Montaliou, et, à partir de ce
moment, on voit les vicomtes de Sault disparaître sans retour.
Sous la domination des vicomtes
d'Albi, la ville basse de Limoux semble s'être relevée et
avoir pris une certaine importance. Dans les actes de cette
époque, qui se rapportent au pays de Razès, on commence à
faire mention de cette ville, et les vicomtes de Carcassonne
allèrent quelquefois y tenir leur cour; il en fut ainsi en
1172 (58). La capitale du Razès
(Rennes) tendait à descendre au second rang dans ce pays;
sa prépondérance avait pris fin depuis que les familles comtales
qui la possédaient à titre d'apanage n'existaient plus, et
que son administration s'était confondue avec celle de Carcassonne.
Au temps de la Croisade...
Bientôt surgirent dans le midi de
la France les grandes luttes de la papauté contre les doctrines
albigeoises. Raymond-Roger, l'arrière petit-fils de Bernard
ATON, périt dans les guerres qui ensanglantèrent les villes
de Béziers et de Carcassonne. En 1209, Simon de Montfort s'empara
de ses domaines, et en se qualifiant vicomte de Carcassonne
il se disait seigneur de Razès (59).
Dans
ce dernier comté, Simon de Montfort fit raser la forteresse
de Limoux, bâtie au sommet d'un point culminant sur la rive
gauche de l'Aude; il força Puivert à capituler après trois
jours de siège; Coustaussa n'opposa aucune résistance, les
croisés le trouvèrent abandonné par les populations qui y
avaient établi leur résidence. Ce sont là, d'après les chroniqueurs
de la guerre contre les Albigeois, les seuls châteaux du pays
de Redde qui fixèrent l'attention des croisés. Dans quel état
se trouvaient alors les deux manoirs de Rennes? On l'ignore,
mais, puisque les milices commandées par le comte de Leicester
(l'un des titres de Simon de Montfort) ne songèrent pas à
s'en occuper, c'est, sans doute parce que ces constructions
féodales avaient perdu leur importance d'autrefois, et que
les héritiers des anciens comtes du Razès préféraient fixer
ailleurs leur demeure habituelle.
Simon
de Montfort, après avoir dépossédé la famille des Trencavel,
se hâta de prendre sa place sur les bords de l'Aude; Amaury,
l'un de ses descendants, hérita de cette conquête. Mais ce
fils n'avait pas l'âme aussi fortement trempée que son père,
et il ne put conserver la propriété des terres conquises.
Raymond Trencavel II, aidé des comtes de Toulouse et de Foix,
reprit ses domaines dont il avait été dépossédé. En 1223,
il se disait, dans des actes qu'il signa, vicomtes de Béziers,
seigneur de Carcassonne et de Razès (60).
En 1227, on le voit faire acte de propriétaire pour donner
à Roger-Bernard, comte de Foix, le pays de Chercorb ( aujourd'hui
le canton de Chalabre ), et pour lui confier la garde de la
ville de Limoux avec tout le pays de Razès (61).
Trencavel comprit bientôt que le pouvoir qu'il avait repris
ne tarderait pas longtemps à lui échapper, et il tenta de
vains efforts pour résister à une domination qui lui était
supérieure. En 1231, Limoux et le pays de Razès étaient passés
entre les mains de Pierre de Voisins, l'un des compagnons
d'armes de Simon de Montfort (62),
et, en 1247, Trencavel se décidait à faire un abandon de ses
droits sur le pays de Razès pour en céder la propriété au
roi de France (63).
Après le désistement de Trencavel,
les familles comtales disparurent pour toujours sur les terres
que l'Aude arrose dans son cours, et le pays de Razès fut
partagé entre plusieurs seigneurs dont les pouvoirs étaient
très limités. Limoux commença par passer sous la dépendance
de Lambert de Creichi. Ce Lambert était marié avec Biaude
de Monteil-Adhemar qui devint l'épouse en secondes noces de
Guy de Montfort. Biaude paraît avoir eu de son premier mariage
une fille appelée Manhaut dont Pierre de Voisins avait fait
sa compagne. Ce qui porte à le penser, c'est que dans des
généalogies manuscrites cette Manhaut est qualifié d'héritier
de Coufoulens et de Limoux. Or, la terre de Limoux, avant
de passer entre les mains des Voisins, appartenait à un Lambert,
et c'est de ce dernier que devait nécessairement être née
l'héritière du nouveau chef-lieu du Razès.
Pierre de Voisins laissa en mourant
plusieurs enfants qui se partagèrent sa succession. Guillaume
hérita des seigneuries de Limoux et de Coufoulens; Giles eut
pour sa part la baronnie d'Arques; le patrimoine de Pierre
II, marié avec Jeanne, comprit les terres de Rennes et de
Couiza.
En
prenant possession de la capitale du Razès, les descendants
du compagnon d'armes de Montfort relevèrent l'ancien château
des comtes. Ce manoir, flanqué de tours, les unes carrées,
les autres arrondies, est d'une structure simple, quoique
régulière, et elle semble remonter à une époque antérieure
à l'introduction de l'ogive dans le Midi de la France. Comptant
sans doute sur l'élévation du site, sur l'escarpement du roc
qui supporte les tours, et sur la double enceinte de murs
qui les protégeait, on ne chercha pas à les défendre par divers
moyens architecturaux dont on faisait ailleurs usage pour
rendre inexpugnable les habitations féodales.
Rennes... et ses derniers seigneurs
Une fille appelée Jeanne, issue
de la famille des Voisins, s'allia, vers la fin du XlVe siècle,
avec Sicard de Marquefave et elle lui apporta en dot la terre
de Rennes.
Une fille appelée Blanche, issue
de la famille des Marquefave, s'allia, à son tour, avec Pierre-Raymond
d'Hautpoul en 1422, et elle apporta en dot à son mari l'ancienne
capitale du Razès. Plusieurs descendants de la famille des
d'Hautpoul se succédèrent dans le château de Rennes. En 1673
un de ces descendants, appelé Blaise, après s'être uni avec
Lucrèce du Vivier de Lansac, fit un dénombrement des terres
qu'il possédait dans l'ancien comté de Razès. Ces terres comprenaient
alors plusieurs communes presque contigües les unes aux autres;
c'étaient Rennes, le Bézu, Saint-Just, les Bains, Montferran
et Granes. La seigneurie de Rennes était limitée: d'un côté,
par les villages d'Arques et de Couiza, appartenant au marquis
de Rébé; de l'autre, par les communes de Bugarach, de Coustaussa
et de Caderonne, restées entre les mains de Montesquieu.
Le père de Blaise d'Hautpoul
avait cédé aux seigneurs de Saint-Julia une certaines étendue
de terre, et, pour établir la suzeraineté de sa famille sur
ce sol, les seigneurs de Saint-Julia prirent l'engagement
de fournir à ceux de Rennes une paire de gants chaque fois
que cette dernière baronnie changerait de maître. Ce n'était
là qu'un acte de vasselage destiné à maintenir à chaque famille
seigneuriale le rang qui lui appartenait dans la hiérarchie
féodale.
Les d'Hautpoul de Rennes ne
relevaient que du roi. En reconnaissant tenir de la couronne
les fiefs dont ils jouissaient, les héritiers de cette famille
avouaient qu'ils étaient tenus, à leur tour, de rendre hommage
à chaque monarque qui montait sur le trône, et de le servir
à la guerre lorsqu'ils en étaient requis.
Voici quels étaient les droits exercés
par les d'Hautpoul dans toute l'étendue de leur seigneurie;
ils avaient en leur pouvoir la haute, la moyenne et la basse
justice; ils nommaient, dans chaque commune qui leur était
soumise, le viguier, le juge, le bail et les consuls. Ces
derniers, après leur nomination prêtaient serment de fidélité
entre les mains du seigneur ou bien entre les mains de ses
officiers.
Chaque colon devait acquitter un
droit de fouage, représenté par quatre journées de travail,
au profit du seigneur. Les colons qui avaient des boeufs ou
des bêtes de somme étaient tenus de faire leurs journées de
travail en s'aidant de ces animaux. Les vassaux des campagnes,
qu'on appelait des vilains (villageois), ne recevaient aucun
salaire pour ces travaux; ils n'avaient droit qu'à la nourriture
lorsqu'ils étaient appelés à faire des corvées.
Le seigneur pouvait se livrer à
la chasse et à la pêche sur toutes les terres dont jouissaient
ses vassaux; il établissait un tarif pour les frais de péage
dans toute l'étendue de la baronnie, et le produit de cet
impôt, perçu sur les voyageurs étrangers, lui revenait; il
percevait aussi le sixième du prix des ventes lorsque ses
vassaux cédaient les uns aux autres les immeubles dont ils
avaient la jouissance. Enfin, le seigneur percevait diverses
taxes en grain, en volaille et en argent, tantôt à titre de
censive, tantôt à titre de champart.
Je
viens de faire connaître les droits que les seigneurs de Rennes
s'étaient réservés sur leurs vassaux. Il me reste à énumérer
ceux dont ces derniers pouvaient jouir. La commune était administrée
par des consuls; l'élection de ces fonctionnaires municipaux,
au lieu d'appartenir aux colons, était réservée au chef de
la seigneurie.
Les habitants de Rennes avaient
le droit de faire paitre leurs bestiaux, grands et petits,
sur les terres du seigneur; ils avaient aussi le droit de
couper le bois qui leur était nécessaire pour des constructions
ou pour le chauffage dans les forêts seigneuriales, mais ils
ne pouvaient en couper que pour leurs besoins, et toute vente
de ce produit était rigoureusement interdite aux vilains.
On trouve là un exemple du régime
communal tel qu'il était organisé dans plusieurs bourgades
du Razès vers les derniers temps de la féodalité. A la même
époque, on rencontrait, il est vrai, dans ce pays des exemples
d'une liberté tantôt plus large, tantôt plus restreinte, mais
ces exemples étaient fort rares: les premiers ne se montraient
que dans les grands centres de population, là où les émeutes
populaires arrachaient quelquefois par la violence des concessions
importantes: on rencontrait les seconds au milieu des pays
pauvres ou montagneux et là où les familles de colons, vivant
isolées, ne songeaient pas à se réunir pour élargir par la
force l'étendue de leurs privilèges.
En 1752, une fille des d'Hautpoul-Rennes
s'allia avec un descendant des d'Hautpoul-Félines; cette union
eut pour effet de réunir deux branches de la même famille
qui avaient vécu détachées pendant plus de trois siècles.
A partir de ce moment, le château de Rennes devint inhabité,
et les seigneurs qui le possédèrent établirent ailleurs leur
résidence.
Lorsque les grands orages révolutionnaires
éclatèrent en France, les d'Hautpoul perdirent leur seigneurie
de Rennes, et le château de ce village fut alors acquis par
une famille bourgeoise. Celle-ci n'a rien changé dans la demeure
des comtes de Razès, et on la trouve encore avec les formes
qu'on lui donna après la croisade contre les doctrines albigeoises.
Principaux auteurs cités dans le
texte
Astronome (L'). Nom sous lequel
on désigne un écrivain inconnu , du IXe siècle, auteur d'une
"Vie de Louis le Débonnaire", en latin et qui a
été traduite par le président Louis Cousin, in Histoire
de l'Empire d'Occident, Paris, 1683. Son nom lui vient
des connaissances qu'il possédait en astronomie.
Besse (Guillaume ) Histoire
des comtes de Carcassonne, Béziers, 1645.
Marca (Pierre de) Marca
hispanica sive Limes hispanicus, hoc est geographica
et historica descriptio Cataloniae, Ruscinonis et circumjacentium
populorume, t. 1, Paris, 1688.
Vaissète (dom Joseph) et Vic (dom
Claude ) Histoire générale
de Languedoc, avec des
notes et les pièces justificatives, composée
sur les auteurs et les titres originaux, 10 vol. Toulouse,
1840-1846.
(1)
civitaten quae dicitur Redas et omnem
regionem redensem (HdL IV, 463) Charte de 1150.
... Pierre de Hautpoul, seigneur et baron de Regnes... (contrat
de mariage du 10 juillet 1640).
… Blaise d'Hautpoul, seigneur et baron de Rennes pour la baronnie,
terre et seigneurerie dut dit Rennes… (dénombrement des terres
de rennes du 25 mai 1673).
(2)
Aereda vient de « Aer
Red » serpent coureur; un autel dédié à oe dieu a été
découvert au pied de la montagne de Gert, près du village
de Siradan, dans les Pyrénées (Du Mège, Archéologie pyrénéenne,
t. il, p. 1452
(3) Notice
des monnaies françaises composant la collection Rousseau,
l848, p. 117
(4) Monnaies
féodales de France, t. 11, 1860, p. 279.
(5)
Histoire générale de
Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846), t. 11, p.
602.
(6)
Marca Hispanica, 1688, p. 721.
(7)
Marca Hispanica, id, p- 837.
(8)
Marca Hispanica, id, p- 781.
(9) Marca
Hispanica, id, p. 782.
(10) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846),
t. 11, p. 666.
(11) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. N, pp. 659 et 666.
(12) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. Il, p. 661.
(13) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 11, p. 683.
(14)
Histoire générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette,
1840-1846).,
t. Il, p. 685.
(15) Baluze,
Capitulaires, p. 1462.
(16)
Poeydavant, Monnaies féodales de France, t. 11, p.
271.
(17)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
22, p. 659.
(18)
Besse, Histoire des ducs de Narbonne, p. 267.
(19)
Recherches historiques sur les monnaies des comtes
de Carcassonne et deRazès , p. 26.
(20)
Voici une série de monnaies sur lesquelles on peut lire le
mot TATES plus ou moins dégénéré:
D'Acfred ler, -
CIVIS CANA (ODO) - CPA TATIN OM
Id'
CIOIA CAON (ODO) - CIVI TATN
De Roger 1er -
CR TATES (ODO) - CARCASNA
Id'
-
CR TATCIX (ODO) - CARCASNA
De Pierre-Guillaume
- CI P VI YATES (DAS) - CARCASONA
De Guillaume de Pous
- CAICASONA TAT POCI CIVA (VI C)
(21)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).
t. 111, 474.
(22)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).:
111, 544.
(23)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 589.
(24)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. NI, p. 474.
(25)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 405.
(26)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 405.
(27)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, pp. 514 et 549.
(28)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846),
t. 111, p. 479.
(29)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 514.
(30)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 502.
(31)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 549.
(32)
Poeydavant, Monnaies féodales de France, t. II, pp.
271-272-
(33)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t.111, p. 514.
(34)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. NI, p. 549.
(35) Gayraud,
Recherches historiques sur les monnaies de Carcassonne, p.
26.
(36)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 549.
(37)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 431.
(38)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 434.
(39)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, pp. 474 et 479.
(40)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t.111, p. 482.
(41)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 500.
(42)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, pp. 474 et 482.
(43) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 494.
(44) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 525.
(45) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 474.
(46) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 514
(47) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111.
(48) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 549
(49) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)
t. 111, p. 553
(50) Cros-Mayrevieille,
Les monuments de Carcassonne, p. 123.
(51)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 549.
(52)
Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. 111, p. 601.
(53) Marca,
Marca Hispanica, p. 1371
(54) Poeydavant,
Monnaies féodales de France, t. Il, p. 27.
(55) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. V, p. 602.
(56) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. V, p. 602.
(57) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. V, p. 624.
(58) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846).,
t. V, p. 646.
(59) Histoire
générale de Languedoc (Dom Vic et Dom Vaissette, 1840-1846)
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