La cité de Carcassonne a-t-elle renfermé
une partie des trésors du temple de Jérusalem ?
Que sont devenus ces trésors
?
Les immenses richesses du Temple de Jérusalem
devaient exciter la convoitise des conquérants de l'Asie.
Saccagé et incendié par les Chaldéens, 625 ans avant Jésus-Christ,
ses trésors furent transportés à Babylone. Cyrus rendit aux
Juifs captifs la liberté et 5400 vases d'or que Nabuchodonosor
avait mis dans un temple de Bélus (1).
Ces dépouilles du monument de Salomon servirent d'ornements
au second temple bâti par Zorobabel. L'an 170, elles devinrent
la proie d'Antiochos Epiphane. Le temple, pillé de nouveau
par Crassus, restauré et embelli par Hérode, reprit son ancienne
splendeur, et, lorsque Titus y pénétra, il fut étonné à la
vue de tant de magnificence.
Flavius Josèphe nous a légué le dramatique
récit de cette Guerre Juda7ique à laquelle il prit une part
active, d'abord comme ennemi des Romains, et ensuite comme
partisan dévoué à ceux qu'il avait combattus. Cette guerre
se termina le 8 septembre 70, par la destruction de Jérusalem
et l'incendie du Temple.
Titus fit de vains efforts pour conserver
ce superbe édifice, mais il en sauva du moins les trésors.
Le butin fut si grand, dit Josèphe, que la valeur de l'or
diminua de moitié dans toute la Syrie (2).
Cependant, une partie de ces richesses avait été cachée. Un
sacrificateur à qui Titus avait promis la vie et la liberté,
à condition de lui remettre quelques restes des trésors du
Temple, livra au général vainqueur deux chandeliers, la table
des pains de proposition, des coupes et quelques vases d'or
massif, comme aussi des voiles, des vêtements sacerdotaux,
des pierres précieuses. On prit en même temps Phinées, garde
du trésor, et il découvrit un lieu secret où se trouvait une
grande quantité d'habits et de ceintures des prêtres, de la
pourpre et de l'écarlate pour les voiles du Temple, et plusieurs
autres objets de grand prix (3).
D'après la chronique d'Alexandrie, Titus
envoya à la ville d'Antioche deux chérubins de taille colossale
et quatre taureaux d'airain. Le reste du butin fut porté à
Rome. Josèphe a décrit le magnifique triomphe de Titus.
"Parmi la grande quantité de dépouilles
qui ornèrent son triomphe, les plus remarquables,
dit-il, étaient celles qui avait été prises dans le
Temple de Jérusalem, la table d'or de plusieurs talents
et le chandelier d'or fait avec tant d'art pour t'usage
auquel il était destiné. De son pied s'élevait une espèce
de colonne d'où sortaient, comme de la tige
d'un arbre, six branches cannelées, au bout de chacune
desquelles était une lampe. La Loi des Juifs, qui est la chose
du monde pour laquelle ils ont le plus de vénération,
fermait cet étalage de tant de riches dépouilles conquises
sur eux par les Romains." (4)
On voit encore sur un bas-relief de l'arc
de Titus, à Rome, huit soldats, couronnés de lauriers, portant
la table d'or placée sur un ferculum. Un autre bas-relief
représente un groupe transportant de la même manière le grand
chandelier.
La table des pains de proposition avait
deux coudées de long, une coudée de large et une coudée et
demi de haut. Elle était soutenue par quatre pieds. Tout autour,
régnait une bordure d'or sculptée à jour. Sur cette table
étaient rangés, en deux piles, douze gâteaux azymes qu'on
recouvrait d'encens et qu'on renouvelait tous les sept jours,
comme un hommage des douze tribus à la puissance divine.
Le grand chandelier était formé d'un pied,
d'une tige et de six branches. Chacune de ses branches se
composant d'une série de petits tableaux, en forme d'amandes,
qui supportaient une pomme et par dessus une fleur. Le tout
était d'or massif et pesait un talent (67 livres) (5).
Moïse avait placé devant le tabernacle une
seule table et un seul chandelier. Salomon fit faire sur ce
modèle dix tables et dix chandeliers d'or (6).
D'après les Rabins, la table et le chandelier primitifs furent
déposés dans le trésor du Temple (7).
Tout cela fut brisé par Antiochus Epiphane; Judas
Machabée mit dans le Temple une nouvelle table et un nouveau
chandelier (8), les mêmes sans
doute qui furent portés à Rome après la destruction de Jérusalem.
Quant à la Loi des Juifs qui,
selon Josèphe, dut figurer au triomphe de Titus, on a supposé
que c'étaient les deux tables de pierre sur lesquelles Moïse
ou plutôt Dieu lui-même avait gravé le Décalogue. Cette opinion
n'est pas fondée. L'Arche d'alliance, placée dans le Saints
des saints, renfermait les tables de la loi; mais depuis longtemps
l'Arche avait disparu. Lorsque les Chaldéens attaquèrent la
Judée, Jérémie prit l'arche, la porta jusqu'au mont Nébo,
et la cacha dans une caverne dont il ferma soigneusement l'entrée
(9). Les Juifs croient généralement
et dom Calmet (10) a démontré
qu'elle n'a jamais été retrouvée. Depuis le retour de la captivité,
il n'est plus question de l'Arche dans la Bible. Josèphe dit
expressément qu'à la prise de Jérusalem il n'y avait rien
dans le sanctuaire (11). Ni
l'arche, ni les deux tables ne sont représentées sur l'arc
de Titus. On porta sans doute à son triomphe un exemplaire
du Pentateuque, appelé par les Juifs Thorah ( la loi).
Vespasien, ayant bâti le temple de la Paix,
y mit le chandelier d'or, la table des pains de proposition
et les autres richesses du Temple de Jérusalem. Quant à la
Loi des Juifs et aux voiles du sanctuaire, qui était de pourpre,
il les fit garder avec soin dans son palais (12).
L'an 191, un violent incendie détruisit
le temple de la Paix (13).Les
objets sacrés qu'il renfermait durent être sauvés des flammes,
puisque, deux siècles après, les Goths les trouvèrent dans
le palais des Césars.
Le 24 août 410, Alaric entra dans Rome qu'il
livra au pillage pendant six jours. Procope assure que les
Goths s'emparèrent du trésor impérial et des dépouilles du
Temple de Salomon. A la mort d'Alaric, Ataulf, son beau-frère,
quitta l'Italie et vint s'établir dans le midi de la Gaule.
Quelques auteurs modernes ont cru qu'il occupa Carcassonne.
Les Chroniques d'ldace et de Prosper d'Aquitaine constatent
la prise de Narbonne par ce chef et font supposer celle de
Toulouse, mais ne disent rien de Carcassonne. Cette place,
déjà très importante sous les Romains, leur fut enlevée par
Théodoric 1er qui l'entoura de nouvelles fortifications (440).
Alaric Il régnait paisiblement à Toulouse
lorsque Clovis envahit l'Aquitaine. Le roi wisigoth se hâta
de mettre en sûreté une partie de ses richesses dans la citadelle
de Carcassonne. Il fut vaincu et tué de la propre main de
Clovis, à Vouillé (507). Toulouse capitula; le reste du trésor
des Wisigoths devint la proie du vainqueur; puis, Clovis alla
mettre le siège devant Carcassonne, dans l'espoir de s'emparer
des richesses qui y étaient renfermées.
Tel est le récit de Procope (14);
mais, d'après Grégoire de Tours (15),
le trésor d'Alaric Il tomba tout entier au pouvoir des Francs.
Comment concilier ces assertions contradictoires?
Il suffit d'admettre, et cette opinion n'a
rien d'invraisemblable, l'existence simultanée de deux trésors,
l'un à Carcassonne, l'autre à Toulouse. Le premier, c'est-à-dire
l'ancien trésor d'Alaric et d'Ataulf, était le fruit du pillage
de l'empire et de Rome; le second pouvait provenir des dons
de l'amitié ou des tributs de l'obéissance, et surtout du
butin conquis en Espagne sur les Alains, les Suèves et les
Vandales. On se ferait difficilement une idée de l'énorme
quantité de dépouilles amassées par les rois wisigoths pendant.
deux siècles de guerre et de dévastations. Les cent bassins
remplis de pièces d'or et de diamants que Placidie, épouse
d'Ataulf, reçut le lendemain du jour de ses noces, n'étaient
qu'une très petite partie de leurs richesses. On trouva dans
leur palais de Narbonne, lorsque les Francs le pillèrent dans
le Vle siècle, soixante calices, quinze patènes, vingt boîtes
ou coffres pour conserver les Saintes Ecritures, tout d'or
massif, incrustés de pierreries, et beaucoup d'autres objets
précieux (16).
Le butin convoité par Clovis était bien
autrement considérable. Aussi le roi des Francs pressait-il
vivement le siège de Carcassonne. Voici comment ce fait est
raconté par Procope, auteur contemporain:
"Les Germains (les Francs)
victorieux dans cette bataille (Vouillé), font
un grand carnage de leurs ennemis, tuent Alaric, deviennent
ainsi maîtres de la plus grande partie de la Gaule,
et investissent étroitement la ville de Carcassonne, ayant
entendu dire qu"elle renfermait les richesses
impériales que le vieil Alaric avait emportées, lorsqu'il
eût pris la ville de Rome. Parmi ces richesses, se trouvait,
dit-on, une bonne partie du précieux mobilier de Salomon,
lequel était orné de superbes pierreries, ce qui était
une chose très belle à voir. Les Romains avaient autrefois
apporté ce mobilier de Jérusalem" (17)
Cependant Théodoric, roi d'Italie, avait
pris le gouvernement des Wisigoths durant la minorité d'Amalaric,
fils de sa propre fille et d'Alaric Il. Le comte Hibbas, son
lieutenant, passa les Alpes avec une armées et battit les
Francs dans les environs d'Arles. Il marchait sur Carcassonne,
quand Clovis se hâta de lever le siège et de reprendre sa
route vers le Nord. Théodoric, sous prétexte de veiller à
la conservation des biens de son pupille, fit transporter
à Ravenne les trésors des Wisigoths (18).
D'après un traité conclu entre Amalaric
et le successeur du roi d'Italie, les Wisigoths rentrèrent
en possession de tout le pays qui s'étend du Rhône à Carcassonne,
et obtinrent la restitution des trésors pris dans cette ville
(19). Si l'on doute de cette
restitution, il faut du moins admettre que Théodoric n'a pas
tout enlevé, et que les Wisigoths durent cacher ce qu'ils
avaient de plus précieux. Lorsqu'ils quittèrent définitivement
le midi de la Gaule, ils emportèrent en Espagne une partie
de ces richesses. On y remarquait le fameux missorium,
plat d'une grandeur extraordinaire, d'or massif du poids
de cinq cents livres, destiné à l'usage de la sainte Table,
et d'une valeur inestimable par la main d'oeuvre et les diamants
dont il était orné. La tradition le faisait regarder comme
un présent du patrice Aétius, offert au roi Thorismond après
la défaite d'Attila (20).
Quand les Arabes conquirent l'Espagne et
pillèrent ce trésor, ils trouvèrent une curiosité encore plus
admirable; c'était une table fort grande, formée d'une seule
émeraude (21), entourée de trois
rangs de perles, soutenue par soixante pieds d'or massif,
incrustée de diamants et estimée à la valeur de cinq cent
mille pièces d'or (22).
Cette table magnifique et ce merveilleux
missorium provenaient du trésor de Carcassonne.
Quant aux ornements du Temple de Salomon,
s'ils avaient été envoyés à Ravenne et si l'Italie les eût
gardés, on en verrait la trace dans les Lettres de Cassiodore,
premier ministre de Théodoric, dans l'Histoire Gothique de
Jornandès, qui fut évêque de Ravenne vers 552. Théodoric était
un grand roi. Quoique arien, il protégeait les catholiques;
il veillait à la conservation des monuments romains, des statues.
Loin de briser les vases sacrés de Jérusalem, il les aurait
gardés avec une religieuse vénération. Ravenne, Milan, Naples,
Rome se disputeraient l'honneur de les posséder. Le silence
des auteurs contemporains, joint à l'absence de ces augustes
dépouilles, prouve qu'elles n'ont pas été envoyées à Ravenne
ou qu'elles n'y sont pas restées longtemps.
Mais peut-être les Sarrasins, les Wisigoths
les ont-ils emportées en Espagne? Si cela était, on en trouverait
quelque vestige dans l'histoire, quelque souvenir dans la
mémoire des peuples. La catholique Espagne montrerait avec
orgueil ces reliques saintes. Les chroniques arabes font mention
de sept énormes colonnes d'argent que Moussa enleva, en 713,
de l'église Sainte-Marie (actuellement Sainte-Gracieuse).
Gibbon parle de sept statues équestres; Fauriel de sept figures
colossales d'argent massif (23).
Quoiqu'il en soit, on ne connaît pas d'autre spoliation commise
à Carcassonne par les Sarrazins, pendant leur courte domination.
Nous avons dît que les Arabes, lorsqu'ils
pillèrent le trésor des Wisigoths, à Tolède, y trouvèrent
le missorium et une table admirable, mais qui ne ressemblait
en rien à celle que Salomon mit dans le Temple. Il est évident
que les auteurs qui nous ont conservés ces curieux détails,
auraient aussi parlé du grand chandelier et de la table de
Jérusalem, si l'un ou l'autre avaient fait partie de ce trésor.
Sans vouloir expliquer pourquoi les Wisigoths ne les ont pas
emportés, constatons que ces objets précieux ont été enlevés
de Rome par Alaric 1er, renfermés par ses successeurs dans
la Cité de Carcassonnne, et que rien ne prouve qu'ils en soient
sortis, au moins depuis leur restitution en 526.
Je terminerai ces considérations par l'examen
d'un passage de Procope, qui se rattache à la question qui
nous occupe.
En 455, Rome fut prise et sacagée par les
Vandales. Genséric, leur roi, revint à Carthage chargé d'un
immense butin. Vingt ans après, Bélisaire porta la guerre
en Afrique, Battit Gélimer, cinquième successeur de Genséric,
et s'empara de son camp où il trouva une masse énorme de dépouilles.
Procope avait suivi Bélisaire, comme secrétaire, dans cette
expédition; il assista à son triomphe.
"On y voyait, dit-il, des
meubles riches, admirables, enlevés autrefois du palais de
Rome par Genseric. Parmi eux étaient beaucoup de choses précieuses,
qui avaient appartenu aux Juifs et qui furent apportées,
avec plusieurs autres, à Rome, par Vespasien, après
qu'il eut pris la ville de Jérusalem. Un Juif, voyant
passer ce triomphe et renconnaissant ces richesses
judaïques, ne put s'empêcher de dire à un homme qui
était près de lui et assez connu de l'empereur, qu'il ne fallait
pas mettre ces joyaux dans le palais de Constantinople;
qu'ils ne devaient pas mettre dans un autre lieu que
celui pour lequel le roi Salomon les avait destinés,
qu'à leur occasion Genséric avait ruiné l'empire romain, et
que, pour la même cause, l'armée romaine avait détruit
celui des Vandales. L'empereur ayant appris ce que
le Juif avait dit, eut peur et commanda aussitôt qu'on
portât ces richesses à Jérusalem, dans les églises
des chrétiens." (24)
Ce récit de Procope n'infirme en rien ce
qu'il a écrit lui-même au sujet du trésor des Wisigoths. Il
est possible, et Procope semble l'affirmer, qu'une partie
des vases sacrés, arrachés à Jérusalem par Titus, ait échappé
à l'avidité des soldats d'Alaric. Cependant Zonare (25),
qui nous a laissé une description très longue, très détaillée
du triomphe de Bélisaire, ne dit rien de ces prétendus joyaux
du Temple de Salomon. Peut-être Procope a-t-il voulu réhausser
la gloire de son maître, en exagérant l'importance de ces
dépouilles. Personne ne soupçonnait leur origine; il faut
qu'un Juif les reconnaisse, on ne sait comment. Justinien
devait être peu convaincu de leur authenticité, puisqu'il
ne les a pas gardées.
La menace du Juif était ridicule; ces vénérables
reliques auraient été à leur place sous les voûtes de Sainte-Sophie
aussi bien que dans une église de la Palestine. Au reste,
quand même quelques vases d'or auraient été restitués à Jérusalem,
il resterait encore à chercher ce que sont devenus les deux
principaux ornement du Temple, ceux que Josèphe a mentionnés
et que les Romains ont représentés sur l'arc de Titus: le
chandelier à sept branches et la table des pains de proposition
(26). Déposés dans le Temple
de la Paix et ensuite dans le Palais des Césars (27),
ils durent dès l'abord attirer les regards et les mains avares
des Goths. Apportés par eux dans la Gaule méridionale, la
forteresse de Carcassonne les reçut et les a probablement
gardés dans la double enceinte de ses murailles (Gaza Gothorum).
D'après une tradition populaire, ils furent
jetés dans le grand puits par les Wisigoths effrayés, lors
de l'invasion d'Attila (28).
C'est une fable absurde, qui ne supporte pas la discussion.
Cependant, au commencement de ce siècle, une société d'actionnaires
se forma à Carcassonne pour assécher le grand puits, dans
l'espoir d'y trouver des trésors: on y trouva seulement quelques
pointes de flèches et quelques médailles.
Une autre légende raconte qu'Alaric fit
bâtir sept tours, notamment la tour du Trésau, où
il renferma ses richesses (29).
Mais cette magnifique tour est une construction de Philippe-le-Hardi.
Sur quel point de la Cité les Wisigoths ont-ils donc caché
leur trésor?
Carcassonne, fortifiée par les Romains avec
toute la puissance de leur art, était réputée, dès le Ve siècle,
comme elle l'a été depuis, durant tout le Moyen Age, une citadelle
d'une force merveilleuse. Bien qu'elle ne fût pas leur capitale,
les rois Goths devaient y avoir un palais. Si l'on pouvait
déterminer la place où était ce palais, le problème serait
résolu.
Le château actuel a été fondé dans le Xle
siècle; les tours rondes du côté de la Cité semblent contemporaines
de Roger 1er. Deux de ces tours méritent notre attention.
On voit dans une meurtrière rectangulaire de la tour du Major,
deux pierres ayant appartenu à un monument ancien; leurs
bords sont taillés d'ornements bizarres dans le style romain
de la décadence. On remarque, dans la tour des Casernes,
au linteau de la porte qui conduit à la courtine suivante,
une pierre à moitié sculptée, ornée d'un filet et de plusieurs
baguettes; elle provient évidemment d'un monument antérieur.
Au linteau de la fenêtre romane qui donne sur la cour, est
une pierre du même genre dont une arête est taillée en biseau.
En joignant ces exemples à celui de la tour du Major,
on arrive à la certitude qu'avant la construction du château
du XIe siècle, il existait sur son emplacement actuel, ou
tout au moins non loin de là, un édifice important (30).
Ni les Francs, ni les comtes héréditaires
n'ont laissé de trace de leur passage à Carcassonne. S'il
existait de leur temps une résidence seigneuriale, il est
probable, dit M. Foncin, qu'elle occupait l'emplacement du
château. Il ne reste aucune construction des Arabes, si ce
n'est la tour Pinte, que M. Viollet-leDuc croit pourtant
de l'époque romane. Ainsi, l'édifice qui a précédé le château
comtal, ne peut avoir été bâti que par les Wisigoths, à moins
qu'on ne le suppose d'origine romaine: hypothèse moins vraisemblable
qui, d'ailleurs, ne changerait rien à ma conclusion. Romain
ou Wisigoth, ce monument était, selon toute apparence, l'ancienne
résidence des successeurs d'Alaric, le palais fortifié où
ils avaient déposé leur trésor; et si une partie de ce trésor
a été réellement cachée quelque part, c'est dans ce palais
qu'elle dut être enfouie à une date incertaine, peut être
à l'approche d'Attila ou de Clovis.
J'appelle l'attention du lecteur sur le
passage suivant du Dictionnaire historique de Moréri, édition
de 1759, article Carcassonne:
"Quelques auteurs croient que les
Goths fortifièrent Carcassonne, qu'ils bâtirent le
château et quels y mirent en dépôt les dépouilles
de Rome..."
"On voit dans la Cité un château
assez fort où l'on conserve des actes très anciens
et d'une écriture particulière, sur des écorces d'arbre
et sur de la toile, dont il y en a plusieurs qu'on
croit y avoir été apportés par les Wisigoths après
la prise de Rome."
Le même fait est mentionné par M. Cros-Mayrevieille,
dans les Monuments de Carcassonne:
"Voici ce qu'on lit dans
un Mémoire déposé dans les Archives du génie
militaire de Perpignan: Les Goths apportèrent
dans la Cité de Carcassonne, avec les trésors de
Rome, des actes très anciens et d'une écriture particulière
sur des écorces d'arbre et sur de la toile, qu'on
conserve avec soin dans les archives."
Ces actes n'étaient-ils pas des fragments
en caractères samaritains de cet exemplaire de la Loi des
Juifs que Vespasien fit déposer dans son palais? Quoi qu'il
en soit, ce curieux document a été détruit. Le 30 brumaire
de l'an Il, les Archives de la Cité furent brûlées par les
autorités révolutionnaires, sur la place de la liberté.
F. Jaffus
(1) I. Esdr. I,
7 et 11.
(2)
De belle Judaïco, I,
VI, c. 32.
(3) lbid I, VI,
c. 41.
(4) Ibid. L. II, c. 17.
(5) Exod. c. XXVI.
(6) I..Paralip.
IV, 7 et 8.
(7) Dom Calmet, t.II,
p. 686.
(8) I. Machab. 1,
23; IV, 49.
(9)
II. Machab. 11, 4 et
5.
(10) Comment. sur la Bible,
t.III, p. 876.
(11) De bell.
Judaic. , v, c. 14.
(12) Ibid. I, VII, c. 19.
(13) Herodian. in Commod.
(14) De bell..
Goth. I. 1
(15)
Hist Franc. I. II, c. 37.
(16) Fredegar. Chronic. c. 73, p. 441
(17) De bell.
Goth. I. Il.
(18) Procop. lib. Il.
(19) Procop.
Ibid.
(20) Fredegar.
Chronic. C. 3, p. 463.
(21)
Quelques compositions de crystal coloré.
(22)
Elmacin, Hist sarracen, L. I, p. 85.
(23) Makkari,
Fragm. extrait par M. Reinaud - Gibbon, Histoire, c.
51 - Fauriel, de la décadence et de la chute de
l'empire romain Hist. de la Gaule méridionale, L.
III, p. 97.
(24) Procop. De bell. Vanda.
L. II.
(25)
Annal. L. 1, p. 124.
(26)
Lors de la prise de Milan, par Frédéric Barberousse, en 1152,
le clergé de l'église métropolitaine offrit en don à Vladislas
II, roi de Bohême, allié de l'empereur, un chandelier qui,
à ce que l'on prétendait provenait du Temple de Salomon. Vladislas
le fit porter à Prague, dans l'église de Saint-Veit. Ce chandelier
était d'airain, tandis que le chandelier de Moïse et ceux
que Salomon fit faire sur ce modèle, étaient de l'or le plus
pur. Du Préau, Hist. de l'Eglise. Gley, Biogr. univers.
(27) Procop. L. I.
(28) Besse,
Hist des antiq. de Carcassonne, p. 38 - Viguerie,
Annales, p. 4.
(29) Besse,
ibid. Viguerie, ibid.
(30) Foncin, Guide historique à
la Cité, p. 240 et 214.
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