LA SEMAINE RELIGIEUSE DE CARCASSONNE
27 septembre 1885,
LE DEVOIR DES CATHOLIQUES
Son Eminence le Cardinal Lavigerie vient
de rappeler dans un magnifique langage aux Catholiques de
France les obligations qui leur incombent au moment des élections.
Nous détachons de son remarquable mandement le passage suivant.
Que les catholiques méditent les conseils du vénérable Archevêque
:
«Nous avons le droit d'ajouter que les
chrétiens fidèles doivent regarder comme un crime la complaisance
ou la faiblesse qui les porterait à soutenir de leur influence
ou de leurs votes, quel que soit d'ailleurs le drapeau politique,
dont nous ne voulons pas nous occuper, les hommes qui manifesteraient
l'intention de continuer la persécution commencée, ou même
qui ne s'engageraient pas nettement à la combattre; le droit
d'ajouter enfin, que s'abstenir dans une lutte aussi directement
engagée contre leurs consciences, ne pas faire trêve à leurs
divisions pour marcher ensemble contre les adversaires déclarés
de toute religion, serait, de leur part, trahir leur foi,
ou, pour employer une expression plus française encore, déserter
devant l'ennemi.
«S'ils avaient à souffrir un jour, pour
avoir défendu une telle cause, ils auraient, dans la mesure
même de leurs souffrances, l'honneur et la récompense des
martyrs.
«Nous devons les engager pour la défense
de la religion menacée, aux plus généreux sacrifices. Une
chose confond de la part des catholiques de France, dans le
moment actuel. Leur charité pour les oeuvres privées est inépuisable.
Elle trouve des ressources pour la construction des églises,
pour le soulagement des pauvres, pour le développement des
associations pieuses. Il n'y a que pour la lutte religieuse,
destinée à préserver de la ruine l'Eglise et la société chrétienne,
qu'elle semble indifférente. Et cependant, il n'y a point
à en douter; dans les temps que nous traversons, c'est cette
lutte religieuse qui importe avant tout. Eclairer et ramener
les esprits, est, en un sens, aussi nécessaire et aussi méritoire
que de construire une église; fournir aux frais de réunions,
de conférences, de publications destinées à préserver les
âmes de la propagande athée, est aussi urgent et aussi efficace
que de fonder ou de soutenir des couvres de bienfaisance.
«Il est des temps, et ce sont les nôtres,
où la foi, sous peine de se trahir elle-même, doit devenir
prodigue et suffire à tout, dans un élan de dévouement et
d'amour.»
Puissent de telles paroles trouver un écho
partout où battent des coeurs catholiques !
Ecoutons, à son tour, Monseigneur l'Evêque
d'Autun.
« Si les députés font les lois, ce sont
les électeurs qui font les députés; donc, et au nom d'un logique
inexorable, les électeurs porteront la responsabilité des
lois, bonnes ou mauvaises, qui seront élaborées pendant la
législature à laquelle leurs suffrages vont donner naissance.»
«Il en résulte qu'ils doivent aviser, réfléchir
très sérieusement aux conséquences de leurs votes, au moment
où ils vont exercer un droit et remplir un devoir dont les
suites auront sur la situation de la religion dans notre pays
le contre coup le plus direct.» |