LA SEMAINE RELIGIEUSE DE CARCASSONNE
4 octobre 1885,
QUE VEUT LE PAYS ?
Le pays veut ceci; le pays dit cela; le
pays s'étonne que..., le pays réclame !... » - Voilà ce qu'on
entend dire tous les jours et répéter sur tous les tons en
ces jours de période électorale.
Je confesse, pour être absolument sincère,
et n'avoir rien sur la conscience, dit à ce sujet M. J. Simon,
que j'ai entendu souvent crier: «Le cléricalisme, voilà l'ennemi
!» D'abord, celui qui l'a crié le premier est passé grand
homme pour cela; et une foule de députés, de politiques d'estaminet
et de polissons des rues l'ont répété après lui avec quelque
succès. Je reconnais aussi qu'il y a des gens en France, qui
haïssent les Jésuites du fond de l'âme. Ils ont sans doute
d'autres passions et d'autres haines; mais ils n'ont pas d'autre
politique. Ces gens-là, dont l'existence est avérée, sont-ils
le pays, comme on le prétend ? A-t-on le droit de dire que
le pays veut tout laïciser, à cause de ces mangeurs de prêtres
et de Jésuites ? Ce serait bien exagérer, citoyens; car enfin
il reste bien en France quelques millions de catholiques,
vingt-cinq millions au moins, en comptant les femmes. Et parmi
ceux qui ne croient à aucune religion positive, je suis persuadé
qu'il y a encore deux ou trois bons millions qui respectent
la liberté des autres et la croyance des autres; qui même
ne sont pas fâchés que les autres aient des croyances. Cette
statistique ne peut être contestée. Et on nous dit : «Le pays
veut ! Le pays a parlé ! »
Le pays n'a aucune des volontés, ni aucune
des joies que vous lui attribuez. Ce n'est pas lui qui a voulu
l'agitation religieuse. Si vous croyez que le pays est enchanté
de voir ses représentants tout occupés de rogner le traitement
des vicaires de paroisses, vous êtes dans la plus profonde
erreur. Le pays s'en indigne, au contraire. Il ne comprend
rien à vos cris, ni à vos fureurs, ni à vos désirs. Ou plutôt
il comprend tout, et il n'en est que plus irrité et plus dégoûté.
Le pays cependant a bien une volonté, et
la voici telle queM.Jules Simon l'expose :
Le pays veut qu'on renonce à toutes les
balivernes, pour s'occuper enfin de ses affaires; voilà ce
qu'il veut. Il ne veut pas qu'on le mène à confesse malgré
lui; mais il n'entend pas qu'on l'empêche d'y aller, si cela
lui plaît.
Son avis est qu'il doit être maître chez
lui, maître de ses enfants pour les élever à sa mode, et non
pas à celle de M. Paul Bert. Il vous prie instamment de vous
occuper des gens qui ont faim, des ouvriers sans travail,
des industries ruinées par la concurrence étrangère, et des
agriculteurs dont le blé ne se vend plus. Il se plaint d'être
trop gouverné et de n'être pas assez garanti contre. les voleurs,
les assassins et les pillards. Il dit parfois que vous n'avez
d'énergie que contre les honnêtes gens ... |