LA SEMAINE RELIGIEUSE DE CARCASSONNE
18 octobre 1885,
LA RELIGION PEUT-ELLE ETRE ETRANGERE
AL'EXERCICE DU DROIT ELECTORAL ?
Lorsque nous allons déposer dans l'urne
le nom du citoyen que nous choisissons pour nous représenter
et pour traiter les affaires communes dans telle ou
telle assemblée, nous ne pouvons pas dire : Au moment
où j'agis comme électeur, je puis oublier que je suis
chrétien; au moment où je dépose mon vote, je n'ai plus
à m'occuper de la loi que Dieu m'a donnée. Nous ne pouvons
point nous parler ainsi, nous ne pouvons point avoir
cette pensée. Bien au contraire, nous devons faire,
avant toute chose, cette réflexion : C'est une affaire
grave qu'une élection; qu'est-ce que Dieu veut et attend
de moi dans cette circonstance ?
Car, il faut bien remarquer que, plus
l'acte que nous posons est important, plus nous sommes
obligés de bien nous assurer auparavant que cet acte
est conforme à la loi de Dieu.
Un père de famille, lorsqu'il a un
parti à prendre, un choix à faire, doit réfléchir plus
sérieusement, plus longtemps que l'homme qui n'a pas
de famille. Et cela, parce que le chef d'une maison
engage, toutes les fois qu'il agit, non seulement son
honneur à lui et ses intérêts propres, mais aussi en
même temps l'honneur et les intérêts de ses enfants
et de tous les siens.
Par un motif tout semblable, lorsque
nous choisissons un de nos concitoyens pour nous représenter
dans une assemblée, nous devons prendre plus de précautions
encore que le père de famille qui prend une détermination
concernant ses propres affaires : il s'agit, en effet,
des intérêts de toute une commune, ou, ce qui est bien
autrement considérable, il s'agit de l'honneur et de
la prospérité de toute la nation.
Donner son vote dans une élection,
c'est donc encourir une grande et grave responsabilité.
Et ce n'est pas assez de dire que Dieu juge cet acte
comme tous les autres actes de la vie : il faut ajouter
que, s'il est bon, Dieu le récompensera avec plus de
bonté, que, s'il est mauvais, Dieu le punira avec plus
de rigueur. Et cela, pour cette raison que cet acte
a des conséquences plus étendues, et qu'il doit contribuer
à faire le bonheur ou le malheur d'un grand nombre de
personnes.
Dieu juge les hommes politiques et
chacune des actions de leur vie publique comme il juge
chacune des actions de leur vie privée.
Les ministres et les hauts fonctionnaires
rendront compte à Dieu de chacune des décisions qu'ils
auront prises. Les sénateurs, les députés, les membres
de toutes les assemblées rendront compte à Dieu de chacune
des paroles qu'ils auront prononcées, de chacun des
votes qu'ils auront donnés. Et nous-mêmes, qui sommes
leurs électeurs, nous rendrons compte à Dieu du choix
que nous aurons fait de tels ou tels hommes pour nous
représenter et diriger les affaires communes.
Ainsi s'exprime Mgr Isoard, évêque
d'Annecy. Que peut-on ajouter à ce sage et grave enseignement
? Disons seulement qu'une effrayante responsabilité
pèserait, non seulement sur les électeurs qui émettraient
un vote condamné par Dieu, mais encore sur ceux qui
se désintéresseraient d'une lutte dans laquelle sont
engagés les plus graves intérêts de la Religion. L'abstention,
regrettable en tout temps, serait une désertion criminelle
dans les circonstances présentes. Que les timides et
les hésitants ne l'oublient point.... |