M.
l'Abbé BOUDET
Deux mois à peine se sont écoulés entre
la mort de M. l'Abbé Rescanières et celle de
l'Abbé BOUDET. La paroisse de Rennes-les-Bains est
deux fois en deuil. C'est le mardi saint à 7 heures
du soir que mourrait à Axat, après d'atroces souffrances,
ce grand patient depuis si longtemps crucifié par la
maladie, et c'est le jeudi saint, à 9 heures du matin,
qu'une suite nombreuse de parents et d'amis accompagnait
à sa dernière demeure ce modèle de sacerdoce.
Plusieurs fidèles de Rennes-les-Bains
représentaient la paroisse reconnaissante et dévouée.
Né à Quillan, tour à tour vicaire à
Caunes, curé de Festes et Saint André, c'est à Rennes-les-Bains
surtout que M. l'Abbé
BOUDET exerça son ministère. Il y demeura 42 ans
et grace à sa vaste érudition et à son éminente piété,
il accrut la renommée de cette station balnéaire, déjà
si bienfaisante, et il en fit une vraie clinique spirituelle.
Avec une rare discrétion et sans rien
perdre de sa dignité de prêtre, il sut montrer qu'une
bonne hygiène morale etait indispensable pour préserver
et conserver la santé; il sut montrer la bonté divine,
mettant le plus souvent le remède à coté du mal et inspirant
aux malades la douceur et la résignation si favorables
aux bons résultats de la cure. Par son affabilité, il
sut combattre la tristesse et l'abattement parfois cause
des insuccès de la science; par son humilité, il atteignit
le mal du siècle: "c'est une lutte d'importance",
disait-il; Par son austérité et ses mortifications,
il réagit contre le vice abject et ses suites déplorables
pour l'organisme humain et les intérêts vitaux de la
famille; par sa gravité et sa modération, par sa haute
culture, il fît aimer la vérité qui libère l'homme des
entraves de ses passions; enfin par sa piété, il inspira
la confiance en Jésus, l'Homme Dieu, le celeste guérisseur
et le rémunérateur des patients efforts de cette science
sacrée qui se rapproche tant de l'oeuvre créatrice en
sauvegardant et prolongeant la vie.
Tous ceux qui ont connu M.
l'Abbé BOUDET et qui l'ont vu à l'oeuvre pendant
son long séjour à Rennes-les-Bains rendront témoignage
à la véracité de ce portrait, hélas! trop rapidement
et trop faiblement ébauché.
A quelle source vive puisait ce saint
prêtre pour alimenter sa vertu? Il ne sera pas indiscret
maintenant de dire qu'il avait toujours refusé de quitter
sa chère paroisse. Comme on lui faisait un jour ressortir
les avantages offerts et qu'il aurait eu quelques raisons
d'accepter, après tant de sacrifices consentis, il répondit;
"J'aime la pauvreté, elle et moi avons toujours
fait bon ménage". Cet émule du bienheureux curé
d'Ars ne pouvait faire que du bien.
Les prêtres nombreux venus chaque année
et les fidèles baigneurs habitués de Rennes auront une
intention dans leurs prières pour celui qui a toujours
souffert de ne pouvoir leur être plus utile et qui s'est
tant dédommagé en offrant ses souffrances et ses douleurs
en réparation.
"La responsabilité d'un curé est
chose écrasante, ici plus que partout ailleurs!"
disait il souvent, et si on ne l'eut rassuré, malgré
son vif désir de mourir à Rennes, il se serait retiré
bien plus tôt dans la maison de son frère ou l'appelaient
tant de souvenirs, son amour du silence et de l'obscurité
et le soin si nécessaire d'une soeur dévouée qui devaient
lui permettre dans sa retraite d'Axat de dire la messe
encore 11 mois après son départ de Rennes-les-Bains.
Cher M. BOUDET,
votre paroisse aurait été bienheureuse de posséder vos
précieux restes, votre tombe aurait été un lieu de pieux
pélerinage pour tous les chrétiens reconnaissants de
Rennes et de la contrée.
Si cette satisfaction nous est refusée,
vos fidèles et vos amis n'en auront pas moins le culte
du souvenir et vous resterez toujours pour tous le curé
de Rennes-les-Bains et le père le plus honoré et le
plus aimé de la paroisse.
Les tombes de votre mère et de votre
soeur nous demeurent et, comme par le passé, nous les
visiteront souvent et en priant pour elles, nous prierons
pour vous.
Nous offrons nos vives condoléances
à Mme BOUDET et à tous les parents du cher défunt.
Un Ami |