SUR LA VALEUR DE L'ARGENT AU TEMPS DE
BERENGER SAUNIERE
L’un des problèmes
récurrents lorsque l’on s’intéresse
à la fortune de l’abbé SAUNIERE consiste
à évaluer le pouvoir d’achat et la valeur
de ses dépenses et de ses revenus. Une bonne méthode
consiste à multiplier les francs Or par 15 ou 20pour
obtenir une contre valeur en euros actuels. Si elle est
simple, cette méthode doit néanmoins être
appliquée avec prudence. |
L’indice INSEE
Première façon de procéder est d' appliquer
l’indice INSEE. Il s’agit d’un compte cumulé
à partir de la valeur reconnue de l’inflation de
chaques années écoulées. Selon ce procédé
le franc Or 1900 vaudrait 2,79€ actuels.
Si cette méthode à l’avantage d’être
mathématiquement rigoureuse elle a néanmoins ses
limites.
D’une part parce que le calcul de l’inflation annuelle
n’est pas une science exacte. Elle est actuellement basée
sur l’évolution d’un groupe de produits prédéfinit
et non exhaustif et a subit des variations de méthodologie
importantes dans le temps.
D’autre part parce qu’il y a une rupture logique
importante.
Le salaire théorique d’un ouvrier à l’époque
est de 100F Or par mois, sois 279€ actuel. On est loin du
SMIC, surtout que le salaire réel était de 40F en
pratique (1).
Autre exemple de cette rupture logique, le prix d'une coupe de
cheveux chez le coiffeur était de 0,30 F Or . En appliquant
l'indice INSEE on obtient une équivalence à 1euro
la coupe de cheveux de nos jours.
Ainsi il convient d'envisager d'autres méthodes qui permettent
une conversion plus réaliste en terme de valorisation.
Alignement du pouvoir d’achat
Une autre manière de procéder consiste à
aligner les valeurs en fonction du pouvoir d’achat. Par
exemple le kilo de pain valait 0,40€ en 1900 et 2,00€
actuellement, soit un rapport de 5.
Mais dans la pratique ce rapport varie selon les produits envisagés.
A l'époque de Bérenger SAUNIERE, les premiers postes
de dépenses par tête sont :
1°) se nourrir,
2°) se vêtir (la nourriture et les vêtements sont
chers à l'époque...)
3°) se loger.
Aujourd'hui, ce serait
1°) se loger,
2°) "la modernité " (voiture, réfrigérateur,
téléphone, informatique etc..)
3°) se nourrir,
4°) se vêtir,
La valeur relative des choses a donc varié dans le temps
et il faut rester prudent dans les comparaisons avec une valeur
actuelle.
Pour ce qui est du prix d'une maison en particuliers, il faut
savoir qu'à l'époque une maison à Rennes
le château c'est essentiellement 4 murs, un toit et quelques
fenêtres, le sol étant le plus souvent en terre battue.
Il n'y a pas les éléments chers d'une maison moderne
: cuisine équipée, salle de bains, eau courante,
chauffage central, électricité, isolation etc..
Ainsi à l’époque on pouvait acquérir
une maison à Rennes le château pour 1500F Or.
Pour la petite histoire, voilà comment une vieille institutrice
de ma connaissance m'expliquait comment sa famille (pauvre) avait
eu sa première maison.
"C'était en 1936, mon père avait acheté
un terrain à la limite du village. Durant les premiers
congés payés, avec un ami, ils ont clôturé
le terrain et creusé les fondations. Puis toute l'année,
lorsqu'il sortait du travail, mon père allait à
la carrière et extrayait de la pierre qu'il ramenait avec
une brouette. Arrivé, il faisait le ciment et il montait
les pierres qu'il avait ramené pour construire les murs.
Quand il avait fini, on mangeait et il allait se coucher. Le lendemain
matin, il repartait au travail avec sa brouette et sa barre à
mine. Le dimanche, il faisait plusieurs voyages et l'été
suivant, les murs étaient montés. Lors des congés
de 37, avec son frère et des amis, ils ont monté
la charpente, le toit, les fenêtres et les portes. Après,
avec ma mère, ils ont construit l'intérieur C'était
une maison toute simple : au rez-de-chaussée une grande
pièce et une cuisine, en haut, une chambre pour eux, une
chambre pour les enfants et une salle d'eau (genre un lavabo apparemment).
Les toilettes étaient au fond du jardin."
A l'époque de Bérenger SAUNIERE se loger n'était
donc pas cher. Vers 1905 la maison natale de BS (qui n'a rien
d'une cabane) est estimée à environs 3000F. (voir
la maison natale de Bérenger SAUNIERE)
Lorsque Bérenger SAUNIERE, à l'occasion de son
procès en 1911, annonce avoir consacré 90.000F à
la construction de la villa Béthanie, 40.000F pour Magdala
et 19.050F pour la terrasse et les jardins il s’agit bien
de sommes qui ont de quoi surprendre ses juges.
A contrario, les animaux, à des époques ou ils
représentent la seule force motrice disponible coûtaient
500F Or l'âne, 800F Or le boeuf et 1000 F Or le cheval de
trait.
Si l’immobilier peut sembler très peu cher, certains
éléments peuvent au contraire sembler surévalué
par cette méthode.
Comparaison interne
Cette méthode consiste à comparer les sommes requises
avec le salaire officiel de Bérenger SAUNIERE qui était
de 75 F Or par mois sois 900F Or par an.
A titre d'exemple l'abbé enregistre 300,00F en décembre
1907 (plus petite entrée mensuelle connue) soit 4 fois
son salaire officiel et 2755,00F en novembre 1901 (plus grande
entrée mensuelle connue) soit un peu plus de 35 fois son
salaire officiel.
En moyenne de 1894 à 1915 Bérenger SAUNIERE encaissera
environs 12 fois son salaire "normal".
Lorsqu'en novembre 1904 il solde 500,00F Or à Oscar VILA,
cette somme représente plus de 5 fois son salaire ordinaire.
On conçoit que la fortune de l'abbé SAUNIERE, sans
être exceptionnelle n'en était pas moins confortable.
Note concernant l’inflation
Durant toute la période de 1870 à 1914 l’inflation
est faible et stable à tel point que l’on peut considérer
qu’elle est négligeable.
Ce n’est qu’à partir de la première
guerre mondiale, avec l’abandon du franc Or pour le franc
« simple » que l’inflation va reprendre et ce
très brutalement. Ainsi, si sur cette période les
revenus de l’abbé SAUNIERE peuvent paraître
stables, en réalité son pouvoir d’achat s’effondre.
Expérience personnelle
L’ensemble de ces considérations ainsi que mon expérience
personnelle m’ont conduit pour obtenir un résultat
« intelligible » à multiplier le franc Or par
15 à 20 pour obtenir une équivalence en euros.
Ainsi le salaire de Bérenger SAUNIERE correspondrait à
environs 1300€ mensuels et le salaire réel d’un
ouvrier à 600€ ce qui est logique à une époque
ou le prêtre est mieux payé que l’ouvrier (ce
qui n’est plus le cas).
Néanmoins, si cette méthode
a le mérite de la simplicité il faut savoir garder
à l’esprit ses limites.
Quelques exemples de prix en 1914
| 1 kg de pain |
0,42 franc |
| 1 kg de pommes de terre |
0,17 franc |
| 1 kg de beurre |
3,02 francs |
| 1 kg de margarine |
2,40 francs |
| 1 douzaine d’oeufs |
1,24 franc |
| 1 litre d’huile d’olive |
1,47 franc |
| 1 kg de gruyère |
2,78 francs |
| 1 litre de lait |
0,27 franc |
| 1 kg de sucre |
0,86 franc |
| 1 kg de boeuf |
2,01 francs |
| 1 kg de veau |
2,39 francs |
| 1 kg de mouton |
2,62 francs |
| 1 litre de vin de pays |
0,46 franc |
| 1 paire de chaussures |
16,50 francs |
| 1 ressemelage complet |
4,00 francs |
| 1 complet pour homme |
50,00 francs |
| 1 manteau dame |
30,00 francs |
| 1 paire de drap fil de coton |
16 francs |
| 400 gr de savon de Marseille |
0,35 franc |
| 100 kg de charbon |
5,20 francs |
| Journal quotidien |
0,05 franc |
| Le kilomètre de train en 3ème classe |
0,05 franc |
| Le timbre pour lettre |
0,10 franc |
| Le m3 de gaz de ville |
0,20 franc |
| Le paquet de tabac gris de 40 gr. |
0,50 franc |
| La coupe de cheveux |
0,30 franc |
| Un m3 de bois de sapin |
1,95 franc |
(1) Cette différence provient du fait que le salaire
de 100F Or mensuel était indicatif. Dans la réalité
il était bien inférieur et Bérenger SAUNIERE
n'a aucun problème pour trouver des ouvriers qui acceptent
d'être payés 40F Or par mois.
Octonovo mai 2005