A partir de 792, l'importance
de Rennes le château, l'antique Rhedae, est confirmée
par des documents écrits qui nous permettent
de bien reconstituer l'histoire malgré de nombreuses
questions qui restent en suspend. C'est aussi vers cette
époque que la ville va entamer son lent mais
inexorable déclin.
C'est grace à la reconquête du sud de
la France par Charlemagne vers 780 que Rennes le château
va entrer dans l'histoire. Celui ci va mettre en place
une administration efficace sur l'ensemble de son empire
dont certaines traces nous sont parvenues.
C'est en 782 qu'est cité pour la première
fois le Rheddesium, comté dont on peut se douter
que le nom est issu du chef lieu Rhedae, comme Narbonne
et le Narbonnensis. Ce premier document recense les villages
et les terres situées sur le comté mais
appartenant à l'église Saint JUST de Narbonne.
Il ne cite donc pas Rhedae, mais nous montre un comté
plus étendu que celui de Carcassonne!
En 789, ce sont les missi dominici de Charlemagne, THEODULF
(Evêque d'Orléans) et LEIDRADE (archevêque
de Lyon) qui font, sous la forme d'un poème, le
descriptif de la région et de leur visite.
Inde
revisentes te, Carcassonna, Redasque, moenibus inferimus
nos cite Narbo tuis
De là,
après avoir été visiter la ville
de Carcassonne et celle de Reda, nous revenons au
plus tôt à Narbonne.
C'est de ce document que l'on déduit
l'importance de Rennes le château à l'époque
carolingienne, comparable à celles de Narbonne
et Carcassonne.
PAGUS et comté
A l'origine Pagus veut dire pays, au sens de
région, comme on le retrouve en vieux français
dans l'expression "il est de mon pays",
il est de ma région. Ceux ci sont entendus
dans un sens assez restreint : il existe le Sabarthès,
le limouxin, le pays d'Aillon... pour vous donner
une idée de l'étendue d'un pagus
telle qu'elle est envisagée vers cette
époque.
Cette notion tient à une cohérence
essentiellement géographique, mais qui
peut être aussi politique, commerciale,
linguistique, etc... qui crée cette notion
de communauté supérieure au village.
C'est Charlemagne, par ses innovations en termes
d'administration va créer les comtés
au sens propre, qui correspondent généralement
à des pagus, pour des raisons pratiques
évidentes.
C'est donc par une approximation que j'ai désigné
le Rhedesiuum comme comté jusqu'a présent.
Il n'existe juridiquement pas et il ne peut y
avoir de comte de Rhedae avant Charlemagne, bien
que le pagus correspondant (peu ou prou) ait très
probablement existé, avec une ville principale
et un pouvoir politique certain sur lequel nous
n'avons pas d'information sûre.
LES COMTES INDEPENDANTS DU RAZES.
Mais ce n'est qu'en 790 que sera créé
le comté et nommé le premier comte de Rhedae
dont j'ignore le nom. Il ne restera pas longtemps. En
796, Guillaume de GELLONE, qui est peut être un
descendant du célèbre THEODORIC est nommé
comte, poste qu'il occupera jusqu'en 813, date à
laquelle il sera remplacé par BERA Ier.
A partir de BERA Ier, il existe une première lignée
établie de comte. Son fils, ARGILA lui succède
à une date indéterminée, jusque vers
845, ou c'est la aussi son fils BERA II qui lui succède.
C'est grace à un acte de 854 que l'on apprend le
démembrement du comté, sans que l'on sache
exactement la raison qui y a mené. Ce démembrement
marque le début d'un lent mais inexorable déclin
de Rhedae.
Avec ses comtes particuliers, Rennes avait une indépendance
politique égale à celles de Carcassonne,
Toulouse, Foix... En théorie au moins, le comte
du Rhedesium est l'égal des autres comtes. Avec
le démembrement, le comté va être
rattaché à d'autres puissances.
LES ALEAS DU SYSTEME FEODAL.
D'une manière générale, le pouvoir
royal va s'affaiblir au bénéfice des grands
seigneurs. Les règles de la vassalité vont
générer de nombreuses guerres privées
et la constitution de liens d'un complexité indissoluble
et croissante jusque vers le XIIe siècle.
Cette situation générale va s'appliquer
à Rhedae, qui va devenir l'enjeu de luttes incessantes
entre ses puissants voisins. Outre les comtes de Carcassonne
et les rois d'Aragon, j'ai noté les comtes de Barcelone,
de Foix, de Toulouse, les évêques de Narbonne
et d'Alet, et l'action de milices bourgeoises, tous impliqués
par leurs propres intérêts dans l'histoire.
Il serait beaucoup trop long de rentrer ici dans les détails
de toutes ces luttes, trahisons, guerres, successions,
ventes et reventes...
Retenons qu'au final, vers le milieu du XIIe siècle,
le Rhedesium est sous le controle du comte de Carcassonne,
avec contestation des rois d'Aragon, qui s'estiment spoliés
dans cette affaire.
LES ALEAS DE L'HISTOIRE
C'est durant cette même période que la
physionomie du Rhedesium va profondément se modifier.
Alors que depuis des siècles, les voies de communications
principales sont des "routes de crètes"
(comme la voie romaine qui vient du Bézu et va
à Rennes le Château via La Valdieu) et les
centres de pouvoir sont des forteresses de montagne (comme
Rennes le château et le Bézu), les XIe et
XIIe siècles vont voir le développement
économique des vallées, modifiant peu à
peu l'équilibre géostratégique de
la région.
C'est surtout la ville de Limoux qui va prendre son essor
vers l'an 1000 grace à sa situation qui lui permet
d'être une efficace plate forme commerciale. Mais
aussi Alet, alors évêché qui connait
une vie industrieuse prospère, ainsi que Quillan.
De nouvelles voies de communication vont se créer
et l'antique Rhedae qui devait probablement son importance
à sa situation, s'en retrouve géographiquement
tout à fait à l'écart.
COMTES DE CARCASSONNE CONTRE ROIS D'ARAGON
Les comtes de Carcassonne sont de puissants seigneurs
à l'époque, abrités dans leur forteresse
réputée imprenable. Ils jouent à
égalité avec le comte de Toulouse et le
roi d'Aragon sur l'échiquier politique.
Outre leurs propres comté, ils règnent sur
ceux de Foix et... Rhedae. Pourtant, depuis plusieurs
décennies, les rois d'Aragon ont des prétentions
sur le Rhedesium qu'ils ont acheté... pour lequel
ils ont des titres... mais qui reste aux mains de la famille
des TRENCAVEL.
Cette situation va perdurer pendant plusieurs décennies,
avec de multiples rebondissements. Au final, en 1170,
Le roi d'Aragon va mener une attaque contre sa propre
possession (théorique) et se sachant incapable
de la conserver dans les faits, va procéder à
la destruction de la ville et de ses fortifications.
Malgré quelques travaux de remise en état
opérés, la ville n'est plus en état
de défense et la puissante Rhédae peut être
considérée comme finie.
LA CROISADE DES ALBIGEOIS
C'est à partir de 1207 que va être prêchée
une croisade contre une nouvelle hérésie
en terre languedocienne : le catharisme.
Cette "croisade intérieure" va déchirer
l'Occitanie pendant des décennies, sous la houlette
de l'impitoyable Simon de MONTFORT, puis de Saint LOUIS,
que certains, au pays, appellent LOUIS dit le Saint...
Rancune tenace!
Rennes le château se situe en plein coeur du pays
cathare, et l'inquisition pourchassera des "bonhommes"
jusque vers 1320 dans le secteur. Pourtant, l'armée
de Simon de MONTFORT va prendre possession de la région
très tôt. Après la prise de Carcassonne
(par trahison), puis du château de Termes (par un
hasard inespéré), l'armée des croisée
remonte la vallée vers Couiza, en passant par Arques.
Deux combats se déroulent dans le secteur si l'on
en croit la Canso ou chanson de la croisade des Albigeois..
Tout d'abord la prise du château de Coustaussa,
puis la prise du château du Bézu.
Il est clair que Rennes le château ne devait pas
être remise de l'attaque du roi d'Aragon en 1170,
et n'était probablement pas en état de défense.
Dans le cas contraire, les croisés l'auraient attaqué
et ce combat serait signalé dans ces annales extraordinaires
qu'est la Canso.
Beaucoup d'auteurs,
à la suite de Gérard de SEDE, considèrent
que Rhedae reste une ville militairement et politiquement
très importante jusqu'en 13??.
Ils sont donc souvent genés pour expliquer
le silence assourdissant de la chanson de la croisade
des albigeois sur Rhedae, alors que l'on y parle
de la prise de Coustaussa, puis, l'armée
des croisés passant probablement par la route
du roc blanc vers Rennes le Château, s'en
désintéressent totalement pour aller
prendre le controle du château du Bézu
avant de repartir vers de nouvelles aventures.
Certains n'hésitent pas à ré-écrire
cette page blanche de l'histoire.
Passons sur ceux qui parlent d'une conspiration!
Si Rennes le château avait été
le but "occulte" de la croisade, celle
ci se serait arrêté dès 1210,
ce qui ne fût pas le cas!
D'autres pensent que la bataille a pu se passer
hors des murs de la cité, au col du pas du
loup, aussi appelé col de la bataille justement.
Il existe à cet emplacement un ossuaire important
qui semble marquer l'emplacement d'un ancien affrontement.
Celui-ci, vu le nombre de corps enterrés
semble avoir été particulièrement
meurtrier et n'aurait pas été passée
sous silence par les auteurs de l'époque.
Il semble que ce charnier soit antérieur
(certains parlent de sarrazins).
D'autres enfin continuent de s'interroger. Car la
ville est remise en état de défense
en 1293. C'est donc bien qu'elle fût détruite
et donc attaquée... forcément par
les croisés de Simon de Montfort.
Il semble bien en réalité que Rennes
le château n'ait pas été en
état d'opposer une défense sérieuse
suite à l'attaque du Roi d'Aragon en 1170,
et ce jusqu'en 1293.
Les intérêts géopolitiques avaient
déjà profondément changé
et ce piton rocheux avait perdu une bonne part de
son intérêt.
Lire : La Canso, chanson de la croisade albigeoise.
LA FAMILLE DE VOISINS
A l'issue de cette guerre, nombre d'anciennes
familles nobles sont dépossédées
au profit des vainqueurs. Le comté va, peu ou prou,
être attribué à la famille de Pierre
de VOISINS, fidèle lieutenant de Simon de MONTFORT.
Le nouveau seigneur du lieu choisit de s'établir
à Arques, et va bâtir à partir de
1291 le château que l'on peu encore voir (et visiter)
à l'entrée du village. Celui ci est en adéquation
avec la nouvelle donne géo-politique qui s'est
maintenant imposée : Il s'agit d'un château
de plaine (un comble dans la région!) qui controle
et profite de la route, voie de communication très
importante à l'époque.
Notons que ce n'est qu'en 1322
qu'aura lieu dans ce village une cérémonie
collective, rassemblant catholiques et derniers
cathares pour abjurer définitivement l'hérésie
qui continuait à avoir des fidèles
actifs, et ce malgré les nombreuses persécutions
de l'inquisition.
Concernant l'exercice tardif et clandestin de cette
religion, lire l'excellent Montaillou, village
occitan d'Emmanuel LEROY LADURIE (1976)
C'est Pierre II de VOISINS, par ailleurs
sénéchal de Carcassonne, qui fît remettre
Rhedae en état de défense à partir
de 1293, apparemment en rétablissant la double
enceinte. La ville conserve encore une certaine importance,
avec quelques centaines d'habitants (La ville de Foix
en compte 700 vers la même époque) et deux
églises dédiées à Saint Jean
Baptiste et à Marie Madeleine.
La famille de VOISINS allait rester maitre de Rhedae jusqu'en
1362.
L'ATTAQUE FINALE
La période qui suit la croisade
des albigeois, jusque vers 1350, est une période
de prospérité. Les guerres et les troubles
qui lui sont associés ont cessé. Il n'y
a pas de grandes épidémies ni de grandes
famines. La population va croitre et la société
se réorganiser.
A partir du milieu du XIVe siècle, cet sécurité
va s'effondrer, avec en particuliers les exactions de
bandes de pillards connues sous le noms de routiers aragonnais.
En 1362, sous le commandement de Henri de TRASTAMARRE,
prince de Castille chassé d'Espagne, ils vinrent
mettre le siège devant Rhedae, qu'ils prirent et
détruisirent, transformant l'ancienne forteresse
en un amas de ruines.
Cette fois, s'en est fini de l'ancienne ville forte. Elle
ne se relèvera jamais plus pour reprendre son antique
puissance, et va, petit à petit, devenir ce petit
village perché au sommet de sa colline.
Concernant cette période qui s'étend
de 782 à 1362, vous pouvez lire