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Octonovo




Dernière mise à jour
le 30 juin 2005


Interviews
 

Interview de M. Arnaud De SEDE
Avril 2005

 

M. Arnaud De SEDE est l'un des enfants de Gérard De SEDE. Il a produit récemment un site Internet dédié à la mémoire de son père dont l'oeuvre ne se résume pas à ses livres sur Gisors ou Rennes le château. Il a accepté de répondre à quelques question sur le personnage qui a rendu célèbre l'affaire de "l'Or de Rennes".

Interview réalisée par Internet en avril 2005.


Gérard De SEDE
D.R. Arnaud de SEDE

OCTONOVO: Pouvez vous vous présenter ?
:
Arnaud De SEDE : Arnaud Guilhem de Sède de Liéoux, fils de Géraud-Marie, dit Gérard et de Marie-Andrée dite Sophie de Sède, né le 9 juillet 1958 dans les Landes. Angliciste, élève d’Henri Adamczewski, je m’intéresse tout particulièrement aux mécanismes sous-jacents du langage. Je ne voue aucun intérêt particulier à l’occultisme mais je respecte la quête de ceux qui s’engagent honnêtement dans des voies inhabituelles, tout en étant attentif à la naïveté et au manque de vigilance dont certains font preuve. Je n’apprécie guère les affirmations péremptoires et je tiens à signaler tout particulièrement les incertitudes lorsqu’elles sont patentes. Mon intérêt pour l’affaire totalement profane de Rennes-le-Château :, est lié au fait qu’elle représente un moment important dans ma vie. Il semble à ce sujet qu’un certain nombre de points demeurent à élucider . Je me pose en défenseur d’aucune thèse mais certaines hypothèses me semblent plus plausibles que d’autres.

89 : Comment présenteriez vous votre père Gérard de Sède d’une façon générale ? Sa vie son oeuvre ?

AdeS : Gérard de Sède a vécu trente-sept années avant que je n’apparaisse sur cette planète, il a beaucoup voyagé et s’est éloigné de sa famille pour un temps. Si je connais très bien l’homme, sa vie comporte encore pour moi quelques mystères.

Nous avions, lui et moi des relations étroites et nos vues convergeaient sur un grand nombre de points. Ce n’est néanmoins ni le respecter ni lui rendre véritablement hommage que de gommer les erreurs qu’il a pu commettre d’autant que son désir de vérité était véritablement au-dessus de tout soupçon.

Né le 5 juin 1921 à Paris, il a rapidement pris ses distances avec l’idéologie monarchiste de sa famille et avec la religion catholique dans laquelle il a été élevé mais il a été très marqué par ses origines tant sociales que géographiques. A la source de cette rupture il y a la soudaine révélation d’une hypocrite contradiction entre le discours et la pratique à l’égard des pauvres. Gérard de Sède a toujours pris le parti des opprimés, y compris, lorsque l’occasion se présentait, au péril de sa propre vie.

D’une très grande culture et intellectuellement très brillant, il était doué d’une exceptionnelle capacité d’abstraction mais il a eu souvent du mal à assimiler les aspects concrets de la vie. Parfaitement capable de comprendre un raisonnement mathématique complexe (le voir effectuer une opération difficile était une expérience plutôt amusante), rien de ce qui touchait au concret ne lui convenait, ce qui ne l’a pas empêché de se livrer à toutes sortes d’activités, avec passion, avec des succès variables.

Il était donc en proie à des contradictions qui, considérées de loin, pouvaient sembler curieuses et il a parfois mis beaucoup de temps à s’apercevoir qu’il faisait fausse route.

Ses écrits peuvent se classer en 4 types : littéraires, philosophiques, politiques et para-historiques. Seuls ces derniers, à son grand regret, ont connu un réel succès. Plus de la moitié de son oeuvre reste quasiment méconnue.

Les grandes étapes de sa vie :

1921 - 1931 : moule familial. Entre Paris et Liéoux, le berceau de sa famille. Fils unique, Père souvent absent. Mère à la fois autoritaire et étouffante. Doit se conformer aux plans prévus par les ambitions de son milieu. Trouve refuge auprès de sa grand’mère, de ses oncles et de ses tantes beaucoup moins conformistes.
1931-1936 : Entrée au lycée . ouverture sur le monde extérieur. Rencontres avec des idées nouvelles. Expérience vécue du Front Populaire et indirectement de la Guerre d’Espagne. Changement radical dans son mode de pensée. Rupture idéologique.

1936-1939 : fin des études secondaires, baccalauréat, études de droit et de littérature. Lectures philosophiques. Rencontre avec les surréalistes. Engagements politiques. Visions critiques sur l’URSS. Premiers écrits (philosophiques et politiques). Rencontre avec Sophie

1939-1945 : engagement politique plus fort. Résistance armée. Expérience de la clandestinité et de la prison. Expérience militaire. Premiers écrits publiés. Contacts avec les intellectuels résistants. Journalisme.

1945-1956 : études de philosophie sous l’égide de G. Bachelard. Suite de la carrière journalistique interrompue çà et là par des conflits idéologiques. Exercice de professions diverses. Vit quelques temps en Yougoslavie. Travaille pour l’agence UP, la radio et différentes revues. Poursuite du travail d’écriture (littéraire, philosophique et politique),contacts étroits avec les milieux intellectuels. Aucune oeuvre publiée. Début d’une vie de famille.

1956-1959 : contradictions entre vie professionnelle et prises de positions politiques (guerre d’Algérie etc...) conversion soudaine à l’agriculture. Retour dans le sud-ouest puis installation provisoire dans l’Eure, rencontre avec Roger Lhomoy.

1959-1966 : retour à Paris. Travail permanent à l’AFP. Publie La Petite Encyclopédie des Grandes Familles puis, Les Templiers : ce changement de direction : le fait connaître par ses écrits para-historiques .

1966-1988 : rupture familiale progressive. Fin de la collaboration avec Sophie. Travaille toujours à l’AFP. Entre au Canard Enchaîné, travaille pour Historia etc... Publications diverses,. vit à Paris puis parcourt le monde.

1988-1992 : nouvelle rupture. Quitte la France : Nicaragua puis Belgique. Mort de sa mère le 29 février. Retour en France.

1992-2004 : renoue avec Sophie. Nouvelle collaboration. Vit dans l’Allier. Publications diverses. 2 derniers livres publiés. Mort dans la nuit du 29 au 30 mai 2004 à Montluçon.


89 : LConcernant l'affaire de Gisors et ses véritables relations avec Roger LHOMOY ?

AdeS : La seule version que je connaisse (à supposer qu’il en ait d’autres) est qu’en 1959 à Villers (Eure), Roger Lhomoy est venu pour se faire embaucher comme ouvrier agricole. Il raconte son histoire.
A la suite de cela, un article est publié dans une revue dont j’ignore le nom. Cet article suscite des réactions curieuses, notamment celle d’un certain Pierre Plantard. Une entrevue est convenue entre eux ; le livre sur les « Templiers » est publié quelques temps après.

89 : Concernant sierre PLANTARD ?

AdeS : Opinions du début (non partagées par Sophie de SEDE) : personnage étrange, assez fascinant, suspect à certains égards mais néanmoins intéressant. Semblait en savoir beaucoup sur le sujet. Utile donc pour la suite. Une hypothèse à vérifier, selon moi, apporte un éclairage nouveau sur l’affaire des templiers en fournissant les clés d’une interprétation occultiste : GdS ne s’était jamais penché sur le sujet auparavant, du moins à ma connaissance. Autre hypothèse, non contradictoire avec la précédente : GdS aurait consenti à des compromis pour avoir des documents.

Opinions à la fin (mais je sais pas quand situer la fin...) : escroc manipulateur. Obsédé par une filiation mythique. Fondateur d’un prieuré de Sion entièrement bidon. Ancien Collaborateur. Cherche à faire passer ses thèses loufoques à tout prix.

Rupture : Je ne le sais pas précisément mais manifestement violente quand Plantard a utilisé Lincoln (ou inversement !) pour faire avaler le gros de sa « théorie ».

Remarque importante : Il est à peu près certain que Plantard n’est pas à l’origine de l’affaire de Rennes, à moins de supposer une très improbable collusion avec M.de la Ligerie. Il a en revanche manifestement cherché à la vampiriser en prétendant en savoir davantage, ce qui est très différent.

En outre, Plantard semble être totalement absent des écrits sur les Cathares : la « collaboration » avec mon père n’a pas été permanente.

Enfin, la nature et la biographie des deux hommes rendent l’hypothèse d’une complicité peu vraisemblable.

89 : Comment fût construit le livre L'Or de Rennes ?

A l’origine : les dires de M. de la Ligerie. Premier dossier réalisé par Sophie de Sède puis, apparemment collaboration entre GdS et divers documentalistes dont probablement Plantard.
Rédaction stricto sensu : Gérard de Sède uniquement. Apparemment traces visibles de filtrage des thèses de Plantard.
Sur la fin : GdS a tourné le dos définitivement à une affaire qu’il estimait polluée par les mensonges et les manipulations. Il a toujours cru à la découverte de documents compromettants et à l’implication de Saunière dans les milieux occultistes parisiens. Il s’est interrogé sur la véritable nature de ces documents. Plusieurs hypothèse sont plausibles mais totalement invérifiables. Mon père était mécontent de voir son travail exploité par d’autres.

Ne pas oublier que GdS n’a pas écrit que L’Or de Rennes et ne pas négliger ce qu’il a dit dans « Le dossier, les impostures ».

89 : Quelle fut la génèse du mythe de Gisors à Rennes le château ?

Je ne sais pas.

Mon sentiment (il est un peu abrupt, j’en conviens !) est que le lien a été créé de toutes pièces par les « Plantardiens » et que la relation est très largement tirée par les cheveux.

Mouvement d’humeur : le Templier a tendance à apparaître chaque fois qu’il y a un coup fourré, notamment une opération politico-sectaro-mafieuse et quelques gogos à détrousser ou à mobiliser autour d’une cause douteuse. Les ordres de chevalerie bidons sont légions et rien ne vaut l’invocation de grands et mystérieux ancêtres pour attirer les naïfs ou leur inculquer l’idée qu’ils détiennent de fabuleux secrets et qu’ils sont promis à une grande destinée. De plus, le principe du Grand Maître secret permet de faire gober à peu près n’importe quoi aux esprits simples… La recette n’est pas nouvelle. A mon sens la quête initiatique requiert des engagements qui ne sont pas à la portée du premier venu et qui ne sont guère compatibles avec l’idéologie ou le mode de vie de petits bourgeois en cape blanche. Si le bovarysme mystico-chevaleresque fait toujours recette, il ne me fait sourire qu’à moitié. Par ailleurs, le mythe templier doit beaucoup à la Franc-Maçonnerie anglaise (il y a quelques raisons pour cela) et il n’est que très partiellement fondé sur des éléments historiques vérifiables. Le symbolisme ésotérique est une chose ( et une chose respectable) mais il y a bien un moment ou il faut examiner les faits, négliger cela me semble être une erreur coupable.

D.R. Octonovo - Arnaud De SEDE

Avril 2005

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