Interview de M. Arnaud
De SEDE
Avril 2005
M. Arnaud De SEDE est l'un des enfants de
Gérard De SEDE. Il a produit récemment un site
Internet dédié à la mémoire de
son père dont l'oeuvre ne se résume
pas à ses livres sur Gisors ou Rennes le château.
Il a accepté de répondre à quelques question
sur le personnage qui a rendu célèbre l'affaire
de "l'Or de Rennes".
Interview réalisée par Internet
en avril 2005.

Gérard De SEDE
D.R. Arnaud de SEDE
OCTONOVO: Pouvez vous vous
présenter ?
:
Arnaud De SEDE : Arnaud Guilhem de Sède
de Liéoux, fils de Géraud-Marie, dit Gérard
et de Marie-Andrée dite Sophie de Sède, né
le 9 juillet 1958 dans les Landes. Angliciste, élève
d’Henri Adamczewski, je m’intéresse tout
particulièrement aux mécanismes sous-jacents
du langage. Je ne voue aucun intérêt particulier
à l’occultisme mais je respecte la quête
de ceux qui s’engagent honnêtement dans des voies
inhabituelles, tout en étant attentif à la naïveté
et au manque de vigilance dont certains font preuve. Je n’apprécie
guère les affirmations péremptoires et je tiens
à signaler tout particulièrement les incertitudes
lorsqu’elles sont patentes. Mon intérêt
pour l’affaire totalement profane de Rennes-le-Château
:, est lié au fait qu’elle représente
un moment important dans ma vie. Il semble à ce sujet
qu’un certain nombre de points demeurent à élucider
. Je me pose en défenseur d’aucune thèse
mais certaines hypothèses me semblent plus plausibles
que d’autres.

89 : Comment présenteriez vous votre père
Gérard de Sède d’une façon générale
? Sa vie son oeuvre ?
AdeS : Gérard de
Sède a vécu trente-sept années avant
que je n’apparaisse sur cette planète, il a beaucoup
voyagé et s’est éloigné de sa famille
pour un temps. Si je connais très bien l’homme,
sa vie comporte encore pour moi quelques mystères.
Nous avions, lui et moi des relations étroites
et nos vues convergeaient sur un grand nombre de points. Ce
n’est néanmoins ni le respecter ni lui rendre
véritablement hommage que de gommer les erreurs qu’il
a pu commettre d’autant que son désir de vérité
était véritablement au-dessus de tout soupçon.
Né le 5 juin 1921 à Paris,
il a rapidement pris ses distances avec l’idéologie
monarchiste de sa famille et avec la religion catholique dans
laquelle il a été élevé mais il
a été très marqué par ses origines
tant sociales que géographiques. A la source de cette
rupture il y a la soudaine révélation d’une
hypocrite contradiction entre le discours et la pratique à
l’égard des pauvres. Gérard de Sède
a toujours pris le parti des opprimés, y compris, lorsque
l’occasion se présentait, au péril de
sa propre vie.
D’une très grande culture et
intellectuellement très brillant, il était doué
d’une exceptionnelle capacité d’abstraction
mais il a eu souvent du mal à assimiler les aspects
concrets de la vie. Parfaitement capable de comprendre un
raisonnement mathématique complexe (le voir effectuer
une opération difficile était une expérience
plutôt amusante), rien de ce qui touchait au concret
ne lui convenait, ce qui ne l’a pas empêché
de se livrer à toutes sortes d’activités,
avec passion, avec des succès variables.
Il était donc en proie à des
contradictions qui, considérées de loin, pouvaient
sembler curieuses et il a parfois mis beaucoup de temps à
s’apercevoir qu’il faisait fausse route.
Ses écrits peuvent se classer en 4
types : littéraires, philosophiques, politiques et
para-historiques. Seuls ces derniers, à son grand regret,
ont connu un réel succès. Plus de la moitié
de son oeuvre reste quasiment méconnue.
Les grandes étapes de sa vie :
1921 - 1931 : moule familial. Entre Paris
et Liéoux, le berceau de sa famille. Fils unique, Père
souvent absent. Mère à la fois autoritaire et
étouffante. Doit se conformer aux plans prévus
par les ambitions de son milieu. Trouve refuge auprès
de sa grand’mère, de ses oncles et de ses tantes
beaucoup moins conformistes.
1931-1936 : Entrée au lycée . ouverture sur
le monde extérieur. Rencontres avec des idées
nouvelles. Expérience vécue du Front Populaire
et indirectement de la Guerre d’Espagne. Changement
radical dans son mode de pensée. Rupture idéologique.
1936-1939 : fin des études secondaires,
baccalauréat, études de droit et de littérature.
Lectures philosophiques. Rencontre avec les surréalistes.
Engagements politiques. Visions critiques sur l’URSS.
Premiers écrits (philosophiques et politiques). Rencontre
avec Sophie
1939-1945 : engagement politique plus fort.
Résistance armée. Expérience de la clandestinité
et de la prison. Expérience militaire. Premiers écrits
publiés. Contacts avec les intellectuels résistants.
Journalisme.
1945-1956 : études de philosophie
sous l’égide de G. Bachelard. Suite de la carrière
journalistique interrompue çà et là par
des conflits idéologiques. Exercice de professions
diverses. Vit quelques temps en Yougoslavie. Travaille pour
l’agence UP, la radio et différentes revues.
Poursuite du travail d’écriture (littéraire,
philosophique et politique),contacts étroits avec les
milieux intellectuels. Aucune oeuvre publiée. Début
d’une vie de famille.
1956-1959 : contradictions entre vie professionnelle
et prises de positions politiques (guerre d’Algérie
etc...) conversion soudaine à l’agriculture.
Retour dans le sud-ouest puis installation provisoire dans
l’Eure, rencontre avec Roger Lhomoy.
1959-1966 : retour à Paris. Travail
permanent à l’AFP. Publie La Petite Encyclopédie
des Grandes Familles puis, Les Templiers : ce changement de
direction : le fait connaître par ses écrits
para-historiques .
1966-1988 : rupture familiale progressive.
Fin de la collaboration avec Sophie. Travaille toujours à
l’AFP. Entre au Canard Enchaîné, travaille
pour Historia etc... Publications diverses,. vit à
Paris puis parcourt le monde.
1988-1992 : nouvelle rupture. Quitte la France
: Nicaragua puis Belgique. Mort de sa mère le 29 février.
Retour en France.
1992-2004 : renoue avec Sophie. Nouvelle
collaboration. Vit dans l’Allier. Publications diverses.
2 derniers livres publiés. Mort dans la nuit du 29
au 30 mai 2004 à Montluçon.

89 : LConcernant l'affaire de Gisors et ses véritables
relations avec Roger LHOMOY ?
AdeS : La seule version
que je connaisse (à supposer qu’il en ait d’autres)
est qu’en 1959 à Villers (Eure), Roger Lhomoy
est venu pour se faire embaucher comme ouvrier agricole. Il
raconte son histoire.
A la suite de cela, un article est publié dans une
revue dont j’ignore le nom. Cet article suscite des
réactions curieuses, notamment celle d’un certain
Pierre Plantard. Une entrevue est convenue entre eux ; le
livre sur les « Templiers » est publié
quelques temps après.

89 : Concernant sierre PLANTARD ?
AdeS : Opinions du début
(non partagées par Sophie de SEDE) : personnage étrange,
assez fascinant, suspect à certains égards mais
néanmoins intéressant. Semblait en savoir beaucoup
sur le sujet. Utile donc pour la suite. Une hypothèse
à vérifier, selon moi, apporte un éclairage
nouveau sur l’affaire des templiers en fournissant les
clés d’une interprétation occultiste :
GdS ne s’était jamais penché sur le sujet
auparavant, du moins à ma connaissance. Autre hypothèse,
non contradictoire avec la précédente : GdS
aurait consenti à des compromis pour avoir des documents.
Opinions à la fin (mais je sais pas
quand situer la fin...) : escroc manipulateur. Obsédé
par une filiation mythique. Fondateur d’un prieuré
de Sion entièrement bidon. Ancien Collaborateur. Cherche
à faire passer ses thèses loufoques à
tout prix.
Rupture : Je ne le sais pas précisément
mais manifestement violente quand Plantard a utilisé
Lincoln (ou inversement !) pour faire avaler le gros de sa
« théorie ».
Remarque importante : Il est à peu
près certain que Plantard n’est pas à
l’origine de l’affaire de Rennes, à moins
de supposer une très improbable collusion avec M.de
la Ligerie. Il a en revanche manifestement cherché
à la vampiriser en prétendant en savoir davantage,
ce qui est très différent.
En outre, Plantard semble être totalement
absent des écrits sur les Cathares : la « collaboration
» avec mon père n’a pas été
permanente.
Enfin, la nature et la biographie des deux
hommes rendent l’hypothèse d’une complicité
peu vraisemblable.

89 : Comment fût construit le livre L'Or de
Rennes ?
A l’origine : les dires de M. de la Ligerie. Premier
dossier réalisé par Sophie de Sède puis,
apparemment collaboration entre GdS et divers documentalistes
dont probablement Plantard.
Rédaction stricto sensu : Gérard de Sède
uniquement. Apparemment traces visibles de filtrage des thèses
de Plantard.
Sur la fin : GdS a tourné le dos définitivement
à une affaire qu’il estimait polluée par
les mensonges et les manipulations. Il a toujours cru à
la découverte de documents compromettants et à
l’implication de Saunière dans les milieux occultistes
parisiens. Il s’est interrogé sur la véritable
nature de ces documents. Plusieurs hypothèse sont plausibles
mais totalement invérifiables. Mon père était
mécontent de voir son travail exploité par d’autres.
Ne pas oublier que GdS n’a pas écrit que L’Or
de Rennes et ne pas négliger ce qu’il a dit dans
« Le dossier, les impostures ».

89 : Quelle fut la génèse du mythe
de Gisors à Rennes le château ?
Je ne sais pas.
Mon sentiment (il est un peu abrupt, j’en
conviens !) est que le lien a été créé
de toutes pièces par les « Plantardiens »
et que la relation est très largement tirée
par les cheveux.
Mouvement d’humeur : le Templier a
tendance à apparaître chaque fois qu’il
y a un coup fourré, notamment une opération
politico-sectaro-mafieuse et quelques gogos à détrousser
ou à mobiliser autour d’une cause douteuse. Les
ordres de chevalerie bidons sont légions et rien ne
vaut l’invocation de grands et mystérieux ancêtres
pour attirer les naïfs ou leur inculquer l’idée
qu’ils détiennent de fabuleux secrets et qu’ils
sont promis à une grande destinée. De plus,
le principe du Grand Maître secret permet de faire gober
à peu près n’importe quoi aux esprits
simples… La recette n’est pas nouvelle. A mon
sens la quête initiatique requiert des engagements qui
ne sont pas à la portée du premier venu et qui
ne sont guère compatibles avec l’idéologie
ou le mode de vie de petits bourgeois en cape blanche. Si
le bovarysme mystico-chevaleresque fait toujours recette,
il ne me fait sourire qu’à moitié. Par
ailleurs, le mythe templier doit beaucoup à la Franc-Maçonnerie
anglaise (il y a quelques raisons pour cela) et il n’est
que très partiellement fondé sur des éléments
historiques vérifiables. Le symbolisme ésotérique
est une chose ( et une chose respectable) mais il y a bien
un moment ou il faut examiner les faits, négliger cela
me semble être une erreur coupable.
D.R. Octonovo - Arnaud De SEDE
Avril 2005
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