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Rennes le château, une affaire paradoxale

 
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Dernière mise à jour
le 30 janvier 2010



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Du nom de Narbonne

et

Exemples d'interprétation de mots gaulois par les racines saxonnes de l'Anglais

 

 

Henri BOUDET a publié de son vivant deux ouvrages :

- La vraie langue Celtique et le Cromleck de Rennes les Bains (1886)

- Remarques sur la phonétique du dialecte languedocien (S.A.S.C. 1894)

Parmi ses papiers, se trouvait en trois exemplaires le document reproduit ici, connu des passionnés mais longtemps introuvable. Il circulait sous forme de photocopies, dont certaines présentaient des dessins "apocryphes".

En le reproduisant ici, j'espère rendre service aux amateurs du curé de Rennes les Bains.

AVERTISSEMENT

Je ne suis pas un latiniste et encore moins un hélléniste. Il est possible que la reproduction de certaines locutions en ait souffert. Je préfère le signaler, sachant que certains sont très attachés aux détails. En cas de doute, je vous conseille de vous reporter à l'édition en fac-similé de Pierre JARNAC.

Si vous constatez une erreur évidente, vous pouvez (et je vous en remercie par avance) me la signaler.

 

    L'histoire ne rapporte pas l'origine de la célèbre ville de Narbonne et un voile épais dérobe à nos yeux ses commencements. Lorsque Hécatée de MILET, près de six siècles avant Jésus Christ, appelait Narbonne "un marché et une ville celtique" (1), il constatait sans doute l'importance commerciale que cette ville possédait dans les temps anciens, mais il laissait ignorer quel était le labeur premier et ordinaire de ses habitants.

    D'après des médailles dont l'inscription est gravée en caractères ibériens, Narbonne portait aussi l'appellation de Nedhena, Nedherra. Cette dénomination à t'elle précédé celle de Narbôn? Étaient elles en usage simultanément?

    L'inscription en caractères ibériens ne démontre elle pas que l'appellation elle même fût ibérienne; elle pouvait être gauloise car l'interprétation par l'ibérien ne présente pas des données assez claires pour déterminer avec évidence la profession probable des Narbonnais dans ces temps éloignés.

    Suivant l'auteur de l'Essai sur la numismatique ibérienne (2), Nedhena serait composé du terme ibérien ned ou net "à qui il ne manque rien" et de l'augmentif hedena "le plus".

    Le vague de cette explication devient frappant si on rapproche Nedhena du mot gothique nut-an "pêcheur". Le dernier terme, très explicite, présente l'idée distincte d'une profession déterminée d'autant plus probable, que la ville était placée sur les bords du lac appelé par MELA "lacus rubresus" et par PLINE "lacus rubrensis" (3).

    La ville de Narbonne ne devait pas être toutefois un simple agglomération de familles adonnées exclusivement à la pêche. Hécatée de MILET lui donnant la qualification d'emporium ou de marché, on peut conjecturer que le commerce et le négoce y étaient considérables, surtout par la facilité de communication qu'elle avait alors avec la mer.

    la racine nut du gothique nutan "pêcheur" n'indique point cette particularité de vie commerciale de Nedhena, mais une racine saxonne de l'Anglais. Le Verne net renferme à la fois la signification de "pêcheur au filet" et celle de "gagner, rembourser".

    Cette deuxième signification, du saxon net confirmant le témoignage d'Hécatée de MILET, permet de remonter fort loin dans les siècles passés sans qu'on puisse néanmoins fixer une époque ou Narbonne (Nedhena) n'aurait pas été une cité importante et le point central des opérations commerciales dans cette partie de la gaule.

    Le second élément qui entre dans le nom composé Ned-hena s'explique aussi par un autre verbe compris dans les racines saxonnes de l'Anglais, le verbe win "profiter de, bénéficier sur".

    En considérant Ned-hena comme une ville commerçante, un emporium, ce terme peut se traduire par net-win, "rembourser un profit"; mais en examinant Ned-hena sous un autre aspect qui serait celui de la profession première et générale des habitants vivants sur les bords du lac Rubrensus, on obtient le sens de "profit de la pêche au filet", net win (4), en sorte que Nedhena signifie à la fois ville commerçante et ville de pêcheurs.

    Mais comment expliquer le remplacement de "W" par l'aspirée "H"? Par l'habitude qu'avaient les Gaulois d'employer, en écrivant les lettres grecques dans leurs affaires publiques et dans les rapports particuliers (5). En transcrivant en caractères ibériens le nom de Net-win (ned-hena) on a, sans doute, voulu figurer par l'aspirée "H" le "W " de win. On peut voir dans les termes suivants la corrélation de l'esprit rude qui tenait lieu de l'aspirée "H" dans l'Athique, avec le "V" initial latin et le "W" anglais; espera "soir", le latin vespera "soir", - mgihz "vigoureux", lat. vigeo "être vigoureux", - ennumi fût esvu "vêtir", lat. vestio "vêtir", - mdwr "eau", angl. water "eau", - ulahte "aboyer", angl. wawl "hurler", - msoz "tissus", angl. weave "tisser", - oloz "tout", angl. whole "le tout".

    Cet esprit rude n'étant pas en usage chez les Éoliens, ils y suppléaient par le digamma F et ils écrivaient Fiopera "soir", lat. vespera, - Foinoz "vin", lat. vinum, angl. wine, - Foihoz "maison", lat. vicus "village", angl. wick "village", - oFiz "brebis", lat. ovis, angl. ewe "brebis". Le digamma représentait donc l'esprit rude de l'Attique et aussi le "V" latin et le "W" anglais.

    Au lieu du digamma, les Crétois se servaient de B (won, crétois wbeon "oeuf"), mais la prononciation de ce B devait sans doute être fort rapprochée de notre V, et chez les grecs modernes, il sonne absolument comme un V.

    La présence de l'aspirée "H" dans Ned-hena n'offre donc rien d'anormal et le B qui se trouve dans Nar-bon, synonyme de Ned-hena, rend de son coté encore plus évidents les emprunts faits aux alphabets des grecs.

    la synonymie de Ned-hena et de Nar-Bon parait, tout d'abord, difficile à démontrer. Néanmoins, les racines saxonnes de l'Anglais suffisent à l'établir par le sens des deux éléments qui composent l'appellation de Nar-bon.

    Ned-hena a été traduit par Net-win "profiter de la pêche au filet" et Nar-bon donne aussi la signification de "profiter du filet".

    La première partie "Ned" de Ned-hena me parait remplacée dans Nar-bon par le mot snare "filet. La sifflante "S" de snare serait tombée par la suite du principe de la moindre action. De cette propension générale qui porte à adoucir les expressions dont la prononciation serait pénible.

    C'est ainsi que les mots languedociens - laouzo "ardoise", - brout "rejetons, pousse", - truca "frapper", - nifla "renifler", - bite "vite", ne présentent pas la sifflante des termes correspondants anglais, - slate "ardoise", - sprout "rejetons, pousse", - strike "frapper", - sniff "renifler", - swift "vite" : le latin dans nix, nivis "neige", - limosus "vaseux", - form-ica "fourmi", a laissé tomber la sifflante conservée par l'Anglais dans snow "neige", - slimmy "limoneux", swarm "fourmiller" : l'espagnol mata "hier" n'a plus la sifflante de l'anglais smite "hier".

    La seconde partie "bon" de Nar-bon n'est pas un synonyme de "hena", deuxième élément Ned-hena, mais absolument le même terme "win" profiter de, gagner.

    Le "W" de win n'est plus représenté par l'aspirée "H" comme dans Ned-hena, mais il est remplacé par un B, comme faisaient les Crétois, de telle sorte que Ned-hena (net-win) et Nar-bon (snare-win) expriment la même idée de "gain, profit du filet", et dévoilent par suite le labeur ordinaire des habitants de cette ville celtique.

    La pêcherie de Narbonne a dû subsister de longs siècles. toutefois la rivière d'Aude l'a complètement anéantie en comblant peu à peu de son limon le lac rubresus qui recevait ses eaux torrentueuses, "on a calculé approximativement que la masse des sédiments transportés par ce torrent était d'un million huit cent mille mètres cubes par an. C'est à peu près le dixième du produit du Rhône dont le bassin a une surface environ vingt fois plus grande" (6).

    Cet état limoneux des eaux de l'Aude à ses embouchures avait été si bien observé par les anciens que cette rivière en avait reçu le nom d'Atax "eaux bourbeuses", wet "eau, goth. ahva, - thick "bourbeux, épais" wet-thick (7).

    Ce même thick "trouble, bourbeux" est probablement le même qui a fourni à la ville de Limoux son ancien nom de taxo et de Taïx (8). La dénomination de Limoux (lat. Limousus "vaseux", angl. slimmy "limoneux") ne darit ainsi qu'un sybonyme du mot Thick " trouble, bourbeux" qui entre dans la composition de A-tac-s.

    Était-ce là une simple allusion au sol boueux que foulaient les habitants de Limoux, ou plutôt , n'était ce pas une déclaration positive du nom de la rivière d'Atax à cet endroit du parcours? En remontant vers la source de l'Atax, la même forme de Taxo ou Taïx se présente encore à St Martin Lys, connu aussi sous le nom de St Martin de Taissac. La présence de la préposition "de" devant Taissac est destinée à rappeler, sans doute, ses anciennes attaches avec la ville de Limoux.

    La terminaison "ac" de Taiss-ac, est commune dans les noms de lieux du midi de la Gaule. En la traduisant par l'anglais wick "village" (lat.vicus "bourg", - gr. oihoz "maison", anciennement oihoz), on est conduit à interpréter Taiss-ac par "bourg de Taïx ou d'Atax"

    Le texte suivant de la chronique d'Eusèbe, reproduit par H. FONDS-LAMOTHE dans son étude sur l'antiquité de la ville de Limoux (9), confirme cette traduction : "P.T. Varro vico atace in provincia Narbonnensi nascitur". Il est particulièrement intéressant de constater l'accord qui existe entre l'appellation de Taiss-ac (bourg d'Atax), conservée dans la haute vallée de l'Aude, et l'affirmation de la chronique d'Eusèbe "Varro vico atace ... nascitur". (10)

D'après un acte de 1069 donnant la confrontation du territoire dépendant du château de Dournes, l'Atax dans cette partie de la vallée, portait le nom d'Alda, flumen Aldae (11). Ce n'est plus le fleuve limoneux; ses eaux présentant un caractère tout différent. J'avais pensé d'abord que les aulnes (angl. alder "aune") qui bordent ses rives constituaient un signe indicateur du sens que devait renfermer le nom d'Alda. C'était là, je crois, un indice trompant. Le mot Atax résumant l'appréciation de nos ancêtres sur la nature des eaux de cette rivière à son embouchure, il semble que celui d'Alda doit de son coté, déterminer leur qualité dans la région montagneuse. Il est aisé de remarquer qu'en aval de Quillan, le sol est presque entièrement déboisé. par un effet de ce déboisement général, les ruisseaux dans les temps pluvieux, fournissent à la rivière des eaux fortement chargées d'éléments vaseux. Il en est tout autrement en amont de Quillan. Les montagnes y sont couvertes de magnifiques forêts de sapins et les petits cours d'eau entraînent moins de substances terreuses.

    Aussi la différence entre les eaux de l'Atax et celles de l'Alda est elle fort sensible. Les eaux de l'Alda sont vives, d'une grande limpidité et d'une belle transparence. On a, d'ailleurs, une preuve incontestable de leur qualités dans la présence de la truite qui constitue le poisson prédominant dans les cours d'eau de cette région montagneuse. La truite ne vivant que dans les eaux saines et limpides, il faut en inférer que celles de l'Alda sont claires et salubres, telles que peuvent être des eaux coulant sur un sol gazonné et traversant de profondes forêts de sapins. A cet ordre d'idées correspond l'anglais healthy "sain, salubre" (Alda) (12) qui forme l'antithèse d'Atax.. C'est donc une double dénomination que cette rivière a simultanément portée. Toutefois, l'appellation d'Alda (Aude) a fini par prévaloir sur celle d'Atax, transmise par les géographes latins et les géographes grecs.

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    On peut se demander par quel étrange accident les racines saxonnes de l'anglais traduisent les deux appellations synonymes de Ned-Hena et de Narbon et présentent un sens qui non seulement ne parait pas déraisonnable, mais qui est en rapport parfait avec la position de la ville sur les bords du lac Rubresus et la profession probable de ses habitants.

    La raison secrète de ces rencontres indiquée par ces paroles de TACITE : "Gothinos gallica lingua coarguit non esse Germanos" (13). Les Gothins parlaient le gaulois, et TACITE en infère qu'ils n'étaient point germains. Le grand historien affirmait-il, par ces mêmes termes, que le langage des Germains était radicalement différent de celui des Gothins et des Gaulois? Il semble que ce serait là une exagération qui ne pouvait exister dans sa pensée. Il avait clairement remarqué entre les deux langages une différence telle qu'elle suffisait à distinguer les Gothins des Germains et c'est là, probablement, l'unique sentiment qu'il a traduit par ces paroles : "Gothinos gallica lingua coarguit non esse Germanos".

    pour donner à notre interprétation des paroles de TACITE plus de clarté, opérons un changement dans les noms des peuples cités par l'illustre écrivain et disons : "Le langage anglais que parlent les américains des États-Unis prouve qu'ils ne sont pas Allemands". S'il est évident qu'en parlant ainsi, nous établissons une différence radicale entre les Américains et les allemands, il n'est pas assurément démontré par là que l'anglais et l'allemand ne sont pas deux langues appartenant à une même tige, dite germanique.

    De même, en écrivant : "Le langage gaulois que parlent les Gothins prouve qu'ils ne sont pas Germains". TACITE constate une différence de nationalité entre les Gothins et les Germains, mais il ne démontre pas que le langage gothique et le langage germanique ne sont pas deux branches d'une même famille dont la souche est inconnue.

    On comprend dès lors, par quel appui caché, les racines saxonnes de l'anglais peuvent traduire des termes topographiques de notre Gaule, puisque le parler gothique qui était, d'après TACITE, le même que le parler gaulois appartient, aussi bien que les racines saxonnes de l'anglais, à la famille connue et acceptée sous le nom de germanique.

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    Il est facile de mettre à l'épreuve la valeur de cette conclusion en essayant de traduire par les racines saxonnes de l'anglais des termes que les auteurs grecs  ou les auteurs latins nous disent être gaulois. Roger de BELLOQUET les a réunis dans son glossaire et c'est à ce glossaire que je les emprunte.

    1.- Covinus ou Covinnus, "char armé de faux des Bretons". Ra. sax. de l'angl. cow "effrayer", - wain "chariot, voiture", - cow-wain "effrayant chariot, ou chariot d'effroi" (construction grammaticale : règle syntaxique de l'adjectif ou du génitif saxon).

    "Kymmrique, Kywain, charroyer, particulièrement les récoltes dit GIBSON; gwain, transport, voiture" (14)

    En angl. on traduirait Kywain par cow "vache", - wain "chariot", c'est à dire une charrette à vaches.

    Le Kym-gwain, voiture est le même mot que l'angl. wain avec le changement ordinaire de "V" et de "W" en gw (15).

    2.- Arepennis ou arapennis, mesure agraire, demi arpent romain. Rac. sax. de l'angl.; ear, "cultiver, labourer", - open " diviser", - ear-open "division de culture" (Règle syntax. du génitif saxon). Le verbe open "diviser" se trouve aussi dans le nom d'Apenninus, chaîne de montagne qui divise l'Italie en deux versants dans toute sa longueur.

    Kym-Aru, "labourer", Penn, "tête" qui signifie aussi "fin, extrémité" (16).

    Le kymmrique donne donc le sens de fin du labour aru-penn, et non celui de division de la culture, division qui est l'essence des mesures agraires.

    3. - Ceva, "vache des Alpes", petite mais excellente laitière. Rac. sax. de l'angl., cow "vache".

    Kym. Bu, vache, armoricain, , vache (17).

    4. - Alauda, nom de l'alouette huppée ou cochevis. Rac. sax. de l'angl.; Aloud (alaoude), "haut, à haute voix"; - loud, "bruyant, haut"; - C'est sans doute une allusion au chant bruyant que cet oiseau fait entendre en s'élevant perpendiculairement dans les airs. en Languedoc, l'alouette porte le nom de laouzeto (D devient Z).

    En Kym. Hedydd, Uchedydd, "noms qui indiquent simplement l'idée de vol, de vol élevé; en Cornique Ewidit" (18).

    5. - Benna, "sorte de voiture", d'ou Combennones, "ceux qui s'y trouvaient ensemble".

    Rac. sax. de l'angl. wain (ouenne), "voiture, chariot". Le "W" devenu "B" comme dans le languedocien.

    Kym. Ben ou Men, "chariot" (19).

    6. - Essedum, al esseda, "sorte de char gaulois destiné aux reines des princes captifs".

    Rac. sax. de l'angl.; high, "haut, élevé", - height, "élévation", - seat, "siège", - high-seat, "siège élevé". = height-seat, "siège à élévation" (regl. syntax. de l'adjectif ou du génitif saxon).

    Kym. asseta, "s'asseoir... Cornique, Esedhe" (20).

    7. - Sygunnai, "peuple riverain du Danube et dont le nom signifiait marchands dans la langue des liguriens supérieurs qui habitaient au dessus de Marseille... Je n'ai pas trouvé dans nos idiomes celtiques de terme analogue à Sygunnai qui se rapproche de l'idée de marchand. Rien non plus dans le Basque" (21).

    Rac. sax. de l'angl. seck / sike, "chercher", - win (ouinne), "gagner", - seek-win "chercher le gain" (règle syntax. : verbe et régime). Le terme win est le même qui entre dans la composition de Ned-hena et de Nar-bon.

    Il est, peut être, utile d'observer que le nom patronymique de Segonne est assez répandu dans le département de l'Aude.

    8. - Ouertragoi, "espèce de chiens celtes, ainsi nommés de leur vitesse à la course", - lat. Vertragus.

    Rac. sax. de l'angl. worth (oueurthe), "excellemment, suivre à la piste" (règl. syntax., adverbe et verbe, ou adjectif et substantif).

    Ver, "grand?", particule intensitive; irl. Traig (Zeuss), "pied, trace"; K.p.l. Tract, Traget, Z (22).

    9. - Circius ou Cercius, "dans Caton, vent très violent de la Gaule, ainsi nommé peut-être d'après les tourbillons qu'il forme; particulier à la Gaule Narbonnaise (Plin. II. 46.); Circio, vent qui souffle entre le nord et l'occident (Gloss. d'Isid.). Il a conservé dans le bas Languedoc le nom de Cerce et de Cers. - Le mot gaulois peut comporter deux idées différentes; d'abord du Kym. Kyrch, irruption attaque. Kyrchu, assaillir... Arm. Kerchout, chercher vivement. - Puis celle de tourbillon, K. Kylch, cercle... Irlandais, Kerkenn, cycle, cercle" (23).

    Rac. sax. de l'angl.; shower (chaoueur) "faire pleuvoir", - shove (chauve) "pousser avec force". Shower-shove, "pousser avec force à faire pleuvoir".

    (Règl. syntax. du génitif saxon).

    La vérité de cette action du vent de cers est incontestable dans le Languedoc.

    Il y a dans cette interprétation une difficulté. Quelles sont, en effet, les consonnes latines représentées par les chuintantes anglaises "ch" et "sh"? Si, à défaut de lois bien établies et de principes assurés, il est permis de s'en rapporter au simple rapprochement de certains mots latins et anglais, on peut voir les consonnes latines "g,c" et le groupe "sc" correspondre aux chuintantes anglaises "ch" et "sh" dans les expressions qui suivent:

Latin ligo "attacher" Angl. leash "lien, attache"
____ curtus "raccourci" ____ short "court"
____ doceo "enseigner" ____ teach "enseigner"
____ cerasum "cerise" ____ cherry "cerise"
____ gena "joue" ____ chin "menton" cheek "joue"
____ gelu "gelée" ____ chill et cold "froid"
____ fagus "hêtre" ____ beech "hêtre"
____ piscis "poisson" ____ fish "poisson"
____ discus "plat" ____ dish "plat"

    Les consonnes latines "g" et "c" représenteraient donc le "ch" et le "sh" anglais et ils ne seraient pas surprenant, d'après ces exemples, que les chuintantes de shower et de shove traduisent exactement les deux "C" du mot circius transmis par les latins.

    10. - Acum, "eau", dans mauzacum. - Ach, "eau" (ow. Pugke) arm. Agen, "source", - Irl. aigen, "la mer" (24).

    Rac. sax. de l'angl.; wet, "eau" (25), - wash, "baigner, marais".

    11. - Germani, "Les Germains".

    c'est un nom nouveau, dit TACITE, donné aux premiers qui ont franchi le Rhin et on dépossédé les gaulois. Né de l'effroi inspiré par les vainqueurs, ce nom adopté successivement par les tribus s'est étendu à la nation entière (26).

    Le terme essentiel renfermé dans Germani doit traduire probablement le mot latin metus, "effroi, crainte" employé par TACITE, a victore ob metum. Répondant à la pensée de TACITE, les racines saxonnes de l'anglais présentent le verbe scare (skère), "effrayer, terrifier, épouvanter". La chute de la sifflante initiale de s-care serait, peut être, due à la transmission latine. Le mot many "le peuple" peut compléter le nom des Germains, et l'expression entière scare-many signifierait "le peuple effrayant, le peuple de terreur".

    Zeus... après avoir attribué ce terme (Germani) la signification d'habitants des forêts montagneuse a, par la suite, adopté une autre étymologie qu'il dit toute simple, celle de voisins. K. Gar, Ger; Irl. gar, jadis Gair "près, tout contre".

    J. GRIMM et LEO en ont produit, chacun de leur coté, une nouvelle qui se rattache du moins à un fait caractéristique signalé par TACITE, le barritus ou cri de guerre terrifiant des Germains, lancé du creux des boucliers et si propre à frapper l'imagination des vaincus; cri tout particulier dont quelques troupes romaines adoptèrent l'usage dans la suite.

    K. Ger, Garm, "cri, clameur"; Germain, "crier souvent"; Garmiaw, "pousser un cri" (27).

    12. - Gothini - Le nom des gothins n'étant pas déplacé au milieu des dénominations gauloises puisqu'ils parlaient le langage gaulois, je crois pouvoir et devoir tenter son interprétation.

    Rac. sax. de l'angl. : Get (guette) prét. got, "remporter la victoire", - win "gagner"; Get-win "gain de la victoire" (règl. syntax. du génitif saxon). Le "W" de win, dans Gothini, est reproduit sous la forme de l'aspirée "H" comme dans Ned-hena (Narbonne).

Cette appelation parait bien en rapport avec l'esprit guerrier de ce peuple. Elle rappelle la fière devise renfermée dans le nom des Celtes (rac. sax. de l'angl.; Quell, "vaincre") et qui était si propre à exciter dans leurs coeurs l'indomptable courage qu'ils ont déployé sur tous les champs de bataille.

    Je pourrais citer un nombre plus considérable de termes gaulois expliqués par les racines saxonnes de l'anglais, mais les douze mots sur lesquels porte l'épreuve de traduction me paraissent un nombre suffisant pour déterminer la valeur de la conclusion que j'ai déduite des paroles de TACITE "Gothinos gallica lingua coarguit non esse Germanos" et pour mettre au jour la force secrète qui permet ainsi de retrouver dans Nedhena et narbon l'expression raisonnable de l'ancienne profession des habitants de cette ville celtique.

(1) Hécatée de Milet; Freq, p. 19 (...)
(2) Boudard. Essai sur la numismatique Ibérienne
(3) Pomp. Mel. lib. II. Gallia Narbonnensis. - Plin. l. III.C.V.
(4) La composition de ce terme s'appuie sur la règle du génitif saxon.

(5) César. De Bell. Gall. lib. VI. 17
(6) Ch. Lauthéric. Les villes mortes du golfe de Lyon
(7) Le Tech, cours d'eau des Pyrénées Orientales est appelé Tichis par Mela. Il le qualifie de très violent dans ses crues "parva flumina Tetis et Tichis, ubi accrevere persava" (Pomp. Mel. lib. II. Gallia Narbonnensis). C'est encore la racine Thick "trouble, bourbeux"
    Le second élément qui entre dans la composition de Aouho-ieha "Lutetia, Paris", parait être la même racine thick "bourbeux". On pourrait donc traduire Aouho-ieha par "limon de marais" (angl. loch "marais, lac", - thick "bourbeux").
(8) Mémoires de la soc. des arts et des sciences de Carcassonne, T.I. p.117.
(9) Op. cit. p. 114
(10) L'auteur de la chronique d'Eusèbe à t'il écrit par erreur Vico atace au lieu de Vico atacino? S'il fallait lire Vico atacino, ce serait un bourg indéterminé de la région de l'Atax qui aurait donné le jour à Varron.
(11) Louis FEDIE. Le comté de Razès : Château de Dournes.
(12) L'aspirée "H" de healthy est tombée comme celle des mots latins olus "légume", - anser "oie" qui existaient d'abord sous la forme de holus, hanser.
(13) Tac. De mor. Germ. 43.
(14) Roger de BELLOQUET. Glossaire gaulois n° 15.
(15) D'Arbois de JUBAINVILLE. Études grammaticales sur les langues celtiques. Origine des voyelles et des consonnes du breton moderne de France p. 18.
(16) Gloss. Gaulois n°10
(17) Op. cit. n°13.
(18) Glossaire gaulois n° 17
(19) Op. cit. n° 48
(20) Op. cit. n° 75
(21) Glossaire gaulois n°80.
(22) Op. cit. n°105
(23) Gloss. gaul. n°45
(24) Glossaire gaulois n°240
(25) Dans le mot wet, "t" est remplacé par "c". Grammaire comparée : Bopp. § 13, 14
(26) Germania vocabularum recens et nuper additum; quoniam qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerunt Germani vocati sunt. Ha nationis nomen non gentis, evaluisse paulatim ut omnes primum a victore ab metum, mox a se ipsis invento nomine Germani vocati sunt (Tac. Germ. 2).
(27) Gloss. gaul. n° 429

 



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