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Rennes le château, une affaire paradoxale

 
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Octonovo




Dernière mise à jour
le 30 janvier 2010



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La Vraie
 Langue Celtique
et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Table des matières Avant propos Observations préliminaires
Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3
Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6
Chapitre 7 Chapitre 8 Carte

CHAPITRE IV.

FAMILLE DE JAPHETH.

GOMER ET SES FILS.

   

Nous avons déjà fait observer que Gomer, fils aîné de Japheth, était l'héritier des qualités corporelles distinguant Japheth de ses frères Sem et Cham. Gomer est la souche de la grande famille celtique, et saint Jérôme ainsi que Josèphe n'hésitent pas à appeler ses descendans Gomériens et Cimmériens. Les Galates établis en Asie appartiennent, d'après saint Jérôme, à la même famille Cimmérienne ou Cimbrique. La plus grande partie de ces Galates étaient des Tectosages, venus du midi de la Gaule à la poursuite d'aventures guerrières.

    Les trois fils de Gomer, Askenez, Riphath et Thogorma sont nommés par l'Ecriture Sainte parce qu'ils étaient chefs de peuples.

    Quelques descendans d'Askenez - to ask, réclamer, - keen (kine), très froid, pénétrant, - haze (hèze), brouillard, brume, - se dirigeant vers le nord de l'Europe, ne craignirent pas de se fixer dans un pays aux brumes intenses, tandis que les autres s'établissaient en Asie tout près des Mèdes. Ils devinrent leurs alliés dans la guerre entreprise contre Babylone, et avec ces paroles de Jérémie : " Appelez contre Babylone les rois d'Ararat, de Menni et d'Askenez. " (1)

    Josèphe croit que Riphath et ses enfants occupèrent la Paphlagonie, sur les bords méridionaux du Pont-Euxin, et cela paraît bien admissible ; car le nom de Riphath indique un marin très versé dans les manoeuvres se rapportant à la voilure des navires, - to reef (rif), prendre des riz, carguer les voiles, - to add, ajouter -.

    Quant à Thogorma que même Josèphe pense avoir habité la Phrygie, son nom dévoilerait l'inventeur des tissus de soie - tow (), filasse, étoupe, - to hawk (hâuk), colporter, - worm (oueurm), ver.

    Les autres enfants de Gomer que la Genèse ne nomme pas, demeurèrent sans doute avec lui et constituèrent l'immense famille celtique, qui vint établir le centre de sa domination dans la Gaule, après avoir traversé, en suivant le cours du Danube, l'Europe - to err, aller çà et là, - to hope (hôpe) espérer - encore inhabitée.

    Si nous pouvions connaître les anciennes dénominations que les enfants de Gomer ont laissées après eux dans leurs lentes migrations vers l'occident, il nous paraît croyable que ces dénominations seraient aisément expliquées par la langue des Tectosages et fourniraient des renseignements précieux sur leur marche et leurs diverses étapes à travers l'Europe.

II

TUBAL ET LES IBERES.

    Parmi les frères de Gomer, Tubal est le seul qui nous intéresse en ce moment. Il s'était fixé avec sa famille ou son peuple au pied des montagnes du Caucase entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne. Cette position fit de Tubal et de ses enfants de hardis marins, et son nom justifie cette pensée, puisque Tubal signifie une maison, une habitation en forme de baquet, - tub (teub) baquet, cuve, - hall (hâul) habitation, salle -.

    Ptolémée désigne les descendans de Tubal par le nom de Tobéliens, tandis que Josèphe les connaît sous celui d'Ibériens. Une partie de ces Ibères abandonna le pays où ils s'étaient d'abord propagés, et se mettant, au dire des traditions basques, sous la conduite de Tharsis, neveu de Thubal, ils affrontèrent les périls de la navigation, à la recherche d'une nouvelle contrée dans laquelle ils pourraient s'établir, en conservant leurs habitudes et leurs moeurs particulières. Il est tout à fait curieux de constater que le nom de Tharsis, chef des Ibères émigrants, s'explique par la langue celtique aussi bien que celui de Tubal. Il nous révèle que les vaisseaux des Ibères, quelque forme qu'ils eussent d'ailleurs, étaient parfaitement goudronnés et en état de tenir la mer - tar, goudron, marin, - to size (saïze), enduire d'une matière visqueuse -.

    Les Ibères portaient-ils déjà ce nom avant de se diriger vers l'Espagne, ou bien l'ont-ils reçu des Celtes lorsque les deux peuples se sont heurtés au midi de la Gaule ? Il serait bien difficile de l'affirmer d'une manière absolue ; d'ailleurs, la solution de cette question ne nous paraît point nécessaire. La seule chose que nous tenions à faire remarquer, c'est que les Ibères formaient une population bien clair-semée, lorsque les Celtes les ont rencontrés et noyés, pour ainsi dire, dans le flot de leur nation immense.

    Transportés par leurs vaisseaux sur les côtes de la Péninsules Hispanique, pendant que les Celtes suivaient lentement le cours du Danube, il n'est pas étonnant que les Ibères aient occupé l'Espagne avec tranquillité, et se soient répandus sur le terrain Gaulois encore désert, jusqu'à ce que l'arrivée des Celtes les ait peu à peu refoulés au delà des Pyrénées.

    Les Basques se considèrent avec raison comme les véritables descendans des Ibères, ayant pleinement conservé leurs traditions et une langue particulière.

    Quelques esprits audacieux auraient voulu faire de ces Basques des hommes primitifs, n'ayant aucun rapport, aucune liaison avec les autres variétés humaines qu'ils auraient précédées dans le monde. Cette pensée est en contradiction complète avec ce que nous dit la Genèse : " Noé avait donc trois fils qui sortirent de l'arche, Sem, Cham et Japheth. Ce sont là les trois fils de Noé : et c'est d'eux qu'est sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre. " (2)

    L'Ecriture-Sainte contenant l'inaltérable vérité, il faut de toute nécessité que la langue basque, que l'on voudrait considérer comme ne se rattachant à aucune autre, ne soit, en réalité, qu'un des nombreux rameaux de langue primitive.

    Ce langage, conservé au milieu des montagnes par des hommes de fer, d'une opiniâtreté et d'un courage indomptables, s'est perpétué dans une remarquable pureté et montre dans sa formation une dérivation certaine de la langue parlée par Noé et Japheth, puisque c'est un composé dont les éléments sont pris dans la langue primitive.

    La langue basque se trouve par ce fait impuissante à donner aucune dénomination raisonnable, puisque chacun de ses termes forme déjà une phrase complète ; et de la sorte, elle ne possède plus les mots élémentaires, pour les associer et arriver à former des expressions nouvelles énonçant les qualités diverses des hommes ou de la nature dont elle voudrait présenter une idée exacte. Ce fait important explique comment les Ibères ont dû subir les dénominations imposées par le Neimheid Gaulois et qui exprimaient, par l'association des monosyllabes celtiques, ce qu'ils étaient eux-mêmes impuissants à traduire.

    Du reste, les noms de Cantabres, Gascons, Vardulles et Ibères qui leur furent donnés, sont pris avec tant de vérité dans le vif de leurs moeurs, qu'il leur était impossible, soit de les changer, soit de les rejeter.

    Avant d'expliquer les noms particuliers de ces tribus Ibériennes, nous essaierons d'interpréter quelques mots de la langue basque afin que sa filiation avec la langue primitive reste indubitable.

III

LANGUE BASQUE.

    Il n'est pas sans intérêt de remarquer, par la formation des mots basques, comment s'est faite à Babel la confusion du langage. Les mots nouveaux n'ont plus la même simplicité, ils expriment par l'association des termes primitifs, des propositions tantôt figurées, tantôt relatant un fait historique et réel. Ces combinaisons nouvelles sont aussi faciles à observer dans la langue Kabyle que dans la langue basque : néanmoins, celle-ci les reproduit dans une plus grande pureté et permet de saisir, pour ainsi dire, au passage, des pensées philosophiques surprenantes, des peintures de moeurs qui ne laissent rien à désirer.

    Dans la langue des descendans de Tubal, " les hommes, ghizônac ", sont des êtres possédant des coutumes, c'est-à-dire, des lois non écrites, et comme la coutume, ou loi non écrite, est la manifestation de la volonté réglée par la raison, cette définition de l'homme par le terme " ghizônac " se rapporte parfaitement aux définitions les plus exactes qui en aient été faites, - guise (guaïse), coutume, - to own (ôn), posséder. - La syllabe ac n'est dans ce mot que la terminaison du pluriel.

    Ces êtres à coutumes conservaient précieusement le souvenir des actions hardies, courageuses et les confiaient à la mémoire de leurs enfants pour les transmettre à la postérité, et c'est là le sens de " histoire, kondera " - to con, apprendre par coeur, - to dare (dére), oser avoir la hardiesse -.

    L'habitude d'apprendre par coeur les actions d'éclat faites par les guerriers, ne prouve pas cependant que l'écriture fut alors inconnue. Le basque possède le verbe " écrire, ichkiribatzia. ". L'existence de ce verbe dans la langue suppose évidemment l'emploi de caractères propres à fixer et à transmettre la parole. Nous ignorons sans doute la forme des caractères dont les Basques faisaient usage ; mais cette forme importe peu, puisqu'elle varie avec chaque nation. Nous ignorons encore sur quel papier ils traçaient les caractères de leur écriture ; toutefois, il serait injuste de leur refuser la connaissance et l'emploi d'une substance solide et légère telle qu'étaient les minces lames fournies par le papyrus d'Egypte. Les lames ou tuniques formant la tige du papyrus étaient au nombre de vingt environ. Chaque tunique faisant une feuille, on conçoit qu'une seule tige d'un arbuste de dix pieds de hauteur devait fournir de nombreuses feuilles de toute longueur. Ces feuilles pressées, battues, collées, et polies étaient l'objet d'un commerce important dans le monde ancien, et tous les peuples avaient la faculté d'user de papyrus pour écrire les contrats de vente et d'achat, les lettres et les conventions entre particuliers. Nous donnons ces détails à cause de l'expression fort curieuse " quire " renfermée dans le verbe basque écrire, " ichkiribatzia. " Quire se traduit en celtique par " une main de papier " et les mots réunis dans ichkiribatzia affirme qu'écrire, c'est avoir la démangeaisons d'ajouter, d'accumuler, d'entasser les mains de papier, - to itch, démanger, - quire (qouaïre), une main de papier, - to heap (hip), entasser, accumuler, - to add, ajouter -.

    Le teint brun qui fait distinguer avec tant de facilité les Ibères des Celtes, est rappelé dans le mot " visage, bisaiya " ; - bice (baïce), vert pâle, - high (haï), fort foncé en parlant d'une couleur.

    Parmi les Celtes on comptait trois classes distinctes de personnes : les prêtres, les nobles et le peuple. Cette constitution se retrouve aussi dans la nation Tubalienne, puisque, à la mort d'un Ibère, l'héritier vassal payait une redevance au seigneur du fief : cette particularité est dévoilée par le terme " heriotzea, la mort ", car heriot en langue celtique, signifie la redevance payée par l'héritier au seigneur du fief à la mort du vassal. Au reste, les usages des celtes semblent revivre dans la langue basque ; ainsi un mort s'exprime par " hilbat ", c'est-à-dire une éminence, hill, un tumulus : la syllabe bat dans hilbat est un article indéfini répondant en français à un et une. L'expression hilbat annonce que les Ibère confiaient leurs morts à la terre, et cependant il est certain que, au moins pendant quelque temps, ils les ont livrés aux flammes. L'usage de brûler les morts sur un bûcher a bien pu s'introduire parmi les Ibères d'Espagne, tandis que à l'époque de la formation de leur langue ils suivaient la pratique des autres peuples qui les ensevelissaient.

    On sait combien ce peuple se plaisait aux combats : le bruit des armes le faisait sourire, et mourir sur le champ de bataille était la seule ambition d'un guerrier : aussi il n'y a rien de surprenant à ce que le terme mourir " hiltzia ou hiltzea " présente l'image de l'épée, - hilt, poignée d'une épée.

    Le " fer, burdina ", ce métal pesant, - to burden, charger embarrasser, - redoutables dans leurs mains guerrières, n'était lourd qu'au bras du lâche ; pour celui-là seul c'était un fardeau, une charge et un embarras.

    Soldat invincibles, ils ne pouvaient supporter le déshonneur d'une défaite ; être vaincus, c'était pour eux avoir à subir, honteusement assis sur un banc de leur demeure, les huées outrageantes de l'ennemi : telle est la signification pittoresque de " vaincu, benzutua " - to bench, asseoir sur un banc, - hut, cabane - hue (hiou), huée -.

    Quelle ignominie pour des hommes valeureux de se voir exposés, impuissants, aux insultes et à la dérision, pendant que passe légèrement et fièrement au milieu d'eux le triomphant " vainqueur, benzutzaïla " - to bench, asseoir sur un banc, - hut, cabane, - to sail (sél), passer légèrement -.

    Aussi bien les vainqueurs devaient-ils être sans grande pitié, puisque le " massacre, sackaïla " n'était pour eux qu'un orgueilleux saccagement, - to sack, saccager, piller, - highly (haïli), avec orgueil -.

    La langue basque présente dans la composition de ses mots des connaissances matérielles qu'on n'oserait même soupçonner ; ainsi elle assure que la partie des ports où ils amarraient les vaisseaux était fermée par une écluse : c'est là la signification de la " mer, itxasoa " - to hitch, amarrer, - sasse, écluse, - to oowe (ô), être obligé de -.

    Hardis marins, les Basques étaient exposés à des naufrages désastreux et ils avaient renfermé dans l'expression elle-même de " naufrage, urigaldua ", ce fait certain ; se hâter de courir directement devant le vent, - to hurry, se hâter, - to gale, courrir devant le vent, - due (diou), directement -.

    Les Ibères avaient leurs jours de travail et aussi leurs jours de fête : travailler, c'était exciter à prendre les armes en toute hâte ; tel était le " jour ouvrable, haste eguna ", - to haste, se hâter, - to egg, exciter, - gun, arme -. Mais lorsque arrivait le " jour de fête, besta eguna ", malheur à celui qui courait aux armes, car il était violemment maltraité par le bâton - to baste (béste) bâtonner, maltraiter, - to egg, exciter, - gun, arme.

    " L'obscurité, ilhuntasuna " seule interrompait les fatigues de la chasse journalière - to heal (hil), apaiser, - to hunt, chasser -, et lorsque, dans leurs courses vagabondes, la lassitude les obligeait à prendre un repos momentané dans l'ombreuse profondeur des bois, cette " ombre, itzala " dévorait l'excès de leur chaleureuse ardeur - to eat (it) dévorer, - zeal, ardeur, - et plaçant sous leur tête une pierre ou un tronc d'arbre, ils appelaient à eux le " sommeil, loghitea " - log, bûche, billot, - to hit, toucher, atteindre -.

    Les demeures des Ibères étaient ce qu'elles sont encore aujourd'hui, du moins pour la partie de la population la plus indigente. Ils habitaient des cavernes qu'ils perçaient pendant les jour de pluie et de " mauvais temps, dembora tcharra " - den, caverne, to bore, percer, - shower (chaoueur) ondée, giboulée -.

    Ils les garnissaient de branches d'arbres lorsque revenait le " beau temps, d'embora ederra " - den, caverne, - to bore, percer, - to edder, garnir de fagots -.

    Qu'on ne soit point surpris de ces affirmations de la langue basque, puisque dans notre siècle encore, en Espagne, les familles les plus pauvres vivent dans les cavernes ou grottes creusées de leurs mains. La correspondance suivante insérée dans le journal l'Eclair, numéro du 7 juin 1885, donne à ce sujet quelques détails qui ne sont pas sans importance. Le correspondant se rendant à Burjasot, à la suite de la commission officielle envoyée pour étudier les mesures à prendre contre le terrible fléau du choléra, écrit à la date du 6 juin :

    " En arrivant, nous avons appris que dans les dernières vingt-quatre heures, il y avait eu dix cas et six décès. Vous savez que ce village compte à peine 2,500 habitants. Nous allâmes visiter quelques cholériques.

    " Nous avons trouvé un vieillard dans une de ces grottes qui servent de demeure à une partie de la population pauvre. C'est là une particularité fâcheuse dans les circonstances actuelles. On se sert d'abord des excavations qui se trouvent déjà faites au-dessus du sol ; puis on les agrandit suivant les besoins et l'augmentation de la famille..etc "

    On peut voir là qu'il n'est point nécessaire de recourir aux siècles passés pour rencontrer des troglodytes, et qu'il est bien inutile d'imaginer à grand frais des systèmes de civilisation progressive pour l'humanité.

    Il ne faudrait pas croire que les Basques fussent exclusivement chasseurs. L'agriculture était certainement en honneur parmi eux, et le terme " hildua " qui désigne la terre que soulève la charrue en creusant le sillon - hill, éminence, - due (diou), convenable, - montre que le labour soigné et profond ne leur était pas inconnu. Ils préféraient d'ailleurs les productions du sol aux métaux précieux existant abondamment dans leur pays, puisqu'ils fermaient les yeux au lieu de les ouvrir avidement, lorsque en hersant les champs, leurs regard étaient frappés par l'éclat de " l'argent, cilharra " que leur travail amenait à la surface de la terre cultivée, - to seel (sil), fermer les yeux, - to harrow, herser -.

    Les noms de quelques mois de l'année se rapportent aussi aux productions du sol et aux travaux essentiels qu'on devait exécuter. Nous pouvons examiner brièvement la composition et le sens de ces noms.

    " Janvier, Urtharrilla. " Le mauvais temps du mois de janvier arrête les travaux de ceux qui voudraient passer la herse dans leurs champs, - to hurt, nuire, - to harrow, herser, - to will (ouil) désirer, vouloir -.

    " Février, Otsaïla. " La chaleur est suffisante pour déterminer la débâcle des glaces des côtes du Pont-Euxin et permet de mettre à la voile - hot, chaud, - to sail (séle), mettre à la voile -.

    " Mars, Martchoa. " Les pluies continuelles de mars changent forcément les terrains en marécages - marsh, marais, un lieu marécageux, - to owe (ô), devoir -.

    " Avril, Aphirila. " Désirer que les céréales présentent bientôt l'image de l'épi - to ape, présenter l'image, - ear (ir) épi de blé, - to will (ouill), désirer.

    " Mai, Maiyatza. " Aux épis souhaités viennent s'adjoindre, en mai, les brillantes fleurs des champs - to may (), cueillir des fleurs, - to add, ajouter -.

    " Juin, Erearoa. " S'agiter pour passer la herse dans les champs - to hare (hère), s'agiter, - to harrow, passer la herse -.

    " Juillet, Uztaïla. " Différer les grandes réunions, les assemblées, sans doute à cause de la chaleur - to hustle, remuer ensemble, - to while (houaïle), différer -.

    " Août, Agorilla. " Les ruisseaux cessent de couler - ago, passé - to rill, couler, ruisseler -.

    " Septembre, Bûruïla. " Désirer de se terrer, de s'enfermer dans les cavernes affectées à l'habitation, - to burrow (beurrô), se terrer, se retirer sous terre - to will (ouill) vouloir, souhaiter -

    " Octobre, Urria. " Se hâter dans les travaux des champs - to hurry (heurri), se presser.

    " Novembre, Hazila. " La brume se traîne sur les collines - to haze, faire un temps brumeux, - hill, colline -.

    " Décembre, Abendoa. " Se couvrir de vêtements de laine - abb, trame de laine, - to endue (endiou), se revêtir.

    Les périphrases employées dans la langue basque sont plus sensibles encore dans l'expression de certains faits naturels comme le lever et le coucher du soleil, le lever et le coucher de la lune.

    " Le lever du soleil, iruzki atheratzea " présente le sens suivant : celui qui est fatigué, déteste d'entendre bourdonner dans l'air - to hear (hir), entendre, - to huzz (heuzz), bourdonner, - sky (skaï) air, - to hatter, harasser, - to hate, détester -.

    " Le coucher du soleil, iruzki sartzea " accuse une formation semblable : le cultivateur arrivé au soir, déteste d'entendre bourdonner dans l'air, - to hear (hir) entendre, - to huzz, bourdonner, - sky, air - sart, terrain cultivé -.

    " Le lever de la lune, ilhargi atheratzea. " L'homme harassé de fatigue déteste de vouloir prêter l'oreille aux cris, - to will (ouill), vouloir, - to harck, prêter l'oreille, - hue (hiou), cri, - to hatter, harasser, - to hate, détester -.

    " Le coucher de la lune, ilhargi sartzea. " Le cultivateur désire de prêter l'oreille aux cris, - to will (ouill) désirer, - to harck, prêter l'oreille, - hue (hiou), cri, - sart, terrain cultivé -.

    Examinons encore d'autres expressions dont l'explication servira à placer la langue basque dans tout son jour, c'est à dire, comme dérivant pleinement de la langue primitive.

    " Le matin, goïza " ; marcher avec facilité - to go, marcher, - ease (ize) ; aise, facilité -

    " Midi, eghuerdi " ; moment où cesse la croissance de la lumière solaire et où commence sa décroissance - to egg, pousser, - hour (haour), moment, heure, - day (), jour -.

    " Le soir, arratxa " ; courir en hâte vers le logis - to hare, courir - rath, en hâte -.

    " Minuit, gaûherdi " ; aller vers l'heure, le moment du jour - to go, aller, - hour (haour), heure, - day (), jour -.

    " Un champ, landa bat. " - Land, terre, - bat correspond à un.

    " Une source, ithurri beghi bat. " Commencer à hâter sa course - heat (hit), course, - to hurry, hâter, - to begin (biguin), commencer.

    " Une fontaine, ithurri bat. " Précipiter sa course, - heat (hit), course, - to hurry, précipiter.

    " Cabane, etchôla. " Une foules de têtes sous le même toit, - head (hèd), tête, - shoal (chôl), une foule, une troupe.

    " Epingle, ichkilin. " L'extrême propreté était bien loin de briller dans les hôtelleries où s'arrêtaient d'infortunés voyageurs consciencieusement armés d'une épingle : on comprend aisément de quels insectes dégoûtants et agaçants il est ici question, - to itch, démanger, - to kil, tuer, - to inn, loger dans une auberge.

    " Maison, etchea. " Une tête qui médite, - head (hèd), tête, - to chew (tchou), méditer.

    " Cave, sotua. " Partie de la maison où l'on pourrait devenir hébété à force de boire, - to sot, devenir hébété à force de boire, - how (haou), de quelle manière.

    " Le tonnerre, ihurtzuria. " Voir en haut l'éclair qui est sûr de faire du mal, - sure (choure) sûr, - to eye (), voir.

    " Les ténèbres, ilhumbeak. " Apaiser les bourdonnements, les aboiements et les bêlements, - to heal (hil), apaiser, - hum, bourdonnement, - to bay (), aboyer, bêler -.

    " S'aveugler, itxutzea. " L'oeil se referme par l'effet d'un coup, - to hit, donner un coup, to shut (cheut) se refermer -.

    " Se casser l'os de la jambe, zango bat aûstea. " Gâter l'os de la jambe, - shank, l'os de la jambe, - bat, une - to waste (oueste), gâter -.

    " Pleurs, nigarrac. " Refuser le nécessaire, - to niggard, refuser le nécessaire -.

    " Rival, yelosstarria. " Pousser des cris d'horreur à la vue de l'ennemi et l'attaquer pour le piller, - to yell, pousser des cris d'horreur, - to host, attaquer, to harry, piller -.

    " Famille, maïnada. " Ajouter l'essentiel, c'est-à-dire les enfants, - main, essentiel, - to add, ajouter -.

    " L'honneur, ohorea. " Etre obligé d'avoir les cheveux blancs, - to owe (ô), être obligé, - hoar (hôre), qui a les cheveux blancs -.

    Nous pourrions ainsi interpréter une foule d'autres termes pris dans la langue basque, mais comme ils sont moins intéressants que ceux que nous avons cités, nous les passerons sous silence, et nous terminerons cette série déjà assez longue par une expression prouvant que de tout temps la grande instruction et la doctrine élevée ont conduit les hommes à la " gloire, loria, - lore, doctrine, instruction, - to eye (), avoir l'oeil sur -.

IV

LES CANTABRES. - LES IBERES.

LES KJOEKKEN-MOEDDINGS DU DANEMARK.

    Le langage des Ibères était de nature à surprendre vivement les Celtes : aussi, tout étonnés de n'en point saisir le sens, ils décorèrent les descendans de Tubal du nom de Cantabres, - to cant, parler un certain jargon, - abroad (abraud), à l'extérieur, - enveloppant ainsi dans une expression parfaite le langage fort curieux de ce peuple et son arrivée par mer dans la péninsule Hispanique.

    Les Ibères, en s'établissant dans le Sud-ouest de l'Europe, ont choisi pour demeure les Pyrénées en souvenir de leur séjour dans les montagnes du Caucase. Ce choix avait bien sa raison ; car en changeant de pays, ils n'entendaient point changer de manière de vivre. Placés dans la région pyrénéenne, qui était pour eux comme un point central, ils avaient, en se dirigeant du côté du Nord, un magnifique terrain de chasse comprenant toute la terre gauloise encore déserte, où les fauves ne leur feraient point défaut. Du reste, ils possédaient tout ce qui est nécessaire pour de longues courses. Une santé de fer, un courage à toute épreuve et l'habitude de chasser toute espèce de bêtes sauvages. Ils n'avaient point à s'embarrasser de provisions ; le gibier tué à la chasse suffisait à des jours nombreux. Une seule chose était indispensable, lorsque, rencontrant une caverne propre à servir d'abri temporaire, ils désiraient préparer, à un ardent foyer, le repas nécessaire ; c'était le silex, dont le nom basque est suarria, c'est-à-dire, un trait de lumière ou étincelle courant çà et là par l'effet du choc de deux objets dont l'un, le silex, est penché de côté, et l'autre, acier ou fer, est brandi, - to sway (soué), faire pencher de côté, brandir, - to hare, courir çà et là, - ray (), trait de lumière. -

    Les armes employées dans leurs chasses lointaines ne différaient guère sans doute de celles qu'ils avaient plus tard à la main dans la lutte soutenue contre les Gaulois, et on ne peut, sans injustice, leur refuser les armes de fer, puisque ce mot existe dans leur langue. De longs mois pouvaient s'écouler entre le départ des chasseurs Ibères et le retour au foyer domestique, et ils mesuraient leur éloignement au moyen de certains objets comme lamelles de pierre tendre, ou bien morceaux de bois de renne, sur lesquels ils marquaient par des lignes ou des encoches les jours déjà écoulés depuis qu'ils avaient quitté leur demeure habituelle. Dans la caverne de Bize (Aude) un explorateur, M. C.Cailhol, a recueilli une lamelle de pierre assez tendre portant nombre d'encoches sur les bords ; dans la grotte d'Arignac (Haute-Garonne), M. Edouard Lartet en fouillant le sol (1860), " y trouva quantité d'ossements de l'ours des cavernes, de l'aurochs, du renne, du cheval, etc.. " et dans une plate forme placée au devant de la grotte, au milieu de débris très intéressants, " une lame de bois de renne accidentellement coupée aux deux bouts, dont l'une des faces, parfaitement polie, offre deux séries de lignes transversales également distancées entre elles, et dont les bords latéraux sont marqués d'encoches plus profondes, assez régulièrement espacées. M. Lartet voit dans ces lignes et ces entailles des signes de numération, et M. Steinhauer a émis l'idée que ce sont des marques de chasse. " (3)

    Des accidents multipliés survenaient sans doute aux Ibères dans la poursuite des fauves, plusieurs n'ont point revu le foyer et ont été ensevelis dans les cavernes bien connues des chasseurs. Dans la grotte d'Aurignac fermée par une dalle, " le terrassier Bonnemaison découvrit, en 1852, les restes de dix-sept squelettes humains. " (4) L'abris de Cro-Magnon (Dordogne), fouillé par M. Louis Lartet en 1868, lui a livré plusieurs squelettes humains.

    " Cet abri, dit M. Louis Figuier, aurait servi, suivant M. Louis Lartet, de rendez-vous de chasse, d'habitation et enfin de lieu de sépulture. Sept morts y avaient été inhumés ; on a pu recueillir les restes de ces squelettes, mais trois crânes seulement sont à peu près intacts.

    " Est-il permis, ajoute M. Louis Figuier, de savoir à qu'elle race appartenaient les hommes de la sépulture de Cro-Magnon et de se faire, par conséquent, une idée de la race humaine qui a vécu dans nos contrées aux temps du grand ours et du mammouth ? La race de Cro-Magnon n'est pas aussi différente de toutes les races anciennes ou modernes que le pense M. Broca. Selon M. Pruner-Bey, tous les crânes décrits jusqu'ici, et se rapportant à l'époque du grand ours et du mammouth, sont " analogues à ceux des esquimaux et des lapons de nos jours. M. Pruner-Bey appelle race mongoloïde primitive ces premiers habitants de notre sol. Nous verrons plus loin que des crânes et d'autres débris retrouvés en Belgique, par M. Dupont, à solutré, dans le Mâconnais, par M. de Ferry, et à Bruniquel par M.Brun, enfin les mâchoires provenant d'Aurignac et d'Arcy-sur-cure, confirment cette conclusion.

    " Les hommes appartenant à la race mongoloïde primitive avaient la tête généralement arrondie, le visage taillé en losange, les mâchoires et les dents un peu dirigés en avant, enfin, selon toute probabilité, le teint brun et les cheveux noirs et durs... Il existe encore des restes de cette race mongoloïde primitive : ce sont les Basques... " (5)

    Les Ibères ont donc laissé des traces non équivoques de leurs habitudes de chasseurs et les restes de grand ours et de mammouth retrouvés abondamment dans les cavernes attestent que la chair de ces animaux entrait dans leur alimentation. Le nom porté par les Ibères confirme pleinement toutes ces appréciations, en déclarant qu'ils étaient chasseurs d'ours et que la chair des ours étaient leur nourriture habituelle - to eat (it), manger, - bear (bér), ours.

    Le peuple Ibère n'est point le seul qui ait laissé dans le sol des traces sensibles de ses moeurs. Un autre peuple de notre Europe, non seulement chasseur mais encore pêcheur a abandonné la connaissance de son alimentation aux investigations patientes des savants. Les détails donnés, à ce sujet, par M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark, présentent un si grand intérêt que nous ne saurions résister au désir d'en citer la partie la plus importante.

    " Placée au dernier rang, dit M. Louis Figuier, par l'étendue de son territoire et le nombre de ses habitants, la nation Danoise est pourtant l'une des plus grandes de l'Europe par la place qu'elle a su conquérir dans les sciences et les arts. Ce vaillant petit peuple possède une foule d'hommes distingués qui font honneur à la science. Les patientes recherches de ses archéologues et de ses antiquaires ont fouillé la poussière des âges pour ressusciter un monde disparu. Leurs travaux, contrôlés par les observations des naturalistes, ont jeté un jour éclatant sur les premières étapes de l'humanité.

    " Aucune terre n'est d'ailleurs plus propre que le danemark à de pareilles investigations. Les antiquités s'y rencontrent à chaque pas : il ne s'agit que de savoir les interroger pour en tirer d'importantes révélations touchant les " moeurs, les coutumes et l'industrie des populations antéhistoriques. Le Musée de copenhague, qui renferme des antiquités de divers états scandinaves, est sans rival dans le monde.

    " Parmi les objets classés dans ce riche musée, on remarque un grand nombre provenant des Kjoekken-moeddings.

    " Et d'abord, qu'est-ce que ces Kjoekken-moeddings, dont le nom est si rude à prononcer pour une bouche française, et qui nous apprend suffisamment qu'il s'agit ici de l'âge de la pierre ?

    " Sur différents points des côtes danoises, particulièrement dans la partie septentrionale, où la mer a découpé ces criques étroites et profondes connues sous le nom de fiords, on remarque d'énormes accumulations de coquilles. En général, ces dépôts ne sont élevés que d'un mètre au-dessus du niveau de la mer ; mais, dans quelques lieux escarpés, leur altitude est assez grande...

    " Que rencontre-t-on dans ces amas ? Une énorme quantité de coquilles marines, et surtout de coquilles d'huîtres, des ossements brisés de mammifères, des restes d'oiseaux et de poissons, enfin des silex grossièrement taillés.

    " On avait pensé d'abord qu'il ne s'agissait là " que de quelque banc de coquilles fossiles, terrain autrefois submergé et qui aurait été rendu apparent par un soulèvement du sol, dû à une cause volcanique. Mais un savant danois, M. Steenstrup combattit cette opinion en se fondant sur ce fait, que les coquilles proviennent de quatre espèces qui ne vivent jamais ensemble, et qu'elles ont dù, par conséquent, être rassemblées par l'homme. M. Steenstrup faisait également remarquer que ces coquilles avaient appartenu, pour la plupart, à des individus arrivés à leur pleine croissance, qu'on n'y en voyait presque jamais de jeunes. Une telle singularité indiquait évidemment une intention raisonnée, un acte de la volonté humaine.

    " Lorsqu'on eut découvert dans les Kjoekken-moeddings tous les débris que nous avons énumérés, lorsqu'on y eut trouvé des restes de foyers, sortes de petites plates-formes qui conservaient encore la trace du feu, on devina l'origine de ces immenses amas coquilliers. Il y avait eu là des peuplades qui vivaient de pêche et de chasse, et qui jetaient autour de leurs cabanes les restes de leur repas, consistant surtout en coquillages. Peu à peu ces débris s'étaient accumulés, et avaient constitué les bancs considérables dont il s'agit. De là le nom de Kjoekken-moeddings, composé de deux mots : " Kjoekken, cuisine, et moeddings, amas de rebuts. Les Kjoekken-moeddings sont donc les rebuts des repas des populations primitives du Danemark.

    " ... Il est bon de faire remarquer que le Danemark n'a pas le privilège des amas de coquilliers. On en a découvert en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, en Ecosse, et même en France, près d'Hyères (Bouches-du-Rhône).

    " Les espèces de mollusque dont les coquilles forment la masse presque entière des Kjoekken-moeddings sont l'huître, le cardium, la moule et la littorine.

    " Les arêtes des poissons se trouvent en grande abondance dans les amas coquilliers. Elles appartiennent au hareng, au cabillaud, à la limande et à l'anguille. On peu en inférer que les habitants primitifs du Danemark ne craignaient pas de s'aventurer sur les flots dans de frêles esquifs : le hareng et le cabillaud ne se pêchent en effet qu'à une assez grande distance des côtes.

    " Les ossements des mammifères sont aussi fort répandus dans les Kjoekken-moeddings. Les plus communs sont ceux du cerf, du chevreuil et du sanglier, qui, au dire de M. Steenstrup, y figurent pour les 97 centièmes. Les autres proviennent de l'urus, de l'ours brun, du loup, " du renard, du chien, du chat sauvage, du lynx, de la martre, de la loutre, du marsouin, du phoque, du rat d'eau, du castor et du hérisson.

    " De quelques espèce d'oiseaux dont on recueille les restes dans les Kjoekken-moeddings, la plupart sont aquatiques, fait qui s'explique naturellement par la situation de l'homme sur les bords de la mer. " (6)

    L'interprétation par la langue celtique de Kjoekken-moeddings confirme et éclaire puissamment l'exposé de M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark. Ces amas sont vraiment des rebuts de repas, et le mot savamment combiné de Kjoekken-moeddings indique avec assurance, que l'on rejetait tout ce qui aurait été douloureux à la bouche, c'est-à-dire, les arêtes aiguës, les entrailles et la tête des poissons - jaw (djâu), bouche, - to ake (éke), être douloureux, - keen (kin), aigu, - maw (mâu), panse, - head (hèd), la tête, - to ding (digne), jeter avec violence, - jawakekeen-mawheadding -.

    Le peuple dont les rebuts de repas ont produit les amas coquilliers est-il tellement primitif que l'histoire n'en ait conservé aucun souvenir ? M. Louis Figuier signale avec juste raison des amas semblables en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, et cela n'est guère surprenant, puisque la tribu de pêcheurs qui a fait les kjoekken-moeddings du Danemark, a pu, du moins pendant quelque temps, conserver ses moeurs anciennes, quand elle s'est emparée de l'Angleterre d'une manière définitive. Cette tribu appartenait aux Tectosages établis entre le Rhin et l'Oder ; c'était celle des Angles, - to angle, pêcher à la ligne, - et ce nom significatif dit trop haut les occupations habituelles de ce peuple, pour que l'on puisse sérieusement refuser de le reconnaître comme l'auteur des Kjoekken-moeddings.

    Cette digression sur les amas coquilliers du Danemark ne doit point nous faire perdre de vue les Ibères et leurs chasses dangereuses au grand ours des cavernes. L'habitude de la chasse à l'ours n'est pas encore disparue des moeurs des Basques, et, chose remarquable, dans les contrats de mariage, les pères de famille, aujourd'hui même, attribuent en dot à leurs enfants une part de possession d'ours, soit un quart, un tiers ou une moitié, suivant le nombre des enfants à doter. Les receveurs français de l'enregistrement connaissent très bien cette particularité, et ne négligent point de percevoir les droits de l'Etat sur cet apport en valeur d'ours.

    On ignore l'époque précise où les Ibères vinrent aborder sur la terre d'Espagne. Quelques historiens fixent leur émigration dans l'année 523 après le déluge, c'est-à-dire, 1824 ans avant jésus-Christ. Ce serait ainsi dans le même siècle où Inachus, le plus ancien de tous les rois connus par les Grecs, fonda le royaume d'Argos, tandis qu'en Orient, Abraham laissait par sa mort (1821 avant jésus-Christ) son fils Isaac héritier de sa foi, de sa puissance et des promesses divines.

V

LES GASCONS. - LES OCCITANI.

LES AQUITAINS ET LEURS TRIBUS. - AUCH.

BORDEAUX.

    Les Celtes avaient imposé aux descendans de Tubal certaines dénominations dans lesquelles se révélaient des coutumes que le siècles n'ont pu effacer. Ainsi, le nom de Vardulles a été donné à une tribu ibérienne à cause de l'habitude de ces peuples de conserver sur leurs épaules, et le jour et la nuit, une espèce de manteau - to ward, garder, - hull, couverture extérieure, manteau, - et on sait que les fils des Vardulles ne dérogent point à cet usage.

    Il n'entre point dans notre pensée d'examiner tous les noms des tribus ibériennes ; il faut faire néanmoins une exception bien méritée pour les Vascons ou Gascons.

    " D'après l'histoire, les Basques avaient le privilège de former l'avant-garde des armées carthaginoises, et de se mesurer les premiers avec l'ennemi. " Leur réputation de courage indomptable était si bien établie, que " César n'osant point traverser la Vasconie, tant il les redoutait, se rendit en Espagne, pour éviter leur rencontre, par la vallée d'Aspe, dans le Béarn. " (7)

    Les Gascons ont donné leur nom à notre Gascogne française. On ne peut guère dire que leur établissement dans l'Aquitaine ait été un envahissement, car les Aquitains étaient pour eux des frères, et les Gascons étaient venus à leur secours pour combattre le joug de la domination que Clovis cherchait à leur imposer. Nous les voyons d'abord sous les enfants de Clovis établis jusqu'à la rive droite de l'Adour, et plus tard, vers l'année 626 après Jésus-Christ, occupant la Novempopulanie tout entière qui désormais s'appelle Gascogne.

    Ils ont reçu leur nom étrange de la chaussure particulière qu'ils avaient adoptée et que leurs descendans n'ont point abandonnée. Gaskins, en langue celtique, signifie une large chaussure à l'antique. C'est la sandale qu'en Languedoc on nomme spardillo, en Catalogne spadrilla, et que les Basques appellent spartinac. Il est loin de manquer de sens le mot spartinac : il est composé du verbe to spar, préluder au combat, et de l'adjectif thin (thinn), délié, clair-semé, peu nombreux.

    Cette chaussure légère permettait aux Basques de se livrer à la guerre d'embuscades : doués d'une agilité rare, et pour ainsi dire insaisissables, ils avançaient peu nombreux, préludant au combat par des coups sûrs et isolés qui devaient singulièrement étonner leurs ennemis. Ce terme spartinac nous montre dans son vrai jour le caractère du génie guerrier des Basques : ils étaient dans ces temps reculés ce qu'ils sont encore aujourd'hui, des guerrilleros.

    Après nous avoir donné la signification des noms des tribus ibériennes, la langue celtique nous expliquera avec la même facilité ceux des tribus vivant dans l'Aquitaine. Dans cette partie de la Gaule, la famille celtique a laissé les traces les plus grandes et les plus fortes de son mélange avec la famille ibérienne. Tous les auteurs ont reproduit les traits différents de caractère qui séparent les Ibères et les Celtes : ceux ci étaient gais, légers, ardents, aimant les combats et prompts à l'attaque ; les Ibères au contraire étaient graves, sérieux, presque sombres, aimant aussi la guerre et la soutenant avec une opiniâtreté invincible. Lorsque les deux peuples se sont rencontrés, le choc a dû être terrible. Après avoir combattu pour la possession du pays, rapporte Diodore de Sicile, les Celtes et les Ibères l'ont habité en commun, en vertu d'un accord pacifique, et ils se sont mêlés par des alliances. De ce mélange est sortie la nation Celtibérienne, dans laquelle le sang ibère est resté prédominant.

    Les Aquitains qui, d'après leurs traditions, ne seraient pas issus des Celtes, appartiennent à la famille Celtibérienne, car s'ils se rapprochent fortement des Ibères par les traits et les moeurs, ils n'en ont pas moins adopté les habitudes et les institutions des Celtes. Nous en présenterons une preuve dans l'institution des soldures, qui nous paraît être absolument celtique quoiqu'on l'attribue généralement à la nation ibérienne.

    " Une institution qui lui est particulière (à l'Aquitaine), et qui est étrangère aux Gaulois, dit le très estimable auteur de l'Histoire de la Gascogne, l'abbé Monlezun, est celle des solduriens, ou plutôt saldunes (de l'Escualdunal, zaldi ou saldi, cheval ; salduna, qui a un cheval, cavalier, l'eques romain) ; on nommait ainsi des soldats qui se vouaient à un chef, partageaient à jamais sa destinée ou plutôt s'identifiaient tellement avec lui qu'il n'est pas d'exemple qu'un seul lui ait jamais survécu. (8) Dès que le chef succombait, on les voyait chercher dans la mêlée un mort glorieuse, et s'ils ne pouvaient l'y trouver, ils revenaient se percer sur le corps de celui qui avait leur foi. "

    On peut observer que dans le récit de la guerre contre les Aquitains, César parle seulement de l'institution des soldurii, sans affirmer d'ailleurs que les soldures n'existassent point dans les autres parties de la Gaule. Ce terme de soldures, qui dans la langue basque n'offre aucune idée à l'esprit, présente, au contraire, dans la langue des Tectosages, un sens parfaitement en rapport avec lui, et accidents de la guerre ne les sépareront pas ; la vie, à la mort ; il vivra ou mourra avec lui, et les accidents de la guerre ne les sépareront pas ; la vie du soldure ne durera pas plus que la vie de son chef. - Soul (sôl), vie, âme. - to dure (dioure), durer.-

    De nos jours encore, le soldat ne se nomme-t-il pas soldier, dans l'anglo-saxon ? D'où provient ce soldier, sinon de soldure (soldioure), et comment ce terme existerait-il dans l'anglo-saxon, si l'institution des soldurii eût été particulière aux Ibères ? Cette institution, qui, nous semble-t-il, est commune aux Celtes et aux Celtibères, nous indique comment, sur le sol aquitain, s'était opérée la fusion des deux familles.

    Le nom d'Occitania a été employé pour désigner l'Aquitaine. " Charles VII, dans l'ordonnance portant érection du Parlement de Tolose, la nomme Patria Occitania : ce qui a donné sujet au pape Innocent VI, dans son registre, d'appeler ce païs Occitania. Mais communément et le plus souvent il est nommé dans les anciens actes patria linuae Occitaniae. " (9).

    L'auteur des Mémoires de l'Histoire du Languedoc voudrait, à cause de la première syllabe d'Occitania, appliquer ce terme au languedoc, mais cette expression, désassemblée et interprétée par la langue celtique nous montre avec la dernière évidence que les Occitani étaient les habitants des côtes maritimes qui enserrent le golfe de Gascogne, c'est-à-dire, les Aquitains et les Cantabres.

    La réputation des Basques et des Cantabres comme intrépides marins n'a jamais été contestée, et ce n'est pas sans raison qu'ils s'attribuent l'honneur d'avoir, les premiers, donné la chasse à la baleine. Du reste, si les baleines tombaient peut-être rarement sous leurs coups, il n'en était pas de même des marsouins, et cette chasse habituelle aux marsouins leur a valu le nom d'Occitani - hog-sea (hogsi), marsouin, - to hit, frapper, - hand, la main - hogsihithand. - Le terme Occitani était donc un nom général désignant les pêcheurs du golfe de Gascogne. Les Celtibères de l'intérieur du pays compris entre l'Océan, les Pyrénées et la Garonne, avaient reçu une autre dénomination, générale aussi, celle d'Aquitani. Les Basque appellent dit-on, leur langue, l'Escualdunac : c'est le langage des dompteurs de chevaux, dompteurs au visage sombre et refrogné - scowl (skaoul), air sombre et refrogné, - to down (daoun), dompter, - hack, cheval.- Le titre de dompteurs de chevaux n'appartient pas aux seuls Basques, il doit être partagé par les aquitani, et cette communauté de goûts et de moeurs nous semble un trait remarquable d'affinité, qu'il ne faut point négliger.

    Il eut été difficile aux Aquitains d'être de mauvais cavaliers, car leur pays était fécond en chevaux renommés.

    Le savant Bénédictin, Dom Martin, à qui les auteurs modernes ont emprunté les détails les plus curieux sur les moeurs, le gouvernement et la religion des celtes, comprenait que cette production de magnifiques chevaux avait eu une grande influence sur le nom donné à l'Aquitaine. Aussi avance-t-il que ce pays s'était d'abord appelé Equitaine, du latin, equus, cheval. La sagacité remarquable du docte religieux n'était guère en défaut, car c'étaient encore de hardis dompteurs de chevaux, que ces Aquitani - hack, cheval, - to cow (kaou) intimider, - to hit, frapper, - hand, main, - hackcowhithand. -

    La passion du cheval est-elle disparue du coeur des Aquitains modernes ? Il est certain qu'elle possède encore le même degré de vivacité, malgré les changements apportés par les siècle dans les habitudes : les exercices équestre d'un cirque quelconque suffisent, en effet, pour exciter dans l'âme des Aquitains et des Gascons un intérêt et un enthousiasme qui ne saurait être contenus.

    Les tribus qui vivaient dans l'Aquitaine étaient au nombre de quarante environ, parmi lesquelles neuf principales ont fait donner par les Romains à ce pays le nom de Novempopulanie. Nous examinerons les nom de quelques-unes de ces tribus avec ceux de plusieurs villes, et nous constaterons qu'ils appartiennent tous à la langue celtique.

    Les Tarbelli occupaient les côtes de l'Océan, et Ausone n'hésite pas à appeler le golfe de Gascogne, l'Océan Tarbellien. Strabon prétend que leur pays était riche d'un or excellent : cependant les mines d'or de la contrée n'étaient pour rien dans le nom qu'ils portaient. Marins soigneux et prévoyants, ils savaient goudronner leurs barques légères pour lutter contre l'action destructive des eaux de la mer - to tar, goudronner, - to belly, bomber.- A l'extrémité de leur territoire, du côté de l'Espagne, les Tarbelli possédaient une ville, Lapurdum, dont le nom a servi plus tard à désigner le pays de Labour ou Labourdan. On croit que c'est Bayonne (10) Lapurdum, l'ancien Bayonne, devait être placé sur les bords de la mer, puisque les flots de l'Océan Tarbellien arrivaient jusqu'à lui, - to lap, lécher, - ord, bord, - Lapord. -

    Les bigerriones dont parle César, occupaient le pays dont Tarbes est aujourd'hui le chef lieu.

    " De bigerriones est venu le nom de bigorre qui désignait anciennement un château fort défendant la ville de Tarbes. Deux de ses premiers pasteurs, Aper, dans le concile d'Agde, et St-Julien dans le quatrième concile d'Orléans, s'intitulent, l'un, évêque de la cité de Bigorre, civatis Bigorritanae, et l'autre, évêque de la cité Bigerricae. Grégoire de Tours ne la nomme jamais autrement. " (11)

    Quelques auteurs ont cru pouvoir faire dériver Bigorre de deux mots basques, bis, deux, gora, hauteur ; mais cette interprétation par le basque n'offre aucun sens précis.

    Ausone appelle ce petit peuple bigerri, et parait bien qu'il nous a transmis avec le véritable nom, la prononciation la plus exacte. Ces montagnards étaient des dévastateurs, des pillards dont l'intrépidité n'avait jamais fléchi. C'est là le trait de moeurs retracé dans Bigerri d'Ausone - big, courageux, to harry (herri), piller, dévaster -.

    Les Auscii formaient dans l'Aquitaine la tribu la plus puissante. Les anciens géographes donnent à leur ville principale le nom de climberris. Nous croyons bien à une erreur de leur part ; ils n'ont point saisi le sens exact de ce terme, distinctif d'une contrée entière, car Auch n'a jamais pu voir varier son nom qu'il a emprunté aux Auscii. Du reste, il nous semble qu'on peut découvrir la vérité par la signification de Climberris qui devait s'appliquer à toute la contrée comprenant aussi bien la ville d'Auch que celle d'Eluse. Tout ce pays produisait des baies et des grains - clime, région, pays, - berry, baie, grain, - Climeberry -. Pourquoi aurait-on attribué à une seule ville la production des grains et des baies de raisins, dès lors que c'était là une production générale de la région ? Et qu'on ne soit pas étonné de voir les baies de la vigne, les raisins entrer dans la composition de Climberris, car la vigne existait dans les Gaules à l'état sauvage. Un temps considérable s'était écoulé peut-être sans qu'on ait songé à sa culture, et l'histoire semble faire honneur aux Grecs d'avoir enseigné aux Celtes à faire le vin, ce qui nous paraît d'ailleurs fort douteux, les Gaulois étant aussi avancés que les Grecs dans la civilisation matérielle, et supérieurs aux fils de Javan dans la sciences philosophique et religieuse.

    Nous avons déjà dit qu'Auch avait emprunté son nom aux Auscii et était leur ville principale. En cherchant à donner à Auch une prononciation celtique, on est forcé de dire Aouch et c'est probablement l'appellation véritable de cette ville, s'écrivant en anglo-saxon Ouch, et se prononçant Aoutch.

    Ouch signifie collier d'or, enchâssure d'une pierre précieuse, et Auscii désigne les ouvriers habiles, appliqués au travail des métaux précieux et fabriquant ces magnifiques colliers d'or dont les guerriers ornaient leur poitrine dans les grands jours de joie qui, pour eux, étaient les jours de combat - ouch (aoutch), collier d'or, - hew (hiou), tailler -

    Les Auscii pouvaient aisément se rendre habiles dans les ouvrages d'or ; ce métal était presque à fleur de terre dans leur région, et divers historiens prétendent que les avides marchands Grecs et Phéniciens, revenant dans leur pays, donnaient pour lest à leur vaisseaux l'or recueilli dans les Pyrénées.

    La richesse de l'Aquitaine en chevaux avait séduit une fraction des Bituriges-Cubes (du Berry), et ils se détachèrent du gros de la tribus pour se fixer à l'embouchure de la Gironde. Les Bituriges-Cubes avaient les mêmes goûts que les Aquitains. Comme eux, ils étaient éleveurs de chevaux, prompts à bondir sur leurs coursiers et habiles à se servir du frein, - bit, frein, mors, - ure, usage, - itch, désir démangeaison, - to cub, mettre bas, produire -.

    Cette partie de la tribu des Bituriges-Cubes, établie sur les deux rives de la Gironde prit le nom de Bituriges-Vivisci. Le mot Vivisci, en celtique vives (vaïvz), se rapporte à une maladie des chevaux, maladie que les Bituriges traitaient sans doute avec grand succès. Ils avaient pour cité principale Burdigala (Bordeaux). Cette ville devait être alors comme de nos jours le principal entrepôt du commerce entre l'Océan et la Méditerranée. Il est tout à fait instructif de voir Burdigala exprimer l'idée d'une marine marchande et commerçante dans ces temps si éloignés de nous, - board (bord) le pont d'un vaisseau, - to higgle, revendre.

    Au-dessous de la rive gauche de la gironde, et tout à côté des Bituriges-Vivisci, le littoral du golfe de Gascogne était occupé par les Boii, - bow (), arc, - to hew (hiou), tailler -.

    Ces archers, placés par des circonstances imprévues sur les bords de la mer, devinrent d'excellents marins, et c'est probablement ce qui, plus tard, les fit appeler Boates, - boat (bôte), bateau, chaloupe.

(1) Jer. c. 51. v. 27.
(2) Gen. c. IX. v. 18. 19.
(3)L'homme primitif, par M. Louis Figuier.
(4) L'homme primitif, par M. louis Figuier.
(5) L'homme primitif par M. Louis Figuier, page 113.
(6) L'homme primitif par M. Louis Figuier.
(7) Guide Français-basque par M. L. Fabre.
(8) J.César, de bell. gall. lib. III, 22.
(9) Mémoires de l'Histoire du Languedoc par G. de Catel.
(10) Histoire de la Gascogne par l'abbé Monlezun.
(11) Histoire de la Gascogne par l'abbé Monlezun. Notes.


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