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Rennes le château, une affaire paradoxale

 
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Octonovo




Dernière mise à jour
le 30 janvier 2010



Bibliothèque
 

La Vraie
 Langue Celtique
et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Table des matières Avant propos Observations préliminaires
Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3
Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6
Chapitre 7 Chapitre 8 Carte

CHAPITRE V.

LANGUE CELTIQUE

L'ARMORIQUE ET SES TRIBUS.

   

Après avoir appliqué la langue des Tectosages à interpréter le basque, nous pouvons tenter son efficacité dans l'explication de Britanni et des noms celtiques des tribus armoricaines.

    La langue bretonne est, croit-on, la vraie langue celtique parlée par nos aïeux. Que les bretons aient conservé un nombre très considérable d'expressions gauloises, c'est incontestable ; mais ils n'ont point gardé cette langue dans sa pureté, et il suffit de jeter un coup d'oeil sur leurs pronoms pour juger de l'altération profonde de leur langage. Ce qui démontre au grand jour cette altération, c'est la difficulté éprouvée par les Bretons eux-mêmes pour éclaircir les dénominations de leurs anciennes tribus, et surtout les noms les plus chers à leur patriotisme, ceux de Britanni et d'Armorique.

    Suivant Le Gonidec, Breton ou Bretoun ou mieux Brizard, vient de Briz, qui signifie peint de diverses couleurs. Lehuerou dit que Breton (Brython dans les traditions gauloises) dérive de Bro, pays et de thon, than, ou den, hommes, c'est-à-dire, hommes du pays, indigènes. C'est là, malheureusement, tout ce qu'a pu dévoiler le breton pour l'étymologie de Britanni. L'idiôme de Tectosages sera plus heureux, nous l'espérons du moins, tout en conservant une prononciation plus exacte. Britanni dérive de to breath (brith), vivre, et de to annoy (annoï), incommoder, ennuyer. L'île de Bretagne devait sans doute être occupée par des hommes vivant d'une manière incommode et dure. César, parlant de son expédition militaire dans cette île, rapporte que les anciens habitants en tenaient l'intérieur, tandis que les côtes étaient au pouvoir des Belges venus du continent. Ces Belges commencèrent à cultiver et à ensemencer les champs : l'île était fort peuplée, les troupeaux très nombreux ; les habitants de l'intérieur vivaient de lait et de viande, ne semaient point de blé, et étaient vêtus de peaux. (1) La privation volontaire de blé et de pain, l'alimentation exclusive par le lait et la viande, les vêtements de peaux avaient paru aux yeux du Neimheid constituer un genre de vie assez dur et assez incommode pour faire nommer ces insulaires, Britanni.

    Le terme Armorique est aussi une véritable énigme dans la langue bretonne. D'après tous les auteurs, Armorique dériverait de armor, sur mer. Mor en effet, signifie mer, en breton ; mais ar, que signifie-t-il d'une manière sûre ? Et la terminaison ique est-elle donc inutile et deviendrait-elle un simple ornement ? Dans l'idiôme des Tectosages, armorique se décompose ainsi : arm, bras, oar (ôr), aviron, rame, to eke (ike), allonger, perfectionner, c'est-à-dire, un bras qui se sert de rames fort longues. Ce sens d'Armorique devient saisissant de vérité, lorsqu'on se souvient des indications données par César sur la marine Vénète, assez puissante pour rendre ce peuple indomptable. Les vaisseaux armoricains à carène plate défiaient les bas-fonds ; construits dans leur entier en coeur de chêne, ils pouvaient se jouer du choc des éperons romains ; leur proue et leur pouppe fort élevées, résistaient admirablement aux vagues les plus fortes : les voiles étaient faites de peaux, afin qu'elles ne fussent point déchirées et mises en pièces par la furie des ouragans et des tempêtes. (2)

    Il n'est dons pas étonnant, que construisant des navires à rebords si élevés, les marins de l'Armorique aient dû se servir de rames fort longues, et c'est là l'origine de leur nom, Armorici.

    Parcourons encore cette terre si intéressante de l'Armorique et nous y retrouverons, par les dénominations de ses tribus et de ses cités, bien des choses dignes de fixer l'attention.

    La tribu la plus puissante de confédération armoricaine était celle des Vénètes. Ces marins redoutés étaient fort religieux ; mais ils ne connaissaient pas de temple pour y prier : ils se réunissaient en plein air, lorsqu'ils remplissaient leurs exercices religieux, dédaignant de se mettre à l'abri des intempéries des saisons pour accomplir les actions les plus nobles de la vie. Le nom de Vénètes indique cette fière coutume, qui était d'ailleurs commune à tous les Gaulois, tout aussi religieux que les Vénètes, vane (véne), temple, to hate (héte), détester .

    Leur ville principale était Dariorigum, aujourd'hui Vannes. Nous avons déjà constaté l'habileté des Aquitains et des Bituriges à élever et dompter les chevaux, et maintenant dans une autre partie de la Gaule, nous pourrons nous convaincre de quels soins vigilants les Celtes entouraient l'espèce chevaline ; to dare, oser, to hew (hiou) tailler, rig, cheval à demi châtré . Au sud du Morbihan, près des côtes de la mer, se trouve Carbac, si remarquables par ses alignements. Les pierres levées y sont rangées en longues files régulières et figurent des allées dont la largeur varie entre quatre et huit mètres. Une distance de sept, huit et dix mètres est ménagée entre chacune des pierres levées. Les allées du centre sont plus grandes que les allées latérales, et à une extrémité, on voit un grand espace libre, semblable à une place publique.

    On cherche depuis bien longtemps la signification de ces alignements faits de pierres levées et mesurant plusieurs kilomètres. S'il nous était permis de hasarder une opinion sur ces alignements, nous serions porté à y voir, non pas un monument religieux, mais bien un lieu d'exercices, où les Gaulois se formaient à conduire avec habileté, au milieu d'obstacles multipliés, leurs chariots de guerre, armés de faux, leurs cobhains, kob, cheval, to hem, entourer , et on sait quelle adresse redoutable les Celtes y déployaient.

    César en avait été si vivement frappé qu'il n'a pu cacher son admiration. " Les exercices journaliers, dit-il, les ont rendus tellement habiles, qu'ils savent arrêter leurs chevaux dans la course la plus fougueuse, dans les pentes les plus raides, et qu'ils les font tourner de court : eux-mêmes sont accoutumés à courir sur le timon, à se tenir sur le joug, et puis d'un bond à se rejeter dans le char. " (3)

    Les alignements de Carnac étaient bien disposés pour former l'oeil et la main des jeunes Gaulois, obligés de conduire leurs chariots entre les pierres levées qu'ils devaient s'étudier à tourner et à éviter.

    Au reste, ce qui nous porte à mettre en avant cette hypothèse, c'est le nom même de Carnac, signifiant un chariot attelé d'un jeune cheval, car, chariot, nag, jeune cheval. Est-il inadmissible que ces longues files de pierres levées de Carnac fussent, pour ainsi dire, un champ de courses, où les Celtes montraient leur force et leur habileté en maîtrisant, au milieu des obstacles, de jeunes et vigoureux chevaux ?

    Les amateurs de monuments mégalithiques peuvent voir à Locmariaguer, chez les Vénètes, une allée couverte, dite de César. Locmariaguer est placé tout près du lac de Vannes. Voici la composition de ce nom : un lac qui empêche les chasseurs, loch, (lok) lac, to mar, empêcher, yager (iagueur), chasseur .

    Tous les auteurs qui se sont occupés des industries celtiques nous apprennent que les tamis de crin sont d'invention gauloise ; mais ils ne disent pas où était le lieu d'invention et de fabrication. Sarzeau, dans la presqu'île de rhuis nous instruit amplement à ce sujet, sarce (sarse), tamis, tissu de crin, to sew (), attacher, coudre.

    Au nord des Vénètes, était établie la tribu des Curiosolites. Leurs mains façonnaient ces voiles de peaux, dont se servaient les marins de l'Armorique et qui avaient tant surpris César. Les Curiosolites étaient les corroyeurs, obligés de coudre et d'attacher les peaux puantes, to curry (keurri), corroyer, to owe (ô), être obligé, to sew (), coudre, attacher, olid, puant, fétide . Estce en souvenir des Curiosolites que la ville de SaintMalo fait encore un si grand commerce de cuirs et de peaux ?

    Dans cette tribu et sur les bords de la mer, existait Reginea, dont le nom seul indique l'importance pour la marine armoricaine : on taillait les agrès des vaisseaux, rigging (rigguign), agrès, to hew (hiou), tailler .

    Dans le terrain limitrophe des Curiosolites, se trouvait une cité du nom d'Aleth, située à peu près à l'endroit occupé aujourd'hui par la ville de Saint Servan. La cité d'Aleth, allay (allé), mélange, alliage, to etch, graver à l'eau forte sur le cuivre , fabriquait-elle des ouvrages de cuivre et de bronze, ou bien, a-t-elle reçu ce nom à cause du sol qui aurait renfermé du minerai de cuivre ? Il est bien difficile de se prononcer. Cependant notre Aleth du département de l'Aude pourrait peut-être nous renseigner ; la similitude de nom semble devoir provenir de la similitude d'industrie ou de terrain contenant des métaux de même nature dans les deux localités. L'industrie métallurgique a toujours été nulle dans notre Aleth, et il n'existe rien dans les traditions populaires qui permette même de soupçonner l'exploitation de ses pyrites cuivreuses.

    Le Neimheid a dû appliquer une dénomination semblable à ces deux cités, si éloignées l'une de l'autre, probablement à cause de leur sol renfermant quantité de pyrites de cuivre mêlées à d'autres minerais.

    La cité bretonne d'Aleth appartenait à la tribu des Diablintes, to dye (daï), teindre, colorer, able, habile, to hint, inventer, suggérer , les ouvriers ingénieux et habiles qui savaient donner aux tissus dont se composaient les vêtements des Celtes, ces couleurs vives et variées dont ils aimaient l'éclat.

    Les Diablintes possédaient une autre cité appelée Fines, to fine, affiner, purifier, haze (hèze), brouillard. A t-on voulu dans la dénomination de Fines faire allusion aux vapeurs semblables à des brouillards s'élevant au-dessus des foyers d'affinage ? Situé à proximité d'Aleth, Fines aurait bien pu posséder des foyers, destinés à purifier les pyrites de cuivre provenant de cette localité. En admettant cette hypothèse, qui n'est pas improbable, d'une fonderie de cuivre ou de bronze, dans la ville de Fines, les fourneaux ne devaient jamais s'éteindre, surtout si elle était dans l'obligation de fournir les timons et les roues de bronze aux habitants de Carife, dont l'industrie consistait à ajuster les différentes parties des chariots celtiques, car, chariot, to eye (), avoir l'oeil sur, to fay (), ajuster . Carife était à dix lieues au sud-est d'Aleth.

    A l'ouest des Vénètes, dans la partie de l'ancien comté de Cornouailles se terminant au cap ou bec du Raz, vivaient les Corisopites. Pour bien juger et apprécier cette contrée, il suffit d'en citer la description faite par Châteaubriand qui connaissait sa chère Bretagne : " Région triste et solitaire, enveloppée de brouillards, retentissant du bruit des vents, et dont les côtes hérissées de rochers étaient battues d'un Océan sauvage. " Ces paroles sont la traduction fidèle et complète de Corisopites, cor, coeur, hiss, sifflement, sob, soupir, sanglot, to hit, frapper, toucher . Les sifflements aigus, les gémissements incessants produits dans les rochers par la furie des ouragans, n'étaient-ils pas de nature à frapper, à attrister le coeur des Corisopites ?

    Les Agnotes, qui occupaient, au nord des Corisopites, la pointe armoricaine appelée le cap Finisterre, étaient, eux aussi, fatigués et tourmentés par le mauvais temps et les orages, to hag, tourmenter, naught (naût), mauvais .

    Les Agnotes étaient compris dans la tribu des Osismiens ou Osismii. Ces derniers avaient reçu cette appellation à cause de l'abondance des marsouins et des piettes qui fréquentaient leurs côtes, hog-sea (hog-si), marsouin, smew (smiou), piette, oiseau aquatique .

    Placée sur la rive droite de la Loire ou Ligeris, lickerish, délicieux , la tribu des Namnetes s'était rendue célèbre par son habileté à tendre des filets, name, réputation, célébrité, to net, prendre au filet . D'après Ptolemée, la cité principale des Namnetes était Condivicum, aujourd'hui Nantes, to con, apprendre par coeur, device (divaïce), invention . Quelles inventions avaient donc fait dénommer cette ville Condivicum, inventions que l'on apprenait par coeur ? Y avait-il une école où l'on enseignait la pratique des arts manuels, ou bien était-ce une école de navigation dans laquelle les intrépides marins Vénètes venaient se former et se tenir au courant de la science et des inventions nautiques ? Il est toujours bien certain que Condivicum possédait un chantier de construction pour les vaisseaux, puisque, dans le fleuve baignant la ville, furent lancées, par ordre de César, les galères romaines destinées à combattre la flotte des Vénètes, qui comptait deux cent vingt navires. (4)

II

LES REDONES. LES MONUMENTS CELTIQUES.

LES DRUIDES. LES CARNUTES.

    Au nord de la tribu des Namnetes, se trouvaient les Redones. On ne peut guère parler des Redones sans rappeler à l'esprit les images des grandes pierres dont les Bretons ont conservé les noms avec tant de soin. Il est intéressant de connaître la pensée de la science moderne sur ces monuments, pensée que M. Louis Figuier a parfaitement rendue et traduite dans l'Homme Primitif. Nous citerons textuellement, à ce sujet, quelques passages importants de ce livre.

    " Une circonstance heureuse et bizarre à la fois, écrit M. Louis Figuier, a rendu extrêmement faciles, et en même temps certaines, les notions que nous allons présenter à nos lecteurs. Ces tombeaux des hommes de l'époque de la pierre polie, ces monuments funéraires, ont été étudiés, décrits, fouillés d'une manière approfondie, par les archéologues et les antiquaires, qui en ont fait le sujet d'une foule de publications et de savants mémoires. En effet, ces tombeaux ne sont rien autre chose que les dolmens, ou les monuments celtiques ou druidiques, et ils ne se rapportent nullement, comme on l'avait toujours pensé, aux temps historiques, c'est-à-dire aux temps des Celtes ou des Gaulois, mais remontent à une antiquité beaucoup plus haute, car ils appartiennent à l'époque antéhistorique de la pierre polie.

    Nous étudierons, avec cette donnée explicative, les dolmens et autres monuments dits mégalithiques, restes grandioses d'une époque ensevelie dans la nuit des temps, énigmes colossales qui s'imposent à notre raison et piquent au plus haut point la curiosité de l'érudit et du penseur.

    Les dolmens sont des monuments qui se composent d'un gros bloc de rocher, plus ou moins aplati, et posé horizontalement sur un certain nombre de pierres, dressées verticalement elles-mêmes pour servir de supports.

    La terre recouvrait ces sortes de chambres sépulcrales et formait un monticule, mais par la suite des temps, cette terre ayant souvent disparu, on voit apparaître seulement les pierres nues de la chambre sépulcrale.

    Ce sont ces pierres nues que l'on a prises pour des autels de pierre, et que l'on a rapportées au culte religieux des Gaulois. Les prétendus autels druidiques ne sont que des dolmens en ruine. Ce n'est donc pas, comme on l'a toujours dit, pour servir aux pratiques d'un culte cruel qu'ils ont été élevés. Il est parfaitement prouvé aujourd'hui que les dolmens ne sont que des tombeaux de l'époque antéhistorique. "... Il faut donc renoncer à voir dans les dolmens de la Bretagne, qui ont été tant de fois décrits par les antiquaires, et qui figurent au nombre des monuments de notre histoire, des symboles de la religion de nos pères. On ne peut plus les regarder que comme des chambres sépulcrales.

    Les dolmens sont très nombreux en France, beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense. On croit généralement qu'il n'en existe qu'en Bretagne, et les curieux admirent sous ce rapport les prétendus autels druidiques si répandus dans cette ancienne province de France. Mais la Bretagne est loin d'avoir le privilège des constructions mégalithiques. On en a trouvé dans cinquante-huit de nos départements, appartenant pour la plupart aux régions de l'ouest et du sud-ouest..

    Les menhirs étaient d'énormes blocs de pierres brutes, que l'on fichait en terre aux environs des tombeaux. Ils étaient plantés isolément, ou par rangées, c'est-à-dire en cercle ou en avenue.

    Quand les menhirs sont rangés en cercle, uniques ou multiples, on les nomme cromlechs. Ce sont de vastes enceintes de pierres, ordinairement disposées autour d'un dolmen. Le culte dû aux morts parait avoir converti ces enceintes en lieux de pélerinage où se tenaient, à de certains jours, des assemblées publiques. Ces enceintes sont tantôt circulaires, comme en Angleterre, tantôt rectangulaires, comme en Allemagne ; elles comprennent un ou plusieurs rangs.

    " ... Ces monuments de pierre, nous l'avons déjà dit, ne sont pas plus celtiques que druidiques. Les Celtes, peuples qui occupèrent une partie de la Gaule, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, sont tout à fait innocents des constructions mégalithiques.

    Ils les trouvèrent toutes faites lors de leur immigration, et, sans doute, ils les considérèrent avec autant d'étonnement que nous. Ils en tirèrent parti, lorsqu'ils leur parut avantageux de les utiliser. Quant aux prêtres de ces peuples anciens, quant aux druides qui cueillaient le gui sacré sur le chêne, ils accomplissaient leurs cérémonies dans le fond des forêts. Or, jamais dolmen ne fut bâti au fond des forêts ; tous les monuments de pierre qui existent aujourd'hui se dressent dans la partie découverte du pays. Il faut donc renoncer à l'antique et poétique aperçu qui fait des dolmens les autels du culte religieux de nos ancêtres. " (5)

    L'opinion de la science moderne touchant les dolmens, diffère étrangement des idées suscitées par l'interprétation des noms que portent les grandes pierres, si abondantes en Armorique, surtout chez les Redones (Rennes).

    Les Redones formaient la tribu religieuse, savante, possédant le secret de l'élévation des monuments mégalithiques disséminés dans toute la Gaule ; c'était la tribu des pierres savantes, read (red) savant, hone, pierre taillée. L'étude et la science étaient indispensables pour connaître le but de l'érection des mégalithes, et ceux-là seuls en possédaient l'intelligence et le sens qui l'avaient appris de la bouche même des Druides.

    Il est utile de remarquer que le département d'Ille-et-Vilaine comprend la plus grande partie du territoire des anciens Redones ; il reçoit son nom des deux rivières l'Ille et la Vilaine qui y prennent leurs sources. Ille, hill, signifie colline ; Vilaine to will (ouill), vouloir, to hem, entourer , se rattache aux pierres levées placées sur les collines et entourant la tribu des Redones. Le rapport et la convenance entre le nom des deux rivières et celui de Redones sont-ils purement fortuits ? N'est-ce pas une confirmation frappante de l'interprétation donnée à Redones et suggérée par la langue des Tectosages ?

    " Les pierres isolées, dit H. Martin, se nomment men-hir, pierre longue, ou peulvan, pilier de pierre ; les grottes factices, leckh, roche, ou dolmen pierres levées, (de tol ou dol, élévation) ou table de pierre, (de taol, table) : les cercles, crom leckh (pierres de crom ou cercles de pierres). Les fameuses tours rondes d'Irlande sont aussi des monuments gaëliques, d'un caratère religieux, comme l'atteste bien leur nom traditionnel, Feid-Neimheidh. "

    Neimheid, nous l'avons déjà vu, désigne le corps savant qui composait les dénominations. Ces hommes d'élite distribuaient-ils aussi au peuple le fondement principal de leur nourriture, c’est-à-dire le blé et le pain? Feid le déclare positivement, puique le verbe to feed (fid) signifie, nourrir, donner à manger. Les termes ménir, dolmen, cromleck, se rapportent encore à ce fait important, qui consistait pour les Druides, à distribuer au peuple Celte, d'abord la science religieuse, essentielle à la vie morale, et en second lieu, le blé et le pain, essentiels à la vie matérielle.

    Le ménir, par sa forme aiguë et en pointe, représentait l'aliment de première nécessité, le blé, main (mén), principal, ear (ir), épi de blé. Chose étrange ! Dans tous nos villages du Languedoc, on trouve toujours un terrain auquel est attaché le nom de Kaïrolo, key, clef, ear (ir), épi de blé, hole, petite maison des champs. Dans ce terrain, probablement, était construit le grenier à blé des villages celtiques. La répartition du blé était faite par la main des Druides, comme les divers auteurs l'ont bien constaté et comme le témoigne avec évidence l'expression attachée au dolmen, qui était, d'ailleurs, construit comme une table de distribution, to dole, distribuer, main (mén), essentiel .

    Il est tout à fait curieux et intéressant de rapprocher des termes ménir et dolmen, le nom du dernier chef des Druides armoricains, qui vit fermer les collèges druidiques en vertu d'un décret des états généraux, présidés par l'Evêque Modéran, sous le premier roi d'Armorique, Conan Meriadech, et tenus à Rennes, en l'année 396 après Jésus-Christ. Ce chef suprême de l'ordre druidique se nommait Eal-ir-bad, to heal (hil), rémédier à, ear (ir), épi de blé, bad, gâté, mauvais  : rémédier au blé gâté. Il était donc obligé, par ses fonctions d'archidruide, non-seulement de répartir le blé en temps ordinaire, mais encore, dans les années malheureuses, de rémédier aux accidents survenus aux récoltes, en distribuant, sans doute, le blé prudemment tenu en réserve dans les greniers spéciaux.

    Le cercle de pierres, ordinairement de forme ronde, représente le pain : Cromleck, en effet dérive de Krum (Kreum), mie de pain et de to like (laïke), aimer, goûter. Dans le Cromleck de Rennes-les-Bains, on voit de fortes pierres rondes, figurant des pains, placées au sommet de roches énormes. Les pierres branlantes sont nommées roulers par les Bretons, ruler (rouleur), gouverneur, Elles sont le signe des gouvernements divin et druidique.

    On a pu croire, par les récits de César et la forme des dolmens, que ces tables servaient d'autel où les Druides immolaient des créatures humaines ; mais l'interprétation des noms de toutes les pierres levées celtiques, interprétation facile et lumineuse par l'idiome des Tectosages, fait perdre à ces mégalithes les caractères odieux qu'on leur attribuait, et les fait rentrer dans la classe de monuments très simples, possédant néanmoins une splendide signification religieuse, que nous essaierons d'exposer avec clarté en parlant du Cromleck de Rennes-les-Bains.

    La plus grande indécision règne sur le peulven et le lichaven. On rapporte généralement le peulven au ménir et le lichaven au dolmen. En réalité, les peulvens et les lichavens présentent une idée semblable à celle qui est renfermée dans le nom des Vénètes, car peulven exprime un sentiment de répulsion pour les temples, to pull (poull), arracher, vane (véne), temple , et lichaven représente un peuple manquant d'édifices religieux, to lack, manquer de, vane (véne), temple  : ce dernier devrait être écrit lackven au lieu de lichaven.

    On pourrait faire observer, au sujet de lichaven, que, dans l'idiome des Tectosages, le verbe to like (laïke) signifie aimer, ce qui attribuerait au lichaven un sens contraire à celui que nous avons cru devoir lui donner ; mais il ne faut point perdre de vue que les lichavens existent dans la tribu des Vénètes aussi bien que dans la tribu des Redones, qu'il y aurait une contradiction tout à fait flagrante dans la présence de ces lichavens (aimant les temples) au milieu du territoire occupé par les Vénètes (détestant les temples), et le Neimheid était trop savant pour commettre une méprise aussi grande.

    D'après Strabon, la ville la plus importante des Redones était Condate. Elle devait être très fréquentée par la jeunesse studieuse des Gaules, car on y apprenait par coeur, les sciences communiquées par les Druides, to con, apprendre par coeur, death (dèth), la mort et ses suites ; ou bien encore date (dète) époque .

    Avant de citer les affirmations de César sur l'enseignement druidique, il sera avantageux de rechercher le sens du mot Druide, lequel a reçu des interprétations si diverses.

    On est persuadé communément que Druide signifie l'homme du chêne, et Pline n'a pas peu contribué à faire prévaloir cette explication ? Chêne, en dialecte languedocien, s'exprime par garrik ; en anglo-saxon par oak (ok) ; en breton, par derò, derv ; en gallois, par derw ; en écossais et en irlandais par dair ; en latin, par quercus, et en grec par drus. Pline, après avoir remarqué l'expression grecque, croit que Druide vient de drus : " Point de sacrifice, dit-il, sans les rameaux de chêne " (6)

    Le rameau ou la branche de chêne se traduisant, en grec, par o druïnos clados, cette consonnance a dû certainement le jeter dans une erreur inévitable, s'il ignorait, comme c'est probable, le langage prétendu barbare des Gaulois.

    Le mot Druide, en anglo-saxon druid (drouid), renferme un sens bien autrement sérieux et remarquable. Il faut considérer que César, en rapportant le nom des Druides, a cherché à adoucir les sons durs et gutturaux de la langue celtique et il a écrit Druides (drouides) au lieu de trouides. Ce dernier terme permet de trouver aisément la clef de l'énigme.

    Il se compose du verbe to trow (trô), imaginer, penser, croire, et d'un autre verbe to head (hid), prendre garde, faire attention, trowhead (trôhid).

    Aux Druides, d'après la signification de leur nom, était imposée l'obligation d'imaginer, de construire, par des expressions sûres, pleines de vérité et d'à-propos, les dénominations convenant aux tribus, aux cités et à toutes les parties du territoire celtique ; et c'était une fonction qu'ils remplissaient sous le nom de neimheid. Ils devaient encore porter leur attention sur ce qu'il fallait penser et croire, chargés qu'ils étaient d'enseigner les sciences divines et humaines.

    Les Druides n'écrivaient point les mystères de leur science : leur nombreux disciples en obtenaient la connaissance, en appliquant leur mémoire à retenir le grand nombre de vers dans lesquels la doctrine druidique était renfermée. En obligeant les jeunes gens à apprendre ainsi par coeur les sciences qui leur étaient communiquées, " ils les empêchaient de se reposer sur l'écriture et aussi de négliger l'exercice de la mémoire. Il arrive ordinairement en effet, que l'on s'applique moins à retenir par coeur ce que l'on peut apprendre au moyen des livres. Le fondement de leur doctrine est que les âmes ne périssent pas... Ils traitent aussi des mouvements des astres, de la grandeur de l'univers et du monde, de l'essence des choses, de la puissance des dieux immortels, et enseignent ces doctrines à la jeunesse. " (7)

    On voit, par ces paroles de César, que le Neimheid avait donné, avec grande justesse, à la ville des Redones, le nom de Condate, ce nom rappelant à l'esprit le souvenir des doctrines enseignées, par les Druides, à la jeunesse gauloise, dont ils cultivaient l'intelligence et la mémoire.

    Il n'est pas nécessaire d'insister sur les connaissances matérielles possédées par le peuple Celte. Le nom des tribus et des villes exprimant des professions diverses, la magnifique organisation établie dans la Celtique entière, faisant ressembler les tribus à des corporations ouvrières avec une industrie particu-lière à chaque tribu et appropriée aux produits du sol, suffisent amplement à démontrer, non seulement la supériorité de civilisa-tion des Celtes, mais aussi l'intelligence parfaite de leur gouvernement, qui savait ainsi diriger toutes les productions, distribuer tous les ouvrages nécessaires à la conservation et à la prospérité de la société gauloise.

    César nous donne encore quelques détails sur la hiérarchie et certaines fonctions druidiques. Ce corps enseignant était présidé par un druide revêtu de l'autorité suprême. Après la mort de ce chef, on lui donnait pour successeur le Druide le plus méritant, et, si plusieurs était également dignes de cet honneur, le plus grand nombre de suffrages obtenus par l'un d'eux, le portait au pouvoir : quelquefois cependant, les armes pouvaient seules décider du choix définitif. Les Druides se réunissaient à un époque fixe de l'année, dans un lieu consacré, sur les confins des Carnutes, parce que ce pays des Carnutes est considéré comme le point central de toute la Gaule. Là, s'assemblaient de toutes parts ceux qui avaient des différends, et ils se soumettaient aux jugements et aux arrêts prononcés par les Druides. (8)

    La science du droit, des jugements à rendre, et des châtiments à infliger aux coupables, était aussi transmise par l'enseignement purement oral : Condom (Gers) en fait foi, to con, apprendre par coeur, to doom (doum), juger, condamner .

    Les Carnutes occupaient le pays dont Chartres est aujourd'hui le chef-lieu. En désassemblant les mots qui forment Carnutes, nous serons à même d'apprécier l'habileté des Druides dans la composition des noms celtiques des tribus. Carnutes signifie : chariot rempli d'avoine nouvelle et fraîche, car, chariot, new (niou), nouveau, frais, oats (ôst), avoine .

    Le pays des Carnutes a-t-il jamais vu faiblir son immense production en céréales ? Et Chartres peut-il citer, dans les siècle passés, une époque où son prodigieux commerce de grains ait été momentanément suspendu ? Le nom celtique de Chartres, tel que le livrent les auteurs, et Autricum. Cet Autricum est simplement une affirmation positive du lieu où se faisaient les achats et les ventes des avoines nouvelles, oatrick, monceau d'avoine .

    Nous ignorons si l'explication des noms propres armoricains par le langage des Tectosages, portera dans l'esprit une conviction suffisante pour détruire tous les doutes. On pourrait alléguer que c'est là, peut-être, la langue Kimrique, bien différente de la langue gaëlique, en usage parmi les tribus de l'est et du centre de la Gaule.

    Examinons donc encore la valeur de l'idiome des Volkes, dans l'interprétation de quelques noms propres, pris dans la partie de la Gaule possédée par la confédération dite gaëlique.

III

LE RHONE.MARSEILLE LES ALLOBROGES

LYON. LES ARVERNI ET VERCINGÉTORIX.

    Une partie de la Gaule occupée par les Gaëls est arrosée par le Rhône, Rhodanus. Cette expression, Rhodanus, a donné lieu à quelques historiens de croire que les Rhodaniens avaient fondé une ville entre les bouches du Rhône. Henri Martin, après avoir partagé cette croyance, exprime ainsi ses hésitations. " Le nom du Rhône ne vient pourtant pas de Rhoda, comme les historiens grecs et latins l'ont imaginé, mais du gaëlique Rhuit-an, (eau qui court). "(9)

    Le Neimheid, en nommant ce fleuve Rhodanus, n'ignorait point la forme de la rade qui se trouvait à son embouchure, et aussi le nombre exact de bouches par lesquelles il se jetait dans la mer. Les savants Gaulois n'auraient, d'ailleurs, jamais consenti à appeler ce fleuve Rhuit-an, eau qui court, car il aurait fallu dénommer ainsi toutes les rivières et les eaux courantes de la Gaule.

    Strabon rapporte, au sujet du Rhône, l'opinion de Timée, (10) soutenant que le Rhodanus se jetait à la mer par cinq bouches différentes, dans une rade, comblée par ce fleuve travailleur, road (rôd), rade, endroit où les vaisseaux jettent l'ancre ; hand, main, extrémité du bras terminée par la main divisée en cinq doigts .

    Timée n'était point dans l'erreur en donnant au Rhône cinq bouches différentes, et c'était bien l'état réel du fleuve au moment où le Neimheid lui a imposé le nom de Rhodanus. N'abandonnons pas le Rhône sans chercher à connaître Marseille ou Massilie.

    Les historiens avancent que, vers l'année 600 avant Jésus-Christ, un vaisseau venu de Phocée, ville grecque de l'Eolide, jeta l'ancre près des bouches du Rhône, à l'est de ce fleuve. Ces côtes appartenaient aux ségobriges : leur chef Nann, mariait ce jour-là sa fille. Les étrangers, accueillis avec bienveillance furent admis à prendre place parmi les convives. Suivant la coutume des Ibères, empruntée aux ligures par les Ségobriges, la jeune fille devait librement choisir son époux parmi les conviés réunis à la table paternelle. Sur la fin du repas, la fille de Nann entre, une coupe à la main : elle promène ses regards sur l'assemblée, hésite un moment, puis, s'arrêtant en face d'Euxène, chef des grecs, elle lui présente la coupe. Nann confirma le choix de sa fille, et donna pour dot à Euxène les rives du golfe où il avait abordé, et quelques terres du littoral de la Méditerranée. Euxène jeta dans une presqu'île de son domaine les fondements d'une ville qu'il appela Massilie, et bientôt, grâce aux nombreux colons qui lui arrivèrent de Phocée, la cité grecque s'éleva au plus haut degré de prospérité. (11)

    Ce récit des historiens laisse dans une obscurité complète les Ségobriges, qui ont reçu si cordialement Euxène avec ses Grecs ; le Neimheid lui-même livre à la postérité un bien faible renseignement sur cette tribu. Etablis à l'embouchure du Rhône, les Ségobriges étaient fort empêchés, dans leur communications, par les eaux de ce fleuve rapide et profond. Ils s'étaient donc vus dans la nécessité de construire des ponts nombreux, afin de rendre leurs relations aisées et faciles. C'est là, du reste, toute l'affirmation de l'Académie Gauloise, to seek (sik), chercher à, to owe (ô), être obligé de, to bridge (brijde), construire un pont .

    Sur les côtes maritimes des Ségobriges, Euxène jeta les fondements de Marseille et rendit cette cité florissante en y appelant le commerce du Levant ; mais il est bien probable que le Neimheid ne lui abandonna pas le soin de dénommer la ville, puisque tous les mots employés dans la composition de Massilia, sont purement celtiques. Massilie, dans la concision admirable de ce terme, est un port recevant une infinité de grands vaisseaux qu'on mettait à la bande pour les radouber, mass, un amas, to heel (hil), mettre un vaisseau à la bande pour le radouber, high (haï), grand .

    En remontant le Rhône vers le lac Léman et sur la rive gauche du fleuve apparaissent les puissants Allobroges. Ils occupaient la Savoie, et Grenoble leur appartenait avec la contrée comprise aujourd'hui dans le département de l'Isère. L'industrie prédominante de cette tribu n'est pas disparue de la région qu'ils possédaient. Les liqueurs de la côte Saint-André, les ratafias renommés de grenoble, ont succédé aux produits spiritueux et excitants fabriqués par les Allobroges, to alloo, (allou), animer, exciter, brewage (brouedje), mélange de différentes bières . La profession des Allobroges permet donc de constater que l'eau claire des fontaines n'était pas l'unique boisson des Celtes.

    A l'ouest du Rhône, dans le Vivarais, les Helvii emmanchaient avec adresse les armes de guerre, les lances, les piques, les haches, to helve, emmancher, to hew (hiou) tailler, industrie trop modeste que les Helvetii avaient dédaigneusement repoussée comme peu conforme à leurs goûts belliqueux to helve, emmancher, to hate (héte) détester, to hew (hiou) tailler . Abandonnant les Rauraci, de Bâle, au froid qui les tourmente raw (râu), froid, gelé, to rack, tourmenter , retournons vers le confluent de la Saône et du Rhône, afin d'y trouver Lugdunum, Lyon.

    M.A. de Chevallet, dans son magnifique ouvrage, Origine et formation de la langue française, écrit : " dune, monticule de sable qui se trouve au bord de la mer ; dunette, partie la plus élevée de l'arrière d'un vaisseau. Ces mots dérivent du celtique dun, qui signifiait une éminence, une colline, ainsi que nous l'apprend Clitophon dans un traité attribué à Plutarque. Voici le passage : " Auprès de l'Arar, (la Saône), est une éminence qui s'appelait Lougdounon, et qui reçut ce nom pour le motif que je vais rapporter. Momoros et Atepomoros, qui avaient été détrônés par Seséronéos, entreprirent d'après la réponse d'un oracle, de bâtir une ville sur cette éminence. Ils en avaient déjà jeté les fondements, lorsqu'une multitude de corbeaux dirigèrent leur vol de ce côté et vinrent couvrir les arbres d'alentour. Momoros, versé dans la science des augures, donna à la ville le nom de Lougdounon, attendu que dans leur langue, (les Gaulois) appellent le corbeau lougon et une éminence dounon. "

    " Cette ville, ainsi que le lecteur l'a déjà pensé, n'est autre que Lugdunum des Romains, devenu notre Lyon : elle fut d'abord bâtie le long de la rive droite de la Saône, sur les hauteurs qui avoisinent Pierre Scise.

    Dun s'est conservé dans la terminaison de plusieurs autres de nos villes. "

    Le fait rapporté par Clitophon parait être tout à fait réel. C'était un heureux accident, une bonne fortune pour Momoros, versé dans la science des augures, de voir une multitude de corbeaux lui marquer, pour ainsi dire, la place que devait occuper la ville, et le terme luck (leuk), accident, bonne fortune luckdun –, exprime bien la satisfaction qu'il en dut éprouver. Quant à dunum, qui termine le nom de plusieurs villes celtiques, il ne désigne pas l'éminence sur laquelle une ville pouvait être bâtie, car to dun, signifie : ennuyer un débiteur. Il est bien probable que les cités portant la terminaison dun ou dunum étaient primitivement des villes de refuge, où les débiteurs insolvables allaient se mettre à l'abri des poursuites de créanciers trop importuns. Le savant Dom Martin, dans son histoire des Gaules, a déjà émis cette pensée, que les cités gauloises étaient peut-être de simples villes de refuge, vides d'habitants, où l'on courait se mettre à couvert d'un danger pressant. Le verbe to dun, offre un sens tout à fait clair, précis, expliquant parfaitement la cause de la fuite précipitée d'un débiteur et sa retraite subite dans une ville éloignée.

    Il est bien certain néanmoins que les Celtes recherchaient les collines pour y bâtir leurs cités et la ville de Lactora (Lectoure, dans le Gers), présente un exemple de ce choix judicieux. Lactora, situé sur le sommet d'une montagne escarpée, au pied de laquelle coule le Gers, indique manifestement l'éminence où il est assis, et aussi la préférence déclarée des Celtes pour les hauteurs lorsqu'ils fondaient une ville, to like (laike), aimer, goûter, tor, (torr), hauteur terminée en pointe .

    Parmi les tribus comprises dans la confédération dite gaëlique, la plus célèbre est celle des Averni. En citant le nom des Arverni, l'esprit s'arrête aussitôt avec un intérêt douloureux sur Vercingétorix, le dernier défenseur de l'indépendance gauloise. Commandées par Vercingétorix et combattant dans leurs chère montagnes, les Arverni infligèrent à César une sanglante défaite, dont l'amer souvenir excita, dans le coeur du général romain, la haine la plus sauvage contre son vainqueur.

    César n'a pas su trouver dans son âme ulcérée, même un faible sentiment d'admiration à l'égard du héros Arverne se livrant fièrement aux Romains pour sauver ses frères d'armes. Le conquérant des Gaules, en le jetant dans les fers, a prouvé que son coeur, grandement ouvert à la férocité, était fermé à la générosité la plus vulgaire. On ne peut penser sans indignation au traitement barbare subi par le magnanime Arverne, qui a dû languir six années dans les fers, avant que la hache du licteur ait mis un terme à ses tortures.

    Le nom de Vercingétorix, imposé au chef des Gaulois combattant pour l'indépendance de leur pays, nous le dépeint par un trait de feu. C'est le chef de guerre oubliant toutes choses, pour songer seulement aux dangers que court sa patrie et conduire ses frères au combat, war (ouaûr), guerre, king (kigne) chef, roi, to head (hèd), être à la tête de, conduire, to owe (ô), être obligé de, devoir, risk, danger .

    On a tenté plusieurs fois d'interpréter le nom de Vercingétorix. C'est le généralissime, ver-cinn-cedo-righ, dit un historien qui accuse avec raison les auteurs latins " de confondre le titre des fonctions avec le nom propre, comme ils ont fait un Brennus de Brenn ou chef gaulois. " (12) Brenn, en réalité, dérive de brain (brèn), cerveau.

    Henri Martin, dans son Histoire de France, s'exprime ainsi au sujet du héros celte : " il s'appelait Vincingétorix, c'est-à-dire, le grand chef de cent têtes, ver-kenn-kedo-righ. "

    Cette explication découle de la même source indécise qui nous a donné ar-fearann, haute-terre, pour Arverni. Mais quel abîme entre cet ar-fearann et la vérité. Les Arverni étaient autrefois ce qu'ils sont encore aujourd'hui, c'est à dire, des colporteurs parcourant la Gaule pour vendre des marchandises nouvelles, to hare, courir çà et là, ware (ouère), marchandise, chose à vendre, new (niou), nouveau, et on ne pourrait point citer une seule ville de France dans laquelle on ne découvre quelques arverne enrichi par le négoce.

    N'est-ce pas une chose admirable de voir les Avernes exercer la même industrie dans les siècles les plus reculés de l'histoire celtique ? Avec quel soin jaloux les membres savants du Neimheid n'ont-ils point veillé à graver exactement la profession d'une tribu dans le nom qu'elle portait ! Après l'explication des dénominations prises dans l'est et le centre de la gaule, où le langage gaëlique aurait dû dominer, ne semble-t-il pas juste d'avancer que la langue celtique employée par l'académie Gauloise était une, et que les différences dialectiques existaient seulement dans le langage populaire ? Le neimheid n'était pas établi uniquement en Irlande, où il a laissé son nom attaché aux tours rondes qui subsistent encore. César dit que l'institution druidique a été imaginée d'abord dans l'île de bretagne, et de là, introduite en Gaules ; (13) mais est-il croyable que le bel ordre des druides ait eu un brusque commencement parmi les insulaires bretons ? Lorsque les Celtes ont abandonné l'Asie, se dirigeant vers l'Occident, le Neimheid accomplissait déjà ses fonctions, et les appellations qu'il a dû laisser en suivant le cours du Danube, le prouveront plus tard surabondamment, car nous avons la ferme confiance que leur interprétation, par la langue des Volkes, sera d'une extrême facilité.

    Nous avons déjà désassemblé et expliqué plus de deux cents mots ou dénominations, hébraïques, puniques, basques et celtiques. Ne sommes-nous pas en droit de trouver la preuve assez forte, pour avancer que la langue des Tectosages, conservée par les Anglo-Saxons, est la vrai langue celtique ? N'est-il pas juste de l'appeler la langue primitive, parlée par Noé, et transmise à ce patriarche par Adam qui l'avait reçue de Dieu, puisque les noms divins et les noms propres des premier hommes ne s'interprètent avec une clarté réelle que par les termes pris dans cette langue ?

    Combien de souvenir nos Bretons de France pourront faire revivre, eux dont la mémoire fidèle nous a conservé les noms de tous ces monuments celtiques, considérés avec curiosité comme de véritables énigmes !

    Nous sommes loin de prétendre qu'aucune erreur ne se soit glissée dans l'explication des noms propres celtiques que nous avons tentée à l'aide de la langue des Tectosages ; mais ces erreurs seront facilement écartées ou corrigées par le flambeau des traditions locales, dont la persistance projettera aussi son rayon lumineux sur la vie et l'histoire de nos ancètres.

    Cette histoire, d'ailleurs, n'est-elle pas à refaire ? " Ces Gaëls primitifs, dit Henri Martin (14), tatoués, armés de couteaux et de haches de pierre, devaient offrir une certaine ressemblance avec les sauvages belliqueux de l'Amérique du Nord. Ils sont pasteurs et chasseurs ; ils ont même déjà un peu d'agriculture. "

    A cela, le Neimheid répond par les dénominations religieuses, et les appellations industrielles imposées aux cités, aux tribus et aux plus petits villages dont les noms dévoilent bien des choses surprenantes. Il faut donc abandonner toutes ces hypothèses de sauvagerie et d'état barbare, outrageantes pour nos ancètres gaulois, et leur rendre avec justice, le degré élevé de civilisation religieuse, morale et matérielle à laquelle ils ont un droit incontestable. A la réponse du neimheid, vient s'ajouter la réplique encore plus grave de nos livres saints : " Qu'est-ce qui a été jadis ? Ce qui doit arriver à l'avenir. Qu'est-ce qui a été fait ? Ce qui doit se faire encore. Rien n'est nouveau sous le soleil, et nul ne peut dire : voilà une chose nouvelle ; car déjà elle a été dans les siècles écoulés avant nous. " (15)

(1) De bell. gall. lib. V. 12. 14.
(2) De bell. gall. lib. III. 13.
(3) De bell. gall. lib. IV. 33.
(4) De bell. gall. lib. III. 9.
(5) L'homme Primitif par M. Louis Figuier.
(6) Pline. XVI.C.XLIV.
(7) César, de bell. gall. lib. VI.14. L'explication de César touchant l'obligation d'apprendre par coeur les sciences druidiques, est loin d'être satisfaisante. Cette obligation doit renfermer un motif plus important qui nous échappe.
(8). César, de Bell. Gall. lib. VI. 13.
(9) Histoire de France par H.Martin, page 10. Note 3.
(10) Les Villes mortes du golfe de Lyon, par Charles Lenthéric.
(11) Histoire de france, par E. Lefranc. Introduction.
(12) Histoire de France, par Em. Lefranc.
(13) César, de bell. gall. lib. VI. 13.
(14) Histoire de France, 1er vol
(15) Ecclesiaste. C. I. v. 9. 10.


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