A propos de mon livre
Si vous avez apprécié le site, vous devriez apprécier mon livre :
Rennes le château, une affaire paradoxale

 
ACCUEIL


 


 
Infos

La vie du site

Après 4 ans de mise en sommeil, le site reprend son activité :

- mises à jour,

- corrections,

- diversification

En espérant que vous y trouverez toujours de nouveaux éléments pour satisfaire à votre curiosité.

Octonovo




Dernière mise à jour
le 30 janvier 2010



Bibliothèque
 

La Vraie
 Langue Celtique
et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Table des matières Avant propos Observations préliminaires
Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3
Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6
Chapitre 7 Chapitre 8 Carte

CHAPITRE VI.

LES VOLKES TECTOSAGES ET LE LANGUEDOC

LES VOLKES TECTOSAGES ET ARECOMIQUES.

LES BELGES. LA GARONNE. TOULOUSE.

LA GIRONDE.

   

Suivant plusieurs historiens, le quatrième siècle avant notre ère avait vu les Volkes Tectosages et Arécomiques se fixer dans le midi de la Gaule. Guillaume de Catel, dans son histoire du Languedoc, dit que les Tectosages étaient déjà établis dans le sud de la Gaule avant le quatrième siècle ; car il suppose l'armée de Sigovèse, vers l'année 587 avant Jésus-Christ, formée en grande partie de Tectosages, tandis que l'armée de Bellovèze en marche vers l'Italie, renfermait des Bituriges, des Edues, des Arvernes et des guerriers appartenant aux autres tribus de la Gaules centrale. Cette assertion ne manque pas de fondement et il est fort probable que César fait allusion à cette première expédition, en écrivant dans ses commentaires : " Bien avant il fut un temps où les Gaulois surpassaient les Germains en valeur guerrière et leur firent la guerre jusque chez eux : les champs ne suffisant plus à nourrir une population trop nombreuse, ils envoyèrent des colonies au-delà du Rhin. C'est donc dans les terres de la Germanie les plus fertiles, autour de la forêt Hercynie, que les Volkes Tectosages s'établirent après les avoir conquises. Ce peuple jusqu'à ce temps occupe ce même territoire. " (1)

    Jule César nous montre ainsi les Tectosages fixés au-delà du Rhin d'abord, puis autour de la forêt Hercynie, c'est-à-dire, possédant aussi les rives du Danube. Vers l'année 281 avant Jésus-Christ, les Tectosages du midi de la Gaule, emmenant avec eux d'autres tribus, se présentèrent à leur frères des bords du Danube, et les entraînèrent vers la Macédoine, l'Epire, la Thrace et la Grèce. Cette dernière expédition, conduite par les Tectosages de toulouse, alliés avec les Tectosages du Danube et les Gaulois Sordiques ou à longue épée sword (sôrd), épée, to eke (ike), allonger , placés aussi dans la région danubienne, porte à deux les principales migrations des Tectosages effectuées depuis leur établissement dans le midi Gaulois. Dans la première migration vers le nord, César les a représentés possédant, sans esprit de retour, les pays conquis sur les Germains : dans la seconde expédition vers la Macédoine, une partie de ces Tectosages, insatiables d'aventures, passèrent en Asie et y fondèrent avec leurs alliés une Gaule nouvelle, la Galatie ; une autre partie des Tectosages retournèrent vers leur pays natal, et rapportèrent, disent les historiens, jusque dans Toulouse l'or de Delphes et les dépouilles de la Grèce.

    Les volkes paraissent, d'après cela, avoir conquis le midi de la Gaule, longtemps avant que les Belges aient envahi le nord Gaulois ; ce qui arriva pour ces derniers, dans le courrant du quatrième siècle avant notre ère. Ils ne seraient donc pas une tribu belge, quoique appartenant, comme les Belges, à la famille Cimmérienne.

    Le nom des Belges ne donne aucune indication précise sur leur origine, mais il définit leur tactique guerrière. Ils savaient allier une grande prudence à un courage remarquable, et dit César, " seuls parmi les Gaulois, ils avaient repoussé victorieusement les attaques des Teutons et des Cimbres (sans doute de Volkes fixés au-delà du Rhin), de sorte qu'ils avaient d'eux-mêmes et de leur capacité dans l'art militaire une très haute opinion. " (2)

    L'art de la science guerrière, parmi les Belges, consistait surtout en un choix judicieux de leurs camps retranchés, qu'ils savaient fortifier de manière à les rendre inexpugnables. On a retrouvé des restes de ces enceintes fortifiées, que M. Louis Figuier croit être contemporaines de l'âge de la pierre. (3)

    " Pour trouver, dit-il, les témoignages encore debout des guerres des hommes de l'âge de la pierre, il faut nous transporter dans la partie de l'Europe qui forme aujourd'hui la Belgique. Oui, à l'âge de la pierre, par delà toute tradition écrite, les peuples de cette contrée guerroyaient déjà, soit entre eux, soit contre d'autres peuples venus du dehors. On en a la preuve par les enceintes fortifiées ou camps retranchés, qui ont été découverts par MM. Hamour et Himelette. Ces camps sont ceux de Furfooz, de Pont-de-Bonn, de Simon, de Jemelle, de l'Hastedon et de Poilvache.

    " Ces divers camps présentent des caractères communs. Ils sont généralement établis en surplomb de vallées escarpées, sur un massif de rochers, formant une sorte de promontoire, qui est relié au reste du pays par un étroit passage. Un large fossé était creusé dans cette langue de terre, et le camp tout entier était entouré d'une épaisse muraille de pierres, simplement assemblées les unes contre les autres, sans aucun mortier ni ciment. Au camp de l'Hastedon, près de Namur, cette muraille, qui était encore bien conservée au moment de sa découverte, mesurait trois mètres de largeur, sur une hauteur à peu près égale. Lorsqu'ils étaient attaqués, les hommes, réunis dans l'enceinte, faisaient pleuvoir sur les assaillants des pierres empruntées à leur mur, lequel devenait ainsi tout à la fois un ouvrage de défense et d'attaque.

    " Ces positions retranchées étaient si bien choisies que la plupart continuèrent à être occupées pendant le siècle suivant. Nous citerons en exemple celle de Poilvache. Après avoir été citadelle romaine, elle se transforma, au moyen âge, en un château fort, qui fut détruit seulement au quinzième siècle.

    " Les camps de l'Hastedon et de Furfooz ont également été utilisés par les Romains.

    " Dans toute l'enceinte de ces anciens camps, on a trouvé des silex taillés et des débris de poterie, toutes choses qui suffiraient pour attester la présence de l'homme primitif. Les énormes murailles de ces mêmes camps indiquent en même temps qu'il a vécu, sur les points désignés, en agglomérations déjà nombreuses. "

    La construction de ces camps, indiquait, chez les Belges, le choix raisonné de leur tactique, et il était impossible que leur nom n'en portât point une trace sérieuse : aussi en désassemblant les syllabes qui composent Belgae, on y trouve des hommes sachant, à la guerre, entourer leurs positions d'un mur ou d'une palissade, qui put les mettre à l'abri d'une surprise de l'ennemi, et l'effrayer par la difficulté ou l'impossibilité d'enlever de vive force leurs retranchements, to pale (péle), entourer, palissader, to cow (kaou), intimider, effrayer, Pelkaou -.

    Les Volkes Tectosages ne conduisaient pas une guerre de cette sorte. Leur ordre de bataille, to come (keume), devenir, to eke (ike), perfectionner . Dédaignant l'abri d'un retranchement, lis fondaient sur l'ennemi, rapides comme la foudre, reformaient leurs rangs avec aisance, évoluaient sans souci du danger et comme assurés de la victoire. On est heureux de retrouver dans ce peuple, souche des Francks, la furia qui a rendu les armées françaises si redoutables.

    Cette dissemblance dans le génie guerrier nous engage fortement à ne point considérer les Volkes Tectosages et Arécomiques comme deux tribus Belges, quoique le verbe to cow, effrayer, entre également dans la composition de Belgae et de Volcae.

    Les Tectosages et les Arécomikes se partagèrent le midi de la Gaule, les premiers s'étendant depuis Bésiers jusqu'au Rhône avec Nemausus (Nîmes) pour ville principale. Nemausus, en celtique, signifie : maison de renom, name (nème), renom, célébrité, house (haouce), maison . Quelle était donc cette maison renommée ? La maison carrée de Nîmes est citée encore de nos jours comme un monument remarquable. Mais comment cette maison a-t-elle pu devenir célèbre par cette unique et simple qualité d'être carrée ? C'est sans doute parce que, les Habitations gauloises affectant la forme ronde, une maison carrée construite dans la ville a excité un étonnement général et déterminé l'appellation de Nemausus. Peut être aussi toutes les maisons de la cité avaient-elles la forme carrée.

    Les Tectosages avaient placé le siège de leur domination à Tolosa (Toulouse), qui existait déjà et était, probablement, la ville la plus grande et la plus considérable de la Gaule méridionale. La Garonne, navigable sur un grand parcours, prêtait son service aux embarcations gauloises, qu'on était cependant obligé de remorquer, pour les faire arriver jusqu'à Tolosa, devenu un centre commercial pour le Midi. On employait comme remorqueurs de magnifiques taureaux du pays, les chevaux étant aux yeux des Gaulois des bêtes trop précieuses pour servir à pareil usage. Aussi bien, le taureau, plus fort que le cheval, était-il plus propre à entraîner des embarcations souvent engagées dans le limon du fleuve, to tow (), remorquer, to low (), beugler, mugir, ooze (ouze), vase, limon, towlowooze.

    La petite ville de Tolosa, dans le Guipuscoa, entouré de l'Oria, la plus forte rivière de cette province après la Deva, voyait aussi de légères embarcations Cantabres, remorquées par des taureaux, arriver jusqu'au pied de ses habitations.

    La Garonne, Garumna, prend sa source dans les Pyrénées espagnoles. Cette contrée était occupée par la tribu des Garumnites, dont le fleuve Garumna a tiré son nom. Les montagnes des Garumnites nourrissaient de véritables troupeaux de chamois : l'espèce pyrénéenne est connue dans la région sous le nom d'isard. Cette appellation, tout à fait celtique, a trait à un détail important de la vie de ces animaux. Lorsque le troupeau pâture, deux ou trois vieux mâles se postent en sentinelles sur les éminences dominant le pâturage, et à la première apparence de danger, ils avertissent par un sifflement aigu : aussitôt le troupeau entier s'élance vers les hauteurs avec la rapidité de l'éclair, to hiss, siffler, hart, un cerf. Les isard sont couverts d'un poil laineux d'un brun foncé en hiver et d'un brun fauve en été. Chassés avec ardeur, les isards ont gagné les lieux les plus inaccessibles des Pyrénées, pour échapper à la poursuite des Garumnites et de leurs descendans, gare (guère), laine grossière, rum (reum) singulier, drôle, bizarre, neat (nit), bêtes à cornes.

    La description de l'espèce animale, renfermée dans Garumnites, se rapporte moins à l'isard qu'au bouquetin. Les poils de celui ci sont un peu plus longs : les cornes recourbées en arrière sont surtout remarquables : elles sont composées de nombreux anneaux, et la longueur totale en est si considérable chez les vieux mâles, que les extrémités atteignent l'origine de la queue, lorsque leur tête est relevée.

    Les bouquetins ont disparu des Pyrénées, ils sont en petit nombre dans les Alpes.

    Sur la fin de son parcours et après avoir reçu la Dordogne, la Garonne prend le nom de Gironde. Quoique les anciens auteurs désignent ce fleuve par le nom unique de Garumna, nous voyons cependant les géographes modernes, se fiant aux traditions locales, l'appeler aussi Gironde avant qu'il se jette à la mer. La première partie de ce nom, to sheer (chir), lancer, rouler, indique clairement, par ce terme de marine, que les vaisseaux Bordelais ont joué un rôle important dans la composition de Gironde, et la seconde partie dérivant de to undam (eundam), lâcher une écluse, cette appellation nous montrerait sur le bord du fleuve un véritable chantier de construction de navires gaulois, et leur lancement dans les eaux d'un bassin fermé par une écluse.

II

LE LANGUEDOC. LES WISIGOTHS ET LES PEUPLES

DITS BARBARES.

    La contrée habitée par les Volkes Tectosages porte le nom de languedoc. Le dialecte parlé dans la région méridionale, longtemps après son accession à la France, a t-il réellement provoqué la dénomination de Languedoc par opposition à la Langue d'oïl, se rapportant au langage des Français établis au-dessus de la Loire ?

    Nous sommes loin de le croire, et ce partage nous paraît tout à fait arbitraire et dénué de fondements sérieux. Guillaume de Catel, en ses Mémoire de l'histoire du Languedoc, imprimés à Tolose en 1633, s'exprime ainsi : " Nous tenons aujourd'hui fort peu de la Belgique, ce qui peut avoir donné sujet aux modernes de diviser ce que nous retenons des Gaules en deux langues ou deux parties, l'une qui se nomme la langue d'Ouy, de laquelle Paris est la capitale ; l'autre, le languedoc qui a Tolose pour métropole... Charle VIIeme dans l'ordonnance portant érection du Parlement de Tolose, la nomme Patria Occitania ; ce qui a donné sujet au Pape Innocent IV dans son registre, d'appeler ce pays Occitania. Mais communément et le plus souvent, il est nommé dans les anciens actes, patria linguae occitaniae.

    " Plusieurs ont estimé que le pays de Languedoc aurait pris son nom des Goths qui ont longues années tenu le dit pays, d'autant que land en Allemagne signifie pays. Et partant, Languedoc semble être dit pays des Goths, même anciennement le languedoc fut appelé Gothie. Mais je crois qu'ils n'ont pas bien rencontré : car ce mot de Languedoc vient plutôt de la langue que les naturels parlaient. Car comme ceux du pays de la langue française sont appelés de la langue d'Ouy, de même ceux de ce pays sont appelés du Languedoc, c'est-à-dire, comme nous avons remarqué ci- dessus, langue de Oc. "

    Cette citation montre que le point de départ pris pour expliquer le terme Languedoc, est l'interprétation tout à fait erronée de Occitania. Nous avons déjà vu que l'expression Occitani, hog-sea (hog-si), marsouin, to-hit, frapper, hand, main, la main qui frappe le marsouin , est attachée aux habitants des bords du golfe de Gascogne, Cantabres et Aquitains.

    Toulouse a pu être considéré comme la ville la plus considérable du pays voisin des Occitani, cependant ce n'est point une raison suffisante pour que ce nom particulier, désignant une habitude professionnelle, se doive appliquer au langage du Languedoc, différant fort peu de celui des Aquitains de l'intérieur des terres, mais différent beaucoup de celui des Cantabres. Du reste, la langue parlée dans le Nord à l'époque dont parle Catel employait presque autant de mots celtiques et latins que la langue Toulousaine.

    Il y a encre une erreur fort sensible dans l'affirmation de Guillaume de Catel, opposant la langue d'Ouy au Languedoc, car le Languedoc est ordinairement mis en parallèle, par les divers auteurs, non pas avec la langue d'Ouy, mais bien avec la langue d'Oïl, ce qui constitue une différence considérable. Quand Guillaume de Catel rapporte que, selon l'estimation de plusieurs, le Languedoc a été ainsi dénommé par les Goths, il était loin de soupçonner la vérité, entrevue par ces plusieurs ; en effet, les wisigoths parlant la langue celtique, le Languedoc était pour eux le Landok ou pays des chênes land, pays, oak (ôk) chêne , opposé au landoïl ou pays de l'huile, land, pays, oil (oïl) huile celui-ci comprenant la région habitée par les Arécomiques, et aussi certaines parties de la Provence.

    Ces deux appellations attachées par les Wisigoths à la région méridionale de la France, possédée par eux, n'ont rien d'anormal ni de contraire aux habitudes des conquérants. Comme toutes les dénominations essentielles existaient depuis longtemps déjà dans la contrée, les wisigoths ont simplement divisé leurs possessions gauloises en deux parties, désignées par les traits généraux des productions du sol.

    Ces explications ne doivent point paraître tout a fait hasardées, si l'on considère que les Wisigoths d'Espagne, maîtres du royaume de Toulouse, parlaient la langue celtique, comme leur nom particulier l'établit clairement.

    Les historiens ont cru devoir appeler les Wisigoths et les Ostrogoths, les Goths de l'Ouest et de l'Est ; mais en réalité, leur nom provient plutôt des qualités ou des habitudes guerrières qu'ils s'attribuaient, et de la direction de leur marche vers un climat plus clément que le leur. Ainsi les Wisigoths s'avançaient avec prudence et habileté vers de chaudes terres wize (ouaïze), prudent, habile, to go, marcher, hot, chaud , tandis que, eu se dirigeant aussi vers ces contrées privilégiées, les Ostrogoths, dédaignant les feintes habiles, attaquaient brutalement l'ennemi, to host, attaquer, raw (râu) grossier, brut, to go, marcher, hot, chaud . Ce n'est point d'une manière fortuite que le nom des Wisigoths et des Ostrogoths, s'interprète par la langue celtique, puisque les noms des autres peuples qui ont démembré l'empire romain s'expliquent aussi avec la même facilité.

    Les jutes du Juland, to jut, avancer, saillir, land, terre , les Angles , to angle, pêcher à la ligne , les Saxons, faisaient partie des Tectosages fixés au-delà du Rhin, et sous des noms inconnus jusque là, couraient ravager les contrées dans lesquelles s'étaient multipliés leurs aïeux. Les hérules aux manteaux de poil, venus de l'Euxin, hair (hér), poil, hull, couverture extérieure ; les Gépides, qui veillaient avec soin à leur haute taille et à la beauté de leur corps, shape (shépe), taille, proportion du corps, to head (hid), faire attention ; prendre garde  ; les Lombards ou Longobards, qui désiraient ardemment la lutte violente et rude, to long, désirer ardemment, to cope, lutter, hard, pénible, dur  ; les Vandales eux-mêmes, qui n'avaient point de maisons, et détruisaient de fond en comble les monuments et les maisons des autres peuples, to want (ouâunt), n'avoir point, hall, maison ; tous, malgré leurs noms différents, ne laissaient pas que d'appartenir à la même famille de Gomer.

III

LES FRANKS. LEUR ORIGINE.

    Les Franks formaient sur la rive droite du Rhin une confédération de tribus, se confondant dans une dénomination générale, qui était pour eux comme un signe de ralliement. Ils se faisaient gloire d'un caractère généreux et sincère, frank, sincère, et avaient renoncé à l'ancien titre de pillards conservé seulement dans une de leurs tribus. Leurs sentiments de pudeur et de réserve étaient gravés dans le nom des Chamaves, shame (shème), pudeur, to have, posséder, compris dans cette confédération. Voici un portrait des Franks fait par un poète latin, à peu près dans le temps où ils commençaient à s'établir dans les Gaules : " ils ont, dit il, la taille haute, la peau fort blanche, les yeux bleus ; leur visage est entièrement rasé, à l'exception de la lèvre supérieure, où ils laissent croître deux petites moustaches. Leurs cheveux, coupés par derrière, long par devant, sont d'un blond admirable. Leur habit est si serré, qu'il laisse voir toute la forme de leur corps. Ils portent une large ceinture où pend une épée lourde, mais extrêmement tranchante. C'est, de tous les peuples connus, celui qui entend le mieux les mouvement et les évolutions militaires. Ils sont d'une adresse si singulière, qu'ils frappent toujours où ils visent ; d'une légèreté si prodigieuse, qu'ils tombent sur l'ennemi aussi tôt que le trait qu'ils ont lancé ; enfin d'une intrépidité si grande, que rien ne les étonne, ni le nombre des ennemis, ni le désavantage des lieux, ni la mort même avec toute ses horreurs ; ils peuvent perdre la vie, jamais ils ne perdent courage. " (4)

    C'est le portrait fidèle des Volkes, renfermés d'ailleurs dans leur nom to vault, voltiger, to cow, effrayer .

    La contrée occupée par les Franks était une partie du pays dont les Volkes Tectosages s'étaient emparé sur les Germains. Leur présence dans cette région est une indication sûre de leur origine ; car aucun peuple n'a jamais réussi à déposséder les Tectosages de leurs conquêtes. Les Jutes, les Angles, les Saxons ; les Frisons free (fri) indépendant, son, fils, descendant , appartenaient à la famille des Tectosages, et les Franks, séparés par leur générosité de leurs frères les pillards Saxons, accusent aussi par leur position sur la rive droite du Rhin, par leurs moeurs, leur constitution et leurs croyances, la même origine.

    L'extérieur des Franks ne différait point de l'extérieur des Gaulois, leur religion présentait une analogie frappante avec le druidisme : elle avait pour fondement l'immortalité de l'âme, et, disent les historiens, leurs autels ne furent jamais souillés de sang humain. Ce dernier trait de leurs moeurs nous fait connaître qu'au temps de la migration des Tectosages de Toulouse, les sacrifices humains n'existaient point dans la Gaule. La tactique guerrière des Franks les décèle surtout comme étant la vraie lignée des Volkes Tectosages et Arécomiques.

    Ils avaient eu singulièrement raison ces Cimmériens du vieux temps de prendre le nom de Volkes, puisque, d'après le poète latin cité plus haut, aucun peuple n'entendait mieux les mouvements et les évolutions militaires que leurs descendans, les guerriers Franks.

    La confédération Franke était composée de tribus réputées germaines et connues comme telles par les historiens latins. Tacite parle des Cherusci, des Chatti, des Bructeri, dans l'histoire de l'expédition de Germanicus au-delà du Rhin. Les Chatti, les Chauci, les Bructeri, les Cherusci et d'autres encore étaient compris parmi les Franks. Ces appellations diverses sont presque synonymes et présente la même pensée. Ainsi les guerriers Chatti brisaient tout sur leur passage, to shatter, fracasser  ; les Chauci aimaient les attaques, les heurts violents, to shock, attaquer ; les Bructeri, dans leurs mouvements et leurs évolution légères, taillaient en pièce les ennemis to brush (breuch), passer brusquement, to tear (tér), mettre en pièces, et les Cherusci accueillaient par des clameurs d'enthousiasme le partage du butin to share (shère), partager, to huzza (houzzé), accueillir par des cris d'acclamation . Tous ces titres portés avec orgueil par les diverses tribus se réduisent en résumé au titre de Volkes Tectosages ou dévastateurs à l'allure rapide. C'est toujours le même peuple recherchant la guerre avec ses aventures, ses dangers glorieux et attendant le partage égal du butin entre les guerriers de l'expédition.

    L'histoire du vase de Soissons, témoigne de ce droit incontesté au partage des dépouilles, entre les soldats. " Clovis," dit Em. Lefranc, (5), " désirant entretenir les bonnes dispositions du clergé gaulois, évita de passer avec son armée dans les grandes villes dont il avait reçu la soumission. C'était le seul moyen de sauver du pillage les couvents et les basiliques qui renfermaient beaucoup de richesses. Cependant une des églises de Reims ne put échapper à la rapacité d'une bande de maraudeurs franks. Dans leur butin se trouvait un vase sacré d'une grandeur et d'une beauté singulières.

    " L'évêque, instruit de ce fait, députa vers Clovis pour réclamer ce vase. Charmé d'être agréable au prélat, le roi dit aux envoyés : Venez avec moi à Soissons et si parmi le butin je trouve l'objet ravi, je vous le rendrai. Tout le butin était mis en commun après la campagne, et le sort réglait le partage entre tous. On ne tarda pas à découvrir le vase précieux parmi les dépouilles rassemblées, sous une tente, au milieu de la place publique de Soissons. Mes braves compagnons, dit alors Clovis aux Franks, il ne vous sera pas désagréable que je prenne le vase, et que je le rende aux gens qui le réclament ? Les officiers et les soldats y consentirent. Non, certes, dit un guerrier brutal et jaloux, " vous ne prendrez ce vase que si le sort vous le donne ; et d'un coup de sa francisque il le brisa. Clovis garda le silence, prit le vase et le rendit. Un an après, comme il passait en revue les Franks dans un champ de Mars, il reconnut le soldat dont l'audace grossière avait invoqué la loi du partage : Il n'est pas, dans toute l'armée, d'armes plus mal tenues que les tiennes, lui dit-il ; ta framée, ton épée, ta francisque accusent ta négligence et ta lâcheté : et lui arrachant sa hache, il la jette à terre. Le soldat se baisse pour la ramasser ; mais Clovis lève soudain la sienne et lui fend la tête : Voilà, s'écrie-t-il, ce que tu as fait au vase de Soissons. "

    Cet avide soldat appartenait sans doute à la tribu des Cherusci et méconnaissait en ce moment son titre de Frank.

    La répartition exacte du butin conquis sur l'ennemi était aussi en usage chez les Germani. Le Germain n'est point, comme le dit l'interprétation commune, l'homme de guerre, le warman war (ouâur), guerre, man, homme , mais plutôt l'homme possédant un droit rigoureux à partager les dépouilles des ennemis : c'est le Sherméan to share (chère), partager, may (), pouvoir, to hand, donner avec la main . Cette expression était applicable aux premiers Germains, et aussi aux Volkes Tectosages qui s'étaient emparés des terres les plus fécondes de la Germanie, et avaient adopté les moeurs, la manière de vivre des Germains vaincus et refoulés dans les terres moins fertiles (6) ; et quand Tacite et les historiens latins parlent des expéditions conduites au-delà du Rhin contre les Germains, il faut entendre contre les Volkes Tectosages enveloppés par les Romains dans l'appellation générale de Germains.

    La confédération des Franks n'existait point encore sous ce titre lorsque les Cherusci, les Chatti et les autres tribus exterminèrent les légions romaines commandées par Varus, dix années après Jésus Christ. Le nom des Franks retentit pour la première fois dans une bataille où périt l'empereur Dèce, 251 ans après Jésus-Christ. Leurs attaques sans cesse renouvelées contre les frontières de l'empire romain dans les Gaules furent peu à peu couronnées de succès, et, chose étonnante, ces descendans des anciens Tolosates, après mille années de séjour au-delà du Rhin, s'emparèrent de la Gaule, et Toulouse, leur berceau, les reçut (507 après Jésus-Christ) comme vainqueurs et étrangers.

IV

LES PREMIERS ROIS FRANKS.

    La filiation des franks avec les volkes tectosages devient encore plus frappante par l'unité de langage, et, à l'aide de la langue des Volkes, et reçoit un jour complet de l'interprétation du nom des premiers chefs de la confédération, à l'aide de la langue des Volkes.

    Marcomir, père de Pharamond, avait été reconnu par les tribus comme le seul et unique chef des confédérés, to mark, considérer, to owe (ô), devoir, mere (mire), seul, unique . Vaincu par l'empereur Valentinien II, il n'avait pu réussir à s'établir en deça du Rhin.

    Pharamond, son fils, fut plus heureux. Une partie de la Belgique tomba entre ses mains et, malgré quelques revers bientôt réparés, les Franks n'abandonnèrent plus la terre conquise. Des historiens avancent que Pharamond n'a jamais franchi le Rhin, et même que son existence est tout à fait problématique. Si l'interprétation de Pharamond par la langue des Tectosages peut être une raison décisive, non seulement son existence ne saurait être mise en doute, mais encore il aurait sûrement passé le Rhin avec toute son armée, to fare (fère) passer, amount (amaount) totalité .

    Clodion le chevelu pénétra fort avant dans la Belgique ; sa tête était ornée de la longue chevelure, signe distinctif de l'autorité royale chez les Franks, load (lôd), charge, high (haï), illustre, élevé, to own (ôn), posséder .

    L'héritier royal était seul admis à porter les cheveux longs, et ce fait, bien reconnu et certain d'ailleurs, devient encore plus manifeste par la composition du nom de Mérovée, Merowig, le vainqueur d'Attila, mere (mire) seul, to owe (ô), être obligé de, wig, chevelure . Lorsque Mérovée mourut, jeune encore, les possessions des Franks s'étendaient jusqu'à la Seine.

    Childéric n'était qu'un enfant, lorsqu'il fut appelé, par la mort de son père, au commandement de la nation Franke, child (tchaïld), enfant, heir (ér) héritier, wig (ouigue), chevelure . Il perdit l'affection et l'estime de son peuple par des fautes si graves, qu'il fut contraint de s'exiler. Les Franks se confièrent pendant quelque temps à la direction du comte romain OEgidius ; mais le roi fut bientôt rappelé par ses sujets dont le ressentiment s'était apaisé pendant son absence. Instruit par l'adversité, Childéric racheta les fautes de sa bouillante jeunesse par des actions pleines de gloire.

    Son fils Clovis, Hlodowig, est regardé comme le véritable fondateur de la monarchie française. Reconnu chef des Franks à l'âge de quinze ans, toujours accompagné de la victoire, il conquit presque toute la Gaule, fit de Paris la capitale du royaume et devint un des plus puissants princes de son temps, load (lôd), charge, to owe (ô) être obligé de, wig (ouigue), chevelure.

    Citons encore le nom de Clotaire Ier, dépeignant en deux mots saisissants l'horrible assassinat commis sur la personne de ses deux neveux, qu'il a poignardés froidement pour s'emparer des états de ces jeunes princes, claw (clâu), griffe, serre, to tear (tér), déchirer, mettre en pièces . Il était bien juste que les Franks stigmatisassent cette action criminelle en comparant le meurtrier à un oiseau de proie, déchirant de ses serres aiguës une victime sans défense.

    Ces interprétations persistantes des noms propres d'hommes et de tribus sont bien propres à faire connaître la langue parlée par tous ces enfants de Gomer, qui se taillaient ainsi à l'envi des royaumes dans l'empire romain. Les Wisigoths appartenaient aussi bien que les Franks à cette immense famille, et les appellations qu'ils composaient étaient prises dans le langage communs à ces peuples. Cette uniformité dans le langage nous autorise donc à penser, que les noms de Landock et de Landoïl ont pu être donnés par les Wisigoths à leurs possessions du midi de la Gaule, et que ces noms, fort bien choisi d'ailleurs, ont été respectés par les Franks, lorsque cette région est passée sous leur domination.

    Des années nombreuses ont vu les contrées méridionales de la Gaule conserver le langage celtique avec une persistance remarquable. Les romains y ont vainement plié les populations à leur autorité. Pendant que le latin était en honneur dans les villes, le celtique vivait dans les campagnes, opposant à l'altération une longue et passive résistance. La dégénérescence ne pouvait tarder cependant, et les invasions des prétendus barbares ont retardé à peine la fusion complète des deux langues, puisque cette fusion était déjà sensible dans le sixième siècle de notre ère. La langue romane issue de cette alliance, a dominé dans le royaume des Franks, se perfectionnant peu à peu dans les provinces du Nord, se compliquant aussi des règles grammaticales appartenant au celtique et surtout au latin, associant quelquefois, pour former des expressions françaises, des mots latins et d'autres mots celtiques, comme dans soldat ou âme donnée soul (sôl), âme, data, donnée, capable ou tête habile, caput, tête, able, habile , tandis que dans les provinces du Midi, elle s'est maintenue dans une certaine intégrité, présentant tour-à-tour dans ses phrases des mots celtiques et des mots latins parfaitement conservés dans leur pureté : aussi est-il très aisé de les distinguer, et d'y retrouver les expressions usitées dans la bouche de nos ancêtres gaulois.

    Le latin lui-même, pris à part, laisse percer un certain caractère celtique qui surprend d'abord, mais dont on se rend compte aisément, puisque les Gaulois étaient les maîtres d'une grande partie de l'Italie, lorsque 753 ans avant Jésus-Christ, Rome fut bâtie par Romulus, l'homme au manteau bizarre, rum (reum), bizarre, hull, couverture extérieur. Il serait facile de citer, en nombre considérable, les expressions gauloises renfermées dans la langue latine ; mais nous nous contenterons de reproduire les suivantes : to add, ajouter, en latin addere ; to know, connaître, en latin cognoscere, connaître ; to endue, revêtir, en latin induere, revêtir ; able, capable, en latin, habilis, qui a de la capacité pour quelque chose ; to joke, plaisanter, en latin, jocari, plaisanter. La fondation de Rome elle-même s'est faite d'après les usages gaulois, Romulus y ayant ouvert un asile aux vagabonds, aux mécontents et à tous ceux qui fuyaient les importunités de leurs créanciers.

    Nous n'avons pas cru de voir négliger de faire ces rapides observations sur les dialectes parlés dans les provinces méridionales de la France et dans le Languedoc en particulier, sauf à les développer plus tard ; seuls, en effet, ils ont pu ouvrir une voie sûre conduisant à la connaissance certaine du langage de nos pères. On croit rêver, lorsque, entendant autour de soi ces expressions celtiques, traitées aujourd'hui avec dédain comme misérables et grossières, on voit clairement que c'était bien là le langage primitif communiqué par Adam à ses enfants. Aussi, sommes-nous persuadé que ces dialectes précieux résisteront, sauvés par l'esprit de tradition inhérent à l'homme, et ne seront jamais détruits.

V

LE ROI BÉBRIX ET PYRENE. HERCULE.

LES SARDANES. CAUCOLIBERIS. ILLIBERIS.

LES SORDES.

    Avant l'arrivée des premiers Celtes, les Pyrénées-Orientales étaient occupées par les Ibères.

    Les ours, sujet ordinaire des poursuites de ces intrépides chasseurs, vivaient nombreux dans ces parages. " Le prolongement apparent des Pyrénées, à l'est de leur jonction avec la Montagne Noire et les Cévennes, n'a lieu que par une chaîne latérale qui se détache au fond de la " vallée de la Têt, dans la Cerdagne française, et qui porte le nom spécial d'Albères. " (7) Dans les Albères, hall, (hâull), habitation, bear (bér), un ours, les bêtes fauves trouvaient des retraites profondes, et leur poursuite présentaient assurément des danger considérables, que les Ibères affrontaient avec le courage qui les distinguait. Ces chasseurs d'ours étaient-ils le même peuple que les Bébriciens, dont la cité principale aurait été Pyrène ? Cela parait certain, si l'on dégage les traditions historiques de tous les ornements fabuleux qui les rendent méconnaissables.

    Suivant la mythologie, les Pyrénées appartenaient au roi Bébrix, quand Hercule, avec ses guerriers, se présenta au pied de ces montagnes. Il est hors de doute qu'Hercule a existé seulement dans les mythes grecs et latins : cependant, il est utile de le remarquer, ce héros fameux prend une réelle consistance et revêt le caractère de la vérité, dès qu'il personnifie la nation celtique et la migration de ce peuple vers les contrées occidentales de l'Europe. Salluste parle de la mort d'Hercule dans la péninsule ibérienne, et après sa mort, les Arméniens, les Mèdes et les Perse de son armées, traversent la mer pour se répandre en afrique. Diodore, de son côté, raconte l'action violente d'Hercule contre Pyrène, fille du roi Bébrix, avant que le Héros entrât dans l'Ibérie à la tête de ses soldats. Nous pouvons, à l'aide de ces renseignements, discerner clairement la vérité à travers les voiles dont elle est entourée.

    La nation Celtique, arrivant dans les contrées Pyrénéennes, s'est heurtée au peuple Ibérien. Les Ibères, d'une taille moyenne, rompus aux fatigues des Chasses les plus dangereuses, ont regardé sans effroi ces Gaulois à haute stature, et leur résistance hardie et obstinée n'a pu empêcher l'Hercule gaulois de traverser les Pyrénées pour aller s'éteindre et mourir dans le coeur de la péninsule espagnole. Le peuple ibère, grand par son intrépidité, petit de taille à côté des géants celtes, prend une forme précise, déterminée, dans le roi Bébrix, le courageux enfant, l'audacieux bambin, qui osait affronter, braver les hasards et les périls d'une lutte avec l'Hercule gaulois, babe (bébe), un petit enfant, un bambin, risk, péril, hasard .

    Les Celtes et les Ibères, rapporte Diodore de Sicile, après avoir combattu pour la possession du pays, l'habitèrent en commun et s'allièrent par mariages. Les alliances des Celtes avec les Ibères auront ainsi donné lieu à l'histoire fabuleuse d'Hercule et de Pyrène. Le nom de la cité de Pyrène, témoigne de la fusion des deux peuples ; car il renferme le souvenir des efforts tentés par les Celtes pour empêcher les Ibères de brûler leurs morts, pyre (païre), bûcher funéraire, to rain (ren), réprimer, et ce nom, par extension, a désigné plus tard la chaîne entière de montagnes occupée par les chasseurs d'ours. Les efforts des Celtes ont dû être couronnés de succès, si l'on en croit le nom de la cité Sardane de Caucoliberis to cock, relever, redresser, hall (hâull), maison, salle, to eye (), voir, to bury, (beri), enterrer , puisque les habitants de cette contrée ont élevé, dans la suite, des tombelles pour ensevelir les morts.

    Illiberis, autre ville des Sardanes, ne contredit point cette assertion ; il constate uniquement la pompe que les Ibères déployaient dans les funérailles, highly (haïli), ambitieusement, to bury (beri), enterrer  ; en tenant cependant un compte rigoureux des deux l qui se trouvent dans Illiberis, ce nom se rattacherait alors à celui de Caucoliberis ; car il signifierait simplement une éminence construite pour une sépulture, hill, éminence, to eye () voir, to bury (beri) enterrer . Une seconde cité d'Illiberis existant chez les Aquitains, semblerait démontrer que les moeurs gauloises avaient partout fait disparaître les bûchers funéraires des chasseurs d'ours.

    Les Celtibériens des Pyrénées-Orientales se sont livrés plus tard à une profession tout autre que celle de chasser le grand ours des cavernes. Ils se sont adonnés à diverses industries et ont mérité, les uns le nom de Sordes, les autres celui de Sardans. Ceux-ci tenaient les côtes, fixant leurs demeures près de la mer, sur les flots de laquelle les attirait l'exercice de la pêche. A cause de cette condition générale, on les a appelés Sardans, Sardan, petit poisson, sardine ; on sait, du reste, combien l'anchois et la sardine sont abondants dans les eaux du golfe de Lyon. Ruscino, leur cité principale, est loin de donner un démenti à leur profession de pêcheurs ; il affirme, en effet, que l'on accourait en foule et à l'envi s'établir à Ruscino, pour se rendre ensuite à la mer et tendre de grands filets de pêche, to rush (reuch), venir en foule, sean (sin), grand filet pour la pêche, seine .

    Les Sordes, au contraire, étaient fixés dans les vallées et les montagnes des Pyrénées-Orientales. Leur industrie était bien différente de celle des Sardans ; ils fabriquaient des armes de guerre, des épées sword (sôrd), épée .

    Ce n'est pas seulement aux temps reculés des Sordes que l'on a fabriqué d'excellent fer dans le versant oriental du massif montagneux regardant la Méditerranées. Il y a peu d'années encore, dix-huit fourneaux pour fondre le fer y étaient en pleine activité ; ces fourneaux produisaient le fer d'après le système dit catalan, et portaient le nom de forges catalanes. Le traité de commerce conclu avec l'Angleterre, sous Napoléon III, a fait éteindre ces fourneaux ; les prix de revient étaient trop onéreux pour que l'on pût engager, avec les fers anglais, une lutte, qui serait devenue désastreuse. Le dernier village sorde où l'on produisait le fer, se nomme Gincla. On y voit encore les restes de deux forges, d'un laminoir et de plusieurs martinets forges, dont la fondation se perd dans la nuit des siècles. Gincla dérive de to jingle (djingl'), tinter, cliqueter. C'est une chose vraiment surprenante que ce terme de Gincla appliqué à une localité, où, toujours et de tout temps on a entendu le cliquetis du fer, le bruit des lourds marteaux frappant sur les enclumes, et rendant des tintements sonores.

VI

LES ATACINI. L'AUDE.

LES RADEAUX SUR L'AUDE. CARCASSONNE.

    Le bassin de l'Aude n'appartenait point aux Sordes, mais à d'autres producteurs de fer, habitant le pays d'Atax, aux Atacini ; ceux-ci, à la fabrication des épées, joignaient celle des haches, to add, ajouter, axe, hache . Le village le plus rapproché des Sordes, et faisant partie de la contrée occupée par les Aticini, se nomme Axat, et cette appellation, qui est une simple inversion d'Atax, marque le point exact de division entre les deux tribus des Sordes et des Atacini. Axat est traversé par la rivière d'Aude, et possédait une fabrique d'acier fort estimé, dont les feux sont malheureusement éteints aujourd'hui. Les Atacini habitaient la pente du nord et aussi la pente occidentale et de ces montagnes dans lesquelles l'Aude et l'Ariège prennent leur source. Les forges catalanes étaient encore plus nombreuses dans cette région que dans les Pyrénées-Orientales ; il est juste de dire que le pays de production était plus étendu ; car il comprenait une partie du bassin de l'Aude et une partie du bassin de l'Ariège.

    Les Atacini ne doivent donc point leur nom la rivière d'Aude, et si les géographes latins l'appellent Atax, c'est uniquement parce que ses eaux traversent le pays des Atacini. Dans les manuscrits du moyen-âge, l'Aude porte le nom de flumen Aldoe. C'est bien là sa véritable dénomination ; Alda est le même terme que Alder, et dans le celtique, Alder désigne l'aune. Cette essence d'arbres croit naturellement sur les deux rives de l'Aude, sur un parcours de plus de quatre-vingts kilomètres et quoique les propriétaires riverains aient abattu la majeure partie des aunes, il en reste encore assez pour prouver avec quelle vérité nos ancêtres avaient nommé cette rivière Alder.

    Le volume des eaux de l'Alder était considérable, et les Atacini en ont usé pour l'industrie de la radellerie, industrie qui tend tous les jours à disparaître, non seulement par la construction d'un chemin de fer sur les bords de l'Aude, mais surtout par la diminution des eaux et les atterrissements formés dans le lit de la rivière.

    L'industrie du flottage des bois de construction par les eaux de l'Alder, est la cause des noms que portent Roquefort-de-Sault et Espéraza.

    Le village de Roquefort, ou Roucafort, comme prononcent ses habitants, est situé sur un plateau d'une altitude de mille mètres, et entouré de magnifiques forêts de sapins. Il est divisé en deux parties, dont l'une s'appelle Roquefort, et l'autre plus considérable, porte le nom de Buillac. Riche en troupeaux de moutons, pâturant sans cesse dans les prairies du col de Garabell, gare, laine grossière, bell, clochette , Buillac élève encore en grand nombre des taureaux et des chevaux, bull (boul), taureau, hack, cheval .

    Les habitants de Roquefort, moins favorisés du côté du sol, travaillent dans les forêts, et coupent les arbres destinés à être transportés vers Carcassonne par le flottage sur les eaux de l'Alder. Roquefort, ou Roucafort, indique clairement la profession traditionnelle de ces montagnards : en effet, Roucafort équivaut au celtique roughcast forth, tailler grossièrement à l'extérieur.

    Les arbres, dépouillés de leur écorce et de leurs branches, étaient traînés jusqu'à l'Aude, dont les eaux les amenait à quillan et à Espéraza. A Quillan, en latin Kilianus Killow-hone, terre noire et pierre noire, on pouvait commencer à faire flotter sur l'Alder les trains de bois réunis en radeaux portent le nom de carras car, chariot, raft, un train de bois sur l'eau, un chariot flottant . La construction de ces radeaux avait lieu surtout à Espéraza, et il y a à peine trente ans, la plus grande partie de la population de ce gros village appartenait à la corporation des radeliers. Il est vraiment prodigieux que les industries et les professions des Celtes se soient ainsi conservées intactes jusqu'à nos jours.

    Espéraza, que les habitants nomment avec raison Sparassa, est appelé Sperazanus, dans une bulle du pape Callixte II, en date de l'année 1119, citée par Dom Vaisette. La contexture de Sparassa renferme les mots suivants : spar, poutre, axe, hache, hand, main ; la main des radeliers terminait, à l'aide de la hache, la construction des trains de bois, qui sous forme de radeaux, flottaient sur les eaux de l'Alder. Avec quelle sûreté les indigènes de ce village n'ont-ils pas conservé l'ancienne expression celtique, à peine adoucie lorsqu'ils prononcent Sparassa !

    Debout sur son carras, retenant de la main une longue rame placée sur l'avant, le radelier de Sparassa se laissait emporter par les eaux de l'Alder, en dirigeant avec habileté sa voiture flottante. Son adresse était bientôt mise à l'épreuve, en arrivant, à Couiza, dans le coude formé par la rivière, coude qui a fait donner son nom au village bâti sur ces bords. Couiza, Kousanus, dérive de kove, petite baie, crique, et de sand, sable ; kovesand dont on a fait Kousanus et plus tard Couiza.

    Ce coude offre, en effet, une véritable ressemblance avec une petite baie ; il se trouve en amont du pont de Couiza conduisant à la gare du chemin de fer. Les sables amoncelés par la Sals, à son confluent avec l'Aude, ont dû être la cause de cette disposition particulière du cours de la rivière.

    La longue rame du radelier, engagé avec son carras dans ce coude incommode, avait bientôt raison de la difficulté, et le train flottant poursuivait lentement son voyage jusqu'au point où il devait prendre terre.

    Carcasonne était le lieu où le carras abandonnait ordinairement les eaux de l'Alder, parce que le lit devenant plus étendu, les radeaux éprouvaient une difficulté plus grande à flotter. Cette ville pouvait donc être un entrepôt de bois de construction ; néanmoins, comme elle était aussi le marché destiné à la vente des épées, des haches, fabriquées par les Atacini, ce dernier motif a surtout pesé dans la balance du Neimheid gaulois, et lui a valu le nom de Carcassonne, cark, soin, souci, axe, hache, to own (ôn), posséder .

(1) César, de bell. gall. lib. VI. 24.
(2) César, de Bell. Gall. lit II. 4.
(3) L'homme primitif, par M. Louis Figuier.
(4)Histoire de France par Em. Lefranc.
(5) Histoire de France par Em. Lefranc.
(6) César de Bell. gall. lib. VI. 24.
(7) Dictionnaire de Géographie, par Hyacinthe Langlois.


Chapitre précédent   Chapitre suivant


A propos de Octonovo | Copinages | Lettre d'information | Droits

La liste de diffusion est effective depuis janvier 2002. Elle est déclarée à la CNIL et ne sera en aucun cas revendue, cédée pour exploitation etc...
- Copyright © 2003-2010, Octonovo.org - Tous droits réservés -