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Rennes le château, une affaire paradoxale

 
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Dernière mise à jour
le 30 janvier 2010



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La Vraie
 Langue Celtique
et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Table des matières Avant propos Observations préliminaires
Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3
Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6
Chapitre 7 Chapitre 8 Carte

CHAPITRE VII

CROMLECK DE RENNES-LES-BAINS
IDESCRIPTION DU DRUNEMETON OU CROMLECK DES
REDONES DU SUD GAULOIS. MÉNIRS, DOLMENS,
ROULERS OU ROCHES BRANLANTES. LE GOUN-
DHILL OU SARRAT PLAZENT.

   

Strabon, dans son histoire des Galates ou Tectosages asiatiques, rapporte que le peuple gaulois possédait toujours un " drunemeton " ou cromleck central. C'était le lieu où se réunissaient les membres de la société savante connue sous le nom de Neimheid. Il est fort instructif de voir le terme Neimheid employé en même temps en Irlande et en Asie. La décomposition de drunemeton jette une vive lumière sur cette belle institution celtique. Cette appellation, comprenant la première syllabe trow de Drouide, et aussi le mot nemet, nous apprend avec certitude quels étaient les membres composant l'Académie celtique. Le verbe to trow (trô), comme on l'a déjà vu, signifie : penser, croire, imaginer. Le second verbe to name (nème), possède le sens de nommer, appeler, et head (hèd), se traduit par la tête, le cerveau, l'esprit, le chef. C'est bien le même signification que nous avons donnée au Neimheid Irlandais ; c'est la tête de la nation, pesant avec soin et intelligence les noms dont la composition est soumise à sa science, et les appliquant avec l'autorité que possède un chef universellement reconnu et obéi. César place sur les confins des Carnutes le lieu où les Druides prononçaient leurs jugements, dans les différends et les contestations relevant de leur autorité ; mais le cromleck central le drunemeton, où s'assemblait le neimheid pour remplir ses fonctions scientifiques te créer les dénominations particulières ou générales, était-il aussi sur les confins des Carnutes ? Nous ne le pensons pas ; le cromleck central était fixé tout naturellement par les pierres savantes, et ces pierres étaient dressées dans la tribu des Redones. Le drunemeton du nord devait donc exister chez les Redones de L'Armorique, embrassant une grande étendue de la gaule pour les travaux de l'illustre assemblée. Cependant, un autre drunemeton ou cromleck central était nécessaire dans le midi ; certes, il était impossible au membres du neimheid dispersés dans la région celtibérienne, de se réunir aux autres membres du nord de la Gaule, et cette impossibilité matérielle a pu donner la pensée de construire un second drunemeton au pied des Pyrénées, sur les hauteurs de la vallée arrosée par la sals et devenue aussi, par le fait, Redones ou pierres savantes.

    Si l'expression Redones doit désigner un ensemble complet de pierres levées et d'aiguilles naturelles et artificielles, c'est bien à Rennes-les-Bains qu'elle appartiendra à juste titre.

    L'entrée du cromleck se trouve au confluent du Rialses avec la Sals. Le Rialses real (rial), réel, effectif, cess, impôt, coule du levant au couchant, dans un vallon dont la terre fertile pouvait certainement permettre aux habitants de fournir l'impôt dont les Celtes frappaient les terrains d'un facile produit.

    La Sals ou rivière salèe, coule d'abord du levant au couchant, et, après sa jonction avec la blanque, vers le centre du cromleck des Redones, poursuit son cours du sud au nord jusqu'à l'entrée de la gorge où commencent à se dessiner les premières aiguilles naturelles. Dès qu'elle a reçu les Rialsés, elle se détourne de nouveau vers le couchant, et se dirige vers l'alder pour y déverser ses eaux amères. Tout près du point central du cromleck, dans un déchirement de la montagne et bâtie sur les bords de la Sals, on voit la station thermale de Rennes-les-Bains, bien connue des nombreux malades qui y on trouvé une guérison assurée ou du moins un soulagement sensible à leur douleurs rhumatismales.

    En examinant la carte de Rennes-les-Bains, on peut facilement suivre les contours dessinés par les aiguilles naturelles ou artificielles. Leur position y est marquée par des points rouges pour les ménirs qui existent encore, et par des lignes également rouges pour les crêtes où les ménirs ont été renversés en majeure partie.

    A l'ouverture du cromleck, sur la rive droite de la Sals, apparaît une montagne appelée Cardou : vers le sommet, commencent à se dresser des pointes naturelles, connues dans le pays sous le nom de Roko fourkado. Au temps des Celtes, l'accès de la gorge était sans doute fort difficile, parce qu'une longue barrière de roches plongeant dans la rivière en défendait l'entrée. De plus, déclivité extrême des pentes des montagne devait inspirer une certaine crainte aux membres savants du Neimheid, chargés de donner un nom à cette partie du terrain d'un aspect si sauvage. Aussi, se sont-ils demandé comment et de qu'elle manière il pourraient voyager en chariot, en s'engageant dans ce défilé presque inaccessible ? Ils ont laissé à leurs descendans le souvenir exact de leurs pensées et de leur embarras momentané, en appelant cette montagne Cardou, to cart, voyager dans un char, how (haou), comment ? de quelle manière ? carthow –. Ils n'étaient point trop en retard dans la civilisation, ces bons gaulois des premiers temps de l'occupation, puisqu'ils se préoccupaient ainsi de voyager en chariot sur des flancs de montagnes à pentes très dangereuses. La difficulté qu'ils traduisaient par carthow, n'était point cependant insurmontable ; ils ont su la franchir en traversant le Rialsès en face du village de Serres, et en construisant leur chemin de telle sorte, que les chariots pussent passer au-dessus de ces roches. Au tournant du chemin et au point déterminé où l'on devait s'engager dans le défilé, les Celtes devaient avoir dresser un ménir sur une roche qui porte aujourd'hui une croix de pierre. Cette croix est placée à l'endroit exact de la pierre où l'on voyait autrefois gravée une croix grecque semblable à celles qui existent présentement au Cap dé l'Hommé, et à proximité des roches branlantes.

    Après avoir contourné la base de la montagne de cardou, et avoir dépassé le petit ruisseau qui sépare Cardou de la colline de Bazel, le chemin commence à s'élever en pente douce. Il devait avoir une largeur bien déterminée, telle que les Gaulois savaient la donner à leurs routes. Ce n'était point, en effet, de simples sentiers étroits et dangereux, mais d'excellents chemins possédant une largeur exactement mesurée. Bazel ne veut pas dire autre chose. En rendant à ce terme la prononciation assez dure qu'il devait avoir autrefois, nous aurions à dire Passel. Or, pass signifie une route, et ell la mesure de longueur dont se servait les Celtes.

    Au sommet du Bazel, on aperçoit des pierres levées fort étranges, qui contribuent à former le cercle du cromleck du côté du levant. Il est à peu près impossible de décrire en détail ces grandes pierres ; elles sont en nombre considérable, et leur somme peut aisément être portée à trois ou quatre cents arrangées en ordre sur la crête ou gisant confusément sur la pente regardant le sud. Une de ces pierres mesure plus de huit mètre de longueur, sur deux de largeur et autant de hauteur : cette masse d'environ trente deux mètres cubes a été soulevée, inclinée dans une direction voulue, et calée à une de ses extrémités afin que son poids énorme ne l'entraînât point sur la pente raide de la montagne. Il faut voir, de ses propres yeux, cette oeuvre gigantesque, qui cause une stupéfaction : aucune description ne peut donner une idée exacte de ce travail prodigieux.

    Sur la rive gauche de la Sals, le cromleck commence au rocher de Blancfort. La pointe naturelle de ce roc a été enlevée, dans le moyen-âge, pour permettre la construction d'un fortin servant de poste d'observation. Il reste encore quelques vestiges de maçonnerie témoignant de l'existence de ce fortin. Cette roche blanche qui frappe les yeux tout d'abord, est suivie d'une assise de rochers noirâtres, s'étendant jusqu'à Roko Négro. Cette particularité a fait donner à cette roche blanche, placée en tête des roches noires, le nom de blancfort blank, blanc, forth, en avant .

    En suivant ces roches du regard, l'oeil est bientôt arrêté par un ménir isolé, dont la pointe se montre au-dessus des chênes verts qui l'entourent. Il porte dans le cadastre le nom de Roc Pointu : il fait face à une autre roche naturelle fixée sur le flanc de Cardou et ornée de plusieurs aiguilles très aiguës. Cette dernière roche, séparée de Cardou et offrant plusieurs pointes réunies par la base, a présenté à nos ancêtres l'idée des petits êtres composant une famille et retenus encore auprès de ceux qui leur ont donné le jour, et ils ont nommé poétiquement ces aiguilles Lampos. Ce mot dérive de lamb, agneau, ou de to lamb, mettre bas, en parlant de la brebis.

    Entre le Roc pointu et Roko Négro, on distingue au milieu des Chênes verts d'autres ménirs servant à la construction du drunemeton. A la suite de Roko Négro, on voit encore fort bien les assises diverses qui servaient de support aux ménirs ; mais ceux-ci sont renversés et dispersés çà et là sur les flancs de la montagne, dans le plus grand désordre.

    En arrivant au ruisseau du Bousquet, l'assise de roches disparaît, et va reprendre dans la montagne vers la source de ce ruisseau. Sur ce point très élevé, on aperçoit une réunion de fortes roches portant le nom de Cugulhou. Cette masse n'est point en entier naturelle ; le travail des Celtes y apparaît fort clairement dans les huit ou dix grosses pierres rondes transportées et placées sur le sommet du mégalithe. On pourrait douter que les Celtes aient voulu en faire des ménirs, si une petites croix grecque gravée sur un prolongement de la base n'avertissait par sa présence de la signification attribuée à ces grandes pierres. Les habitants du pays sont dans la persuasion, très fausse d'ailleurs, que les croix grecques gravées sur les roches représentent des points de bornage. La véritable borne de pierre, indiquant la séparation des terrains de Coustaussa et de Rennes-les-Bains, est fichée en terre à vingt mètre plus loin, du côté du nord-ouest. Cette borne est fort curieuse ; elle porte sur la face qui regarde Coustaussa, un écusson, sans doute celui du seigneur de ce village, et sur la face opposée, un autre écusson, du seigneur de Rennes, accusant des différences très grandes avec le premier. Il est inutile d'insister sur l'assertion des habitants du pays, par rapport à ces croix grecques, car le nom même de cugulhou fait la lumière sur ce sujet. Ces roches sont de vrais ménirs, mais vilains et ne présentant point la forme ordinaire des autres pierres levées, to cock, relever, redresser, ugly (eugly), laid difforme, vilain, to hew (hiou), tailler .

    A partir de Cugulhou, reparaît une assise de roches de grès grossier, se dirigeant vers le ruisseau du Carlat. Ce ruisseau dont les bords sont abruptes, est rempli de blocs de pierre qui barrent son cours et forment des chutes multipliées. Il serait plus que difficile de tracer un chemin carrossable longeant ce petit cours d'eau ; nos ancêtres en ont témoigné leur chagrin en le nommant Carlat, car, chariot, to loath, détester, avoir de la répugnance . Ils ont construit leur chemin en suivant une autre direction ; ce chemin existe encore ; il est pavé de grosses pierres et bordé de ménirs avant de déboucher sur le plateau des bruyères. Ce n'est point là une voie romaine, mais bien un chemin celtique, conduisant les habitants du plateau jusqu'au centre du cromleck des Redones.

    La crête naturelle venant de Cugulhou, continue de se dessiner après avoir dépasser le Carlat. Les ménirs renversés sont nombreux sur les flancs de la montagne, et excitent par leur masse une surprise bien légitime. Sur la crête, s'étendant depuis le Carlat jusqu'au ruisseau de Trinque-bouteille, on distingue facilement des traces évidentes du travail humain ; les Celtes ont employé leurs soins à rendre moins larges les solutions de continuité de cette crête naturelle. En face du point où se trouvent la station thermale et l'église paroissiale, la ligne courbe faite par l'assise de rochers porte le nom de Cap dé l'hommé. Un ménir était conservé à cet endroit, et on y avait, dans le haut, sculpté en relief, une magnifique tête du seigneur Jésus, le Sauveur de l'humanité. Cette sculpture qui à vu près de dix-huit siècles, a fait donner à cette partie du plateau le nom de Cap dé l'Hommé (la tête de l'homme), de l'homme par excellence, filius hominis.

    Il est déplorable qu'on ait été obligé, au mois de décembre 1884, d'enlever cette belle sculpture de la place qu'elle occupait, pour la soustraire aux ravages produits par le pic d'un malheureux jeune homme, lequel était bien loin d'en soupçonner la signification et la valeur. (1) A gauche de ce ménir regardant la station thermale et son église paroissiale, on découvre sur les roches voisines des croix grecques profondément gravées par le ciseau et mesurant depuis vingt jusqu'à trente et trente-cinq centimètres. Ces croix, à branches égales et au nombre de cinq sur ce seul point, ont dû être gravées par ordre des premier missionnaires chrétiens envoyés dans la contrée. Le signe sacré de la rédemption a détourné ainsi au profit de la pure vérité, le respect traditionnel dont les ménirs étaient l'objet, respect traditionnel dont les ménirs étaient l'objet, respect qui, dans l'état moral déplorable où les conquêtes de la république romaine avaient plongé les Celtes, s'adressait peut-être aux pierres elles-mêmes. Toutes les aiguilles de la crête ont probablement été renversées à cette époque : on rencontre une quantité considérable de ménirs brisés sur les flancs et quelquefois au bas même de la montagne, et quelques débris se voient encore dans les murs soutenant les terrains en pente des vignes et des champs cultivés. Un fait à peu près semblable s'est produit en Bretagne, lorsque l'Evangile a été porté chez les Redones armoricains. Les ménirs n'ont pas été renversés, mais on a placé à leur sommet le signe du salut.

    Une sixième croix grecque dans une large roche, se trouve assez loin du cap dé l'Hommé, sur le bord de la crête du sud, en tête du terrain dit pla de la coste, après que l'on a franchi le ruisseau de las Breychos. Ce petit cours d'eau a reçu son nom extraordinaire de pierre métalliques, semblables au fer fondu, nombreuses dans son lit. Elles sont généralement de petite dimension, ce qui a donné lieu aux celtes d'employer le verbe to bray, broyer, pour exprimer cette petite dimension, et le substantif shoad (chôd), veine de pierres métalliques, pour désigner cette pierre de fer, ou plutôt ce carbonate de fer.

    On voit encore deux autres croix grecques, toujours gravées dans la pierre, en suivant le bord du plateau jusqu'à la tête de la colline portant le nom d'illète, hill, colline, head (hèd), tête . Les énorme roches entassées sur ce dernier point excitent une réelle admiration.

    A l'extrémité sud du Pla de la Coste, sur le rebord du plateau, sont placées deux pierres branlantes ou roulers. La manière dont elles sont posées indique avec évidence un but poursuivi et atteint, celui de permettre à une secousse légère de produire une trépidation marquée et sensible, mais non une oscillation profonde qui déplacerait le centre de gravité, et qui précipiterait le rocher au bas de la montagne.

    A côté du premier de ces deux roulers, un petit ménir dresse sa pointe émoussée : deux autres ménirs sont renversés à droite et à gauche. Ils étaient simplement posés sur le sol et non point enfoncés dans la terre, car le plan de leur base a gardé de petites pierres blanches, agglutinées par l'effet du poids et du temps, et semblables aux gravier du terrain sur lequel ils pesaient.

    A droite des roulers, en se plaçant vers le midi, l'oeil peut suivre les contours de la crête qui enserre le ruisseau de trinque-bouteille, et se perd insensiblement dans les terres de l'Homme mort.

    Le ruisseau de trinque-bouteille coule constamment, même au plus fort des chaleur de l'été, et on a toujours la faculté d'y puiser et d'apaiser la soif, to drink, boire, bottle, bouteille .

    Tout près de l'endroit où Trinque-Bouteille déverse ses eaux dans la Blanque, de nombreuses pointes devaient s'élever sur les grandes roches bordant la route de Bugarach : un seul ménir y existe sur pied, ayant perdu l'acuité de son sommet.

    Sur la rive droite de Trinque Bouteille, commence le tènement dit de l'Homme mort. C'est un terrain marécageux, produisant en abondance un gramen dont les longs tuyaux sont parfaitement lisse et sans noeuds : ce gramen porte, en dialecte languedocien, le nom de paillo dé bosc, et en celtique, celui de paille de marais ou haummoor, haum, paille, moor (mour), marais . Cette dénomination de haum-moor, appliquée dans la gaule entière, aux terrains marécageux, a été partout dénaturée et travestie jusqu'à devenir un homme mort.

    Du haut de la crête qui porte les roulers, en regardant vers le sud, on voit se dessiner une longue ligne de roches aiguës de toutes forme et de toutes dimensions, bien orientée, d'ailleurs, du levant au couchant, et s'étendant depuis le Col de la Sals jusques et au delà de la Blanque. Le nombre des aiguilles naturelles y est considérable ; néanmoins, au milieu d'elles, une multitude d'autres roches taillées en pointe sont redressées par la mains de l'homme, et constituent de vrais ménirs, comme on peut s'en convaincre soi-même, en examinant la pose de ces grandes pierres, qui sont d'un facile accès. La fatigue se fait bien un peu sentir en grimpant sur les flancs du Serbaïrou par des sentiers peu fréquentés, to swerve (souerve), grimper, by-road (baï-rôd), chemin peu fréquenté mais on est largement dédommagé, lorsqu'on est en présence du travail gigantesque fait par nos ancêtres. C'est bien là, en effet, un travail de géants, et on n'est guère surpris que les Grecs aient inventé, au sujet de ces énormes pierres, dont ils ignoraient la signification et placées sur le sommet des collines, leur fable des géants aux longs cheveux, au regard farouche, cherchant à escalader le ciel, et entassant Ossa sur Pélion et l'Olympe sur Ossa.

    L'arête de la colline porte le nom languedocien de Sarrat Plazént (colline aimable), et en même temps le nom celtique de Goundhill, dont Sarrat Plazént n'est que la traduction littérale good (goud), bonne, douce. hill, colline .

    Pourquoi les Celtes ont-ils nommé cette éminence Goundhill ? Certes, ce n'est point à cause de la beauté du site et de la fertilité du terrain, puisque le sol est couvert de bruyères dans toute la pente nord du Serbaïrou, tandis que la pente sud, très escarpée, n'offre à l'oeil qu'un maigre bois taillis, peu fait pour inspirer aux savants du Neimheid une dénomination aussi agréable que celle de Goundhill. Cette colline, hérissée de roches aiguës, ne pouvait donc être aimable et douce, que parce qu'elle rappelait aux Gaulois la bonté de la Providence Divine, distribuant avec abondance, à son peuple, l'aliment essentiel, l'épi de blé.

    Au sud de Goundhill, le regard est arrêté par la montagne de Garrosse garous (gareuce), salé . Une ligne horizontale traverse sa pente du nord : c'est un chemin conduisant en ligne directe à Sougraignes et à la fontaine salée, où la rivière de Sals commence son cours. Aux pieds de la Garosse, se déroule un tout petit vallon arrosé par le ruisseau de Goundhill ; et sur les bords de la Blanque, une métairie fixe l'attention. La bergerie placée tout près de la maison d'habitation, est bâtie sur les fondements fort anciens d'une forge dont les marteaux étaient certainement actionnés par un moteur hydraulique, comme dans les forges dites catalanes. On peut aisément s'en convaincre par l'inspection de la voùte surbaissée, qui laissait à l'eau du bassin supérieur un écoulement facile dans la rivière. (2) Un gué fort commode existe en cet endroit, et permet au voyageur descendant de la Garosse de poursuivre directement sa route sans se détourner. Cette métairie est connue sous le nom de la Ferrière. Dans cette appellation habilement combinée, les Celtes ont compris, soit le gué, soit la forge du maréchal-ferrant qui habitait ces parages, car ferry signifie un lieu où l'on traverse une rivière, et farrier (farrieur) désigne un maréchal-ferrant. Les maréchaux-ferrants gaulois fabriquaient-ils eux-mêmes le fer dont ils avaient un besoin journalier ? C'est fort probable, et ce ne serait point là une hypothèse inadmissible. Il est possible encore que la petite forge catalane ait succédé, dans la suite des temps, à celle d'un maréchal-ferrant gaulois.

    Ce qui détermine en nous cette pensée, c'est le fragment de meule à bras, en fonte de fer, retiré du sol le 26 novembre 1884, par des ouvriers travaillant, au-dessous de la Borde-neuve, à la construction du chemin de Rennes-les-Bains à Sougraigne. (3) Cette partie de meule, sans doute fondue à la Ferrière, est légèrement concave, et mesure quinze ou seize centimètres de rayon. Elle a été malheureusement partagée par l'instrument de l'ouvrier qui l'a mise au jour, et présente une cassure semblable à celle du fer de fonte, mais d'un fer plus poreux que celui des hauts-fourneaux actuels. Cette meule devait moudre le blé d'une manière parfaite, et n'avait nul besoin, à cause de ses pores nombreux, d'être repiquée, ni même sillonnée dans sa surface moulante par des cannelures angulaires. Les manèges à cheval avec de fortes meules ont, plus tard, remplacé les petites meules à bras, et afin que leurs descendans ne le pussent ignorer, les Celtes ont écrit leur manière de faire dans Milizac, village du Finistère, to mill, moudre, to ease (ize), alléger, hack, cheval , et dans Millas, gros village des Pyrénées-Orientales. to mill, moudre, ass, âne .

    La ligne de ménirs du Goundhill ne va pas au delà du col de la Sals. A ce point, la courbe du cromleck se dirige vers le nord en passant par les mégalithes disposés sur le flanc des Méniès et remontant vers le haut de l'éminence. Les roches naturelles existant au sommet de ce lieu élevé, sont brusquement interrompues dans leur soulèvement, et forment une arête fort vive, arrangée par les Celtes pour figurer dans la construction de leur drunemeton. On demeure stupéfait devant le travail de ces hommes aux membres d'acier, et on se demande qu'elles étaient les machines dont pouvaient disposer les Gaulois pour soulever, établir et façonner des masses pareilles. A part quelques ménirs, qui présentent la forme traditionnelle de cônes et de pyramides, les autres offrent, comme roches informes, une grande ressemblance avec celles du Cugulhou situé au couchant de Rennes, et ont reçu aussi le même nom bizarre de Cugulhou, to cock, redresser, ugly (eugli), difforme, to hew (hiou), tailler . Du coté du levant, le cromleck n'est plus marqué que par les trois points de Cugulhou, de la Fajole et Montferrand, rejoignant ainsi le Col de Bazel contigu au Cardou. Toutes les pierres anciennement dressées à la Fajole sont aujourd'hui renversées, et ressembleraient à des blocs erratiques, si les angles vifs de ces pierres ne démontraient clairement leur primitive destination. Ces pierres levées étaient trop rapprochées des maisons et du village celtique pour qu'on pût les laisser sur pied, car elles étaient placées au-dessus du Bugat, partie du village gaulois où vivaient les habitants les plus pauvres. Une petite grotte ou caverne existe assez près des ménirs renversés de la Fajole : elle est située vers le nord et regarde Montferrand, to fadge (fadje), convenir, hole, creux, caverne, petit logement .

    Les derniers ménirs complétant le cromleck du côté du levant, se voient sur l'arête dont la partie la plus élevée a soutenu le châteaufort de Montferrand. Les pierres, taillées d'après l'angle déterminé par l'inclinaison du soulèvement de la masse rocheuse, y sont en grand nombre. Du reste, toute cette partie de montagne jusqu'au ruisseau du Coural, est pleine de ces grandes pierres, les unes encore levées, les autres gisant misérablement sur le sol. Ce terrain est connu sous le nom de lés Crossés. cross, croix . Cette indication nous a amené à rechercher sur quel point de l'arête les croix étaient gravées. Malheureusement, les propriétaires voisins y ont réuni un énorme tas de pierres formant une muraille, et il nous a été impossible de les découvrir.

    Cette imparfaite description suffira, nous l'espérons du moins, pour saisir la position respective des innombrables ménirs formant le vaste cromleck de Rennes les Bains.

    Un second cromleck, d'une moindre étendue, est enfermé dans celui que nous avons tâché de retracer. Partant du hameau du Cercle, vers le milieu du flanc de la montagne, il suit par l'Illète jusqu'au ruisseau de Trinque Bouteille, se dessine ensuite sur la pente du Serbaïrou la plus rapprochée des rivières de la Blanque et de la Sals, reprend au Roukats, pour se terminer en face du hameau du Cercle, son point de départ. On pourrait s'étonner à bon droit de ne rencontrer aucun dolmen parmi ces monuments celtiques. Nous en avons retrouvé sept ; cinq sur les flancs du Serbaïrou, et deux au Roukats. Le plus remarquable est situé en face de la Borde-neuve, tout près d'une grande pierre carrée, étrangement posée en équilibre sur une roche. Ce dolmen, fermé à une extrémité, offre l'image d'une grotte. En se plaçant sur le chemin conduisant à

    Sougraignes, l'oeil distingue aisément la structure de toutes ses parties. Tout à fait dans le haut, directement au-dessus du dolmen, une roche de la crête porte une croix grecque gravée dans la pierre : c'est la plus grande de toutes celles qui nous a été donné de reconnaître. En se rapprochant de l'ancien chemin de Bugarach, à la même hauteur que celle du dolmen, une roche énorme est ornée d'une pierre assez forte présentant la forme ronde du pain.

II

SIGNIFICATION RELIGIEUSE DU CROMLECK,

DES MÉNIRS, DOLMENS ET ROULERS.

    Les cercles tracés par les pierres levées, avaient pour les Celtes un sens profondément religieux. Les Druides, de même que les anciens philosophes, regardaient la figure circulaire comme la plus parfaite : elle leur représentait la perfection Divine, immense, infinie, n'ayant ni commencement, ni fin. Zénon enseignait que Dieu était sphérique, c'est-à-dire parfait, et la sentence si recommandée d'Empédocles, disant que Dieu est une sphère intellectuelle et incompréhensible dont le centre est partout et la circonférence nulle part, ne signifie pas autre chose que l'excellence et la perfection infinies de Dieu. Le roi David s'écrie dans le même sens : " Le Seigneur est grand et au-dessus de toute louange : il n'y a point de fin à sa grandeur. " (4)

    Le symbolisme du cercle n'était point, comme on peut le voir, particulier aux Celtes. Il faut dire cependant qu'il leur était familier, ainsi que le prouvent les cromlecks répandus dans toutes les contrées habitées par nos aïeux.

    Le centre du cromleck de Rennes-les-Bains se trouve dans le lieu nommé, par les Gaulois eux-mêmes, le Cercle - to circle (cerkl’) environner, entourer , le point central du cromleck des Redones, et renfermant ainsi un petit cercle dans un plus grand, les Druides ont voulu exprimer l'idée très nette qu'ils possédaient d'un Dieu unique et existant dans les êtres. Dieu étant l'Etre même par essence, il est aussi en toutes choses de la manière la plus intime, puisqu'il est la cause de tout ce qui existe. Le monde créé est ici représenté par le petit cercle enfermé dans un plus grand, et ce grand cercle par sa figure sphérique, offre à l'esprit l'idée de la perfection essentielle de Dieu, en qui tous les êtres vivent et se meuvent, qui contient toutes choses et existe en elles, non point comme une partie de leur essence ou un accident, mais comme un agent est présent à l'être sur lequel il agit et qu'il atteint par sa vertu.

    Il ne faut pas s'étonner outre mesure de ce que les Celtes eussent des connaissances religieuses fort étendues ; ils avaient apporté de l'Orient les notions les plus exactes sur l'Etre Divin, et ils ont fixé dans le sol, au moyen de pierres levées, leur pensée et leur croyance sur Dieu, en qui tout vit et se meut, sur Dieu, distribuant aux hommes par sa Providence généreuse, l'aliment principal de la subsistance corporelle, le blé et le pain. Voilà ce qu'indiquent les ménirs et les dolmens qui entrent dans la formation des cercles de pierre, des cromlecks.

    Dans le cromleck de Rennes-les-Bains, on voit aussi figurer deux pierres branlantes ou roulers. C'est le signe de la puissance de Dieu jugeant et gouvernant ses créatures. Les hommes ne sauraient échapper en aucun temps à cette autorité divine, soit qu'elle accorde des récompenses, soit qu'elle exerce les droits d'une justice vengeresse. Il n'est jamais entré dans l'esprit d'aucun peuple de nier cette action de Dieu créateur gouvernant ses créatures : aussi les Celtes étant de tous les peuples anciens hormis le peuple hébreu, celui qui avait conservé dans ses traditions la doctrine la plus pure, devaient-ils garder avec soin cette vérité essentielle du gouvernement divin sur l'humanité.

    Toutes ces connaissances primitives se sont, plus tard, affaiblies chez eux en raison de leur révolte graduelle contre l'ordre enseignant, celui des Druides ; et lorsque, par suite de cette révolte, l'unité de gouvernement et de direction n'a plus existé parmi les tribus, la domination de la république romaine a pu s'établir par les armes au milieu de cette fière nation, et la dégrader, en multipliant dans son culte religieux déjà altéré, les erreurs idolâtriques du peuple conquérant. Les idées païennes, fruit du commerce avec les étrangers, avaient presque anéanti les anciens enseignements druidiques, et avaient entraîné le peuple à un respect idolâtrique à l'égard des ménirs et des dolmens, dont il ne comprenait plus le sens élevé, et c'est là ce qui a obligé les premiers missionnaires chrétiens à renverser toutes ces pierres levées, et à graver profondément sur ces grandes roches des croix, signe de la rédemption des hommes par un Dieu Sauveur.

    On n'a pas oublié la signification littérale de ménir, dolmen, rouler et cromleck. L'interprétation de ces dénominations repousse bien loin l'idée d'une sépulture ordinaire sous les dolmens et au pied des ménirs, ou bien encore, la croyance incertaine des sacrifices humains offerts sur les tables de pierre.

III

LES SACRIFICES HUMAINS DANS LA GAULE.

    César, dans ses commentaires, (5) affirme, sans détermination d'époque, que les sacrifices humains avaient lieu dans la Gaule. " Les Druides, dit-il, président aux choses sacrées, offrent les sacrifices publics et particuliers, ils interprètent les doctrines religieuses..., ils décernent les récompenses et infligent les peines ; ils excluent de la participation à leurs sacrifices ceux qui, simples particuliers ou hommes publics, refusent de se soumettre à leurs décisions judiciaires. Cette peine est pour les Gaulois la plus grave de toutes : ceux à qui elle est infligée, sont rangés au nombre des impies et des souillés : on évite leur conversation et leur présence : on les met en dehors des droits de la justice commune, et ils ne reçoivent plus aucun honneur. "

    Dans ces paroles, rien ne dévoile encore la pratique des sacrifices humains, et on comprend tout d'abord qu'il est question des sacrifices d'animaux en usage dans le monde entier. César fait suivre ce récit, de la description du système d'enseignement oral des Druides, puis il rapporte que l'ordre des seigneurs ou chevaliers celtes était entièrement adonné à la guerre, et que le nombre de leurs vassaux était en rapport avec les richesses plus ou moins considérables des seigneurs. Alors seulement il ajoute : " La nation gauloise en entier est fort superstitieuse : et pour ce motif, ceux qui sont atteints de graves maladies, exposés aux hasards des combats et à d'autres périls, ou immolent des hommes comme victimes, ou font voeu d'en immoler : ils se servent du ministère des Druides pour ces sacrifices ; ils estiment qu'on ne peut se rendre favorables les dieux immortels, qu'en donnant la vie d'un homme pour la vie d'un homme ; et ils ont publiquement institué des sacrifices de ce genre. Ils remplissent d'hommes vivants des statues énormes de leurs dieux, fabriquées au moyen des branches flexibles de l'osier : on y met le feu et les hommes périssent environnés par les flammes. Ils pensent que les supplices de ceux qui sont surpris dans le vol, le brigandage ou dans quelque autre crime, sont fort agréables aux immortels : mais lorsque les coupables manquent, ils en viennent aussi aux supplices des innocents. " (6)

    Deux pensées bien différentes se dégagent des écrits de César. Les Gaulois offraient des sacrifices d'animaux, sacrifices entourés d'un tel respect, que l'interdiction d'assister à ces cérémonies religieuses était la plus grave de toutes les peines. C'était là le vrai sacrifice public, semblable à la pratique traditionnelle et universelle des nations, et offert au Dieu unique que reconnaissaient les Druides et les Gaulois. L'autorité du Neimheid ayant beaucoup faibli dans les derniers temps, la superstition populaire aura, peut-être, fait instituer des sacrifices où les criminels étaient immolés comme victimes. Dans cette période d'affaiblissement, l'ordre druidique, ne voulant pas exposer les derniers restes de son influence, n'aura point osé résister aux idées insensées de la nation, tombée peu à peu dans le polythéisme par le commerce des Grecs et des Romains. On aura sacrifié les malfaiteurs dont la punition était un hommage rendu à la vraie justice, et puis, les malades, les timides, naturellement égoïstes, auront abusé de ces exécutions de coupables, pour faire voeu d'immoler des victimes humaines, lorsque la justice publique n'aura pu, faute de criminels, mettre elle-même en pratique cette immolation. Ces derniers sacrifices, nés de l'ignorance du peuple, de l'affaiblissement de l'autorité du Neimheid et de la fréquentation des étrangers, auront formé sans doute les sacrifices particuliers.

    Toutefois il ne faudrait point penser que tous les malfaiteurs périssaient ainsi dans les flammes, et même Strabon nous dit que les criminels ordinaires étaient précipités du haut des rochers. L'assertion de ce géographe écrivant après César, témoigne de la rareté, ou plutôt de la non-existence des sacrifices humains. Nous pouvons remarquer, à ce sujet, que les Tectosages du Rhin, les Tectosages du Danube, les Gaulois Sordiques et les Galates d'Asie n'ont jamais sacrifié de victimes humaines.

    César indique la croyance dont la fausse interprétation aurait provoqué ces abominables pratiques : " Ils estiment, dit-il, qu'on ne peut se rendre favorables les dieux immortels qu'en donnant la vie d'un homme pour la vie d'un homme. " Le général romain, plus préoccupé de lui-même et de sa gloire militaire que des enseignements religieux des Druides, rapporte, sans la remarquer autrement, une croyance dont il ne comprend pas la profondeur. Nous-mêmes, habitués à regarder nos aïeux comme des sauvages ignorants, parce que nous n'avons pas su encore interroger les monnments qu'ils nous ont laissés, nous sommes étonnés de cette parole de César et de cette doctrine mystérieuse des Gaulois, affirmant que la vie d'un homme doit racheter la vie de l'homme pour satisfaire pleinement la justice divine. Le monde entier a toujours été cependant pénétré de ces vérités, " que l'homme est dégradé et coupable ", qu'une satisaction de l'humanité à la justice divine étant absolument nécessaire, " un homme reverserait les mérites de son expiation sur la tête de ses frères " C'est la vie de l'humanité rachetée par la vie d'un homme, et entendues dans ce sens, les paroles de César expriment la tradition séculaire de la rédemption des hommes par le sang tradition que les Celtes avaient apportée de l'Orient. " Le genre humain ne pouvait deviner par lui-même que le sang dont il avait besoin, était celui d'un Dien Sauveur, parce qu'il ne soupçonnait pas l'immensité de la chute et l'immensité de l'amour réparateur. " Le véritable " autel a été dressé à Jérusalem, et le sang de la victime a baigné l'univers " (7)

    La doctrine des Druides sur la rédemption de l'humanité par le sang, faussée par César, n'avait pas cependant souffert d'altération dans les enseignements du Neimheid ; il est certain que si l'erreur était venue du corps druidique, la pratique des sacrifices humains aurait été gravée dans les noms celtiques comme les autres croyances reçues. Même au temps de la décadence, le Neimheid ne discontinuait pas son oeuvre, en imposant des dénominations nouvelles en rapport avec les connaissances ou les erreurs apportées par les étrangers, et néanmoins la savante société, s'inspirant des véritables traditions, s'est refusée à écrire ces abominations sacrilèges sur la terre gauloise. Nous avons vainement recherché dans la composition de tous les mots celtiques qu'il nous a été possible de connaître, une preuve vraisemblable, une probabilité quelconque de la vérité des récits de César sur les sacrifices humains dans les Gaules ; mais nos tentatives infructueuses nous persuadent que le Neimheid n'a point laissé à a la postérité le souvenir de ces odieuses pratiques qui n'existaient peut-être pas, ou qui étaient fondées sur l'erreur populaire et non point sur les vérités possédées et transmises dans leur intégrité.

    Le supplice ordinaire réservé aux criminels, est écrit sur le sol celtique, et nous le retrouvons dans le terme Fangallots, désignant un terrain situé à Rennes-les-Bains, dans la pente abrupte au bas de laquelle est bâti l'établissement thermal du Bain-Doux. Fangallots, signifie, disparaître par la potence, to faint (fént), disparaître, gallows (galleuce), potence, gibet. Les descendans des Tectosages, conservant les usages gaulois, ont toujours employé la potence contre les criminels, et de nos jours encore, la pendaison est, chez les Anglo-Saxons, le seul mode pratiqué pour la punition des malfaiteurs condamnés par les tribunaux à la peine de mort.

IV

LA PIERRE DE TROU OU HACHE CELTIQUE.

    Les grandes pierres érigées dans toute la Gaule, renfermaient un sens religieux d'une vérité incontestable. Elles étaient le symbole de la pure science religieuse en évoquant le souvenir de Dieu qui crée le monde, ordonne à la terre de produire le grain de blé, dont sa créature privilégiée sera nourrie, distribue par sa providence vigilante les biens nécessaires à l'homme, le gouverne et le régit par les lois de l'infinie justice.

    Si le système religieux des Gaulois se fut borné à ces connaissances d'un Dieu créateur et rémunérateur, sans en déduire aucune conséquence pratique pour les actions ordinaires de la vie, il n'aurait pas été complet. Les Druides étaient trop instruits pour ignorer, ou laisser dans l'ombre les conclusions conformes aux principes émis. Aussi ont-ils résumé, en quelque sorte, les conséquences rigoureuses de leur doctrine dans la signification imposée à la pierre polie.

    La pierre polie, dite hache celtique, faite de jade, de serpentine ou de diorite, affecte diverses formes. Le dialecte Languedocien la nomme pierre de Trou. Elle représente ce qu'il faut croire, c'est-à-dire, les enseignements nécessaires inscrits dans les grandes pierres levées to trow (trô), croire . La pierre de Trou figure avec honneur sur les manteaux de cheminées, dans les maisons de nos montagnes. Une vague idée religieuse s'attache encore à cette pierre, dans la pensée de quelques-uns, elle préserve de la foudre, d'autres inclinent à croire qu'elle écarte certains malheurs.

    Ces imaginations diverses sont, en réalité, un reste fidèle de la signification première de la pierre de Trou.

    Les pierres polies trouvées en abondance dans le cromleck de Rennes-les-Bains et déposées au musée de Narbonne, sont généralement faites de jade et présentent un tranchant toujours émoussé. Les silex ne sont point estimés dans nos montagnes, si ce n'est comme pierres propres à tirer des étincelles et à allumer du feu. Nous avons en notre possession un silex de quatorze centimètres de longueur sur trois centimètres de largeur, offrant de nombreuses dentelures sur les bords, trouvé dans le terrain de l'Haum-moor, tout près de l'emplacement d'une ancienne maison gauloise. Ce n'est point là, pour nous, une pierre de Trou.

    Les pierres polies de jade, n'étant pas très connues partout, il est fort possible que l'idée religieuse attachée à la pierre de Trou ait aussi affecté le simple silex taillé, qui de son côté, aurait représenté encore à l'esprit les croyances religieuses essentielles. Cette pensée nous est suggérée par la découverte à Pressigny-le-Grand, département d'Indre-et-Loire, du centre de fabrication des silex. Cette découverte est due au docteur Léveillé, médecin de la localité. (8)

    " A vrai dire, écrit M. Louis Figuier, c'est moins un centre de fabrication qu'une suite d'ateliers répandus dans toute la région circonvoisine de Pressigny.

    A l'époque de cette découverte, en 1864, les silex se trouvaient par milliers à la surface du sol, dans l'épaisseur de la couche végétale, sur une étendue de cinq à six hectares. M. l'abbé Chevalier, rendant compte de cette curieuse trouvaille à l'Académie des sciences de Paris, écrivait : " On ne peut faire un pas sans marcher sur un de ces objets. "

    Les ateliers du Grand-Pressigny présentent une assez grande variété d'instruments. On y voit des haches à tous les degrés de la mise en oeuvre, depuis l'ébauche la plus grossière jusqu'à l'arme parfaitement polie. On y voit aussi de longs éclats, ou des silex couteaux, enlevés d'un seul coup avec une habileté surprenante.

    Une étrange objection a été élevée contre l'ancienneté des haches, des couteaux et armes de Pressigny. M. Eugène Robert a prétendu que ces silex n'étaient autre chose que des masses siliceuses ayant servi à la fin du dernier siècle, et surtout au commencement du siècle actuel, à la fabrication des pierres à fusil ! M. l'abbé Bourgeois, M. Penguilly l'Haridon et M. John Evans n'ont pas eu beaucoup de peine à démontrer le peu de fondement d'une telle critique. Dans le département de Loir-et-Cher, où l'industrie de la pierre à fusil existe encore, les résidus de la fabrication ne ressemblent en aucune façon au nuclei de Pressigny ; ils sont beaucoup moins volumineux, et ne présentent pas les mêmes formes constantes et régulières. En outre, ils ne sont jamais retaillés sur les " bords, comme un grand nombre d'éclats des ateliers de la Touraine.

    Mais un argument tout à fait péremptoire, c'est que le silex de Pressigny-le-Grand, en raison même de sa texture, serait impropre à la fabrication des pierres à fusil. Aussi les archives du dépôt d'artillerie, comme l'a fait remarquer M. Penguilly l'Haridon, bibliothécaire du Musée d'artillerie, ne mentionnent-elles pas que la localité de Pressigny ait jamais été exploitée dans ce but. "

    Cette dernière remarque de M. Louis Figuier empêche d'attribuer aux silex de Pressigny-le-Grand l'usage vulgaire d'une pierre à fusil. Quelle était donc leur destination ? Quel était leur usage ?

    Remarquons que ces silex étaient fabriqués chez les Turones, et le nom seul de cette tribu tour, voyage, hone, pierre taillée , indique déjà qu'ils étaient taillés d'après une forme déterminée et dans le but de les emporter avec soi dans les voyages. Néanmoins, le mot Turones ne dévoile pas la raison pour laquelle les silex de Touraine devaient entrer dans l'équipage du voyageur.

    La localité de Pressigny, à laquelle la tradition populaire a attaché une idée de grandeur paraissant tout à fait hors de cause, en la nommant Pressigny-le-Grand, la localité de Pressigny disons-nous, déclare ouvertement ce que n'expriment pas les Turones, c'est à dire, que la pierre taillée des voyages faite à Pressigny, représente, signifie la demande et la prière s'élevant vers les hauteurs des cieux to pray (pré), prier, demander, to sign, représenter, signifier, high (haï), haut, élevé .

    Les silex de Pressigny-le-Grand, aussi bien que nos pierres polies de jade, méritaient excellemment le nom de pierre de Trou ou pierres de la croyance ; parce qu'elles renfermaient dans leur signification l'acte le plus essentiel de religion par lequel l'homme reconnaît sa dépendance entière de Dieu, le souverain Dominateur.

    Il ne suffisait pas aux Gaulois de croire l'immuable vérité : leur croyance devait éclater dans les actions extérieures de la vie, en s'adressant par la prière à son éternel principe. Les Celtes n'auraient point toujours et dans tous les pays, sous leurs yeux, les grandes pierres levées pour exciter leur volonté à la reconnaissance envers le Créateur, les porter à demander et à remercier, tandis que les pierres de Trou, d'un port facile, les avertissaient avec persistance des devoirs religieux à remplir, de l'assistance divine à implorer sans cesse, surtout dans les voyages pleins d'aventures et de dangers qu'ils aimaient à entreprendre. Il n'est guère étonnant que la prière ait formé comme le point central de la religion chez les Celtes, puisqu'elle est un acte de la raison pratique, et par suite, le propre de l'homme raisonnable. Les Druides se piquaient de science et de logique dans leur enseignement, et n'hésitaient point à mettre leurs actions en harmonie avec les principes constants de leur philosophie religieuse et des vérités traditionnelles.

    La présence des silex et des pierres polies dans les tombeaux des Celtes, confirme pleinement l'idée religieuse attachée aux pierres de Trou. Dans la tombelle de la presqu'île de Rhuis (Morbihan), à côté d'un squelette humain, sans doute celui d'un archi-druide, et sous les pierres d'un dolmen, on a recueilli trente pierres polies en jade. Nous pouvons, à ce sujet, invoquer un passage fort intéressant du Mémoire de M. Leguay, sur les sépultures des Parisii, mémoire cité par M. Louis Figuier. (9) " Toutes ces pierres, dit M. Leguay, communes aux trois genres de sépultures, ont pour moi une attribution votive, c'est à dire qu'elles représentent, pour cette époque, les couronnes d'immortelles ou les autres objets qu'aujourd'hui encore nous déposons sur les tombes de nos parents et de nos amis, suivant un usage qui se perd dans la nuit des temps.

    Et que l'on ne rie pas trop de cette idée que je crois assez juste. Les hommes peuvent changer, ils peuvent disparaître, mais ils transmettent toujours à leurs remplaçants, à ceux qui les suivent, les usages de leur époque, qui ne se modifient qu'en même temps que disparaissent les causes qui les ont produits. Il n'en est pas ainsi de la fin de l'homme, qui ne change pas, et qui arrive toujours avec son cortège de chagrins et de regrets. A quelque époque que ce soit, à quelque degré de civilisation qu'il soit arrivé, il éprouve le besoin de témoigner ses regrets ; et si aujourd'hui un peu d'argent suffit pour exprimer les nôtres, à ces époques éloignées chacun façonnait son offrande, taillait un silex, et le portait lui-même.

    C'est ce qui explique cette diversité de formes des silex placés autour et dans les sépultures, et surtout la rusticité d'un grand nombre de pièces qui, toutes fabriquées avec la même matière, décèlent une façon unique, pratiquée diversement par un grand nombre de mains plus ou moins exercées. C'est sans doute à cette idée votive qu'on doit attribuer le dépôt, dans les sépultures, de ces belles pièces qui ornent les collections ; seulement, les grandes haches taillées brutes, ainsi que les couteaux de la seconde époque, sont, à la troisième époque, remplacées par des haches polies, souvent même emmanchées, ainsi que par des couteaux beaucoup plus grands et bien mieux travaillés. "

    Ces explications de M. Leguay sont vraiment remarquables. Pour nous, nous allons beaucoup plus loin dans la signification des pierres taillées ou polies des tombelles celtiques. A nos yeux, les silex de Pressigny et les pierres polies de Trou, placées dans un tumulus à côté des restes humains, proclament hautement la croyance inébranlable des Gaulois, à l'immortalité de l'âme, et à l'excellence de la prière adressée à Dieu pour ceux qui les avaient précédés dans l'éternité.

V

SIGNIFICATION SECONDAIRE DES PIERRES LEVEES.

LES EUBATES.

    Les pierres levées celtiques ont encore une autre signification secondaire que nous avons déjà énoncée, et qu'il est utile de rappeler. L'ordre sacerdotal druidique était investi de fonctions importantes, et ses membres les remplissaient comme ministres et représentants de Dieu au milieu des hommes. " Les Druides, dit César, ministres des choses divines, président aux sacrifices publics et particuliers, interprètent les doctrines religieuses et en conservent le dépôt. " (10)

    En leur qualité de savants, faisant partie du Neimheid, ils étaient chargés de trouver, d'imaginer les dénominations les plus exactes pour les appliquer à toutes les parties du sol gaulois.

    Gouverner et rendre la justice, étaient leurs plus difficiles devoirs, et la pierre branlante, le Rouler, admirablement équilibré et placé sur tous les points du pays celtique, figurait leur gouvernement, leur justice exacte et impartiale, ne se laissant jamais influencer ni corrompre dans ses actes et ses décisions.

    Mais leur fonction la plus laborieuse était d'assurer au peuple l'aliment de première nécessité, le blé et le pain, et les termes de Feid-Neimheid, ménir, dolmen et cromleck, se rapportent tous à cette charge de leur ministère. Les Celtes étaient tellement accoutumés à voir leurs chefs spirituels, les Druides, leur distribuer cet aliment, que, lorsque le christianisme fut porté dans les Gaules, les évêques chrétiens se trouvèrent virtuellement chargés de la même fonction ; ainsi, en changeant de chefs spirituels, le peuple ne changeait point d'habitudes. Du reste les Druides, déjà fort instruits par leurs traditions des vérités fondamentales de la vraie religion, furent les premiers à embrasser le christianisme, dont les doctrines étaient le complément des vérités qu'ils avaient conservées intactes, et, entrés à la suite de leur conversion dans l'ordre sacerdotal chrétien, ils ont aimé à conserver leurs fonctions de distributeurs de blé, qui s'alliait si bien avec les préceptes de charité de l'Evangile.

    Dans leur nouvelle position de pasteurs chrétiens, ils ont même gardé les vêtements sacerdotaux qu'ils portaient précédemment, c'est-à-dire, la robe blanche et la coiffure orientale connue sous le nom de mitre. Il est tout à fait intéressant de retrouver la mitre sous la dénomination d'Eubates que portaient les Druides, lorsqu'ils présidaient les cérémonies religieuses up (eup), en haut, hat, coiffure .

    Le ministère des Druides auprès des populations était donc surchargé de travaux pénibles, puisqu'ils étaient obligés de veiller à la nourriture corporelle, aux devoirs de la justice, à l'instruction religieuse et à la propagation des sciences naturelles. Toutes leurs leçons étaient orales et formulées en vers qui atteignaient le nombre de vingt mille. Aussi, leurs disciples se trouvaient forcés de passer un grand nombre d'années auprès d'eux, pour acquérir la science complète dont ils étaient dépositaires. Bien des auteurs estiment qu'il fallait vingt années d'études continuelles pour arriver à posséder en entier les sciences druidiques.

VI

L'ART DE GUERIR CHEZ LES DRUIDES. LES EAUX

THERMALES ET MINERALES DE RENNES-LES -

BAINS. SOURCES FERRUGINEUSES FROIDES DU

CROMLECK

    Dion Chrisostôme attribue aux Druides la science de l'art de guérir ; cet art, dit un autre auteur, ne consistait guère que dans la prescription de quelques bains, et Pline décrit avec complaisance les noms des plantes médicinales dont les Celtes faisaient usage, avec les pratiques bizarres employées pour les recueillir. On peut admettre aisément que les Druides connaissaient l'art de guérir, et que les bains étaient leurs auxiliaires les plus sûrs et les meilleurs.

    Il est tout à fait remarquable, que l'enceinte du Cromleck de Rennes-les-Bains, enferme toutes les sources minérales, chaudes et froides de la contrée. Les Celtes avaient dû être tout heureux de rencontrer un pays, se prêtant parfaitement de lui-même à la construction d'un monument celtique complet sous toutes ses faces.

    Quelle croyance, quel symbolisme secret voilaient ces eaux jaillissantes, conservant en tout temps leur volume, leur température, et s'échappant sans bruit des entrailles de la terre ? Etait-ce là l'image des faveurs continuelles que la généreuse Providence déverse sur ces créatures, ou bien encore, après avoir représenté par des pierres levées, ménirs et dolmens, les dons essentiels de blé et de pain que Dieu leur accordait pour apaiser la faim, les Celtes voulait-ils témoigner leur reconnaissance, de ce que le Seigneur donnait aussi des fontaines d'eau pure et limpide, destinées à étancher la soif ? Cette enceinte de pierres, entourant les sources minérales, indiquait-elle que Dieu, nourricier de son peuple, veillait encore au soulagement et à la guérison des maladies corporelles, par les vertus bienfaisantes renfermées dans ces eaux ? Il est bien difficile de le dire avec certitude. Toutefois, nous sommes loin d'attribuer aux Celtes de l'occupation primitive des Gaules, cette vénération idolâtrique pour les fontaines, que seuls pouvaient avoir les Gaulois de la décadence, trompés par les doctrines païennes des marchands grecs et phéniciens.

    Les fontaines enfermées dans l'enceinte du Cromleck sont fort nombreuses : trois sont thermales à des degrés divers de température. La source dite du Bain-Fort, possède une température de + 51 degrés centigrades, tandis que les deux autres, dites de la Reine et du Bain-Doux, atteignent + 41 et + 40 degrés centigrades.

    Il est facile d'apprécier la profondeur extrême du siphon amenant à la surface du sol cette eau minéralisée et élevée à ces degrés de chaleur. On sait généralement que la température varie d'une manière fort sensible dans l'intérieur de la terre, suivant les différentes profondeurs auxquelles on peut atteindre. En prenant pour point de départ les caves de l'Observatoire de Paris, qui sont à vingt-huit mètres au-dessous du sol, et où le thermomètre marque constamment + 11 degrés centigrades, on trouve en moyenne un degré de plus de chaleur pour chaque trente mètres de profondeur, en pénétrant plus avant dans l'intérieur de la terre. L'eau du Bain-Fort marquant + 51 degrés centigrades, qui se réduisent à 40, puisqu'il faut retrancher les onze degrés constants marqués par le thermomètre à vingt-huit mètres au-dessous du sol, dans les caves de l'Observatoire de Paris, le point de profondeur extrême du siphon serait à peu près à douze cent trente mètres, abstraction faite cependant de toute déperdition de chaleur produite par des causes secondaires et accidentelles. Quant aux sources de la Reine et du Bain-Doux, leur degré de température accuserait neuf cent trente et neuf cents mètres de profondeur.

    Ces eaux thermales ont pour principes minéralisateurs l'oxyde de fer, des carbonates de chaux, de magnésie ; des chlorures de soude, de magnésie, et des sulfates de soude, de magnésie, de chaux et de fer. Nous mettons, d'ailleurs, sous les yeux, à titre de pure curiosité, le tableau des analyses faites à l'Académie de médecine de Paris en 1839.

QUANTITÉS DE SELS CHIMIQUES

POUR 1,000 GRAMMES D'EAU MINÉRALE.

   

Bain

Fort.

 

Bain

de

la Reine.

 

Bain

Doux.

       

Température. . . . . . . . . . .

51° c.

41° c.

40° c.

Acide carbonique. . . . . . .

162 c. c.

155 c. c.

148 c. c.

Acide sulfhydrique. . . . . .

 "

Traces

"

Carbonate de chaux. . . . . .

0 gr. 250

0 gr. 120

0 gr. 140

– de magnésie. . . . . .

0, 070

0, 100

0, 030

Chlorure de sodium. . . . . .

0, 071

0, 285

0, 181

– de potassium. . . . . .

Traces.

Traces.

Traces.

– de magnésium. . . . .

0, 280

0, 320

0, 244

Sulfate de soude et de ma-

gnésie. . . . . . . . . . . . .

 

0, 090

 

0, 200

 

0, 120

– de chaux. . . . . . . . .

0, 162

0, 170

0, 180

Silice. . . . . . . . . . . . . . . .

     

Alumine. . . . . . . . . . . . . .

0, 049

0, 040

0, 037

Phosphates d'alumine et de

     

chaux. . . . . . . . . . . . .

     

Oxyde de fer carbonaté et

sans doute crenaté. . . .

 

0, 031

 

0, 006

 

0, 002

Manganèse. . . . . . . . . . . .

Traces.

Traces.

Traces.

Matière organique. . . . . . .

0, 040

0, 020

0, 020

Total. . . . . . .

1 gr. 043

1 gr. 261

0 gr. 954

       

    Cette analyse, en dévoilant les principes minéralisateurs des eaux thermales ferrugineuses de Rennes, nous dit-elle les effets qui vont se manifester à la suite de leur usage ? Assurément non. On a extrait par l'analyse les éléments constitutifs des eaux, mais il a fallu, au moyen de réactifs, les séparer, les disjoindre, les obliger à prendre des combinaisons qui soient connues et qu'on puisse aisément distinguer. Avant leur séparation forcée, qu'elle était la combinaison réelle des acides et des bases dans ces eaux minérales, quel principe secret leur donnait l'efficacité remarquée en elles ? Il nous paraît impossible qu'on le définisse avec certitude. On peut seulement formuler des conjectures et des suppositions que les effets viendront souvent contredire. L'observation des résultats acquis par l'usage des eaux est un guide plus sûr et plus fidèle, auquel on doit se fier avec quelque assurance. C'est aussi par les résultats obtenus dans la guérison des rhumatismes, que les eaux thermales de Rennes-les-Bains attirent chaque année tant de malades. Sans doute, bien d'autres infirmités humaines peuvent disparaître sous l'influence de ces eaux salutaires ; mais en général, on y voit accourir des rhumatisants à tous les degrés et sous toutes les formes affectées par les rhumatismes musculaire et articulaire.

    Cette qualité, cette propriété des eaux thermales et minérales enfermées dans le cromleck de Rennes-les-Bains, était elle connue des savants du Neimheid ? Quelle pouvait être la source fréquentée dans ce temps ? Le terme escatados, appliqué au terrain compris entre le Bain-Doux et le Bain-Fort ne nous apprend rien de certain, car ce mot signifie seulement eaux chaudes. L'appellation de la Reine, distinguant la source thermale située entre le Bain-Fort et le Bain-Doux, pourrait bien faire supposer que c'était la source la plus estimée, la vraie fontaine des Redones, Rennes ou Reine , sans nous dire la vertu curative de ces eaux, d'après la pensée des membres du Neimheid. Cependant, on admettra difficilement que les effets obtenus par l'immersion dans l'eau thermale et minérale, aient échappé à leur perspicacité. Les douleurs rhumatismales ne devaient pas être rares parmi les vieux guerriers celtes, à cause de leurs fatigues continuelles, à cause aussi de leurs blessures multipliées ; ils ne se retiraient guère du combat sans porter les traces de la résistance opposée par l'ennemi. Est-il croyable que, possédant un remède si efficace, si propre à leur donner une vigueur nouvelle par l'apaisement de la souffrance, ils l'aient négligé ou méprisé ?

    Il est déplorable que les noms celtiques des sources minérales, chaudes ou froides, ne soient pas arrivés jusqu'à nous par la tradition. Un seul a été conservé, et il s'applique à une des sources ferrugineuses froides du cromleck. Cette fontaine, placée sur la rive droite de la Blanque, se trouve à la distance d'un kilomètre à peu près au sud de la station thermale. On la désigne depuis peu d'années sous le nom de la Madeleine ; mais son nom celtique reproduit dans le cadastre, est celui de la fontaine de la Gode. L'eau de cette source, émergeant avec abondance de la faille inférieure d'une grande roche de grés, est très ferrugineuse, et d'un goût atramentaire fortement prononcé.

    A quelques mètres de cette fontaine, sur le même plan, coule une seconde source, peu abondante et saturée d'un sel de fer qui est le sulfate de peroxyde de fer. On retrouve ce sel chimique déposé sur le sol, desséché par évaporation sous l'action de l'air et produit par l'eau suintant le long des roches de grès sous lesquelles cette fontaine prend naissance. Ces roches de grès contiennent abondamment des parcelles de sulfure de fer. Il est facile de voir le travail de décomposition du sulfure de fer, dans une large roche dont la base plonge dans l'eau de la Blanque, et sîtuée sur le côté droit de la fontaine. A certains points, la roche se sépare aisément par écailles, et on aperçoit le sulfure de fer changé en sulfate de fer d'une belle couleur verte ; sur d'autres points, on voit encore le sulfate de peroxyde de fer tout formé, présentant l'aspect d'un sel blanc grossièrement cristallisé.

    Ces deux sources ferrugineuses froides ont reçu des Celtes le nom de Gode, to goad (gôd), aiguillonner, exciter, animer . Lorsqu'on donne à une eau minéralisée par le fer, un nom pareil, c'est que les propriétés en sont parfaitement connues, et que l'on sait à n'en pas douter, dans quels cas précis de maladie, ont doit faire usage de cette eau pour aiguillonner, exciter, animer l'économie tout entière.

    On ne peut assez regretter que les noms des sources du Pont, du Cercle et des eaux chaudes, soient complétement perdus : ils nous auraient sûrement renseignés sur le degré de science médicale des Druides, en ce qui concerne l'action thérapeutique des eaux des deux fontaines de la Madeleine ou de la Gode n'ont point encore été analysées. Elles doivent se rapprocher beaucoup de la nature de celles du Cercle et du Pont, dont suit l'analyse faite à l'Académie de médecine de Paris en 1839.

   

CERCLE.

 

PONT.

Acide carbonique.........................

indéterminé.

indeterminé.

Carbonate de chaux.....................

0 gr. 060

0 gr. 140

- de magnésie.................

 "  "

0, 070

Chlorure de sodium.....................

0, 050

0, 060

- de magnésium.............

0, 140

0, 150

Sulfate de soude et de magnésie...

0, 100

0, 120

Sulfate de chaux..........................

0, 084

0, 025

- de fer...............................

0, 150

 "  "

Phosphates d’alumine et de

chaux...........................................

 

0, 017

 

0, 050

Oxyde de fer carbonaté et sans

doute crénaté.............................

 

0, 002

 

0, 003

Matière organique........................

indéterminé.

0, 003

Total............................

0 gr. 603

0 gr. 648

     
     

    Ce tableau fait amplement connaître la composition des eaux froides, et fait soupçonner l'activité qu'elles doivent posséder dans les cas divers où l'on est appelé à en faire usage.

    A l'occasion des fontaines du cromleck de Rennes les Bains, nous voudrions donner, dans un ordre d'idées bien différent, un exemple frappant de l'avantage précieux que nous offrent les noms celtiques des fontaines, pour découvrir bien des faits perdus par la tradition et cachés dans l'obscurité des histoires locales.

VII

FONTAINE DE NOTRE-DAME DE MARCEILLE.

    Nous avons le bonheur de posséder dans nos contrées, à un kilomètre au nord de Limoux, un sanctuaire dédié à la Sainte Vierge, assidûment visité, et entouré d'une vénération qui ne s'est jamais démentie. Fort rapproché des bords de la rivière d'Aude aux eaux tranquilles, et placé sur un coteau dominant la vallée, ce sanctuaire frappe aisément le regard qui se fixe avec complaisance sur ce lieu béni, où la douce Mère du Sauveur distribue ses consolations et ses secours à tous les adorateurs de son Fils, accourant près d'elle pour demander et supplier. Les supplications n'ont jamais été vaines, et les ex-voto suspendus autour de l'image vénérée, témoignent assez de la joie et de la reconnaissance des infortunés qui ont obtenu les faveurs sollicitées.

    Le sanctuaire est gardé par les enfants de Saint Vincent de Paul, le saint dont le coeur appartenait aux orphelins et aux malheureux, et sous la direction de ces pieux et savants missionnaires, dignes héritiers des vertus et de la charité de leur bienheureux fondateur, le temple privilégié a vu une foule, plus considérable que jamais, s'agenouiller et prier dans l'enceinte sacrée.

    A peu de distance, vers le haut de la rampe (11) bordée d'arbres verts conduisant au sanctuaire, une fontaine laisse tomber goutte à goutte son eau limpide dans un bassin de marbre. Par les grandes pluies, la goutte d'eau continue de tomber avec uniformité, et les temps de grande sécheresse ne la tarissent point. Les innombrables chrétiens qui vont rendre hommage à la Sainte Vierge, s'arrêtent un instant à la fontaine, et après avoir fait une prière, puisent quelques gouttes de cette eau dont ils mouillent leurs paupières.

    Pourquoi agissent-ils ainsi ? La plupart l'ignorent ; mais la mère de famille enseigne à ses fils, et ceux ci transmettent à leurs enfants la pieuse pratique en usage à la fontaine de Notre-Dame de Marceille. C'est ainsi qu'on désigne la fontaine ; les vieux chroniqueurs, cependant, l'ont connue sous le nom de fontaine de Notre-Dame de Marsilla.

    Au temps de l'occupation première des Gaules, cette fontaine, coulant goutte à goutte, avait dû rendre le terrain boueux, et par suite, rempli de joncs et de cette graminée que l'on retrouve dans tous les sols humides : c'était là ce que les Celtes appelaient le haum-moor, terme qu'ils ont écrit sur tous les points du pays gaulois, partout où se présentait à leurs yeux un terrain plus ou moins marécageux. La petite source, sans nom comme toutes celles dont l'eau trop rare pour former un faible ruisseau, suffisait à peine à faire un terrain de haum-moor, retraçait toutefois à leur esprit une signification précise et vénérable.

    Plus tard, quand les Gaulois, perdant peu à peu leurs pures croyances sous l'influence désastreuse des étrangers, furent tombés dans le culte idolâtrique, ils commencèrent à adorer ce qui autrefois était simplement en vénération, les fontaines surtout, qui réalisaient à leurs yeux obscurcis les attributs d'une Providence bienfaisante.

    Les premiers missionnaires chrétiens, comprenant la difficulté défaire disparaître du coeur du peuple cette vénération idolâtrique pour les fontaines, firent ce qu'ils avaient déjà fait pour les ménirs sur lesquels ils avaient gravé le signe de la Rédemption. Ils placèrent auprès des sources, des croix, des statues de la Sainte Vierge, cherchant ainsi à rendre la pureté aux croyances en éclairant les esprits.

    La fontaine de Marceille dût, comme les autres, être ornée d'une statue de la Sainte Vierge. Est-ce celle qui, perdue au milieu des tourmentes des invasions Sarrasines, a été plus tard retrouvée et placée avec honneur dans le sanctuaire destiné à la recevoir ? Cela nous parait fort probable. Cette image de la Sainte Vierge, tenant sur ses bras son divin Fils et sculptée dans un bois noir, indique sa provenance orientale : sa position auprès d'une fontaine, et c'est bien dans un champ voisin de la petite source qu'on l'a retrouvée, nous désigne les premiers temps du Christianisme dans les Gaules. Ces probabilités prennent une forme encore plus grave, si nous cherchons à pénétrer le sens du nom de Notre Dame de Marceille ou Marsilla.

    Les nouveaux chrétiens, se confiant en la tendresse de la Mère du Seigneur Jésus, seront venus demander, à genoux aux pieds de son image placée auprès de la fontaine, la guérison ou l'adoucissement de leurs souffrances corporelles, et ces Gaulois, auront exprimé dans le mot Marsilla la somme des faveurs les plus ordinaires obtenues de la bonté de la Sainte Vierge : elle était pour eux Notre-Dame de Marsilla, ou des yeux gâtés, endommagés et fermés par la maladie to mar, gâter, endommager, to seel (sil), fermer les yeux . L'ignorance de la prononciation des mots celtiques a pu seule conduire, dans la suite des temps, à dire marseel, (Marceille) pour Marsil.

    Nous pourrions citer encore le nom d'un autre sanctuaire de nos contrées, situé près de caunes et appelé Notre-Dame du Cros. Là aussi, au-dessus de la magnifique fontaine qui jaillit au pied de la montagne, on avait marqué une croix cross, croix . Une statue de la Sainte Vierge a, plus tard, remplacé la croix auprès de la fontaine, et le sanctuaire bâti à peu de distance, a reçu le nom de Notre-Dame du Cros ou Notre Dame de la Croix.

VIII

LA RIVIERE SALEE ET LES MOLLUSQUES FOSSILES.

    Les fontaines enfermées dans le cromleck des Redones ne pouvaient aspirer, comme celle de Marceille, à l'honneur de voir un sanctuaire élevé auprès d'elles ; la vertu curative de leurs eaux était tout à fait naturelle. Leur réputation devait cependant être fort étendue, puisque les géographes grecs et latins, en parlant de la Gaule Narbonnaise, ne manquent pas de remarquer dans cette région une fontaine très salée.

    Guillaume de Catel, dans ses Mémoires, se demande si cette fontaine est bien celle qui se déverse dans l'étang de Leucate. " De Leucate, dit-il, viennent grande quantité de grosses anguilles que l'on vend par tout le Languedoc, qu'on nomme anguilles de Leucate ; je ne pense pas pourtant qu'en cet endroit on trouve dans les champs en fouillant la terre, des poissons que les anciens nomment pisces fossiles ; ce que toutefois plusieurs auteurs ont remarqué comme Mela, Strabon, Athénée au livre huitième ; car m'en étant informé avec ceux du pays, ils m'ont dit ne l'avoir vu, la terre s'étant desséchée à cause des grandes chaleurs. "

    L'hésitation de Guillaume de Catel est fort légitime, puisque ce n'est point à la fontaine de Salses, voisine de l'étang de Leucate, que se doit appliquer l'observation des anciens géographes, mais à la Sals, rivière salée qui traverse le cromleck de Rennes-les-Bains. La vallée de la Sals renferme en effet des mollusques et des polypiers fossiles en nombre prodigieux, et par là, nous pouvons comprendre que le fontaine salée citée par les géographes dans la région des pisces fossiles, est bien la rivière de Sals courant dans le cromleck qui entoure de ses ménirs et dolmens les eaux thermales et minérales de Rennes-les-Bains.

    A l'époque où Strabon (20 ans après Jésus Christ) et Pomponius Mela (43 ans après Jésus Christ), écrivaient leurs traités de géographie, le midi de la Gaule faisait partie de l'empire Romain sous le nom de Provincia, et les eaux minérales des Redones étaient très fréquentées par les conquérants ; ceci explique, comment ces géographes ont parlé de fossiles reconnus sur les bords de la rivière salée.

IX

LE GUI SACRE.

    Le traitement de certaines maladies par les eaux des Redones était trop simple et trop facile pour n'être point familier aux Druides. La science druidique comprenait la connaissance des remèdes en rapport avec le nombre restreint d'infirmités de ces hommes pleins de vigueur et de santé, et les bains étaient pour eux une ressource précieuse, dont certainement ils se servaient avec intelligence. Néanmoins, les bains n'auraient point été, pour les Druides, un remède bien usité, s'il fallait ajouter foi aux écrits de Pline, qui suppose en eux assez peu de science médicale pour croire qu'ils auraient raison de toutes les maladies humaines par le seul emploi du gui, omnia sanantem. (12)

    Le gui, conservant au coeur de l'hiver ses feuilles d'un vert foncé, alors que les arbres en sont dépouillés, était-il simplement aux yeux des Druides le symbole de l'immortalité de l'âme et de la vie future, ou bien possédait-il réellement dans leur pensée une certaine efficacité pour la guérison des maladies ? Son nom celtique nous l'apprendra, tout en rejetant bien loin les appréciations hasardées et singulières des auteurs latins.

    C'était ordinairement en Février que les Druides en faisaient la recherche. A la nouvelle que la plante précieuse avait frappé les regards le peuple entrait en foule dans la forêt, on entourait l'arbre privilégié pour le garder avec vigilance ; et le sixième jour de la lune de Mars, (le sixième jour de la lune de Mars, ouvrait toujours le mois, l'année et le siècle) un druide en robe blanche coupait, avec une serpette d'or, le végétal sacré, de peur qu'il ne touchât la terre en tombant et ne fut souillé par un contact profane. Cette cérémonie se reproduisait dans chaque tribu.

    Le vieil usage de courir les rues, le premier jour de l'an, au cri de au gui l'an neuf, se rattachait au culte des Gaulois. " (13)

    Alors on immolait des victimes (deux taureaux blancs) en priant Dieu de rendre son présent salutaire à ceux qui auraient l'avantage de le posséder (14) Le festin commençait ensuite, et le reste du jour était consacré aux réjouissances

    " On retrouve, dit l'abbé Monlezun, (15) une partie de cet antique usage dans l'arrondissement de Lectoure. Seulement, en traversant des temps et des pays chrétiens, il a dû s'empreindre de christianisme. Peu de jours avant la Noël, des jeunes gens se présentent durant la nuit devant chaque maison, en chantant Aguillouné, au gui l'an neuf. "

    Les réjouissances de l'aguillouné ont lieu aussi en Provence et se confondent dans la fête de Noël. En Angleterre, le jour de Noël (Christmas), on présente sur toutes les tables le fameux plumpudding orné d'une branche de gui.

    Dans la Bretagne, le cri fameux était eguinané qui est le synonyme d'étrennes, parce qu'il est le signal de la distribution des étrennes. (16) " Ce cri, dit Henri Martin, (17) s'est conservé avec le même sens, dans des parties de la France d'où la langue celtique a disparu depuis bien des siècles. M.Augustin Thierry nous a raconté qu'à Blois, il avait encore entendu les enfants nommer l'aguilanlé un jour de fête où ils quêtaient des pièces de monnaie sur une pomme fichée au bout d'une baguette enrubanée. "

    D'après l'auteur des Derniers Bretons, Eguinané ou plutôt enghin-an-eit, signifierait le blé germe. Le terme aguilanlé, entendu à Blois ne présente aucune idée à l'esprit, tandis que l'aguillouné chanté à Lectoure nous donne, malgré une légère altération dans la prononciation, la véritable expression celtique dont se servaient nos ancêtres.

    Le gui est une plante parasite nommée viscum par les Latins et mistletoe (mizzlto) par les Anglo-Saxons. Gui n'est qu'une partie du mot aguillouné, et dans cette dernière expression est renfermée toute la croyance des Druides sur les vertus de cette plante célèbre. Ils lui attribuaient, à tort ou à raison, la faculté de prévenir ou de guérir la fièvre intermittente, et cette qualité précieuse la faisait entourer d'une faveur particulière. Aguillouné se décompose ainsi : ague (éguiou), fièvre intermittente, nay (), non, adverbe négatif, éguiouné . D'après cette interprétation, le gui était un préservatif absolu de la fièvre intermittente, et on l'employait en infusion dans l'eau, infusion, sans doute, fortement prolongée.

    Le gui ne délivrait donc pas de tous les maux, comme l'avance Pline, mais seulement d'une maladie singulièrement redoutable pour les Gaulois ; car les fatigues de la guerre préparaient, pour ainsi dire, leurs corps à l'invasion de la fièvre intermittente. Grâce à la faveur dont jouissait cette plante, et cette faveur n'était peut-être pas imméritée, nous avons conservé d'éguiouné la seule syllabe gui qui désigne aujourd'hui le mistletoe des Celtes.

    Qu'il nous soit permis de faire une simple observation sur tout ce que Pline raconte au sujet du gui sacré. Cet auteur, fort préoccupé du terme grec drus signifiant le chêne d'où il faisait dériver sans doute le nom de Druides, ne voit que des chênes dans toutes les cérémonies druidiques. Les Druides sont les hommes du chêne, leurs sacrifices ont lieu sous les branches de cet arbre, excepté dans les pays où les chênes sont remplacés par des sapins ou des hêtres, et le gui doit absolument croître sur un chêne, quoique personne, pas même le célèbre botaniste Decandolle, n'ait jamais pu l'y découvrir. De plus, la relation de Pline sur le viscum se heurte à une impossibilité matérielle. Dés lors que cette plante délivrait de tous les maux, et qu'une plante de gui croissant sur le chêne était une rareté telle, qu'on instituait des réjouissances publiques et des sacrifices pour le jour de la cueillette de ce gui extraordinaire, qu'il fallait d'ailleurs trouver dans chaque tribu, puisque dans chacune avaient lieu les mêmes cérémonies, les Celtes étaient inévitablement condamnés à ne jamais guérir de leurs maladies ; évidemment, une seule plante de gui par tribu, ne pouvait suffire aux millions d'habitants enfermés dans la Gaule. Il est donc nécessaire de rechercher une autre explication des rites druidiques concernant le gui, dit sacré.

    Les cérémonies dont parle Pline, les réjouissances, étaient réservées par les Druides à un jour fixé, le sixième jour de la lune de Mars. Elles paraissent ainsi se rapporter d'abord à l'ouverture d'une année nouvelle, et en second lieu, à la cueillette du gui. Le druide en robe blanche, qui coupait le gui de sa serpette d'or, ne faisait autre chose que donner le signal d'une récolte très précieuse, et alors, les Gaulois pouvaient, dans l'étendue du pays, le chercher, le cueillir sur tous les arbres qui le nourrissent, et en faire une provision pour les cas malheureux où la fièvre intermittente viendrait les saisir et les réduire à l'impuissance la plus désolante.

    Cette interprétation fait perdre au gui son caractère sacré, mais lui conserve la vertu que les Gaulois attribuaient à son infusion pour la guérison ou la préservation de la fièvre intermittente.

    Nous n'examinerons point, si la science médicale des Druides était en défaut, lorsqu'ils traitaient la fièvre intermittente par la liqueur gluante obtenue en faisant longuement macérer le gui dans l'eau ; il nous suffit de voir que cette plante célèbre n'était point, comme l'affirme Pline, une panacée universelle, et que les Druides savaient fort bien appliquer à une maladie particulière un remède particulier, en opposant la gui à la fièvre intermittente, et les bains à d'autres maladies tout aussi redoutables.

(1) Cette tête sculptée du Sauveur est entre les mains de M. Cailhol, à Alet.
(2) Un excellent vieillard du hameau de la Hille nous a déclaré avoir trouvé, lui-même, dans le terrain situé au-dessus du bas-sin, des scories de fer, traces évidentes de l'industrie exercée dans cette maison.
(3) Ce fragment de meule est en la possession de M.Constantin Cailhol, à Alet.
(4) Ps. 144. v. 4.
(5) De bell. gall. lib. VI. 13.
(6) De bell. gall. lib. VI. 16.
(7) Eclaircissements sur les sacrifices, par J. de Maistre, passim
(8) L'homme primitif, par M. Louis Figuier.
(9) L'homme primitif, page 302.
(10) César, de bell gall. lib. VI.
(11) Cette rampe porte le nom de Voie Sacrée.
(12) Pline. lib. 16.
(13) Histoire de France, par Em. Lefranc.
(14) Pline, lib. 26. cap. 44.
(15) Histoire de la Gascogne.
(16) Emile Souvestre, les Derniers Bretons.
(17) Histoire de France, note 1. page 72.


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