Recherche
   

 
ACCUEIL


 


 
Infos

Je recherche

les numéros de la revue Circuit pour compléter ma collection.

Me joindre

D'autre part j'ai perdu le contact avec la famille DE CHEFDEBIEN

Si quelqu'un pouvait nous remettre en relation.

Avec mes remerciements

Octonovo




Dernière mise à jour
le 30 juin 2005


Bibliothèque
 

La Vraie
Langue Celtique
et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

 

Ce texte a été publié pour la première fois en 1895 dans le tome VII du bulletin de la Société des Arts et Sciences de Carcassonne (S.A.S.C.) pages 45 à 65. Les amateurs de "la Vraie Langue Celtique" retrouveront avec ce texte, le style particulier et les recherches linguistiques très personnelles de l'abbé BOUDET, curé de Rennes-les-Bains. 

Il a donné lieu à un compte rendu par M. Louis FEDIE.

Ce texte est consultable aux Archives Départementales de l'Aude sous la cote 16PER7.

 

REMARQUES SUR LA PHONETIQUE DU DIALECTE LANGUEDOCIEN

Voyelles

La phonétique du languedocien parlé dans le département de l'Aude, ne peut pas être l'objet de remarques bien nouvelles. Le principe de l'adoucissement y domine et il y est pratiqué d'une manière conforme à l'habitude qui le porte à rechercher la sonorité dans le langage. Ses voyelles s'élargissent facilement pour former des diphtongues. Leur instabilité les assujettit à des mutations telles qu'il parait impossible d'assigner à ces changements d'autre principe que celui du moindre effort à faire pour prononcer un mot avec moins de difficulté.On peut, d'une manière générale, les diviser comme dans le français en voyelles fortes « a.. o ». en voyelle moyenne « u », et en voyelles faibles « e, i ».Ce partage n'empêche pas le languedocien d'employer dans le même mot une forte, la moyenne et une faible: ainsi, à Carcassonne. le mot urpos "grilles" présente la moyenne "u" comme voyelle initiale, tandis que le verbe arpa "griffer" se sert de la forte "a". Le romano-castrais dans irpos "griffes" et irpa "griffer" a donné la préférence à la voyelle faible "i". L'allégement du mot paraît, assurément. le mobile des permutations des voyelles faites par le languedocien, mais cet idiome ne semble pas suivre des règles invariables dans ses changements. On peut le remarquer dans le mot iragno "araignée" (lat. aranea), qui entre dans le terme composé "toile d'araignée", sous les formes de tar-arino, tar-iragno et, dans la haute vallée de l'Aude, de tar-aragno.Cette permutation, pour ainsi dire indifférente des deux voyelles "a" et "i" se présente dans plusieurs autres termes, comme aspreja et isprexa (Castrais) "avoir de l'âpreté" lat. asper; - attriga "désirer avec ardeur", lat. attraho "attirer"; trigoussa "trainer", lat. traho: - chandoulo "étincelle". lat. scintilla; - craka et crika "craquer", angl.. crack et creak (krike) "craquer".Le languedocien, dans l'Aude, a chargé la voyelle "o" de remplir l'importante fonction de la forte "a" dans la terminaison des mots féminins de la première déclinaison latine : roso "rose" lat. rosa: - crabo "chèvre" lat. capra: - lano "laine" lat. lana. La permutation de "a" en "o" est très sensible et parait même étrange dans la négation "pas" prononcée "pos" à Castelnaudary-,- ben pos "il ne vient pas", - ne boli pos "je n'en veux pas"; cependant il n'est rien de plus naturel que de voir une voyelle forte remplacer une autre forte.Ces changements n'indiquent pas que la voyelle "a" n'ait aucune fixité, puisqu'elle a persisté dans une foule de mots empruntés au latin; - pastre "berger" lat. pastor; - chebal "cheval"; - lat. caballus; - caout "chaud", lat. calidus; - pati "souffrir", lat. "pati ; - patrio "patrie", lat. patria,; - - natiou "nation", lat. natio; - para "préparer", lat. parare; - plago "plaie",. lat. plaga, etc.; ils insinuent simplement que la règle de la moindre action parait être la cause la plus ordinaire des variations des voyelles dans le languedocien.La seconde voyelle forte "o" est tout aussi instable que sa compagne "a". Elle devient facilement "ou" soit au commencement.. soit dans le corps des mots , houneste "honnête", lat. honestus; - houro "heure". lat. hora; - hypoutèco "hypothèque", lat. hypotheca; - ploura "pleurer", lat. plorare; - nouzat "noué", lat. nodatus; - fourmiguo "fourmi", lat. formica. Etc.Dans certains mots "o" s'élargit en aou et io : naouzo "noise", lat. noxia;  - aouralche, fr. orage; - aoudon "odeur, lat. odor; - bidou "boeuf", lat. bos, bovis: - idou "oeuf". Lat. ovum. Quelquefois aussi cette voyelle se transforme en "e": asterlogo "astrologue" lat. astrologus; - perpaous "propos", lat. propositum; - pesa "peser", lat. ponderare; - keïre "cuire", lat. coquere: - keïcho "cuisse", lat. coxa; - neït "nuit", lat. nox, noclis; - beï "aujourd'hui" lat. hodie;: mais ces mutations sont plus rares que celles qui font succéder, "ou" à "o" latin.La voyelle moyenne"u" conserve la prononciation française dans un grand nombre d'expressions; punto "pointe", lat. punctum; - pugn "poing", lat. pugnus; - plumo "plume, lat. pluma; - burre "beurre", lat. butyrum; - muda "changer", lat. mutare; - mut "muet", lat.mutus, etc.Le son"ou" qui était peut-être, en premier lieu, le son ordinaire et régulier de la moyenne "u" est aussi très fréquent dans les mots dérivés du latin et qui renferment un "u"; ourme "orme", lat.ulmus; - pourpre "pourpre", lat. purpura; - ploum "plomb", lat. plumbum; - paouc "peu", lat. pauci; - raouc "rauque", lat. raucus; - laouzeto "alouette", lat. alauda, etc.Une permutation qui semble capricieuse est celle que présente le mot latin mulus "mulet", transformé par le languedocien en miol, tandis que la prononciation française est conservée dans le féminin mulo "mule". Il faut observer toutefois, que dans le terme miol, le languedocien a suivi la prononciation anglaise mioule du mot "mule".Le "w" qui termine, en anglais, les noms propres Bartholomew "Barthélemy", Matthew "Matthieu", prend le son de "ou" en languedocien, Bourthoumiou " Barthélemy", Matthiou "Matthieu". Ce double "w" correspond à nu "u" latin, Bartholomoes, Matthaeus, cependant le "w", de l'anglais Andrew "André" que le languedocien traduit par "ou" dans Andriou, correspond à la voyelle "a" , du latin Andreas.Les voyelles faibles "e, i" se maintiennent dans des cas nombreux -. debigna "représenter, contrefaire", lat. depingere; - gemec "gémissement", lat. gemitus; - herbo "herbe", lat. herba; - legi "lire", lat. legere; - mel "miel", lat. mel; - biaço "besace", lat. bisaccium: - cinta "ceindre", lat. cingere, cinctum; - ribo "rive, lat. ripa; - sinne "signe", lat. signum; - tinta "teindre", lat. tingere; - tino "vaisseau qui renferme le vin à fermenter", lat. tina, sorte de vase à mettre du vin, etc.Ces voyelles permutent aussi avec facilité: sel "soif", lat. silis; - negre "noir", lat. niger; - pero "poire", lat. pirum; - menut "menu", lat. minutus; - milhou "meilleur", lat. melior; - ginoul "genou", lat. genu; - finestro "fenêtre", lat. fenestra; - sigur "assuré", lat. securus.On peut observer que les exemples de permutation de "i" latin en "e" languedocien sont bien plus nombreux que les exemples de changement de "e" latin en "i" languedocien.Les mêmes voyelles faibles "e, i", sont encore quelquefois élargies en "ie, ia": fièvre "fièvre", lat. febris; - mietch "milieu", lat. medius;  "vierge", lat. virgo; - fial "fil", lat. filum.La voyelle faible "i" remplace parfois la forte "o" comme on peut le voir dans piboul "peuplier", lat. populus, tandis que dans les mots estouffa "étouffer" angl. Slifle; - truca "frapper", angl. Strike; - se truffa "se moquer", angl. Triffle; - c'est la moyenne "u" et sa correspondante "ou" qui prennent la place d'un "i" précédent.En considérant tous ces changements d'une manière générale, on doit constater qu'en principe, les voyelles languedociennes persistent dans leur position primitive du moins par rapport au latin, et que leurs permutations semblent être simplement l'expression de la facilité que trouvent les organes de la voix à se servir d'une forte ou d'une faible. "L'échange mutuel des voyelles est si fréquent, dit Klaproth, qu'elles ne peuvent entrer en ligne de compte dans les comparaisons générales ou particulières des langues et des dialectes... Voici un exemple tiré de l'échange des voyelles dans le mot germanique stein (pierre), qui, selon les localités, varie ainsi: allemand stein, goth. stains, anglo-saxon stan, anglais stone, bas allemand steen, cimbre stoane, islandais steirn, frison sting, suédois sten, danois steen… Si de pareils changements ont lieu dans des dialectes qui appartiennent presque tous à la même famille, ceux qui se rencontrent dans des dialectes de familles différentes seront sans doute plus considérables" (1).L'accent tonique du latin ne paraît pas avoir eu une influence marquée dans les permutations des voyelles languedociennes. Son rôle a été plus sensible dans la chute des voyelles qui précédaient la syllabe sur laquelle il se trouvait: santat "santé"; - bountat "bonté", lat. sanitatem; bonitatem.La flexion latine qui suit la syllabe accentuée a été aussi retranchée sous son action: bim, bins "scion d'osier", lat. vimen; - hort "jardin", lat. hortus; serp "serpent", lat. serpens.Dans certains cas, des syllabes entières ont été sacrifiées au commencement et dans le corps des mots . coutcho,  coujo "courge", lat. cucurbita; - el "oeil", lat. oculus; - artel "orteil", lat. articulus; - saüc "sureau", lat. sambucus.L'accent tonique a donc exercé une action considérable dans la réduction des mots languedociens: mais cette influence semble avoir été nulle dans les changements de voyelles. L'accent s'est parfois déplacé dans certains mots comme patrio "patrie", lat. patria; - escourpiou "scorpion", lat. scorpionem, et dans ce déplacement, la voyelle brève est devenue longue: néanmoins la voyelle faible n'a pas permuté avec une forte sous l'influence de cet accent.Les mutations des voyelles entre elles sont bien moins importantes que les changements des consonnes. Celles-ci possèdent plus de stabilité, et leurs transformations ordinaires se rapportent, d'une manière générale mais non exclusive, à une série de consonnes similaires produites par même organe buccal.La difficulté la plus grande que l'on rencontre dans l'étude des variations des consonnes languedociennes provient surtout de la privation d'une classification sûre, embrassant dans la même série les changements les plus fréquents des consonnes de même organes. La classification grecque, qui est la plus commode, est loin de répondre complètement aux transformations habituelles des consonnes languedociennes. Ainsi, la sifflante "s" est isolée. et sa permutation avec "r" semble, par le fait de cet isolement tout à fait anormale, quoiqu'elle soit usitée en languedocien, en latin et en français. Ces deux consonnes devraient pourtant occuper une place dans la même série, et c'est, d'ailleurs, ce qui a lieu dans la classification des lettres hébraïques ou l'on peut voir, réuniessous le nom de dentales, les consonnes "z, s, sch, r, ts".L' "i" palatal languedocien qui remplace si souvent le "c" et, le "t"dans les mots issus du latin, n'a pas, de son coté, de place marquée dans la classification grecque, tandis que l'hébreu lui donne asile dans ses palatales "gh, i, c, k". Il ne sera donc pas inutile d'associer aux gutturales . aux dentales et aux labiales, les autres consonnes languedociennes qui. volontiers, permutent avec elles.Comme le languedocien renferme un nombre indéterminé de mots germaniques, la loi de substitution des consonnes explosives ou loi de Grimm doit être mentionnée en premier lieu, avant tout examen des changements opérés dans les consonnes romanes. D'après cette loi de substitution, loi spéciale aux langues germaniques, les lettres douces primitives deviennent des fortes, les fortes deviennent des aspirées, et les aspirées se changent en douces. Ainsi, les douces primitives "b, d, g", sont remplacées par les fortes "p, t, k"; celles-ci sont remplacées par les aspirées "F, th, h" et les aspirées par les douces "b, d, g".

 

GREC

LATIN

GOTHIQUE

 

 

douces.

douces.

fortes.

 

b

d

duo

duo

tvai,

deux

g

gdnu

genu

kniu,

genou

 

fortes.

fortes.

aspirées.

 

p

pleos

plenus

fulls,

plein

t

treis

tres

threis

trois

k

cnwu

canis

hunths.

chien

 

aspirées.

aspirées.

douces,

 

f

ferw

fero

baira,

porter

t

q ura

angl. door,

porte

h

chu

(h) anser

gans,

oie.

 

 La grammaire comparée de Bopp (2) ne donne pas d'exemple de la douce primitive "b" remplacée, dans les langues germaniques par de fortes "p" et d'Arbois de Jubainville n'en cite pas non plus, de son côté, dans son rapide aperçu sur la façon spéciale dont les langues germaniques traitent les consonnes explosives (3). Ce n'est pas, d'ailleurs, la seule exception à la loi de Grimm que l'on puisse remarquer, car Bopp signale lui-même des exceptions à la loi de substitution en gothique, soit à l'intérieur. soit à la fin, soit même au commencement des mots (4).
L'attention prêtée à ce renforcement des consonnes est essentielle dans la comparaison des mots grecs et latins ,avec les mots germaniques. mais dans le rapprochement des expressions romanes avec les ternes latins ou germaniques qui composent le dialecte languedocien, c'est principalement sur les règles de l'adoucissement continu, qui est le pivot sur lequel roule tout le mécanisme de transformation des consonnes languedociennes, que se doit, concentrer tout l'effort de l'attention.Ce dialecte ne conserve pas toujours les consonnes des mots latins ou germaniques qu'il emploie, et ces changements ne sont pas sans offrir quelque intérêt par le choix qui a été fait des consonnes de remplacement.Consonnes.

Chap. 2 - GUTTURALES.G, (C, K) I palatal, H aspiré.Palatales hébraïques: Gh, I, C, K. Les gutturales proprement dites. telles qu'on les rencontre dans la langue hébraïque. ont disparu de la bouche des languedociens. L'aspirée "h" elle-même n'a plus de cachet particulier, et elle est complètement supprimée dans la prononciation. Dans quelques mots latins, cette aspirée s est adoucie en descendant d'un degré pour se transformer en "c". Le verbe trigoussa "trainer", lat.traho, offre un exemple de ce changement. La gutturale douce "g" s'y est substituée à l'aspirée "h" du latin, et on pourrait presque croire à un renforcement de consonnes comme dans les langues germaniques. En réalité, c'est un simple adoucissement de "h" en "c" que présente le verbe trigoussa, et l'explosive douce "g" a succédé à "c" venant de "h", parce que la forte "c" se trouvait entre deux voyelles. Le latin, de son côté, au parfait traxi (trac-si), a adouci en "c" l'aspirée "h" de l'indicatif traho.Comme lettre initiale, l'aspirée "h" parait s'adoucir encore dans les termes où il est permis avec raison de supposer une racine dont "H" serait la première lettre. Ce changement peut se présenter surtout dans les expressions à signification inconnue et dont la prononciation s'est transmise par une tradition aujourd'hui inconsciente, comme sont certains noms topographiques.

Le "c" initial du mot coural, nom d'un ruisseau qui se jette dans la Sals, affluent de l'Aude semble se trouver dans ce cas. A peu de, distance de sa jonction avec la Sals, la roche sur laquelle il coule se coupe brusquement en formant au-dessous une forte excavation, et l'eau se précipite bruyamment d'une hauteur de huit à dix mètres. Le terme arrêtais hurry "se précipiter" convient de tout point à cette chute du Coural. Le verbe latin curro "courir" qui d'ailleurs, d'après  la loi de Grimm, peut correspondre à l'aurais hurry "se précipiter, se hâter, ne rend pas si bien l'image du saut qu'on a voulu, sans doute, renfermer dans le nom de Coural. On peut faire la même observation pour les noms de Card-aoussel et Car-cassonne qui désignent des points culminants. Le premier élément de ces termes semble bien se rapporter à l'anglais hard "pénible difficile".'Une substitution pratiquée dans le Gers et dans les hautes-Pyrénées est celle de l'aspirée "h" succédant à l'aspirée labiale "F": henno "femme", languedocien fenno, lat. femina; - hilho "fille", lang. Filho, lat. filia. Ces substitutions entre "II" et "F", n'étaient pas extraordinaires pour les anciens latins qui prononçaient presque indifféremment haba et faba "fève"; - hordeum et fordeum "orge".

L'aspirée "Il" subit une dernière transformation en "S". On peut la constater principalement dans les mots empruntés au latin et rapprochés de l'anglais : salo "salle", angl. Hall "salle", lat. aula "salle", cella "chambre, cellier", - sain "sain", lat. sanus, angl. hale "sain"; - saluda "saluer": lat. salutare, angl. hail "saluer", - sant "saint", lat. sanctus, angl. Hallow "sanctifier", holy "saint"; - sega "couper, tailler"; salbatche "sauvage", rlat. sylvaticus "des bois", angl. Holl "petit bois".GLa gutturale douce se maintient ordinairement lorsqu'elle commence un mot : galino, galhino "poule", lat. gallina; - gaouto "joue", lat. gabata; - gra "grain", lat. granum; - gaffo "harpon", angl. gaff "harpon"; - gabel "poignée de sarments", angl. gavel "poignée", lat. capulus. Suivie des voyelles "e, i" elle prend le son de j: jal "gelée", lat. gelu; geant "géant", lat. gigantis; - jinoul "genou, lat. géniculum.G initial indique, dans quelques cas, un "w" précédent: garda "garder, angl. ward "garder"; - gasta "gâter", angl. waste "gâter", lat. vastare; - garel, garethr "boiteux, tortu", angl. wry "tortu, difforme", lat. varus "tortu"; - guigna "guigner", angl. wink "oeillade, clignotement de l'oeil".Dans le corps des mots, "g" prend aussi, parfois, la place de la labiale douce "b": couga "couver", lat. cubare "être couché"; - degut "dû", lat. debitum "devoir"; - begut "bu", lat. bibo, bibitum "boire", angl. [s] wig "boire à long trait".

L'adoucissement des consonnes fortes "c, k, qu" placées entre deux voyelles, produit de son côté un "g" comme on le voit dans berrugo "verrue", lat. verruca; - pego "poix", lat. picis; - fourmigo "fourmi", lat. formica; - bugado "lessive", angl. buck "lessiver"; - aïgo "eau", lat. aqua; - bragos "pantalon", lat. braccae "braies"; ce dernier emprunté aux gaulois par le latin.C La gutturale forte "c, k" présente une grande persistance lorsqu'elle est initiale: cadiero "chaise", lat. cathedra; - caoure "contenir dans", lat. capere "renfermer"; - cadel "petit chien", lat. catulus; - crema "brûler", lat. cremare; - creïche "croître", lat. cresecre. Elle permute cependant avec "ch" dans chabal "cheval", lat. caballus quoique son correspondant cabal, qui indique le bétail d'une manière générale, l'ait conservée intacte dans chiminero "cheminée", lat. caminus: - chaoupina "fouler au pieds", lat. calcare, et dans un certain nombre d'expressions communes au languedocien et au français."C" fait un échange avec la labiale forte "p" dans le mot crunes "prunes", lat. prunum, usité dans la haute vallée de l'Aude.

Cette même gutturale s'est adoucie en "g" dans a-gragnou "prunelle" et dans a-grun-cliè "prunellier", a-grun-elo "prunelle". Le "p" des termes latins mespilum "nèfle"; - spuma "écume", (angl. spame et scum) a encore cédé la place à la forte "c" dans les mots correspondants du languedocien, neslo "nèfle"; escrumo "écume". L'emploi simultané de "p" et de "c" existe encore dans le languedocien, ou l'on trouve tampa et tanca "fermer"; - raspa et rasca "râper"; - blinpa et blinca "plier, incliner", comme on voit en latin coquina et popina "cuisine"; - columba et palumbes "colombe".Les gutturales "g, k" possèdent donc la faculté de se substituer aux labiales "b, p, w". L'aspirée labiale "F" de son coté, succède à la gutturale forte "K" dans le languedocien rufo "pli", angl. ruck "pli". Le "gh" qui en anglais se prononce F dans cough (kof) "toux"; - laugh (laf) "rire"; - rough (reuffe) "raboteux", se change en "B" dans le languedocien tiba "raidir", angl. tough (teuff) "raidir.

Les gutturales font, de la sorte, un échange complet avec toutes les labiales. Quoique le nombre de ces changements ne soit pas prédominant, il suffit toutefois, à montrer les points de contact entre ces deux séries de consonnes. C, T et I palatal.La permutation de "i" palatal avec la gutturale forte "c" s'observe surtout dans les groupes latins "ct, tr et cs (x)". Les consonnes "C et T" ayant entre elles une certaine affinité, il n'est pas étonnant que l' "i" palatal remplace la dentale avec autant de facilité que la gutturale. Les exemples de cette affinité sont nombreux en languedocien et j'en cite quelques-uns: niouc "nid"; niacoudo "nichée"; à côté de nits et de nizado, lat. nidus, angl. nest "nid"; - gemec "gémissement"; gemega "gémir", lat. gemitus; - affarta et afjasca "rassasier", lat. farcio, fartum "remplir"; - Pelhot et pelhoc "haillon"; - couioul "tige tubuleuse qui porte la fleur de l'oignon", lat. tubulus "petit tuyau". La gutturale "C" et la dentale "T" sont donc également traitées en languedocien et remplacées par un "i" palatal dans les groupes "ct, tr et cs (x)".Groupe "ct": beït "huit", lat. octo; - dreït "droit", lat. directus; - faîchou "façon", lat. factio "manière d'agir"; - keît et coït "cuit", lat. coctus; - laïlaguo "laitue", lat. lactuca; - laït "lait", lat. lactis; - leït "lit", lat. lectus; - faït "fait", lat. factus; - neît "nuit", lat. noclis; - traît "tiré, enlevé", lat. tractus.Groupe "tr": peïro "pierre", lat. petra; - araïre "charrue", lat. aratrum; - païre "père", lat. patris; - maîre "mère", lat. matris; - fraïre frère", lat. fratris; - pouïrit "pourri", lat. putridus.Groupe "cs" (x): païchel "échalas, pieu", lat. paxillus; - madaïcho "écheveau", lat. mataxa; - maïchelho "mâchoire", lat. maxilla; - keïcho "cuisse", lat. coxa; - taïchou "blaireau", lat. taxo; - bouïch "buis", lat. buxum; - touîch "if", lat. taxus; - fraïche "frène", lat. fraxinus.On trouve, cependant rette "droit": dit "dit",en échange du latin rectus, dictus.On voit encore la dentale "T" et non plus l' "i" palatal succéder à "c" dans diretsion "direction", lat. directio; - etsemple "exemple", lat. exemplum.Le rôle de l' "i" palatal dans sa fonction de remplaçant d'une gutturale se fait jour aussi à l'infinitif des verbes faïre "faire", lat. facere; - plaïre "plaire", lat. placere; - keïre "cuire", lat. coquere; - traïre "enlever, tirer", lat. trahere;.

On peut remarquer par rapport à ce dernier verbe que le languedocien, en substituant l'"i" palatal à l'aspirée "H" a traité cette aspirée comme une gutturale.A l'encontre du "c" devenant "i" le languedocien brugo, brougo "bruyère", breton brug, montre la gutturale douce se substituant à l' "y" du latin brya Sylvestris, plin.) "bruyère stérile. Dans le latin ad-spic-io "voir" la gutturale "c" fait un échange avec l' "y" de l'anglais spy "discerner". Des exemples analogues de "i" palatal équivalant à une gutturale ne sont pas rares dans les racines saxonnes de l'anglais. On y rencontre, en effet, night "nuit"; - right "droit"; - high "haut"; - thigh "cuisse"; - might "puissance"; - nigh "voisin, prononcées par les anglais naïte, raïre, haï, thaï, maïte, naï, le "gh" disparaissant et confondu avec l' "i" palatal.l,a fonction de l' "i" palatal semble assez définie par ces exemples pour autoriser son admission avec les gutturales languedociennes et pour composer cette série de lettre G, C, K, H, I.Chap. 3 DENTALESD, T, (TH, S, J,) L, N.Linguales hébraïques: D, T, L, N, TH.Les dentales "d, t" font preuve d'une grande fermeté au commencement des mots: =D-didal "dé à coudre", lat. digitalis; - douna "donner", lat. donare; - deoure "devoir", lat. debere: - debigna "représenter, contrefaire", lat. depingere: =T. tene "tenir", alt. Tenere; - teougne "mince", lat. tenuis, angl. thin, tiny, "mince"; - talpo "taupe", lat. talpa. D se relève parfois et se renforce, même entre deux voyelles, sàoul "sou", sàouto "monnaie de deux sous", lat. soldus; - seli "siège", s'assieta et s'asseta "s'asseoir", lat. sedes, sedere, angl. seat "siège, pendant que la plus forte T, prise entre les deux voyelles, s'affaiblit généralement en sa correspondante faible D, -degudo "due", masculin degut; - pagado "payée", masculin pagat. Cependant le T de faito "faite", lat. facta; - keîto "cuite", lat. cocla; - laïtago "laitue", lat. lacula; - dreïto "droite", lat. directa, ne s'adoucit pas, malgré les voyelles qui paraissent l'entourer. Cette résistance provient, sans doute, de l' "i" palatal qui remplace la gutturale "c" du latin. Dans cette position , le languedocien considère l' "i" palatal comme remplissant la fonction d'une consonne et il ne permet pas à la dentale forte T de s'affaiblir en D.Le changement de D et de T en Z et en S est dû à l'assimilation faite par le languedocien de ces dentales au "th" (dz, ts) anglais. L'influence exercée par le "th" anglais a été considérable, si on veut bien remarquer le nombre relativement  important des mots dans lesquels le D ou le T se sont transformés en Z on en S: se fiza "se fier", lat. fidere; - jouzion "juif", lat judaeus; - azaga "arroser", lat. adaquare; - suza "suer", lat. sudare, angl. sweat "suer"; - rouzèlo ou rouzèlho "coquelicot", angl. red "rouge"; - mezoul ou mezoulho "moêlle", lat. medulla; - aouzi "ouir", lat. audire; - attebezy "attièdir", lat. tepidus "tiède".'l' changé en S: rosse "traineau" employé pour transport du bois de chauffage dans les étroits et difficiles sentiers des montagnes; roussega "trainer sur le sol"; - roussoul (castrais) "herse", angl. rool "graver profondément", et rut "ornière, trace profonde laissée par les roues des voitures"; rosso "rosse, mauvais cheval"; se roussa "se fatiguer extrêmement", angl. rot "gâter, ( l'allemand roos "cheval" se rapporte plutôt à l'anglais ride "chevaucher"): - rossado (castrais) "parenté, les membres d'une famille", angl. root "lignée"; - allessa "allaiter", breton lez "trayons", angl. teal "telle".Les dentales "d, t, th", après s'être affaiblies en ZS, subissent une autre dégradation, celle de Z-S en "J"; - mièjo "moitié", lat. média (pars); - enbejo "envie", lat. invidia; - lourje "grive", lat. lurdus; - jentilhos (haute vallée de l'Aude) venant dedentilhos "lentilles": bejo "vois", bejats "voyez", lat. vide, videle; - sièjo "suie", anglt. soot "suie"; - mijèro "mesure de dix litres de vin", angl. measure (méjoure) "mesure", lat. metiri "mesurer, mensura "mesure"; - mouja (ailleurs moutcha) "fouiller le sol", (ne se dit pas du porc qui fouille le sol de son groin et de la taupe), angl. mouth "bouche, gueule"; - fouja (ailleurs foutcha) "piocher", lat. fodere, fossum "creuser".Le rôle du "th" anglais dans ces transformations est rendu encore plus sensible par la prononciation qu'affectent au "J" une partie du département de l'Aude. le Tarn: tsounc "jonc"; - mietso (mièjo) "moitié"; - enbetso (enbejo) "envie"; - sietso (sièjo) "suie".D et T cèdent sans effort leur position à "I": biel "vieux", lat. vetus, angl. while "temps"; bestioto ou bestiolo "petite bête"; - fal ou fol "fou"; - dentilho et lentilho "lentille"; - daîcha, fr. "laisser"; - cigalo "cigale", lat. cicada.I,e latin offre des exemples analogues: dacrima et lacrima "larme", angl. tear "larme"; - dingua et lingua "langue", angl. longue "langue".Les dentales "l, n" permutent avec autant de facilité entre elles qu'avec "d, t": boulzina et bounzina "bourdonner, tinter"; - sanguil "sanguinelle", lat. cornus sanguinea; - pana "voler"; - acrimoulie (castrais) "groseiller", lat. acrimonia; - nibel "niveau", angl. level, lat. libella "niveau".En tenant compte de toutes ces transformations, il semble que les dentales languedociennes doivent être rassemblées dans un groupe composé des consonnes "d, t, (th, s, j), l, n".LABIALES.Chap. 4 B, P, F, (PH), V, M.Les mutations des labiales, à part leurs transformations en gutturales, ne sont guère remarquables. La douce "b" et la forte "p" se maintiennet aisément lorsqu'elles sont initiales: battre "battre", lat. batuere, angl. Beat "battre"; - bout "outre destinée au transport du vin", lat. batiocus "broc, vase à tirer le vin; - barata "troquer", angl. Barter "troquer"; - bugado "lessive", angl. Buck "lessiver"; - s'en penède "se repentir de"; lat. poenitet; - parpelho "paupière", lat. palpebra; - pialot "monceau", angl. Pile "monceau"; - parel "mur, monceau", lat. parielis.P s'amollit parfois, soit au commencement, soit dans le corps des mots:buffa "souffler", angl. Puff "une bouffée de vent"; - brout "rejeton, pousse", angl. [s] prout "rejeton, pousse"; - sabon "savon"; lat. saponis, angl. Soap "savon"; - debigna "représenter", lat. depingere; - piboul "peuplier"; lat. populus.Le languedocien, surtout dans l'Aude, remplace généralement par un "b" le "V" latin et le "W" anglais: bacco "vache", lat. vacca; - bèco "niaise, simple", angl. Weak "qui manque de discernement"; bespo "guëpe", lat. vespa, angl. wasp; - bam "vigueur, force", angl. warm "vigoureux"; - bent "vent", lat. ventus, angl. wind; - basso "bourbier", angl. wash "bourbier".La labiale douce "b" est tombé dans les mots roupo "grand manteau dont se servent les voituriers", angl. wrap "envelopper"; rec "ruisseau", angl. brook "ruisseau", tandis qu'elle est parasite dans bergne "aune, aulne", lat.alnus. Cette labiale monte d'un degré et se renforce dans le terme poumpil "le gras de la jambe", angl. bump "bosse" et dans les expressionsterminées en français par "able", agréable, convenable qui sont prononcés agreaple, coumbenable.Dans le corps des mots, les labiales "b, p, v" peuvent se résoudre en "ou"; reccoure "recevoir", lat. recipere; - liouro "une livre", lat. libra, en regard de libre "livre, lat. liber, qui conserve sa labiale "b"; - deoure "devoir", lat. debere; - idou "oeuf", lat. ovum; - bidou "boeuf", lat. bovis.Parmi les labiales, l'aspirée F est, assurément, la plus intéressante dans ses transformations, parce qu'elle se substitue à "b", à l'aspirée "h" et au "w" anglais. La succession de F languedocien au "b" latin est rare: le terme mouffle "mou, mollet", lat. mobilis, en offre un exemple. L'aspirée F s'est laissée déposséder par "b" dans rabe "radis", lat. raphanus, et liba "raidir", angl. tough (teuff) "raide.La permutation de F et H est témoignée par les mots foc "feu", angl. Hot "brûlant", lat. focus; - farou "chien de berger, à longs poils", angl. hairy "poilu"; - fabo "fève", lat. faba et haba, et par les uatres termes qui ont été déjà cités dans les changements de l'aspirée H.Dans certains cas, le "v, w" abandonnent leur position à l'aspirée F comme le montrent les expressions:  fardo "hardes", lat. vestes; - fourmigo "fourmi", lat. formica, angl. [s] warm "fourmiller"; - fioula "siffler" en parlant du sifflement produit par un baton flexible auquel on imprime un mouvement rapide, angl. Wihz "sifflement"; - fenno "femme", lat. femina, angl. woman, womb (ououme) "donner naissance à"; - foussoulou "frelon", angl. Whiz "bourdonnement"; - farga "forger, travailler le fer", angl. work "travail"; - fourfoulha "fourmiller", angl. [s] warm "fourmiller", fall "abondance"; - foulloro (castrais) "chose de peu de valeur, d'apparence trompeuse", angl. wile "tromperie, fraude", lat. fallere "tromper".M représente les autres labiales en certains cas qui sont loin d'être fréquents, du moins en languedocien. Cette labiale prend la place de "b" dans le mot merma (castrais, pour berma) "diminuer, en tricotant, les mailles d'un bas", angl. worm "supplanter"; elle cède la sienne à la forte "p" dans berp "ver", berpou "vermisseau", lat. vermis, angl. worm "ver". Le terme mourdatchos "pincettes", angl. warm "chaud"; - take "prendre", montre le "w" remplacé par "M". Le latin formucapes "pinces"; - formus "chaud"; - capere "prendre", traduit mot pour mot l'expression mourdatchos que la languedocien a composé à l'aide des racines saxonnes.Quoique peu nombreuses, les permutations de "m" avec "b, p, v, w" doivent lui assurer une place dans la série des labiales languedociennes.Chap. 5. - SIFFLANTES DENTALES.Z, S, CH (tch), R.Dentales hébraïques: z, s, sch, r, ts.La consonne "z" n'étant qu'un adoucissement de "s", il est superflu de mentionner les conjonctures où elle supplante cette sifflante. Les channgements de "d, t" en "s" et en "j" sont, en outre, indiqués à la série des dentales; il serait donc oiseux d'y revenir encore.

Le languedocien a soigneusement conservé, dans le corps des mots, "S" suivi de la dentale forte "t"; le français l'a supprimé, mais en indiquant cette suppression par un accent circonflexe placé sur la voyelle qui le précédait; bastou "bâton"; - bast "bât"; - basti "bâtir"; - besti "vêtir"; - pasto "pâte"; - pastre "pâtre"; - presta "prêter"; - gasta "gâter".Lorsque la sifflante est initiale et suivie d'une voyelle, elle garde sa valeur première; sac "sac", lat. saccus, angl. sack; - saouze "saule", lat. salix; - sega "scier", lat. secare "couper", angl. saw "scier"; - mais elle ne sait plus se maintenir et elle tombe dans quelques mots saxons ou elle est  initiale et suivie d'une consonne: brout "rejeton, pousse", angl. sprout "rejeton, pousse"; - laouzo "ardoise", angl. slate "ardoise"; - truca "frapper", angl. strike "frapper"; nifla "renifler", angl. sniff "renifler".Comme beaucoup d'autres dialectes, le languedocien laisse aisément "S" permuter avec "ch": eïchuga "essuyer", lat. ex-siccare; - huchè, fr. huissier; - eïcourda "ennuyer", angl. sorrow "chagrin"; - croutcho (à Caunes, Audes) "chemin de traverse", angl. cross "traverser", cross-road "chemin de traverse"; - echalestre "sauvage", lat. silvestris.
Dans ces exemples, "ch" a supplanté "S"; néanmoins, pour le mot basso "mare, bourbier", angl. wash "bourbier, marais", c'est "S" qui a pris la place de "sh", et pour le nom topographique de montazels (Aude), angl. mount "montagne", shell "coquillage" (fossile), c'est "z" qui s'est substitué à "sh". En Auvergne, "ch" remplace aussi "s"; sencheble "sensible"; - churamen "sûrement"; - chinfounia "symphonie", mais cette transformation est loin d'être générale et rigoureuse.La propriéte la plus importante que possède la sifflante "s" est celle de se faire représenter par "R".
Le latin fournit de nombreux exemples de cette mutation, flos, floris "fleur"; - lepus, leporis "lièvre"; - os, oris "bouche", etc., et il n'est pas surprenant que le languedocien se permette, assez rarement toutefois, de marcher sur les brisées du latin. Les mots fardo "hardes", lat. vestes; - rhumatirme, fr. rhumatismes, font voir "R" succèdant à "S".L'exemple le plus remarquable de rhotacisme ("S" devenant "R") que puisse produire le languedocien est celui de mour, mourre "museau", angl. muzzle "museau", le premier élément de muzzle provenant de mouth "gueule, bouche". Le "th" de mouth s'est dégradé en "Z", et cette consonne a permis au languedocien d'opérer la transformation en "R" avec d'autant plus de facilité que la liquide "l" de muzzle se prêtait elle même à cette mutation.Le français, au féminin, change en "euse" la terminaison des noms et des adjectifs masculins en "eur". - trompeur, trompeuse, - voleur, voleuse.

Le languedocien ne s'astreint pas à cette substitution et forme le féminin par l'adjonction de la voyelle "O" au masculin. - troumpur; trumpuro, - boulur, bouluro.Quoique la consonne "R" soit quelquefois qualifiée de gutturale, sa place, néanmoins, paraît plûtot être indiquée à côté de "S", à cause de leurs mutations réciproques.Chap. 6. - LIQUIDES.L, M, N, R..La valeur des consonnes "l, m, n, r", et leurs changements les plus ordinaires ont déjà été observés à leurs série respective. Il rest etoutefois à signaler les permutations de ces liquides entre elles. Quelques mots languedociens suffiront pour cette indication sommaire.L'échange des liquides "m, n" même initiales se fait jour dans les termes nesclo "nèfle", lat mespilum; dans le corps des mots, "m" se transforme encore plus aisément en "n": coundanna "condamner", lat condemnare; crounpa (avec métathèse de "R") "acheter", lat. comparare; fenno "femme", lat. femina réduit en femno et puis fenno."N" peut se substituer à "R"; roumani "romarin", lat rosmaris; milhou, milhouno "meilleur, meilleure", lat. melioris. Parfois, "N" cède sa position à "R": beri "venin", lat. venenum; berinous "venimeux", lat. venenosus.La dégradation de "N" en "gn", ne s'opère pas d'une façon générale: bigno "vigne", lat. vinca; gain "bénéfice", gagna "benéficier", angl. Win "bénéficier"; lheno et legno "bois de chauffage", lat. lignum, angl. Line "allumer"; tariragno et tararino "toile d'araignée", lat. tela aranea.C'est un accident très commun que la permutation de "l" et de "r", surtout dans la bouche des enfants et des malades: liri "lis", lat. lilium; parpelho "paupière", lat. palpebra; azirou "ane de petite taille", lat. asellus.Suivie d'une consonne, la liquide "L" se résout dans certains cas en "ou"; soout "sou", lat. solidus; aoutre autre", lat. alter. Aoubre (albre) "arbre", lat. arbor; espeouto "épeautre", lat. spella."L" se mouille pour quelques expressions: lhuno "lune", lhum "lumière", mais il s'en faut de beaucoup que cet usage soit répandu parmis tous ceux qui parlent le languedocien. Dans certaines localités, par exemple à Brenac, village appartenant à l'arrondissement de Limoux, "L" se mouille même dans les groupes "cl, pl": clhaou "clé";clhar "clair", plha "bien, beaucoup"; plhaoure "pleuvoir".Cette faculté de permutation facile que possède, entre autre, toutes ces liquides, leur donne le droit particulier d'être rassemblées dans une série spéciale, et c'est pour ce motif que je me permet d'en composer la dernière série des consonnes languedociennes.On trouve rarement d'ailleurs, en languedocien, des consonnes préfixés à un mot commençant par une voyelle. C'est, probablement, pour éviter un effort de prononciation qu'a eu lieu cette accession: dousta "ôter", angl. Oust et out "dépouiller"; gaouza "oser", lat. audere; bergne "aune, aulne", lat. alnus; naout "haut", lat. altus. Il est possible, cependant, que le "n" préfixé à ce terme provienne de la prépposition in, in-altus.

C'est aussi par euphonie que la voyelle "e" précède les mots qui commencent par "S" suivi d'une consonne: escourpiou "écrire", lat. scribere; espino "épine", lat. spina; espes "épais", lat. spissus; estouffa "étouffer", angl. Stiffle "étouffer"; estralha "s'agiter en travaillant", angl. Struggle "s'agiter, s'efforcer".En jetant un coup d'oeil général sur tous ces changements de consonnes, on voit que les gutturales permutent facilement entre elles; qu'elles possèdent, en de maintes circonstances, la faculté de faire des échanges avec les labiales et avec les dentales "d, t". Les dentales, outre les permutations intérieures de leur propre séries, se font remplacer, quelquefois, par des gutturales. Le "th" anglais les force encore à se glisser dans la série des sifflantes dentales. De plus, par "l, n", elles se raccordent aux liquides.Celles-ci, à part ce raccord entre les dentales par "l, n" et avec les sifflantes dentales par "r", touchent aussi par "m" à la série des labiales. On peut, ainsi, constater entre chaque série de consonne une lettre spéciale qui sert d'intermédiaire et les relie les unes avec les autres.

En terminant ces remarques, je dois faire observer que je suis bien éloigné de croire avoir rapporté tous les changements de consonnes qui peuvent se produire dans le dialecte languedocien (5). Il me semble néanmoins, n'avoir pas passé sous silence les mutations les plus frappantes, celles qui peuvent être d'un plus grand secours pour découvrir les termes moins adoucis qui sont en principe de notre parler languedocien.H BOUDET.

(1) Encyclopédie moderne, au mot Langues.
(2) Bopp, Grammaire comparée, chap. 87, I.
(3) D'Arbois de Jubainville, Etudes grammaticales. Ch V p. 100.
(4) Bopp, Grammaire comparée, chap. 89, - chap. 90.
(5) Il n'est peut être pas inutile de mentionner l'échange que les labiales font avec les dentales dans les mots suivants: baloun "vallon", lat. vallis "vallon", angl. Dale "vallon"; berbo "verbiage", lat. verbum "parole", angl. Word "parole"; herbo "herbe", lat. herba "herbe", angl. wort "herbe"; barbo "barbe", lat. barba "barbe", angl. bard "barbe"; cerf "cerf", lat. cervus "cerf", angl. hart "cerf"; cap "tête", lat. caput "tête", angl. head "tête".OCTONOVO D.R.

 

 



A propos de Octonovo | Copinages | Lettre d'information | Droits

La liste de diffusion est effective depuis janvier 2002. Elle est déclarée à la CNIL et ne sera en aucun cas revendue, cédée pour exploitation etc...
- Copyright © 2003, Octonovo.org - Tous droits réservés -

Réalisé par