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Rennes le château, une affaire paradoxale

 
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Dernière mise à jour
le 30 janvier 2010



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La cité de Carcassonne a-t-elle renfermé une partie des trésors du temple de Jérusalem ?

Que sont devenus ces trésors ?

 

Les immenses richesses du Temple de Jérusalem devaient exciter la convoitise des conquérants de l'Asie. Saccagé et incendié par les Chaldéens, 625 ans avant Jésus-Christ, ses trésors furent transportés à Babylone. Cyrus rendit aux Juifs captifs la liberté et 5400 vases d'or que Nabuchodonosor avait mis dans un temple de Bélus (1). Ces dépouilles du monument de Salomon servirent d'ornements au second temple bâti par Zorobabel. L'an 170, elles devinrent la proie d'Antiochos Epiphane. Le temple, pillé de nouveau par Crassus, restauré et embelli par Hérode, reprit son ancienne splendeur, et, lorsque Titus y pénétra, il fut étonné à la vue de tant de magnificence.

Flavius Josèphe nous a légué le dramatique récit de cette Guerre Juda7ique à laquelle il prit une part active, d'abord comme ennemi des Romains, et ensuite comme partisan dévoué à ceux qu'il avait combattus. Cette guerre se termina le 8 septembre 70, par la destruction de Jérusalem et l'incendie du Temple.

Titus fit de vains efforts pour conserver ce superbe édifice, mais il en sauva du moins les trésors. Le butin fut si grand, dit Josèphe, que la valeur de l'or diminua de moitié dans toute la Syrie (2). Cependant, une partie de ces richesses avait été cachée. Un sacrificateur à qui Titus avait promis la vie et la liberté, à condition de lui remettre quelques restes des trésors du Temple, livra au général vainqueur deux chandeliers, la table des pains de proposition, des coupes et quelques vases d'or massif, comme aussi des voiles, des vêtements sacerdotaux, des pierres précieuses. On prit en même temps Phinées, garde du trésor, et il découvrit un lieu secret où se trouvait une grande quantité d'habits et de ceintures des prêtres, de la pourpre et de l'écarlate pour les voiles du Temple, et plusieurs autres objets de grand prix (3).

D'après la chronique d'Alexandrie, Titus envoya à la ville d'Antioche deux chérubins de taille colossale et quatre taureaux d'airain. Le reste du butin fut porté à Rome. Josèphe a décrit le magnifique triomphe de Titus.

"Parmi la grande quantité de dépouilles qui ornèrent son triomphe, les plus remarquables, dit-il, étaient celles qui avait été prises dans le Temple de Jérusalem, la table d'or de plusieurs talents et le chandelier d'or fait avec tant d'art pour t'usage auquel il était destiné. De son pied s'élevait une espèce de colonne d'où sortaient, comme de la tige d'un arbre, six branches cannelées, au bout de chacune desquelles était une lampe. La Loi des Juifs, qui est la chose du monde pour laquelle ils ont le plus de vénération, fermait cet étalage de tant de riches dépouilles conquises sur eux par les Romains." (4)

On voit encore sur un bas-relief de l'arc de Titus, à Rome, huit soldats, couronnés de lauriers, portant la table d'or placée sur un ferculum. Un autre bas-relief représente un groupe transportant de la même manière le grand chandelier.

La table des pains de proposition avait deux coudées de long, une coudée de large et une coudée et demi de haut. Elle était soutenue par quatre pieds. Tout autour, régnait une bordure d'or sculptée à jour. Sur cette table étaient rangés, en deux piles, douze gâteaux azymes qu'on recouvrait d'encens et qu'on renouvelait tous les sept jours, comme un hommage des douze tribus à la puissance divine.

Le grand chandelier était formé d'un pied, d'une tige et de six branches. Chacune de ses branches se composant d'une série de petits tableaux, en forme d'amandes, qui supportaient une pomme et par dessus une fleur. Le tout était d'or massif et pesait un talent (67 livres) (5).

Moïse avait placé devant le tabernacle une seule table et un seul chandelier. Salomon fit faire sur ce modèle dix tables et dix chandeliers d'or (6). D'après les Rabins, la table et le chandelier primitifs furent déposés dans le trésor du Temple (7). Tout cela fut brisé par Antiochus Epiphane; Judas Machabée mit dans le Temple une nouvelle table et un nouveau chandelier (8), les mêmes sans doute qui furent portés à Rome après la destruction de Jérusalem.

 Quant à la Loi des Juifs qui, selon Josèphe, dut figurer au triomphe de Titus, on a supposé que c'étaient les deux tables de pierre sur lesquelles Moïse ou plutôt Dieu lui-même avait gravé le Décalogue. Cette opinion n'est pas fondée. L'Arche d'alliance, placée dans le Saints des saints, renfermait les tables de la loi; mais depuis longtemps l'Arche avait disparu. Lorsque les Chaldéens attaquèrent la Judée, Jérémie prit l'arche, la porta jusqu'au mont Nébo, et la cacha dans une caverne dont il ferma soigneusement l'entrée (9). Les Juifs croient généralement et dom Calmet (10) a démontré qu'elle n'a jamais été retrouvée. Depuis le retour de la captivité, il n'est plus question de l'Arche dans la Bible. Josèphe dit expressément qu'à la prise de Jérusalem il n'y avait rien dans le sanctuaire (11). Ni l'arche, ni les deux tables ne sont représentées sur l'arc de Titus. On porta sans doute à son triomphe un exemplaire du Pentateuque, appelé par les Juifs Thorah ( la loi).

Vespasien, ayant bâti le temple de la Paix, y mit le chandelier d'or, la table des pains de proposition et les autres richesses du Temple de Jérusalem. Quant à la Loi des Juifs et aux voiles du sanctuaire, qui était de pourpre, il les fit garder avec soin dans son palais (12).

L'an 191, un violent incendie détruisit le temple de la Paix (13).Les objets sacrés qu'il renfermait durent être sauvés des flammes, puisque, deux siècles après, les Goths les trouvèrent dans le palais des Césars.

Le 24 août 410, Alaric entra dans Rome qu'il livra au pillage pendant six jours. Procope assure que les Goths s'emparèrent du trésor impérial et des dépouilles du Temple de Salomon. A la mort d'Alaric, Ataulf, son beau-frère, quitta l'Italie et vint s'établir dans le midi de la Gaule. Quelques auteurs modernes ont cru qu'il occupa Carcassonne. Les Chroniques d'ldace et de Prosper d'Aquitaine constatent la prise de Narbonne par ce chef et font supposer celle de Toulouse, mais ne disent rien de Carcassonne. Cette place, déjà très importante sous les Romains, leur fut enlevée par Théodoric 1er qui l'entoura de nouvelles fortifications (440).

Alaric Il régnait paisiblement à Toulouse lorsque Clovis envahit l'Aquitaine. Le roi wisigoth se hâta de mettre en sûreté une partie de ses richesses dans la citadelle de Carcassonne. Il fut vaincu et tué de la propre main de Clovis, à Vouillé (507). Toulouse capitula; le reste du trésor des Wisigoths devint la proie du vainqueur; puis, Clovis alla mettre le siège devant Carcassonne, dans l'espoir de s'emparer des richesses qui y étaient renfermées.

Tel est le récit de Procope (14); mais, d'après Grégoire de Tours (15), le trésor d'Alaric Il tomba tout entier au pouvoir des Francs. Comment concilier ces assertions contradictoires?

Il suffit d'admettre, et cette opinion n'a rien d'invraisemblable, l'existence simultanée de deux trésors, l'un à Carcassonne, l'autre à Toulouse. Le premier, c'est-à-dire l'ancien trésor d'Alaric et d'Ataulf, était le fruit du pillage de l'empire et de Rome; le second pouvait provenir des dons de l'amitié ou des tributs de l'obéissance, et surtout du butin conquis en Espagne sur les Alains, les Suèves et les Vandales. On se ferait difficilement une idée de l'énorme quantité de dépouilles amassées par les rois wisigoths pendant. deux siècles de guerre et de dévastations. Les cent bassins remplis de pièces d'or et de diamants que Placidie, épouse d'Ataulf, reçut le lendemain du jour de ses noces, n'étaient qu'une très petite partie de leurs richesses. On trouva dans leur palais de Narbonne, lorsque les Francs le pillèrent dans le Vle siècle, soixante calices, quinze patènes, vingt boîtes ou coffres pour conserver les Saintes Ecritures, tout d'or massif, incrustés de pierreries, et beaucoup d'autres objets précieux (16).

Le butin convoité par Clovis était bien autrement considérable. Aussi le roi des Francs pressait-il vivement le siège de Carcassonne. Voici comment ce fait est raconté par Procope, auteur contemporain:

"Les Germains (les Francs) victorieux dans cette bataille (Vouillé), font un grand carnage de leurs ennemis, tuent Alaric, deviennent ainsi maîtres de la plus grande partie de la Gaule, et investissent étroitement la ville de Carcassonne, ayant entendu dire qu"elle renfermait les richesses impériales que le vieil Alaric avait emportées, lorsqu'il eût pris la ville de Rome. Parmi ces richesses, se trouvait, dit-on, une bonne partie du précieux mobilier de Salomon, lequel était orné de superbes pierreries, ce qui était une chose très belle à voir. Les Romains avaient autrefois apporté ce mobilier de Jérusalem" (17)

Cependant Théodoric, roi d'Italie, avait pris le gouvernement des Wisigoths durant la minorité d'Amalaric, fils de sa propre fille et d'Alaric Il. Le comte Hibbas, son lieutenant, passa les Alpes avec une armées et battit les Francs dans les environs d'Arles. Il marchait sur Carcassonne, quand Clovis se hâta de lever le siège et de reprendre sa route vers le Nord. Théodoric, sous prétexte de veiller à la conservation des biens de son pupille, fit transporter à Ravenne les trésors des Wisigoths (18).

D'après un traité conclu entre Amalaric et le successeur du roi d'Italie, les Wisigoths rentrèrent en possession de tout le pays qui s'étend du Rhône à Carcassonne, et obtinrent la restitution des trésors pris dans cette ville (19). Si l'on doute de cette restitution, il faut du moins admettre que Théodoric n'a pas tout enlevé, et que les Wisigoths durent cacher ce qu'ils avaient de plus précieux. Lorsqu'ils quittèrent définitivement le midi de la Gaule, ils emportèrent en Espagne une partie de ces richesses. On y remarquait le fameux missorium, plat d'une grandeur extraordinaire, d'or massif du poids de cinq cents livres, destiné à l'usage de la sainte Table, et d'une valeur inestimable par la main d'oeuvre et les diamants dont il était orné. La tradition le faisait regarder comme un présent du patrice Aétius, offert au roi Thorismond après la défaite d'Attila (20).

Quand les Arabes conquirent l'Espagne et pillèrent ce trésor, ils trouvèrent une curiosité encore plus admirable; c'était une table fort grande, formée d'une seule émeraude (21), entourée de trois rangs de perles, soutenue par soixante pieds d'or massif, incrustée de diamants et estimée à la valeur de cinq cent mille pièces d'or (22).

Cette table magnifique et ce merveilleux missorium provenaient du trésor de Carcassonne.

Quant aux ornements du Temple de Salomon, s'ils avaient été envoyés à Ravenne et si l'Italie les eût gardés, on en verrait la trace dans les Lettres de Cassiodore, premier ministre de Théodoric, dans l'Histoire Gothique de Jornandès, qui fut évêque de Ravenne vers 552. Théodoric était un grand roi. Quoique arien, il protégeait les catholiques; il veillait à la conservation des monuments romains, des statues. Loin de briser les vases sacrés de Jérusalem, il les aurait gardés avec une religieuse vénération. Ravenne, Milan, Naples, Rome se disputeraient l'honneur de les posséder. Le silence des auteurs contemporains, joint à l'absence de ces augustes dépouilles, prouve qu'elles n'ont pas été envoyées à Ravenne ou qu'elles n'y sont pas restées longtemps.

Mais peut-être les Sarrasins, les Wisigoths les ont-ils emportées en Espagne? Si cela était, on en trouverait quelque vestige dans l'histoire, quelque souvenir dans la mémoire des peuples. La catholique Espagne montrerait avec orgueil ces reliques saintes. Les chroniques arabes font mention de sept énormes colonnes d'argent que Moussa enleva, en 713, de l'église Sainte-Marie (actuellement Sainte-Gracieuse). Gibbon parle de sept statues équestres; Fauriel de sept figures colossales d'argent massif (23). Quoiqu'il en soit, on ne connaît pas d'autre spoliation commise à Carcassonne par les Sarrazins, pendant leur courte domination.

Nous avons dît que les Arabes, lorsqu'ils pillèrent le trésor des Wisigoths, à Tolède, y trouvèrent le missorium et une table admirable, mais qui ne ressemblait en rien à celle que Salomon mit dans le Temple. Il est évident que les auteurs qui nous ont conservés ces curieux détails, auraient aussi parlé du grand chandelier et de la table de Jérusalem, si l'un ou l'autre avaient fait partie de ce trésor. Sans vouloir expliquer pourquoi les Wisigoths ne les ont pas emportés, constatons que ces objets précieux ont été enlevés de Rome par Alaric 1er, renfermés par ses successeurs dans la Cité de Carcassonnne, et que rien ne prouve qu'ils en soient sortis, au moins depuis leur restitution en 526.

Je terminerai ces considérations par l'examen d'un passage de Procope, qui se rattache à la question qui nous occupe.

En 455, Rome fut prise et sacagée par les Vandales. Genséric, leur roi, revint à Carthage chargé d'un immense butin. Vingt ans après, Bélisaire porta la guerre en Afrique, Battit Gélimer, cinquième successeur de Genséric, et s'empara de son camp où il trouva une masse énorme de dépouilles. Procope avait suivi Bélisaire, comme secrétaire, dans cette expédition; il assista à son triomphe.

"On y voyait, dit-il, des meubles riches, admirables, enlevés autrefois du palais de Rome par Genseric. Parmi eux étaient beaucoup de choses précieuses, qui avaient appartenu aux Juifs et qui furent apportées, avec plusieurs autres, à Rome, par Vespasien, après qu'il eut pris la ville de Jérusalem. Un Juif, voyant passer ce triomphe et renconnaissant ces richesses judaïques, ne put s'empêcher de dire à un homme qui était près de lui et assez connu de l'empereur, qu'il ne fallait pas mettre ces joyaux dans le palais de Constantinople; qu'ils ne devaient pas mettre dans un autre lieu que celui pour lequel le roi Salomon les avait destinés, qu'à leur occasion Genséric avait ruiné l'empire romain, et que, pour la même cause, l'armée romaine avait détruit celui des Vandales. L'empereur ayant appris ce que le Juif avait dit, eut peur et commanda aussitôt qu'on portât ces richesses à Jérusalem, dans les églises des chrétiens." (24)

Ce récit de Procope n'infirme en rien ce qu'il a écrit lui-même au sujet du trésor des Wisigoths. Il est possible, et Procope semble l'affirmer, qu'une partie des vases sacrés, arrachés à Jérusalem par Titus, ait échappé à l'avidité des soldats d'Alaric. Cependant Zonare (25), qui nous a laissé une description très longue, très détaillée du triomphe de Bélisaire, ne dit rien de ces prétendus joyaux du Temple de Salomon. Peut-être Procope a-t-il voulu réhausser la gloire de son maître, en exagérant l'importance de ces dépouilles. Personne ne soupçonnait leur origine; il faut qu'un Juif les reconnaisse, on ne sait comment. Justinien devait être peu convaincu de leur authenticité, puisqu'il ne les a pas gardées.

La menace du Juif était ridicule; ces vénérables reliques auraient été à leur place sous les voûtes de Sainte-Sophie aussi bien que dans une église de la Palestine. Au reste, quand même quelques vases d'or auraient été restitués à Jérusalem, il resterait encore à chercher ce que sont devenus les deux principaux ornement du Temple, ceux que Josèphe a mentionnés et que les Romains ont représentés sur l'arc de Titus: le chandelier à sept branches et la table des pains de proposition (26). Déposés dans le Temple de la Paix et ensuite dans le Palais des Césars (27), ils durent dès l'abord attirer les regards et les mains avares des Goths. Apportés par eux dans la Gaule méridionale, la forteresse de Carcassonne les reçut et les a probablement gardés dans la double enceinte de ses murailles (Gaza Gothorum).

D'après une tradition populaire, ils furent jetés dans le grand puits par les Wisigoths effrayés, lors de l'invasion d'Attila (28). C'est une fable absurde, qui ne supporte pas la discussion. Cependant, au commencement de ce siècle, une société d'actionnaires se forma à Carcassonne pour assécher le grand puits, dans l'espoir d'y trouver des trésors: on y trouva seulement quelques pointes de flèches et quelques médailles.

Une autre légende raconte qu'Alaric fit bâtir sept tours, notamment la tour du Trésau, où il renferma ses richesses (29). Mais cette magnifique tour est une construction de Philippe-le-Hardi. Sur quel point de la Cité les Wisigoths ont-ils donc caché leur trésor?

Carcassonne, fortifiée par les Romains avec toute la puissance de leur art, était réputée, dès le Ve siècle, comme elle l'a été depuis, durant tout le Moyen Age, une citadelle d'une force merveilleuse. Bien qu'elle ne fût pas leur capitale, les rois Goths devaient y avoir un palais. Si l'on pouvait déterminer la place où était ce palais, le problème serait résolu.

Le château actuel a été fondé dans le Xle siècle; les tours rondes du côté de la Cité semblent contemporaines de Roger 1er. Deux de ces tours méritent notre attention. On voit dans une meurtrière rectangulaire de la tour du Major, deux pierres ayant appartenu à un monument ancien; leurs bords sont taillés d'ornements bizarres dans le style romain de la décadence. On remarque, dans la tour des Casernes, au linteau de la porte qui conduit à la courtine suivante, une pierre à moitié sculptée, ornée d'un filet et de plusieurs baguettes; elle provient évidemment d'un monument antérieur. Au linteau de la fenêtre romane qui donne sur la cour, est une pierre du même genre dont une arête est taillée en biseau. En joignant ces exemples à celui de la tour du Major, on arrive à la certitude qu'avant la construction du château du XIe siècle, il existait sur son emplacement actuel, ou tout au moins non loin de là, un édifice important (30).

Ni les Francs, ni les comtes héréditaires n'ont laissé de trace de leur passage à Carcassonne. S'il existait de leur temps une résidence seigneuriale, il est probable, dit M. Foncin, qu'elle occupait l'emplacement du château. Il ne reste aucune construction des Arabes, si ce n'est la tour Pinte, que M. Viollet-leDuc croit pourtant de l'époque romane. Ainsi, l'édifice qui a précédé le château comtal, ne peut avoir été bâti que par les Wisigoths, à moins qu'on ne le suppose d'origine romaine: hypothèse moins vraisemblable qui, d'ailleurs, ne changerait rien à ma conclusion. Romain ou Wisigoth, ce monument était, selon toute apparence, l'ancienne résidence des successeurs d'Alaric, le palais fortifié où ils avaient déposé leur trésor; et si une partie de ce trésor a été réellement cachée quelque part, c'est dans ce palais qu'elle dut être enfouie à une date incertaine, peut être à l'approche d'Attila ou de Clovis.

J'appelle l'attention du lecteur sur le passage suivant du Dictionnaire historique de Moréri, édition de 1759, article Carcassonne:

"Quelques auteurs croient que les Goths fortifièrent Carcassonne, qu'ils bâtirent le château et quels y mirent en dépôt les dépouilles de Rome..."

"On voit dans la Cité un château assez fort où l'on conserve des actes très anciens et d'une écriture particulière, sur des écorces d'arbre et sur de la toile, dont il y en a plusieurs qu'on croit y avoir été apportés par les Wisigoths après la prise de Rome."

Le même fait est mentionné par M. Cros-Mayrevieille, dans les Monuments de Carcassonne:

"Voici ce qu'on lit dans un Mémoire déposé dans les Archives du génie militaire de Perpignan: Les Goths apportèrent dans la Cité de Carcassonne, avec les trésors de Rome, des actes très anciens et d'une écriture particulière sur des écorces d'arbre et sur de la toile, qu'on conserve avec soin dans les archives."

Ces actes n'étaient-ils pas des fragments en caractères samaritains de cet exemplaire de la Loi des Juifs que Vespasien fit déposer dans son palais? Quoi qu'il en soit, ce curieux document a été détruit. Le 30 brumaire de l'an Il, les Archives de la Cité furent brûlées par les autorités révolutionnaires, sur la place de la liberté.

 

F. Jaffus

(1) I. Esdr. I, 7 et 11.
(2) De belle Judaïco, I, VI, c. 32.
(3) lbid I, VI, c. 41.
(4) Ibid. L. II, c. 17.
(5) Exod. c. XXVI.
(6) I..Paralip. IV, 7 et 8.
(7) Dom Calmet, t.II, p. 686.
(8) I. Machab. 1, 23; IV, 49.
(9)  II. Machab. 11, 4 et 5.
(10) Comment. sur la Bible, t.III, p. 876.
(11) De bell. Judaic. , v, c. 14.
(12) Ibid. I, VII, c. 19.
(13) Herodian. in Commod.
(14) De bell.. Goth. I. 1
(15) Hist Franc. I. II, c. 37.
(16) Fredegar. Chronic. c. 73, p. 441
(17) De bell. Goth. I. Il.
(18) Procop. lib. Il.
(19) Procop. Ibid.
(20) Fredegar. Chronic. C. 3, p. 463.
(21) Quelques compositions de crystal coloré.
(22) Elmacin, Hist sarracen, L. I, p. 85.
(23) Makkari, Fragm. extrait par M. Reinaud - Gibbon, Histoire, c. 51 - Fauriel, de la décadence et de la chute de l'empire romain Hist. de la Gaule méridionale, L. III, p. 97.
(24) Procop. De bell. Vanda. L. II.
(25)  Annal. L. 1, p. 124.
(26) Lors de la prise de Milan, par Frédéric Barberousse, en 1152, le clergé de l'église métropolitaine offrit en don à Vladislas II, roi de Bohême, allié de l'empereur, un chandelier qui, à ce que l'on prétendait provenait du Temple de Salomon. Vladislas le fit porter à Prague, dans l'église de Saint-Veit. Ce chandelier était d'airain, tandis que le chandelier de Moïse et ceux que Salomon fit faire sur ce modèle, étaient de l'or le plus pur. Du Préau, Hist. de l'Eglise. Gley, Biogr. univers.
(27) Procop. L. I.
(28) Besse, Hist des antiq. de Carcassonne, p. 38 - Viguerie, Annales, p. 4.
(29) Besse, ibid. Viguerie, ibid.
(30) Foncin, Guide historique à la Cité, p. 240 et 214.

 



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