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Rennes le château, une affaire paradoxale

 
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Dernière mise à jour
le 30 janvier 2010



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EXCURSION Du 25 Juin 1905

PAR M. ELIE TISSEYRE

 

L'antique Rhedae ou Rennes-le-Château voit grossir, tous les ans, le nombre d' excursionnistes venant visiter ses ruines, anciens vestiges du temps passé.

La Société d'Etudes scientifiques de l'Aude ne pouvait donc manquer de venir y chercher à son tour une nouvelle page pour l'histoire de notre département.

Aussi le 24 juin, jour fixé pour J'excursion à Rennes-le-Château, bon nombre de collègues se pressent aux guichets de la gare et, munis de leur ticket, montent vivement dans le train.

6h15, la lourde masse s'ébranle, les stations succèdent aux stations.  En gare d'Alet, un de nos collègues, M. Deville, maire de cette charmante cité, monte avec nous : encore quelques minutes et nous arrivons à Couiza.

On se hâte de descendre car la journée s'annonce très chaude, et il importe de faire l'ascension de Rennes-le-Château avant la trop grande chaleur. Là encore deux nouveaux collègues viennent grossir notre nombre déjà très respectable: la petite troupe se met en marche, admirant en passant le château de Couiza, ancienne demeure des ducs de- Joyeuse, édifiée vers 1540 sur les bords de l'Aude et de la Sals.

Nous voyons déjà à notre droite et sur les hauteurs les vieilles tours du Château de Rennes, mais une heure de marche est nécessaire pour arriver dans l'ancienne capitale du Rhedesium.  Alors, tantôt précédés, tantôt suivis d'un modeste baudet qui porte nos sacs, nous gravissons la côte. non sans remarquer toutefois que nos botanistes sont déjà tout entiers à leurs recherches.

9h30, nous voici enfin au sommet le temps est maintenant très chaud,. mais à cette hauteur (435 mètres d'alt.) l'air est assez frais ; nous remarquons sur notre passage les anciens murs d'enceinte ou fortifications dont il ne reste plus que quelques pans.

Mettant en lieu sûr nos bagages, nous commençons immédiatement par la visite du Château. Ici, sauf de grands appartements aux plafonds très élevés, rien de bien remarquable ne frappe la vue; tout y est vieux, usé et surtout délabré quelques pièces cependant sont encore habitables et habitées précisément par notre hôtelier. Aussi la visite est très rapide.

Suivant une petite rue tortueuse, nous nous, rendons à la propriété de M. Auguste Fons qui a découvert récemment, au pied des anciens remparts de la forteresse, un ossuaire. En effet, c'est bien un ossuaire qu'on nous montre; un des nôtres, muni d'une pioche, cherche, en creusant, à se rendre compte de l'épaisseur de la couche d'ossements accumulés.; mais les tibias succèdent aux tibias et les crânes voisinent avec un nombre incalculable de fémurs; de guerre lasse, nous quittons ce lieu macabre.

Montés sur une tour de construction récente. nous allons admirer le beau panorama qui se déroule sous nos yeux. A notre gauche, la grande plaine de la Lauzet avec, au fond, le village de Granès et, plus à droite, Saint-Ferriol. Plus près, devant nous, sur un mamelon, s'élevait, parait-il. une forteresse qui défendait Rennes-le-Château : aussi appelle-t-on ce mamelon « le Casteillas ». Rien pourtant ne subsiste et il est impossible au chercheur de trouver trace de constructions.

Nous apercevons la rivière d'Aude traversant le village de Campagne . ici, Espéraza avec ses hautes cheminées, centre important de fabrication du chapeau de laine: plus loin, le village de Fa avec sa tour antique, dite tour des signaux; Antugnac, Montazels et Couiza avec, encore plus à droite, Coustaussa et son château en ruines. Mais l'heure avance et c'est à regret qu'il faut quitter notre poste d'observation et poursuivre notre visite.

 L'Eglise (1740) se dresse bientôt devant nous, l'intérieur est superbe avec de jolies peintures fraîches et riantes: nous cherchons à découvrir dans ce lieu quelques traces du passé mais inutilement. Cependant,' dans un petit jardin contigu à l'église, un des nôtres a reconnu dans une dalle grossièrement sculptée ou plutôt gravée un ancien vestige qui daterait du Ve siècle; il est regrettable que cette dalle serve de marche d'escalier et soit exposée dehors à toutes les intempéries.  Sa place serait bien mieux à l'intérieur de l'église et remplacerait avantageusement . quelque panneau verni ou doré.

Nous remarquons encore, dans un autre petit jardin, un socle en pierre supportant une Vierge ; ce socle, très ancien et d'un beau travail, a été retouché sous prétexte de donner à. celui-ci plus de relief, et tout au contraire l'ouvrier a fait perdre à la sculpture toute note d'art et enlevé le précieux de cette pièce antique.

Une visite au cimetière nous fait découvrir dans un coin une large dalle, brisée dans son milieu, où on peut lire une inscription gravée très grossièrement.

Cette dalle mesure 1m3o sur 0m65.

Mais on vient nous rappeler que c'est l'heure du déjeuner; servi dans une des salles du Château, le repas a été du meilleur goût. Un excellent moka clôture la fête et la première partie du programme.

Nous remercions M. Auguste Fons pour son amabilité et, sur la proposition de notre collègue, M. Fages, nous le nommons, par acclamation, membre de la Société.

Nous quittons Rennes-le-Château, non sans remarquer qu'à l'importante ville d'autrefois a succédé un village aux maisons vieillottes, petites et mal bâties; quelques-unes même, dont les propriétaires ont disparu, tombent en ruines

Les deux villages de Rennes-le-Château et de Rennes-les-Bains ne sont reliés ensemble par aucune route carrossable; de mauvais chemins servant plutôt à l'exploitation de quelque métairie sont les seules voies que l'on puisse suivre.

Nous engageant dans un de ces chemins, nous le suivons jusqu'à la métairie dite "les patiacés" pour nous jeter après à travers champs, car nous devons passer au « Pla de la Côte » lieu où se trouve le "rocher tremblant". Arrivés là, vingt bras vigoureux enlacent le fameux rocher, qu'on croit devoir crouler sous cette formidable poussée; mais la lourde masse

ne bouge pas ou presque pas. À voir le nombre d'inscriptions, de noms et de dates gravés sur la pierre, on peut se rendre compte du nombre de touristes qui viennent essayer la puissance de leurs muscles.

Un étroit sentier nous conduit bientôt au moulin Tiffou. Quelques minutes d'arrêt sont nécessaires pour mettre un peu d'ordre à notre toilette; nous arrivons enfin aux Bains de Rennes.

Avec l'été arrivent ici, pour boire les eaux ou prendre des bains, un très grand nombre de personnes. Ce petit village d'hiver se trouve immédiatement transformé en une petite ville riante et animée. Aussi constatons-nous que bon nombre de ces baigneurs sont déjà arrivés pour soigner leur .santé. Ce qu'il nous faut à nous, en ce moment, c'est l'ombre d'abord, car il fait toujours très chaud, un peu de repos pour nos-jambes qui commencent à faiblir et surtout des rafraîchissements. Nous trouvons tout cela sur la terrasse du Café Cadenat.

Mais déjà nos cochers attellent leurs chevaux pour nous ramener à Couiza. Quittant à regret notre terrasse ombragée, nous allons visiter quelques établissements de bains, rapidement, si rapidement qu'il est impossible de donner des détails précis sur leur confort moderne.

Vite en voiture; nos chevaux, bien reposés, ne demandent qu'à rentrer à Couiza et nous emportent à vive allure.

Ici la ville est en fête et la musique, installée sur la route nationale, à l'ombre de frais platanes, envoie dans les airs l'écho de ses meilleurs morceaux.

Après un sommaire repas pris chez M. Igounet, on se rend pédestrement à la gare, le train siffle, on part, on est parti.

En somme, bonne et agréable journée.

 

E. TISSEYRE.

 



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