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Rennes le château, une affaire paradoxale

 
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Dernière mise à jour
le 30 janvier 2010



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DE CAMPAGNE-LES-BAINS À RENNES-LE-CHATEAU 

Par M. A. FAGES

 

Entre Espéraza et Campagne-sur-Aude et sur le chemin qui va de Carcassonne à Mont-Louis, est assise la charmante station thermale de Campagne-les-Bains.

Combien de fois, après nos excursions pédestres, nous nous y sommes remis de nos fatigues à l'ombre de ses platanes centenaire dont le feuillage forme un dôme impénétrable aux rayons du soleil!

Campagne les-Bains, malgré la bonté de ses eaux et la joyeuse compagnie que l'on y retrouve chaque année, devient pour certains baigneurs un peu monotone, pour ceux surtout qui aiment à courir par monts et par vaux. Ce sont alors des projets sans nombre qui surgissent de toutes parts: les Gorges de Pierre-Lys, de Saint-Georges, de Galamus.... etc. ou bien encore les visites à la forêt des Fanges, de Gesse et autres.

Toutes ces belles promenades nous souriaient, mais le peu de temps pendant lequel notre cher Président, M. Guiraud, pouvait séjourner ici, ne nous permettait pas d'y prendre part. Or, comme ici les beaux sites ne manquent pas, nous projetâmes, avec notre collègue Malet, d'Espéraza, d'aller visiter encore une fois Rennes-le-Château, le Rhedae des anciens l'ancienne capitale du Razès.

Nous étions au 16 août, époque à laquelle les rayons du soleil donnent à nos fruits leur dernière maturité et à nous méridionaux ce teint brun qui nous caractérise si bien. Voici d'abord le Renfort, groupe de sept à huit maisons, dépendant d'Espéraza, habitées actuellement par des ouvriers chapeliers, mais qui autrefois servaient de remises et d'écuries. Avant la création du chemin de fer de Carcassonne à Quillan, tous les rouliers venant de la haute. vallée de l'Aude, avec un chargement de bois, devaient prendre, en cet endroit, des chevaux. de "renfort", afin de gravir la montée de Caderonne, plusieurs même y couchaient. C'est de là, certainement que lui vient son nom. Cette montée est, en effet, très raide, dangereuse même, car au beau milieu est un tournant que nos cyclistes n'évitent pas toujours. Au Nord, sont taillées à pic des roches noires peut-être volcaniques que viennent recouvrir des couches tertiaires très fossilifères. Sur cette arête, en 1903, nos deux collègues d'Espéraza, MM.  Tisseyre et Malet, découvrirent deux tombeaux à dalles contenant des ossements humains, quelques éclats de silex et une belle pointe dé flèche qui se trouve actuellement dans ma collection.

De ce point nous pouvons suivre le cours capricieux de l'Aude, qui traverse Espéraza, actionnant sur son passage plusieurs fabriques de chapeaux.

Espéraza est abrité au Nord par les Monts du Calvaire que les géologues se plaisent parcourir afin d'y recueillir les beaux fossiles de notre nummulitique, surtout des bulimus, rareté nouvelle pour notre région. Au loin se profile la tour de Fa qui semble défier le temps de ses épaisses murailles.

Ici, la route parait aussi capricieuse que la rivière ; dans un tournant est bâti Caderonne qui fut aux temps anciens un village assez important. Aujourd'hui, ce qui porte ce nom se réduit à quatre maisons et un château.

Dans l'Histoire du Languedoc il est fait mention de Pierre-Arnaud de Caderonne qui. vivait en 1111 et qui resta fidèle à Bernard ATON, comte de Rhedez.

En 1172, son petit-fils, Hugues de Caderonne, jura l'assistance à Pierre Vilar, viguier de Rhedec. On lui attribue même cette légende:

Ugo, Seignou dé Catarouno,

Non crégnis rés hors lé qué trouno.

Hugues N, son fils, eut ses biens confisqués après les guerres des Albigeois. Cette seigneurie passa aux de Voisins qui la conservèrent longtemps comme manoir seigneurial.

En 1357, le château de Caderonne et le village fûrent détruits par des compagnies de routiers qui laissèrent de tristes souvenirs dans le Razès.

On ne peut, nous dit M. Fédié, préciser l'endroit où fut Caderonne (1); il nous semble pourtant que ces amoncellements de pierres, ces pans de murs noircis par le temps ou par le feu, qu'on aperçoit au Sud de la route, pourraient bien être les restes de ce dernier.

Quant au château, sa place nous parait, tout indiquée par une épaisse muraille qui surplombe à pic le cours de l'Aude et qui sert de soutien au parc actuel on y voit encore un vaste espace ou ne poussent que les plantes propres aux décombres.

Le château actuel est une grosse masse de bâtisses rectangulaires percées de petites ouvertures, sans aucun style. D'après une personne autorisée ç'aurait été dans les premiers temps une auberge.

En effet, excepté un grand et bel escalier à rampe en fer forgé qui se trouve ici fort déplacé, tout le fait concevoir. Au rez-de chaussée, de vastes pièces servaient de salles à manger et de cuisinees; aux deux étages supérieurs, deux grands corridors donnent accès dans de très petites chambres aux plafonds bas, enfin rien n'y respire le luxe d'autrefois.

Sur une porte nous avons lu la date de 1645 serait-ce le millésime de sa construction?

Ce ne fut qu'en 1810 que la famille Debosque l'acheta et le fit restaurer. Depuis, il a pris un nom, car, dit-on, on y vit, aux belles époques de l'Empire, des ministres, l'Empereur même

Maintenant notre manoir sert à une oeuvre utile : depuis 1906 il a été converti en laiterie coopérative. Douze vaches y sont soignées et leur lait est vendu à Espéraza.

Nous quittons Caderonne par une belle allée de marronniers pour arriver, quelques minutes après, au pont du ruisseau des Couleurs. Ici il faut quitter la grande route et suivre le cours de ce dernier, environ 1500 mètres. Ce petit cours d'eau coule toute l'année et son débit est assez grand, vu qu'il actionnait autrefois un moulin à plâtre, dont on voit encore les ruines au premier coude du chemin; il nous semble que l'exploitation du gypse devait être moins coûteuse là qu'à Couiza.

Afin de rattraper une demi-heure que nous avons perdue à Caderonne, nous quittons la route carrossable de Rennes pour prendre, à la file indienne, un raccourci. Notre chemin monte à pic et malgré la beauté du site parfumé par de belles touffes de lavande, ce ne fut pas la partie la plus agréable de notre excursion. Je conseillerai donc à ceux qui voudront faire une pareille promenade de partir de grand matin, avant que le soleil soit trop brûlant.

Notre marche fut souvent interrompue par notre collègue, Malet qui, de temps à autre, capturait un coléoptère ou bien encore par notre président qui nous quittait pour cueillir un Dianthus.

A la sortie d'un petit bois de chênes, Rennes se dresse devant nous. c'est alors que, nous voyant au bout de notre course, nous pouvons admirer un moment le chemin parcouru.

Nous pouvons y suivre les couches rouge sombre du Danien qui vont se perdre vers Campagne, au sud vers Granès et vont plonger, au nord, sous le tertiaire, au lieu dit Pastabrac.

Ces terrains sont très caractéristiques par les ossements de Trilonosaurus qu'on y trouve accompagnés le plus souvent de parties de carapaces de tortue.-

Du point où nous nous trouvons, Rennes nous apparaît par son côté le plus pittoresque. plusieurs petits chemins bordés de murailles en pierres sèches serpentent aux pieds de cet escarpement rocheux que vient couronner une grande muraille crénelée. Ce ne sont pas là les restes de l'ancienne forteresse wisigothique, car les meurtrière sont désertes et au lieu d'être reçus par un archer bardé de fer, nous y sommes accueillis par M. l'abbé Saunières, lequel se fait un plaisir de nous faire visiter sa belle installation qui sans contredit, semble une oasis perdue au milieu d'un désert. "Oasis" est peut-être un peu risqué, mais ce terme s'explique surtout quand on vient de faire quelques kilomètres dans des terrains arides et secs, le plus souvent incultes. Une description rapide nous parait nécessaire: le plateau est occupé par un potager où poussent des légumes à rendre nos maraîchers jaloux; puis viennent un verger et un beau jardin d'agrément, le tout abrité par une belle terrasse de laquelle on jouit d'un beau panorama. Une tour au sud semble la gardienne de ce coin charmant. Ce fut dans cette demeure que nous goutâmes quelques minutes de repos tout en admirant la belle bibliothèque qu'elle contient: Ici tout est bien utilisé, par exemple le dessous de cette vaste terrasse sert de citerne aux eaux de pluie qui sont amenées du dehors par de nombreux chéneaux. Le rez-de-chaussée de la bibliothèque contient une belle collection de cartes postales ainsi que des vues de Rennes et des environs.

Au pied de la Croix de Mission, on remarque une pierre tombale qui fut découverte, lors du dallage de l'église, placée à plat devant le maître-autel. Elle est en grès très friable et le travail qui en forme la beauté aurait disparu depuis longtemps si, lors de sa découverte, le dessin n'eut été en dessous.

On y voit deux cavaliers la lance au poing dans un décor ogival serait-ce la reproduction d'un tournoi?

En face et à gauche de la porte de l'église, servant de socle à une Vierge de Lourdes, se trouve un pilier qui supportait autrefois le maître-autel. D'après l'abbé Saunières, le maître-autel était composé d'une grande dalle prise sur un côté du mur et soutenue devant par deux piliers, l'un brut, et celui déjà nommé, qui paraît de la même époque que la pierre tombale.

L'abside de l'église est aussi très ancienne, c'est peut être la seule partie qui existe du vieux château. Malgré l'épaisse couche de plâtras qui la recouvre, on y voit par place la construction en petit appareil.

Ceux qui ont assisté a une excursion que fit notre Société en 1904 se souviennent encore  sans doute du chemin que nous suivîmes en partant de Couiza.

Les rampes raides que nous avons gravies, les tournants brusques, dangereux mêmie, que nous avons franchis vont disparaître grace à un nouveau chemin en voie de construction.

Le tracé de ce nouveau chemin est un long labyrinthe qui permet d'admirer sous divers aspects le but de la course. Déjà une tranchée de trois mètres est ouverte au Sud, et dans cette dernière on a mis à jour un ossuaire qui a plusieurs centaines de mètres. Les squelettes sont couchés et superposés sur six et huit couches orientées Est-Ouest. M. Tisseyre y a recueillit deux boucles d'oreille en bronze. Faut il voir là une sépulture datant des guerres anciennes? La grande quantité d'ossement qu'on en extrait n'est pas riche; Peut être y fera on par la suite des découvertes intéressantes.

je ne raconterai pas notre descente sur Couiza, laquelle n'est pas à dédaigner, mon seul but était de signaler aux archéologues qu'ils pouvaient encore trouver à Rennes quelques indices pour reconstituer une histoire locale.

Campagne les Bains, Août 1908.

(1) L. FÉDIÉ; Le Comté du Razès et le diocèse d'Alet.

 



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