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Dernière mise à jour
le 30 juin 2005


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Le château du Bézu (1)

Par le Docteur P. COURRENT

Remontez la vallée de la Sals depuis Couiza (Aude) et, à 3 kilomètres sur la rive droite de cette rivière, vous verrez se dresser au dessus du village de Coustaussa des pans de mur qui furent le château de Constantianum, cité dans l'"Histoire des Albigeois" de Pierre de VAUX de CERNAY.

A l'embranchement des routes de Mouthoumet et de Rennes les bains, sur un rocher faisant face au mont Cardou, était anciennement bâti le castellum de Blanchefort et l'on peut encore constater les vestiges des vieilles murailles. Ce château, fort ancien, n'avait cependant pas une grande importance stratégique au XIIIe siècle; les historiographes de l'époque n'en font pas mention.

Après avoir traversé la station thermale de Rennes les bains, on s'élève sur une route en pente douce vers Bugarach, et en face du hameau des Ilhes, on aperçoit, si on se tourne vers le S.O., des ruines importantes, émergeant à 832 mètres d'altitude sur le point culminant d'une ligne de rochers dont l'ascension est un peu dure et pénible. Ces ruines sont celles du château du Bézu. Elles dominent vers l'Est, le vallon de Rennes et de Bugarach, vers l'Ouest celui de Tipiès qui conduit de la vallée de l'Aude à Saint Louis et Parahou, par une ancienne voie romaine dont la chaussée porte encore les traces de statumina.

Ces ruines que nous avons tenu à situer, présentent un grand intérêt topographique et historique.

Du haut de la plate forme de ce castrum, placé sous le chemin de Languedoc en Espagne, et du termenès en Chercorbès, on découvre vers le S.-O. le château de Puivert et plus au Sud celui de Monségur. Vers l'Est, les ruines de Saint Jordy, donjon du castrum de Pierrepertuse, mettent en relation visuelle le château de Bézu avec Quéribus et Perpignan.

Cette forteresse du Bézu était dénommée au XIIIe siècle Albedunum (P. de Vaux de Cernay, Histoire des Albigeois). Castrum d'albesuno (Il. L. T. VII. - Nobilis Sermon de albesuno faiditus tempore comitis Montis fortis, faciens guerram dicto comiti de Castro de Albesuno). - Albezunum (Il. L. P. T. VIII. - Attribution du château à P. de VOISINS) 1231 - Albezon en 1338. - Albeduno (rector de) en 1347. - Fort de Behuc en 1579. - Le Bézu en 1594 (Vieu château ruiné au sommet d'un roc et une église aussi ruinée. - 1594 Dans Archives de l'Aude). (V. Dict. topograph. de l'Aude. Abbé Sabarthès).

Quand en 1210, le 23 novembre, Simon de MONFORT, après 5 mois d'un siège très pénible, se fut emparé du castrum de Termes, il suivit pour continuer sa conquête, un itinéraire fort exactement indique par P. de VAUX de CERNAY (Historia Albigensis). Le comte dirigea son armée par le col de Paradis et Arques vers le château qui s'appelait Constantianum, aujourd'hui Coustaussa dont les défenseurs avaient fui vers Viride Podium, il n'est fait aucune mention dans la "Chanson de la croisade".

Si Pierre de VAUX de CERNAY a désigné ces deux places fortes, c'est que, historien personnel de Simon de MONFORT, il a suivi pas à pas le chef de la Croisade et pu donner des détails très précis sur la marche des armées croisées vers le Chercorbès, le Carcasses et l'albigeois.

Mais est-il possible de supposer que MONFORT ait laissé derrière lui sans l'occuper le castrum de Bézu (albedunum, Albezunum), du haut duquel on pouvait suivre sa marche vers Viride Podium? S'il est exact que P. de VAUX de CERNAY ne fait pas la moindre allusion à Albedunum immédiatement après le prise de Termes, il donne cependant des détails très précis sur l'attaque de cette forteresse un an plus tard en 1211.

Nous reviendrons sur cet évènement important.

De son coté, G. de TULEDE a t'il tenu compte de la présence de cette forteresse sur le passage de MONFORT? Rapportons nous au texte de la chanson.

"Cant saubo per la terra que Terme an forsat
Tuit li melhor castel foron dezemparat
Donc fo pres Albejes que non fo aseljad
"

Les interprétations les plus fantaisistes ont été énoncées à propos du lieu dit Albejes. FAURIEL et DOM VAISSETTE, l'identifient avec Albas. Cette opinion ne peut entre défendue: pour qu'elle fut vraisemblable, faudrait il au moins qu'Albas se trouvât sur l'itinéraire de Termes à Puy-Vert et à Castres, vers le N.O.. Or Albas, petit village du canton actuel de Durban, est situé à 10 kilomètres à l'Est de Termes. Albières, que N. PEYRAT donne comme la traduction d'Albéjès, se trouve bien sur l'itinéraire suivi par les armées de MONTFORT; mais sans compter qu'il est difficile du point de vue philologique, de faire d'Albeges, Albières, il faut constater que le fort d'Albières était si peu important qu'il n'a retenu l'attention ni de G. de TULEDE, ni de P. de VAUX de CERNAY. Quant à Nébias, considéré par CABRIE comme devant traduire ALBEJES , il est à peine utile d'appuyer sur la dissemblance des deux appellations. MEYER traduit Albejes par Albi. Comment MONTFORT aurait il pu arriver de Termes à Albi sans soumettre les places intermédiaires (2)? D'ailleurs M. MARTIN-CHABOT, dans sa nouvelle édition de la chanson de la croisade (1931) fait justement observer qu'"Albi ne comptait pas parmi les villes rebelles et n'était pas à reconquérir". L'éminent chartiste préfère laisser au mot Albejes le sens général de pays d'Albigeois.

Il faut voir dans cette controverse la nécessité de chercher une interprétation rationnelle à donner au terme Albejes. Nous proposons de traduire ou plutôt de remplacer dans le vers Albejes par Albezu et cette identification nous parait tout à fait conforme à l'histoire, à la stratégie, conforme aussi aux règles de la prosodie.

Nous pensons qu'une erreur de copiste s'est produite dès l'origine: le mot était peut entre mal écrit, déformé dans le texte original et l'auteur de cette erreur, ignorant la géographie du pays, n'a ajouté aucune importance à la reproduction plus ou moins fantaisiste de ce terme.

Il y aurait eu faute grave pour MONTFORT de ne pas s'assurer du castrum de Albedunum, forteresse importante, à quelques kilomètres à vol d'oiseau de Constantianum et la première rencontrée sur son chemin. Rappelons d'ailleurs la déposition d'Arnaud de LAURE qui dans ses témoignages passe en revue tous les personnages suspects d'hérésie, "Nobilis Sermon de Albeduno faiditus tempre comitis Monti fortis et facientem guerram dicto comiti de Castro de Albesuno". Noble Sermon de Albesuno a fait la guerre au comte de MONTFORT du haut de son château d'Albézu. Le comte ne peut pas être demeuré indifférent devant l'attitude du seigneur faidit, et n'a pu laisser pleine liberté à ce dernier. Il a certainement pris possession du château d'Albézu après la prise de Termes.

Il est vrai que P. de VAUX de CERNAY ne fait pas la moindre allusion à cette prise d'Albézu, après la capitulation de Termes. Mais que l'on se rapporte au siège de Castelnaudary en 1211 (Historia Albigensis) à la prise de la Pomarède, on se convaincra que l'historiographe de Montfort s'occupe à ce moment de cette forteresse et donne des détails précis; "Quo facto, statim nunciatur comiti quod castrum quoddam nomine Albedunum, in diocesi Narnonensi, ab ejus dominio recessisset; quo dum pergeret comes, dominus castri venit obviam ei, et se castrum ejus travidit voluntati".

Mais, si le seigneur d'Albedunum s'était détaché de MONFORT, s'il se plaçait à nouveau en son pouvoir, c'est que le comte avait occupé son château une première fois, et les circonstances ne pouvaient pas être plus favorables que le jour ou Termes fut pris, que tous les châteaux voisins furent dezemparat, abandonnés par leurs possesseurs, et qu'il ne fut pas même utile de les assiéger pour en devenir le possesseur.

Le vers n° 1313 de la 58e laisse

"Donc fo pres Albezu que non asetjad"

parfait au point de vue des règles de la prosodie malgré le remplacement d'Albejes par Albezu semble mieux répondre aux évènements historiques, en écartant toute la controverse existante sur l'identification du nom de lieu Albejes.

Docteur P. COURRENT
Secrétaire général.

Nous avons soumis ces notes à M. Eugène MARTIN CHABOT, archiviste aux Archives nationales et ce dernier nous a honoré de la réponse suivante.

"C'est avec le plus vif intérêt que j'ai lu votre note dans laquelle la précision topographique et l'interprétation logique du texte d Pierre de VAUX de CERNAY pour l'année 1211 s'allient pour montrer que Simon de MONTFORT a du prendre le château du Bézu, lorsque, après avoir pris Termes et Coustaussa, il alla assiéger Puivert en 1210.

Par conséquent, la correction que vous proposez au texte de la "Chanson , de G. de TULEDE, substituant Albézu à Albejes se prend en sérieuse considération. Je ne vois pas que rien s'y oppose du point de vue historique ni philologique.

Aussi ai-je l'intention d'en tenir compte quand je rédigerais l'index alphabétique qui terminera mon édition et se placera à la fin de mon tome III.

Au cas ou vous publieriez cette note, je serais heureux de pouvoir en fournir la référence bibliographique, en citant votre travail.

Veuillez agréer, Monsieur le Docteur, l'expression de ma vive reconnaissance pour votre obligeante communication, et de mes remerciements bien dévoués."

MARTIN CHABOT.

(1) Les ruines du château du Bézu sont fièrement campées à 832 mètres d'altitude, sur une plate-forme, limitée vers le Sud par des pans de murs à appareillage régulier (XIIe siècle), de 1m. à 1m.50 d'épaisseur, interrompus de distance en distance par des vestiges de tours carrées, aux angles fort bien établis avec des moellons taillés, ouvrages dont on peut constater, par ce qu'il en reste, la forme et la solidité.
Vers le nord, le château est séparé des ouvrages avancés par un ligne naturelle de rochers calcaires percés, vers le milieu de leur développement, d'une ouverture naturelle qui fait communiquer ces postes avec la cour de la forteresse.
Les vestiges du donjon sont situés vers le Nord, surplombant l'abîme du coté de Rennes les bains; on constate la présence d'une tour carrée à appareil rectangulaires formant des assises d'égale hauteur (Voir bulletin de la Société d'Études Scientifiques T. XXXI, page 198).
Comme les ruines de tous les châteaux du moyen age pris par Simon de MONFORT et qui n'ont pas été ré-édifiés pour la défense, celles du Bézu ne présentent que des vestiges de tour carrées, à l'exclusion d'ouvrages de forme arrondie.

(2) Comment peut imaginer que S. de MONTFORT soit revenu d'Albi pour assiéger Puivert?

 

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