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Dernière mise à jour
le 30 juin 2005


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Nécrologie de l'abbé Joseph RESCANIERES
parue dans
la Semaine religieuse de Carcassonne
du 13 février 1915

M. l'Abbé Joseph Rescanières, curé de Rennes les Bains.

 

La mort de l'abbé Joseph Rescanières a causée partout une douloureuse surprise. Ce prêtre était si jeune... il avait attiré à lui tant de sympathies... sa vie promettait d'être si féconde... que plus d'un s'est senti atteint par cette mort. C'est qu'en le perdant beaucoup ont vu disparaître avec lui l'ami d'enfance toujours attaché aux souvenirs de l'école; d'autres, le séminariste édifiante leur jeunesse cléricale; et ceux qui l'ont connus depuis, le confrère à l'âme zélée et généreuse.

Encore pour que ses amis ne soient pas seuls à connaître et à regretter cette vie de prêtre, nous voudrions en donner ici un rapide aperçu.

A l'école des frères, le jeune Joseph se sent prêtre dès qu'il connaître l'Eucharistie. Aussi cette vocation qu'il apportait à son entrée au petit séminaire, il la fixera dans son âme par une pitié qui se prend à être diffuse, témoin ce pauvre petit infirme que l'ardent rhétoricien prépare lui même à la première communion. Et chaque jour il veut devenir encore par un travail acharné la véritable "Lux Mundi" que doit être le prêtre. Ses efforts sont officiellement reconnus par les premiers prix qu'il obtient au bout de l'année et par le baccalauréat à la fin de ses études.

Au Grand Séminaire il ne déviera pas un seul instant de son amour pour la piété, l'étude et le règlement.

Nouveau prêtre, il reçoit la nomination de Vicaire à Montréal. Mais il est épouvanté par ce qu'il suppose trop lourd pour ses jeunes forces, et il s'accommode du poste plus modeste de vicaire à Ginestas. Les qualités oratoires de notre ami, enrichies déjà par un studieux passé, sont encore développées par les soins d'un curé qui possédait éminemment le souci de la parole de Dieu. Aussi la réputation de M. l'abbé Joseph Rescanières dépasse les limites du doyenné et arrive jusqu'a Narbonne ou M. le Chanoine Mario a la bonne fortune de l'obtenir comme vicaire à Saint Paul.

La providence n'avait permis ces deux contacts que pour mieux préparer son futur apôtre; par le premier celui-ci apprit l'art de bien prêcher, et par le second il essaya d'aborder les foules. Moins de quatre ans avaient suffi pour former le missionnaire.

Pendants ses huit années de mission, M. l'abbé Rescanières n'a connu que des triomphes. Qu'il prêche des retraites, des missions, ou des sermons de circonstances, le succès n'est jamais refusé à sa parole si forte et si chaleureuse. Aussi que de paroisses converties ou rendues meilleures, que de premières communions bien faites, que de jeunes personnes poussées vers la vertu! Et lui tout à la joie du bien qui se faisait ne se rendait pas compte que les fatigues de la chaire ou du confessionnal avaient usé son tempérament qu'il croyait si fort. La huitième année de cet apostolat n'était pas terminée qu'il dut s'avouer vaincu. Il demanda à Monseigneur un poste de repos. C'était la seule fois qu'il se payait de mots, car nommé curé de Rennes-les-Bains, il entreprit sa plus longue, mais dernière mission. Les âmes admirablement préparées par le passage d'un Saint Prêtre M. l'abbé BOUDET, quel terrain facile le zèle du nouveau curé allait trouver en elles! Il n'a eu qu'a exprimer un désir pour le voir immédiatement satisfait. Il a voulut des cérémonies touchantes; les enfants s'y prêtèrent aussitôt; des chants à l'unisson: et toute la paroisse d'obéir; des communions nombreuses: les fidèles de s'approcher souvent de la Sainte Table. L'heureux pasteur vit même ce prodige: son église pleine et pleine d'hommes, avec les soixante soldats convalescents hospitalisés à Rennes.

Il ne se possédait pas de joie de les entendre chanter au lutrin, ou répondre au chapelet et mieux de leur distribuer la Sainte Communion. C'était le triomphe, mais aussi la fin de la mission.

Le lundi 1er février, les fidèles de Rennes attendaient à l'heure de la messe. M. le curé qui toujours n'arrivait pas, contrairement à ses habitudes ponctuelles. On va discrètement taper à la porte de sa chambre: pas de réponse. On entre, M. le curé était étendu tout habillé sur le parquet, le visage pâle mais reposé: il était mort. C'est alors l'explosion de douleur de toute la paroisse: ne disparaissait il pas avec l'auréole du bon pasteur relevé trop tôt et malgré lui de la garde de son cher troupeau?

La mort était venue en sourdine, comme pour se venger du prédicateur qui avait si souvent osé la regarder en face. Mais il l'avait vaincue une dernière fois, non dans une joute oratoire, mais par la sublime réponse de toute sa vie. Il était à son devoir lorsqu'elle s'est présentée à lui, et n'est ce pas la meilleure posture pour la recevoir? Son bréviaire? Il venait de le réciter et même par anticipation il était arrivé aux petites heures du lendemain. sa messe, il y avait pensé. Le missel et ses ornements étaient prêts. Ses catéchismes? Il les faisait avec un tel soin que le mercredi était consacré à leur préparation. Ses prônes l'occupaient toute la semaine. Ses malades? Le matin même avant et après la grand'messe, il était allé à jeun réciter les prières des agonisants, près d'un moribond qu'il acheminait depuis longtemps vers le ciel.

Aussi, ce bon prêtre n'a pas reçu le coup fatal, couché dans son lit comme un malade anonyme, mais en soutane et dans la prostration de l'ordinand!

Mais pourquoi nous arrêter à tous ces détails? Lorsqu'on approchait l'abbé Rescanières on sentait l'homme de zèle et le prêtre de zèle. Et la charité initiale n'est-ce pas l'accord de nos actes avec la loi divine? Et le zèle, n'est ce pas la flamme, le surplus de la charité?

Aussi, mercredi matin, lorsque M. le Doyen de Couiza a procédé à la levé du corps, assisté de MM. les curés d'Espéraza, d'Arques, de la Serpent, de Serres, de Castelreng et de Bugarach, avec quel respect les soldats ont porté le cercueil! Ils n'ont pas voulu céder à d'autres cet honneur, ni non plus celui de tenir les magnifiques couronnes, dons de la population et des enfants d coeurs. Ils voulurent chanter la messe de Requiem. Ce n'était donc pas une cérémonie de commande, mais toute de coeur, comme c'était aussi l'attachement qui avait fait venir à cette sépulture, pour conduire le deuil, M. le chanoine Sarda, curé de Saint Paul, M. le chanoine Jean, supérieur des missionnaires diocésains, M. Pujol, missionnaire, etc.

Après la messe, M. le curé Doyen, très sobrement, avec ne éloquence qui sortait des textes, nous montra que les passages de la sagesse ou il est question de la mort du juste, s'adaptait parfaitement au défunt. Sa vie très bien remplie permettait de dire "Palcens Deo factus est dilectus". Sa mort permettait de dire "Raptus est". et à ceux qui ne s'expliqueraient pas cette mort alors que ce prêtre promettait encore tant d'espérance: " Populi autem videntes et non intelligentes" mais l'Esprit Saint donne la réponse "Raptus est ne malitia mutaret intellectum ejus". L'orateur termine en demandant des prières pour celui qui a tant prié pour sa chère paroisse.

Après l'absoute, le clergé, la population et les soldats conduisent le cercueil jusque sur la route, ou, après les dernières prières, le fourgon s'en va seul. Il ne fera que passer près de la colline de N. D. de Marceille, car ce n'est plus le repos entre deux courses apostoliques, mais le repos éternel que l'enfant de la paroisse Saint Vincent veut prendre à l'ombre de son clocher.

Notre Dame de la Parade, qui avait reçu les premières confidences de cette vocation, a voulu garder près d'Elle le coeur qui l'a si fidèlement réalisée!

R.F.

 



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